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THEORIE & EXPERIENCE

THEMATIQUE : LA RAISON ET LE REEL

  • La connaissance scientifique n’est devenue possible qu’à partir du moment où l’esprit a compris la valeur de l’expérience lorsqu’il s’agit de découvrir les lois régissant le monde tel qu’il nous apparaît (phénomènes) : au lieu que la théorie dépende des déductions de la seule raison (démonstration mathématique), elle désigne alors une synthèse des lois obtenues par induction à partir d’expériences permettant de vérifier des hypothèses explicatives.
  • Cette démarche a largement prouvé son efficacité dans les sciences «de la nature». Mais le développement, depuis le XIXe siècle, des sciences « de l’homme », doit faire appel, pour comprendre des faits et des événements où affleurent des valeurs, à l’interprétation : celle-ci décèle un sens, mais elle est aussi porteuse des valeurs de l’interprète, ou de son temps. Elle risque donc de varier, ou d’être interminable. De leur côté, les expériences et les théories semblent l’être aussi : aucune n’est définitive.
  • Où situer le vivant ? Sans doute dépend-il des sciences de la nature, mais le corps n’est pas pure matière : il est informé par une finalité interne qui assure son fonctionnement et son équilibre. Quant à ce que suggérait le terme matière, les sciences contemporaines tendent à s’en affranchir, comme des connotations de l’« esprit ».
  • L’histoire des sciences enseigne que la raison n’est pas statique : elle se modifie en fonction de la connaissance et des concepts qu’elle élabore. Quant au « réel », les scientifiques ont appris qu’il ne correspond jamais au donné immédiat. Ainsi, la vérité est sans cesse à reconstruire à partir des informations recueillies sur les phénomènes et propose une représentation momentanément cohérente d’un domaine, sans autre garantie que les applications qui en seront déduites.

Citations-clés


  • Bachelard : « Le réel n’est jamais ”ce qu’on pourrait croire”, mais il est toujours ce qu’on aurait dû penser. »

  • Kant : « L’expérience nous apprend bien que quelque chose est de telle ou telle manière, mais non point que cela ne peut être autrement. »

  • Claude Bernard : « L’expérimentateur veut troubler la nature, il veut maîtriser les phénomènes et les reproduire non seulement dans les conditions où la nature nous les présente mais dans des conditions où elle ne les a pas réalisés. »

  • Condillac : « L’art de démontrer consiste uniquement à substituer une expression identique à une expression identique, jusqu’à ce qu’on arrive à une expression qui fasse voir l’identité dans une proposition où on ne la voyait pas. »

  • Wittgenstein : « Toute la conception moderne du monde repose sur l’illusion que les prétendues lois naturelles constitueraient les explications des phénomènes naturels. »

  • Russell : « Nous en savons moins à leur sujet qu’on ne le pensait autrefois, mais nous en savons assez pour être à peu près sûrs que ni l’âme” ni le “corps” n’ont de place dans la science moderne. »

THEORIE ET EXPERIENCE


Introduction et problématique : Comte et la loi des 3 états.

D‘après Auguste
Comte (1798- 1857), la connaissance scientifique représente la maturité de l’esprit humain, maturité difficilement acquise au terme d’une longue histoire. Comte distingue 3 états, 3 périodes de l’intelligence humaine :

  1. Les hommes adoptèrent d’abord des explications «théologiques» ou féodal du monde (la tempête expliquée par un caprice du dieu des vents, Éole, la foudre expliquée par la colère de Zeus). Anthropomorphisme : l’homme, faisant l’univers à son image, cherche la loi des choses dans des «volontés» semblables à la sienne, dans des «intentions» (animisme, fétichisme), des dieux (polythéisme) ou un Dieu créateur (monothéisme, apogée et déclin de l’  «état théologique»). Jusqu’au Moyen Age, ancien régime. Enfance de l’humanité ou de l’individu.
  2. Plus tard, «état «métaphysique», ils remplacèrent les dieux par des forces abstraites et on eut l’explication métaphysique (la tempête expliquée par la « vertu de l’air », la vertu dormitive de l’opium). État de transition où les hommes ont remplacé la divinité personnelle par une entité abstraite, mais où ils continuent à chercher «la nature intime des êtres, les causes premières et finales de tous les phénomènes», en un mot, les connaissances absolues. De l’ancien régime aux Lumières. Adolescence de l’humanité.
  3. Enfin l’explication moderne, positive ou scientifique (ou «état positif»), renonce à imaginer le «pourquoi» ultime des choses (origine et destination de l’univers) et se contente de décrire «comment» les faits se passent. Il s’agit de rattacher objectivement les phénomènes les uns aux autres, de découvrir les liaisons auxquelles ils sont réellement assujettis. (Par exemple le vent est un déplacement d’air des hautes vers les basses pressions de l’atmosphère). Dans cet «âge positif», la métaphysique, comme recherche de l’absolu, parait vaine et inutile, et où la science positive, animée par l’esprit positif qui est le véritable esprit scientifique, «renonce à connaître les causes intimes des phénomènes, reconnaître l’impossibilité d’obtenir des notions absolues, et s’attache uniquement à découvrir, par l’usage bien combiné de l’observation et du raisonnement, les lois des phénomènes, c’est-à-dire leurs relations invariables de succession et de similitude.». Après la Révolution française. Education et démocratie. Age adulte, maturité de l’esprit de l’humanité.

COMTE et la «loi des trois états»:

https : //drive.google.com/open?id=1lvtObn89SI2yJW1T-n_TB_EkQXArdIL8

Émission «Cogito» sur Aug. Comte :

https : //www.youtube.com/watch?v=8cxIahJ5d0M

Remarque : Les explications primitives que l’homme donne des phénomènes naturels qui l’entourent apparaissent toujours anthropomorphiques : les premières explications humaines consistent à prêter des sentiments humains aux phénomènes naturels. L’homme projette spontanément et inconsciemment sa propre psychologie sur la nature. Éole est comme nous capable de se mettre en colère. La nature a « horreur du vide » comme Madame la baronne a horreur du thé. L’explication dite « théologique » ou «métaphysique» est ici une explication naïvement psychologique.

La théorie, peut-être trop systématique de Comte a le mérite d’attirer l’attention sur un fait incontestable et de grande portée : l’attitude scientifique n’est pas spontanée chez l’homme; elle est un produit tardif de l’histoire. L’erreur est première, la vérité toujours seconde.

