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Valeur de l'histoire

Le sens de l’histoire est sans doute une question insoluble, comme le pense Sartre, puisque toutes les réponses sont nécessairement historiques, c’est-à-dire fonction d’un état déterminé de l’histoire, on peut s’interroger sur la valeur qu’on lui accorde.


1. Les leçons de l’histoire


La vocation de l’histoire est-elle de nous instruire ? Les situations historiques ne se répètent pas. Pourtant, le présent éclaire le passé : pour comprendre le sens d’un événement, un certain recul est nécessaire et les découvertes de toutes sortes (archéologiques, documentaires, etc.) apportent des éléments nouveaux ; de même le passé explique le présent : notre situation actuelle est tributaire de notre passé. Nos structures sociales, mentales, politiques, nos frontières géographiques, etc., dépendent des événements passés et nous font comprendre ce que nous sommes aujourd’hui. D’un point de vue pratique, le passé nous met sur la voie des solutions et nous explique comment tel problème, à telle époque, a été résolu.
 

Mais, comme le souligne Hegel, il n’y a pas de leçons de l’histoire : « Ce qu’enseignent l’expérience et l’histoire, c’est que les peuples et gouvernements n’ont jamais rien appris de l’histoire et n’ont jamais agi suivant les maximes qu’on en aurait tirées. »


2. Les dangers de l’histoire


Paul Valéry écrit : « L’histoire est le produit le plus dangereux que la chimie de l’intellect ait produit […] L’histoire justifie ce que l’on veut, contient tout et des exemples sur tout. » L’histoire diffère selon l’interprétation que l’on en donne, qui elle-même dépend de notre vision du monde (platonicienne, hégélienne, marxiste, etc.). Il existe des falsificateurs de l’histoire, ces « assassins de la mémoire » selon Vidal-Naquet. Il existe aussi une vérité du passé. À écouter ou à lire les historiens intègres, on comprend combien nous sommes redevables aux hommes qui nous ont précédés. Nous avons un devoir de mémoire envers ceux qui se sont battus, parfois jusqu’à la mort, pour que nous soyons libres.
 

Certes, l’histoire ne démontre rien et ne permet pas de tirer des leçons. Lorsque Hitler programma le génocide des juifs, des Tsiganes et des homosexuels, quelqu’un lui demanda de penser à ce que dirait l’histoire. Hitler répondit : « Qui se souvient du génocide arménien ? » L’historien Paul Veyne pense que « l’histoire ne sert pas plus que l’astrologie » et que l’engouement de notre époque pour l’histoire renvoie à deux explications sociologiques : le culte du passé serait une transformation de la pulsion religieuse ; la baisse du sentiment religieux a laissé une place vacante : la sensibilité au passé, le succès des musées, sont un trait de civilisation.

Toute société a besoin d’une connaissance historique du passé, d’où le rôle des commémorations, mais cette connaissance doit être tournée vers la vie. Elle ne doit pas nous figer dans le passé et nous détourner de l’action et du bonheur. C’est pourquoi Nietzsche considérait le savoir historique comme un savoir contre la vie car vivre, c’est oublier. Mais attention : Nietzsche n’invite pas à l’amnésie générale, mais à imaginer la vie comme un dépaysement permanent.


3. Des hommes et des histoires


Cournot, précurseur de la conception dualiste de l’histoire, pense que le sens de l’histoire est à chercher tantôt dans les structures économiques, tantôt dans d’autres structures, comme la famille, la religion qui peuvent aussi provoquer des guerres. Chercher à expliquer les fait, c’est en déterminer les causes. Mais un rapport causal implique une constante, et l’histoire étant l’histoire d’événements singuliers, uniques, la constante demeure introuvable. La cause, succession temporelle, donne le comment des choses, alors que la raison veut connaître le pourquoi. L’histoire est ainsi le fait du hasard et de la nécessité : elle n’est pas une science.
 

Les fondateurs de l’École des Annales (créée en 1929), héritiers de Cournot, montrent que hasard et sens ne s’excluent pas, mais ce sens n’est pas immanent à l’histoire, comme chez Hegel. La connaissance historique n’est pas une fin en soi. Le sens de l’histoire est à choisir et à réaliser. L’homme redevient sujet de l’histoire. Chaque jour il réalise l’histoire avec les données sociales qui sont les siennes. Il n’y a plus une mais des histoires, c’est-à-dire autant d’histoires que de points de vue, comme le souligne Braudel. L’histoire ne délivre aucune certitude sur le présent, mais nous apprend à méditer sur l’aventure humaine et à construire notre vie.


Mots clés/Mots repères


Hasard et nécessité ; devoir de mémoire ; conception dualiste.
Cause/Fin ; Universel/Général/Particulier/Singulier.
 

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