Problématique :

Est-il possible de dégager une unité de méthode dans les sciences expérimentales, grâce à laquelle on pourrait établir une démarcation entre science (du latin «scio» = «je sais») et non-science ? Est-il possible de distinguer ce qui est proprement scientifique, de ce qui ne l’est pas (l’astronomie de l’astrologie, la psychologie clinique des pratiques d’un marabout) ? Quelle est cette logique commune à toute démarche scientifique expérimentale et qui caractérise en propre la science ?

  1. LA DÉMARCHE EXPÉRIMENTALE

  1. L’observation des faits

·    Les sciences de la nature (physique, chimie, astronomie, biologie, etc.) se présentent comme un effort pour connaître le monde réel. Ce sont des « sciences d’observation » : elles portent sur les « faits » ou phénomènes. Dans ce type de sciences, le savant doit se soumettre au verdict de l’expérience. Mais cela ne veut pas dire qu’il se contente d’enregistrer passivement ce qui est.

(TS) Pour le sens commun un “fait” est l’objet d’une constatation, d’une intuition sensible (on le voit, on le touche, on l’entend, etc.), d’une observation. Bref d’une expérience. D’autre part cette expérience est, en droit, commune et universelle ; le «fait» s’impose à la conscience et il est essentiellement objectif. A ce titre il est indubitable. Cette conception se fonde plus ou moins explicitement sur l’hypothèse de la passivité de la conscience devant Le monde extérieur et sur la valeur objective de la perception. Mais cette conception naïve ne peut s’appliquer au fait scientifique. L’expérimentation scientifique n’a plus rien à voir avec l’observation première. Elle porte sur des phénomènes qui sont les produits de tout le travail de rationalisation et abstraction de l’activité théorique de la science. La science concerne bien des faits, mais les faits scientifiques tournent le dos à l’ «empirisme coloré » de l’observation première. Ils sont le résultat d’une production à la fois rationnelle et technique, d’une « phénoménotechnique » : « il faut que le phénomène soit coulé dans le moule des instruments. Or les instruments ne sont que des théories matérialisées. Il en sort des phénomènes qui portent de toute part la marque théorique.»     (« Le nouvel esprit scientifique»). Les faits scientifiques ne sont rien moins que des données. Ce sont des « construits » si l’on peut dire, qui ne trouvent leur pertinence, leur intelligibilité et leur être même qu’à travers un réseau de médiations instrumentales et donc théoriques, puisque les instruments sont la réalisation technique ou technologique de théories.

La représentation de la réalité est considérablement améliorée dans les sciences, qui sont dotées d’instruments techniques qui pallient le manque de puissance des sens humains. Les microscopes, télescopes, les scanners et autres instruments aiguisent remarquablement les sens de l’homme et augmentent les informations sensorielles. C’est, entre autres, ce qui fait dire à Bachelard qu’une science a l’âge de ses instruments de mesure.

Le concept scientifique s’exprime par un langage complètement abstrait, logique, universel, univoque, qui est “déréalisant” (Bachelard). Contrairement au langage commun qui est qualitatif et qui renvoie au senti, au vécu, au perçu, à travers les prénotions, chaud/froid, haut/bas, plaisir/ douleur…, le concept scientifique est l’expression d’un rapport entre des quantités.

Prenons l’exemple des sensations de chaleur et de froid. Ce sont des impressions sensibles que tous les êtres vivants peuvent ressentir, mais sur lesquelles on ne peut pas tenir un discours universel, car ces sensations sont relatives à chacun. Elles doivent, pour devenir un objet de recherche scientifique, être saisies au moyen d’unités de mesure conventionnellement définies, qui les transforment en quantités. Grâce au thermomètre, et à des graduations conventionnellement définies, le chaud n’est plus une qualité sensible subjective, mais un certain nombre de degrés, qui peuvent être mesurés. Un discours «objectif» peut dès lors s’élaborer et s’échanger. L’expérience, qui est ainsi transmise et codifiée et qui est le socle sur lequel se construit le discours scientifique, n’est donc pas une expérience enfermée dans la subjectivité, mais une expérience à valence universelle. Les faits qu’elle saisit ne sont pas les faits de la vie ordinaire, mais des faits d’observation, qui sont toujours des quantifications, qui ne sont pas elles-mêmes faites au hasard, mais à partir d’une question que le scientifique pose à la nature, question elle-même sous-tendue par une théorie.

Nous comprenons désormais bien pourquoi, comme l’affirme Bachelard, la recherche scientifique ne peut advenir que lorsqu’elle est aidée par des instruments de mesure précis. Elle dépend des progrès techniques qui inventent ces instruments, par lesquels se construit un fait d’observation précis et sur lequel un discours à valence universel peut être établi.

L’univers de la science élargit prodigieusement l’univers de la perception. Le diamètre d’un atome est de quelque dix millionièmes de millimètres tandis que notre galaxie a un diamètre de cent mille années-lumière. Le monde scientifique, le monde objectif est ainsi un monde transposé et reconstruit à travers tout un réseau de manipulations techniques et d’opérations intellectuelles : « les faits sont faits.» (Le Roy).

Cette objectivité, conquise contre les illusions subjectives propres aux données sensorielles brutes, n’est atteinte que par une médiation, par un détour théorique et technique dont la complexité s’accroît sans cesse. Si le fait n’est pas « fait», n’est pas créé de toutes pièces, du moins est-il « refait» comme le dit Pradines. Le fait est toujours un résultat obtenu dans des conditions déterminées, précises, elles-mêmes instaurées à partir d’un capital de savoir et de technique.

·    Le point de départ est ici l’observation des faits. Mais les faits qui font progresser la science ne sont pas des faits quelconques : ce sont des faits-problèmes, ce que Bachelard appelle des « faits polémiques » (ou anomalies), à savoir des faits nouvellement découverts qui entrent en contradiction avec le système du monde précédemment admis.

En effet, Il n’est pas tout à fait vrai de dire que la science part des faits. Si loin qu’on recule dans l’histoire de l’humanité on retrouve autour des faits des mythes qui prétendent les expliquer. Il n’y a pas dit Bachelard « des vérités premières», il n’y a que des « erreurs premières» La science se constitue non pas en accumulant paisiblement des connaissances par des observations répétées mais en réfutant les premières interprétations mythiques/ les connaissances établies : « En revenant sur un passé d’erreurs, on trouve la vérité en un véritable repentir intellectuel. En fait, on connaît contre une connaissance antérieure, en détruisant des connaissance mal faites ». Le point de départ de la recherche n’est jamais le fait empirique considéré à part, mais le problème posé par le fait polémique, la contradiction entre le fait découvert et les conceptions théoriques antérieures. Le fait polémique a le sens d’une contradiction.

NB : Déjà «Il faut être bien savant pour saisir un fait», Alain. En effet, le repérage et la formulation du problème exigent un esprit cultivé scientifiquement.

Illustrons plus précisément cette idée par un exemple emprunté cette fois à la physique. Qu’est-ce qui conduisit Newton († 1727) à la formulation de la théorie de la gravitation universelle ( = action à distance entre 2 corps) ? La pomme que, paraît-il, il reçut sur la tête n’explique évidemment rien, mais on peut remarquer qu’ici comme souvent la légende de la science rejoint l’inductivisme en invoquant les «faits », fussent-ils imaginaires, à l’origine de la théorie. Il faut en vérité comprendre la nature des problèmes que la physique du temps de Newton pouvait se poser, et leurs présupposés théoriques. Pour ce faire, un aperçu de l’histoire des théories physiques du mouvement n’est pas inutile.

Pour l’antiquité grecque, avec Aristote, le mouvement est par nature passager, transitoire. Son essence est de finir. Ce n’est pas un état de la matière. L’univers n’est en ordre qu’à l’état de repos. Le mouvement est alors l’indice d’un désordresoit comme la cessation de l’état naturel d’ordre (lancer une pierre en l’air)- soit comme tendance à rétablir l’ordre naturel (quand la pierre retombe). Cette théorie semble, il faut le souligner, tout à fait correspondre à certaines données évidentes de l’expérience : chacun peut constater qu’aucun mouvement ne dure indéfiniment.

A partir du XVII ième siècle, les théories modernes du mouvement vont promouvoir celui-ci au rang de passage à celui d’état. Leur principe fondamental est le principe d’inertie, selon lequel un corps a tendance à conserver tout état nouveau qui lui est communiqué : lorsqu’un corps en mouvement s’arrête, c’est donc dû, non comme le croyait Aristote à des causes inhérentes, mais à des facteurs extérieurs, tels les frottements, la résistance de l’air, etc.

Or ce principe d’inertie va poser des problèmes nouveaux. Par exemple, comment se fait-il que la Terre tourne autour du soleil, puisque, selon ce principe d’inertie, elle devrait se mouvoir d’un mouvement rectiligne correspondant à une tangente de son orbite ? Pour Copernic qui, au XVII ième, ne connaissait pas le principe d’inertie, le problème ne se posait pas, et Copernic pouvait considérer alors, comme les Grecs, le mouvement circulaire des planètes comme un mouvement naturel et auto-explicatif. A l’époque de Newton au contraire compte tenu de l’état nouveau des théories du mouvement, ce qui n’était pas un problème cent cinquante ans plus tôt en devient un. Il faut expliquer le mouvement orbital, elliptique des planètes, qui ne s’explique plus de lui-même. La
théorie de la gravitation sera cette explication.

·    Deux exemples, parmi d’autres :

  • en 1643, les fontainiers de Florence, tirant l’eau d’une citerne avec une pompe aspirante, constatent qu’au-delà de 10,33 m, l’eau ne monte plus dans la pompe vide, à une époque où tout le monde pense que « la nature a horreur du vide » (Aristote).
  • Lavoisier, ayant fait brûler un morceau de plomb, constate, en 1772, que le plomb calciné, que l’on nommait alors la « chaux de plomb », a augmenté de poids, à une époque où l’on croit que tout métal est composé d’une chaux et de « phlogistique » et que la combustion libère le phlogistique. Comment se fait-il que cette chaux résiduelle soit plus lourde que le morceau de plomb initial ?

    Il appartiendra à Lavoisier de rétablir un système intelligible en montrant que la combustion n’est pas une décomposition chimique mais tout en contraire une combinaison. La combustion d’un corps implique non le départ d’un «phlogistique» mais la fixation de l’oxygène de l’air. Lavoisier découvre le phénomène de l’oxydation des métaux.

    >> https://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/431865.pdf

Dans ces deux cas de figure, le fait se présente comme un écart, comme une différence, comme une contradiction entre l’idée et le donné, entre la théorie et l’expérience.

  1. La formulation d’une hypothèse

·    Nous pouvons comprendre maintenant quel rôle joue l’hypothèse dans la démarche expérimentale. Ce n’est pas une conjecture fortuite, c’est, dit Claude Bernard, « une interprétation anticipée et rationnelle des phénomènes de la nature ». L’hypothèse rétablit l’intelligibilité harmonieuse que le fait polémique avait rompue. Le savant ne répond pas directement et définitivement à la question « Pourquoi ? » par une proposition affirmative. Mais il procède par le détour d’une question nouvelle. Il demande, pour reprendre la formule de Bachelard, « Pourquoi pas ? ». L’hypothèse est une invention de l’intelligence pour résoudre la contradiction posée par le fait-problème. L’hypothèse est un effort pour « comprendre », autrement dit pour prendre ensemble (« cum-prehendere » en latin) tous les faits, pour les rassembler au sein d’un système cohérent. L’invention de l’hypothèse, la construction d’une théorie nouvelle, voilà l’acte fondamental du génie scientifique. C’est un acte rationnel puisqu’il s’agit de proposer un système théorique qui permette de comprendre tous les faits données, de les intégrer à un système intelligible. Les hypothèses sont des interprétations, des significations présumées du phénomène observé. La recherche scientifique est un dialogue entre esprit et nature, entre idée et expérience, entre rationalisme et empirisme.

Par exemple, Archimède fait des expériences sur quelques corps immergés, et sur lui-même dans son bain ! Il conclut de ses observations particulières son fameux principe : tout corps plongé dans un fluide éprouve une poussée verticale de bas en haut égale au poids du fluide qu’il déplace.

·    Par exemple, l’hypothèse de la pression atmosphérique permet de comprendre que l’eau monte dans les pompes vides jusqu’à une hauteur de 10,33 m et qu’elle ne monte plus au-delà. Pour dissiper toutes les objections contre l’existence du vide, Pascal demandera à son beau-frère Florin Périer d’organiser l’expérience du Puy-de-Dôme (1465 m). Celle-ci montrera que la hauteur du vif-argent dans un tuyau est moindre en haut qu’en bas de la montagne. Il s’ensuit nécessairement que la pesanteur ou pression de l’air est la seule cause de cette suspension du vif-argent, et non pas l’horreur du vide.

On saisit que la pression atmosphérique, avant d’être une expérience, est une exigence et, comme l’écrit Léon Brunschvicg dans «L’Expérience humaine et la causalité physique» (1922), une invention qui est « un acte rationnel ». De même, l’augmentation de poids du métal calciné devient intelligible dans l’hypothèse de Lavoisier: brûler, ce n’est plus perdre du phlogistique, mais tout au contraire fixer de l’oxygène.

Lavoisier : rien ne se perd, rien ne se crée

« Il ne leur a fallu qu’un moment pour faire tomber cette tête et cent années peut-être ne suffiront pas pour en reproduire une semblable ! » Celui qui prononce ces paroles le 9 mai 1794 est le mathématicien Joseph-Louis Lagrange. Il ne comprend pas que le tribunal révolutionnaire ait pu envoyer à la guillotine son collègue, le savant Antoine Laurent de Lavoisier, père de la chimie moderne. C’est parce qu’il faisait partie des fermiers généraux que Lavoisier a été exécuté. Demandant quinze jours de délai avant son exécution afin de terminer une expérience, il obtient cette réponse : « La république n’a pas besoin de savants ! »

Il est né en 1743 à Paris. Brillant élève, il devient avocat, mais, attiré par les sciences, il est nommé régisseur des poudres et salpêtres, et réside à l’arsenal. Il y entreprend des expériences de chimie, parvient à faire l’analyse de l’air, à identifier l’oxygène et l’azote, établit la composition du gaz carbonique, démontre que l’eau est obtenue par combustion de l’hydrogène. Avec Guyton de
Morveau, Fourcroy et Berthollet, il modifie la nomenclature chimique, substituant aux noms fleuris et fantaisistes de l’alchimie, des termes précis tels sulfates, acétates et borates afin de désigner les sels. « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme », ainsi a-t-il résumé sa théorie générale.

  1. La vérification expérimentale / confirmation de l’hypothèse

·    L’expérimentation est l’ensemble des expériences imaginées et réalisées pour vérifier, éliminer ou rectifier des hypothèses. L’Expérimentation réussie, permet alors de vérifier l’hypothèse en passant alors au stade de théorie ou de loi scientifique.

Une expérimentation doit permettre de :

1. Répéter le fait.

2. En varier les paramètres (= les conditions de l’expérience).

3. Ralentir (exemple ralentir chute d’un corps en utilisant plan incliné.)

4. Analyser les paramètres en isolant les différentes conditions. SEPARER, distinguer.

[Reprise d’annale] Comme l’avait déjà deviné Galilée, Bachelard montre que le fait scientifique est:

  • «filtré, épuré»: l’esprit scientifique néglige de nombreuses circonstances sans influence dur le fait étudié ;
  • «remarqué et établi»: les faits doivent correspondre à une idée préalable et avoir une signification. On doit aussi pouvoir les «réobserver»;
  • «interprété et rectifié»: c’est prq les faits sont toujours polémiques. «L’observation scientifique est toujours une observation polémique, elle confirme ou infirme une thèse antérieure.» (Bachelard, «Le nouvel Esprit scientifique».

[TS] La construction du fait scientifique

La réalité scientifique n’est donc pas la réalité spontanément et passivement observée. C’est une réalité construite. Le fait n’a de signification scientifique que lorsqu’il est transposé de façon à pouvoir nous livrer des caractéristiques objectives, mesurables. La construction scientifique du fait consiste généralement à imaginer une série d’artifices techniques pour transposer l’observation dans le champ visuel et spatial. Par exemple la sensation musculaire de poids, subjective et imprécise, est remplacée par l’appréciation visuelle de la position de l’aiguille de la balance. La « force» est mesurée par l’allongement communiqué à un ressort. La science de l’électricité ne s’est développée que grâce à des techniques qui emploient l’électricité à produire des effets mesurables dans l’espace (déplacement de l’aiguille de l’ampèremètre, du galvanomètre, produits de l’électrolyse mesurés au moyen de la balance). La température devient un fait scientifique lorsqu’elle n’est plus sentie sur la peau mais lue sur un thermomètre. Même à partir d’un exemple aussi simple, on peut apprécier toute la distance qui sépare le «vécu» immédiat du «connu» scientifique : l’impression «vécue» de température dépend des récepteurs thermiques à la surface de notre corps. Mais ces récepteurs font partie d’un organisme qui est lui-même une source de chaleur. L’impression de température dépend non seulement du milieu avec lequel notre corps est en contact mais aussi de notre corps lui-même. Elle est soumise aux variations de la circulation sanguine. Le pouvoir d’adaptation de l’organisme interdit d’ailleurs toute appréciation objective. Les impressions de «fraîcheur » et de « tiédeur» sont subjectives et relatives aux circonstances et de surcroît imprécises.

L’usage d’un instrument encore aussi élémentaire qu’un banal thermomètre centigrade nous introduit déjà dans un monde      Ici la relation complexe entre mes récepteurs thermiques, mon organisme et le milieu -d’où résultait l’impression vécue de température- est remplacée par une mesure fondée sur des relations beaucoup plus simples entre un objet et le milieu: apprécier une température, c’est mesurer la dilatation d’une colonne de mercure sur une échelle graduée. L’observation scientifique suppose donc des instruments, elle requiert une manipulation. L’instrument suppose lui-même une théorie (par exemple, le thermomètre suppose la théorie de la dilatation). Comme le dit Bachelard: «Un instrument, c’est une théorie matérialisée». Apprécier une température, c’est mesurer la dilatation d’une colonne de mercure sur une échelle graduée. Mais la fabrication d’un tel instrument requiert une théorie scientifique préalable. Un thermomètre, c’est la théorie de la dilatation du mercure matérialisée. Et cela est encore plus vrai des instruments de la science contemporaine : «En suivant la physique contemporaine nous avons quitté la nature pour entrer dans une fabrique de phénomènes.»

Au monde perçu, la science substitue un monde construit. Et cette construction est à la fois conceptuelle et technique. Elle va des techniques opératoires les plus abstraites du mathématicien jusqu’aux manipulations matérielles de l’expérimentateur. Plus la science progresse et plus le fait scientifique s’éloigne du fait brut, c’est-à-dire du fait tel qu’il est donné à la perception vulgaire.

·     L’hypothèse n’a bien entendu de signification scientifique que si elle est vérifiable. Elle l’est parfois directement. C’est ainsi que la planète imaginée par Le Verrier pour rendre compte des perturbations d’Uranus devient une planète réelle (Neptune) lorsque, le 23 septembre 1846, l’astronome berlinois Gall l’aperçoit dans son télescope.

Le Verrier fait l’hypothèse d’une planète encore inconnue dont la force d’attraction expliquerait les «perturbations» d’Uranus. Il calcule ce que devrait être la masse, la distance de cette planète supposée qu’il appelle Neptune, pour que, dans le cadre des lois de Newton, les mouvements d’Uranus deviennent intelligibles.


·    Mais souvent, la vérification de l’hypothèse n’est possible que par la médiation d’une déduction. Ainsi raisonne Pascal : si vraiment c’est la pression atmosphérique qui explique que l’eau dans les pompes vides ne monte qu’à 10,33 m (ou le mercure à 76 cm), alors la hauteur du mercure dans un tube plongé dans une cuve à mercure devrait diminuer en raison directe de l’altitude. De l’hypothèse, Pascal a déduit une conséquence. C’est, comme en mathématiques, un raisonnement hypothético-déductif. Mais loin de se suffire à lui-même, celui-ci doit être intégré à la conduite expérimentale dont il ne constitue qu’une étape. Encore faut-il vérifier la conséquence, ce que fera Pascal au sommet de la tour Saint-Jacques, et son beau-frère Périer
au sommet du Puy-de-Dôme (1465 m).

SYNTHESE DE LA PARTIE : Dans son «Introduction à l’étude de la médecine expérimentale» (1865), Claude Bernard caractérise la démarche expérimentale comme un processus qui comporte trois moments :

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/methode-experimentale-claude-bernard/

·    1) L’observation. Le savant constate purement et simplement le phénomène qu’il a sous les yeux. Il doit observer sans idée préconçue, en évitant toute erreur, en faisant usage des instruments qui pourront l’aider à rendre son observation plus complète. L’ «observateur» se limite à constater les phénomènes.

·    2) L’interprétation ou hypothèse. Le fait constaté et le phénomène bien observé appellent l’idée. « Les faits sont des matériaux nécessaires, écrit Claude Bernard ; mais c’est leur mise en œuvre par le raisonnement expérimental, c’est-à-dire la théorie, qui constitue et édifie véritablement la science. L’idée formulée par les faits représente la science » («Introduction à l’étude de la médecine expérimentale»). Application de la raison pour produire une hypothèse rationnelle

·    3) L’expérimentation ou vérification. Le savant institue une expérience qui puisse confirmer ou infirmer l’hypothèse. L’expérience n’est qu’une observation provoquée dans le but de vérifier la validité d’une hypothèse. L’expérimentateur réfléchit à partir de faits acquis pour en imaginer et en provoquer d’autres par la raison.
L’expérimentateur fait toujours son expérience dans un but de contrôle.

  • Voici comment se résume tout le travail scientifique : « 1° le savant constate un fait; 2° une idée naît dans sonesprit, à propos de ce fait; 3° en vue de cette idée, il raisonne, institue une expérience, en imagine et en réalise lesconditions matérielles; 4° de cette expérience résultent de nouveaux phénomènes qu’il faut observer, et ainsi de suite. »

  • Note : Le passage de (1) à (2) est inductif – INDUCTION = L’induction part d’un certain nombre de cas observés pour en tirer une hypothèse générale, une loi (qu’il restera à vérifier). Raisonner par induction, c’est aller souvent du particulier vers le général. Par exemple, si je constate que beaucoup d’hommes qui m’entourent finissent par mourir, je peux en induire que les hommes sont mortels (ce n’est pas une preuve absolue, mais une loi fort probable).

    L’induction est l’opération mentale qui consiste à partir d’une diversité pour en tirer une généralité. À partir de ce travail spontané de la raison, l’homme crée les concepts et les lois scientifiques, mais aussi toutes les généralisations dont il fait de multiples usages. Faire des inductions est en effet très spontané chez l’homme et prend de multiples formes. La première et la plus usitée de ces généralisations est l’usage des noms communs, ce qu’on appelle en philosophie des concepts. Le concept de chien, par exemple, est une généralisation, au sens où le chien en tant que concept n’existe pas dans la réalité, où il n’existe que des chiens particuliers, tous différents et néanmoins avec suffisamment de points communs pour que la généralisation en concept soit possible. C’est pourquoi tout le monde voit immédiatement ce à quoi nous faisons référence en parlant du chien en général, même si personne ne peut se faire une image de ce concept.

  • Note : Le passage de (2) à (3) est déductif – DEDUCTION = En logique, opération de l’esprit par laquelle on tire une conclusion, une conséquence nécessaire, à partir d’une proposition, d’un principe préalablement posé (ou de plusieurs propositions). Par exemple, si je pose que «tous les hommes sont mortels» et que je constate que je suis un homme, j’en déduis que je suis mortel. Du général vers le particulier.

    La déduction est l’opération mentale complémentaire de l’induction, qui consiste à partir d’une loi ou d’un cas général pour tirer des conclusions sur tel objet ou tel être individuel ou particulier qui relève de ce cas ou de cette loi. Or, percevoir c’est faire sans cesse des déductions de ce genre car, comme le dit Bergson, percevoir c’est reconnaître un événement, un fait, un être comme appartenant à une classe générale, préalablement répertoriée.

  • Dans le raisonnement, les deux opérations s’unissent souvent. L’induction me permet d’esquisser une loi (les hommes sont mortels). La déduction me permet de tirer de cette loi des conséquences (je suis mortel). Il restera à l’expérimentation d’établir le bien-fondé de ces conclusions.
    Ainsi, pour prendre un exemple banal, les hommes ont appris à s’attendre à voir tomber la pluie quand un certain nombre de conditions sont réunies. Cette prévision empirique de la météorologie locale est le résultat d’une longue expérience, où inductions et déductions se mêlent, après avoir tâtonné durant des siècles. Mais inductions et déductions peuvent être l’occasion de constructions mentales délirantes ou complètement fausses. La raison doit donc, comme nous le montre Bergson, être constamment contrôlée par un retour au fait, sous peine de s’égarer de plus en plus.
  • Synthèse sur la démarche expérimentale :

    http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/421054.pdf

Illustration:

Une des grandes découvertes de Bernard lui-même, la fonction glycogénique du foie, nous en fournira le bon exemple. Les théories en vigueur divisaient le monde vivant en deux règnes distincts : les végétaux, qui produisent le sucre, et les animaux, qui le consomment et en tirent leur énergie. Or, Bernard découvre du sucre dans le sang de chiens nourris exclusivement de viande. L’organisme animal produit donc par lui-même du sucre et c’est dans le foie que Bernard localisera cette production. Il semble bien ici que c’est un fait polémique -la découverte de sucre dans le sang de chiens nourris exclusivement de viande- qui provoque l’hypothèse de la fonction glycogénique du foie.

  • Vidéo sur Claude Bernard [TS]:

https : //www.youtube.com/watch?v=mZD_tNQbAKA&ab_channel=BioLogique

  1. LA SCIENCE EN MARCHE

REPERE : UNIVERSEL / GENERAL / PARTICULIER / SINGULIER

L’universel vaut pour tous et pour tout quels que soient le lieu et le moment, que l’on se situe dans le domaine des sciences ou des réalités humaines. Les défenseurs des droits de l’homme pensent que ceux-ci sont valables partout sur la Terre. Le général concerne, lui, un groupe plus restreint, mais s’applique à un grand nombre de personnes et de choses. Surtout, il peut admettre des exceptions. Ce qui est particulier s’applique seulement à une partie des personnes ou des choses concernées : les dirigeants chinois affirment ainsi que leur culture est particulière et qu’elle ne saurait adopter mécaniquement les droits de l’homme. Enfin, le singulier désigne une seule entité, s’applique à un seul sujet, par exemple un couple, qui ne ressemble à aucun autre. Notons toutefois qu’il existe un lien entre le singulier et l’universel : ce couple ressent en effet un sentiment universel. On peut donc être à la fois différent de tous les autres, absolument unique, et vivre des situations que tout le monde partage. La philosophie mène à tout, même aux baisers dans les salles obscures.

L’inductivisme ou empirisme (Cf. le passage de (1) à (2) ci-dessus) se heurte à un problème majeur: comment passer d’énoncés singuliers à des énoncés universels?
Un énoncé scientifique est un énoncé universel. OR, on ne dispose que d’expériences particulières pour le tester. Quel que soit le nombre des expériences de contrôle, il n’est pas possible logiquement de valider une proposition universelle à partir de cas particuliers. Il y a là une inférence dont absolument rien ne garantit la certitude. Supposons avec Bertrand
Russell
(mathématicien, logicien, épistémologue anglais, mort en 1970) une dinde consciencieusement inductiviste amenée un beau jour dans une ferme d’élevage. Le premier jour, on la nourrit à 9 heures du matin. Rigoureuse, elle note l’énoncé d’observation: «Tel jour X, j’ai été nourrie à 9 heures ». Le second, idem … Comme elle est scrupuleuse, elle fait varier les conditions expérimentales : qu’il neige ou qu’il fasse beau, que ce soit un homme ou une femme, on lui donne toujours à manger à 9 heures. Elle se croit donc autorisée pour finir à énoncer le principe général : «On me donnera toujours à manger à 9 heures du matin ». Le lendemain est le jour de Noël, et à 8 heures on lui coupe la tête !


HUME ET L’ILLUSION DE LA CAUSALITÉ

La causalité se réduit pour Hume à une banale association d’idées engendrée dans notre esprit par l’expérience et l’habitude. Si l’on s’en tient aux données de l’expérience, nous ne voyons pas une cause produire un effet : quand deux événements se succèdent (le soleil se lève le matin) et que cette conjonction se répète un certain nombre de fois, rien ne garantit que le passé puisse servir de loi et que nous soyons en droit d’attendre que la conjonction se répète. Le principe de causalité, qui prescrit l’expérience future à partir de l’expérience passée, et sur lequel se fonde toute induction scientifique, est donc un principe subjectif de l’imagination, produit par l’expérience et l’habitude. Il n’est rien d’autre qu’une croyance, certes nécessaire dans la vie courante, mais dont l’usage scientifique doit faire l’objet d’un examen critique.

Hume (1711-1776)

Philosophe écossais, David Hume est le représentant le plus éminent de l’empirisme, doctrine qui voit dans l’expérience l’unique origine de nos connaissances. Procédant à la genèse de nos croyances et de nos facultés, sa critique du principe de causalité en fait le précurseur de Kant et de Nietzsche.

Selon Hume, l’idée de causalité ne dénote pas une propriété des choses, mais seulement leur mode d’appréhension par l’intelligence humaine. Selon lui, toutes les sciences empiriques sont fondées sur une illusion, celle qui consiste à croire qu’à partir d’expériences en nombre limité on a le droit de tirer des lois générales qui sont censées décrire la totalité des expériences possibles. Or, de la simple répétition d’un fait dans le passé, rien ne nous permet d’inférer légitimement une loi valable pour la totalité des expériences possibles, passées et à venir. Le principe de causalité, qui règne en maître dans les raisonnements scientifiques, n’est, en fait, rien d’autre qu’une habitude.

HUME dit : si je vois une boule A rouler et heurter une boule B, B se met à avancer. Je peux dire que A a bougé dans un premier temps et que B a bougé ensuite quand A l’a touchée. Mais je n’ai pas vu la force, le mouvement passer de A à B. Je n’ai pas vu de cause. Je l’ai déduite, supposée. Il ne faut donc pas parler de cause, mais “d’antécédent constant“. Selon Hume, l’idée de causalité ne dénote pas une propriété des choses, mais seulement leur mode d’appréhension par l’intelligence humaine.


Hume et la causalité:

https : //drive.google.com/open?id=1CE2QIhnxGM9ud5qTJZMOveu8D1KosiZz

Logiquement, tous nos raisonnements inductifs sont exposés au même risque que celui de la pauvre dinde, même si psychologiquement il n’en va pas de même, si nous avons souvent beaucoup de mal à nous persuader de l’absence d’assurance de tels raisonnements et s’ils emportent avec eux une très forte croyance. En aucun cas ce n’est une certitude. Rien ne me garantit que le prochain corbeau sera noir, que mon eau bouillira demain à 100° ou que le soleil se lèvera à nouveau. Hume fut le premier à souligner fortement qu’il n’y a aucune nécessité logique à ne pas concevoir le contraire, alors que dans une déduction, en revanche, la conclusion est la conséquence nécessaire des prémisses.


Les énoncés scientifiques sont universels (tous… sont). Or, les observations susceptibles de les vérifier se décrivent sous forme d’énoncés particuliers (il s’est produit tel phénomène dans telles circonstances). Or, aucun énoncé particulier ne peut logiquement établir la vérité d’un énoncé universel.

Exemple :
Soit la loi zoologique : «Tous les corbeaux sont noirs». L’observation d’un corbeau noir dans mon jardin confirmera cette loi. La 1000e observation d’un corbeau noir augmentera la confirmation mais ne saurait constituer pour autant une preuve décisive, car il suffirait que l’on puisse observer un seul corbeau blanc pour établir la fausseté de cette loi. Un contrôle expérimental peut rendre fausse une loi scientifique mais non la vérifier.

N’y a-t-il donc aucun moyen de soustraire l’induction à cette incertitude? L’induction suppose une règle : que les mêmes causes produisent les mêmes effets ou que le cours de la nature est uniforme, mais cette règle n’est que postulée. Comment pourrait-on l’établir ? Le seul moyen possible prouver la valeur du raisonnement inductif nous est donné dans un syllogisme du type :

(a)    Le cours de la nature est uniforme.

(b)    Or j’ai toujours constaté que tel objet a été accompagné de tel effet ou de telle propriété.

(c)    Je peux donc légitimement généraliser et prévoir que d’autres objets de même nature seront accompagnés des mêmes effets ou propriétés.

Mais comment établir la vérité d’une proposition comme « le cours de la nature est uniforme », qui est, elle-même, une proposition générale, sinon par induction ? Il y a là un cercle vicieux ou une pétition de principe : le seul moyen de valider l’induction est de présupposer la valeur du raisonnement inductif.

Partir du principe que les sciences peuvent proposer des lois universelles du monde revient à affirmer implicitement que ces lois existent. L’universel se définit comme ce qui ne change pas et ce qui est valable en tout point de l’univers et à tout moment. Aussi, la nature semble considérée comme obéissant à un système constant de causalité. Les mêmes causes appellent invariablement les mêmes effets, ce qui revient à dire que le monde dans son entier est soumis au déterminisme, seul capable de justifier que les lois universelles existent.

  1. Les limites de toute vérification/confirmation expérimentale

·    Peut-on dire qu’une hypothèse, qu’une théorie scientifique soit, au sens strict, « vérifiable » ? Certes, lorsque les conséquences tirées de la théorie se révèlent contraires aux faits expérimentaux, la théorie est effectivement réfutée par l’expérience ou, comme le dit Karl Popper dans «La Logique de la découverte scientifique» (1934), « falsifiée » (néologisme construit sur l’anglais «to falsify», « prouver la fausseté »). Une théorie scientifique acceptée l’est parce qu’elle a jusqu’à présent surmonté les tentatives faites pour en établir la fausseté. De même qu’une théorie ” fausse » est une théorie dépassée, et donc que la théorie actuellement vraie sera l’erreur de demain, de même la positivité d’une science d’aujourd’hui est une moindre magie.

(TS) L’une des conséquences de la découverte de la théorie de la relativité générale est que la physique newtonienne ne peut plus être considérée comme une vérité indiscutable. Ce qui repose le problème de façon toute différente de celle de Kant envisagea. Popper a donc repris l’enquête.

En 1919, Popper est âgé de 17 ans et vit à Vienne. A l’époque, trois sujets passionnent la jeunesse : le marxisme, la psychanalyse et la relativité. La psychanalyse frappe particulièrement les esprits par sa     capacité à tout expliquer : vous aimez votre mère ou non, cela résulte de toute façon de votre complexe d’Œdipe, qui, dès lors, devient irréfutable. Aucun événement ne peut prendre en défaut la psychanalyse. Au contraire, certains résultats de mesure réfuteraient la relativité [*] L’apport majeur de Popper est d’avoir est d’avoir interprété l’irréfutabilité d’une thèse comme une faiblesse plutôt qu’une force.

[*] La réfutation de la théorie newtonienne et la validation de la relativité d’Einstein en 1919 par Eddington: https : //www.dailymotion.com/video/xxg8mt

Selon Popper, l’appréhension kantienne de la connaissance n’est pas choquante parce qu’elle est absurde, mais parce que trop radicale. Certes, l’entendement prescrit ses lois à la nature, mais la nature peut résister. Le scientifique forme une conjecture, une théorie, puis tente une expérience pour la confirmer. L’expérience infirme ou pas la théorie. La nature peut contredire l’esprit humain. Kant, dit Popper, a eu raison de souligner que toute connaissance est modelée par notre esprit. Faut-il en conclure pour autant que l’on obtient ainsi une connaissance absolue ? A la formule de Kant, Popper substitue une proposition moins catégorique : « L’entendement ne puise pas    ses lois dans la nature, mais tente -en réussissant dans des proportions variables- de lui prescrire des lois librement inventées par lui. » L’esprit ne produit pas des certitudes mais seulement des conjectures. Et attention: une conjecture confirmée par les faits n’est pas pour autant prouvée. Les mesures ont confirmé la conjecture newtonienne. Pourtant, – et Hume l’avait bien compris -, la mécanique newtonienne restait une croyance : elle est réfutée aujourd’hui par la mesure sur le périhélie de Mercure, la rotation de celui-ci n’étant pas celle qu’avait prévu la mécanique newtonienne.

Nos certitudes dit Popper, ne portent que sur ce qui est faux. Impossible de prouver que l’affirmation «tous les cygnes sont blancs» est vraie. Le fait de n’avoir jamais observé un cygne qui ne soit pas blanc ne prouve pas la véracité de cette affirmation. Par contre, un seul cygne noir suffit à le réfuter. Une conjecture est une synthèse entre la soumission à l’expérience et la nécessité de construire au delà de l’expérience. On peut prouver qu’une théorie est fausse- à partir du moment où elle s’engage sur des prédictions -, mais jamais qu’elle est vraie. Les théories réputées vraies sont des conjectures. La science avance en émettant des conjectures qu’elle tente de réfuter.

Popper en déduit un critère de démarcation entre ce qui est scientifique et ce qui ne l’est pas, entre physique et métaphysique. Pour lui est scientifique toute théorie réfutable, c’est-à-dire toute théorie qui admet que certains résultats l’infirmeraient. N’est pas scientifique, au contraire, toute théorie qui, comme la psychanalyse ou le marxisme, Popper dixit, reste valable quelles que soient les observations.

·    En revanche, aucune expérience ne peut vérifier définitivement une théorie. La vérification est toujours provisoire et relative. En pratique, on appelle « vraie », ou « vérifiée », une hypothèse scientifique qui a jusqu’à présent résisté avec succès aux tests expérimentaux mis en place pour tenter de la réfuter, de la « falsifier ». Mais aucune théorie, même la mieux établie dans la communauté scientifique, n’est à l’abri d’une éventuelle réfutation ultérieure. Aussi faut-il considérer toutes les lois ou théories scientifiques comme provisoires, hypothétiques ou conjecturales — les nouvelles théories ne s’imposant que comme des approximations meilleures que celles qui les ont précédées. Tout se passe en somme comme si la nature pouvait clairement répondre : « non » à l’expérimentateur (lorsque l’hypothèse est réfutée, « falsifiée »), mais ne pouvait jamais lui répondre « oui » de façon définitive. Le falsificationnisme accorde une grande importance à l’histoire des sciences. Une première confirmation d’une théorie nouvelle est décisive. La nième confirmation n’apporte plus grand-chose. De même, la première falsification d’une théorie reconnue est décisive mais la Nième falsification n’offre pas d’intérêt.


Conclusion sur Popper: Une théorie ne peut jamais être déclarée «vraie» au sens absolu, mais «vraisemblable».
Aucune théorie scientifique n’est vraie définitivement. Elle représente simplement comment la communauté scientifique d’un moment se représente le monde. À terme, elle est destinée à être remplacée par une autre théorie plus performante. Si aucune théorie scientifique n’est vraie définitivement, il n’empêche qu’elle doit sa qualité de scientifique à sa résistance à l’expérimentation. C’est pourquoi, si l’épistémologue Popper ne parle pas de vérité à propos des théories scientifiques, il admet cependant en elles une forme de vérité, qui est relative et temporelle mais fondée et qu’il appelle la «
vérisimilitude
». La science ne serait pas «La» vérité, elle ne prétend pas à une certitude totale, mais elle vise une «approximation de la vérité» par une «élimination indéfinie de l’erreur» (in «Logique de la découverte scientifique»). Les savoirs qui ne sont pas falsifiables (ou qui s’auto-immunisent contre la réfutabilité), ni vérifiables, comme le marxisme, l’histoire, la psychanalyse, ne peuvent pas, comme ils le désirent, recevoir le label de “scientifique“.

  1. Science et non-science

·    Dans la recherche d’un critère permettant de distinguer la science de la pseudo-science, on invoque souvent la vérification : il suffirait que l’expérience « confirme » la théorie pour que celle-ci puisse être considérée comme scientifiquement établie. Cette réponse ne satisfait pas Popper, qui constate que l’astrologie, par exemple, ne laisse pas de présenter à l’appui de ses théories de nombreuses preuves fondées sur l’observation. L’horoscope qui vous prédit dans les semaines à venir un rendez-vous important et quelques soucis de santé a toutes les chances de se voir confirmé par l’expérience. Mais le fait que ses prédictions se réalisent vous autorise-t-il à affirmer sa scientificité ? Non, répond Popper, et précisément parce qu’en annonçant des événements qui ont toutes les chances de se réaliser, l’horoscope se met par avance à l’abri de toute réfutation !

·    Ce n’est donc pas l’abondance des vérifications expérimentales qui assure la scientificité d’une théorie, mais au contraire la possibilité pour elle d’être falsifiée. Par conséquent, les théories au pouvoir explicatif illimité, les théories qui prétendent rendre compte de la totalité des phénomènes qui se produisent dans leur domaine d’attribution (Popper pense à la théorie marxiste de l’histoire, ou encore à la théorie psychanalytique de Freud) ne peuvent être tenues pour scientifiques, dans la mesure où elles ne prennent jamais le risque d’être réfutées : il n’existe tout simplement aucun fait susceptible de les invalider !

Attention, Popper ne dit pas que les théories psychanalytique et marxiste sont fausses, mais, seulement, qu’elles ne sont pas scientifiques.

RAPPEL: C’est au nom de ce critère de falsifiabilité que Popper récuse, en particulier, la psychanalyse. C’est, dit-il une théorie qui a réponse à tout. Ainsi les raisons sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour nier la réalité de l’inconscient ou encore de la sexualité infantile ne sont, au fond, pour le psychanalyste, que de pseudo-raisons largement influencées par des motifs affectifs et des complexes inconscients. En somme, quelle que soit la critique qu’on lui adresse, aussi pertinente qu’elle puisse paraître, elle tourne à l’avantage de la psychanalyse car elle est aussitôt interprétée en termes de résistance, de refoulement. Cette attribution d’une signification à tout fait considéré (y compris à sa propre critique) nous présente la psychanalyse comme un système herméneutique, qui en tant que tel paraît irréfutable. Et c’est précisément parce qu’elle n’exclut aucun fait de son domaine, même ceux qui pourraient la contredire, que Popper relègue la psychanalyse au rang de fausse science, aux côtés, par exemple, de la cartomancie ou encore de l’astrologie.

Cette critique de la psychanalyse est séduisante mais elle oublie le statut particulier de cette théorie qui vise à formuler des vérités sur un objet qui est l’inconscient, objet qui ne fait pas sens dans le sens discours que la conscience tient sur elle-même. La découverte freudienne est liée à la découverte, par Freud, de son propre inconscient et de certaines dimensions qui se retrouvent dans l’inconscient de tout un chacun. Comme le souligne Laplanche : « la psychanalyse est la voie royale pour accéder à quelque part de la vérité psychanalytique.»


Vidéo sur Karl Popper (1902 – 1994):

https : //www.youtube.com/watch?v=Kqoc-ORrktk&ab_channel=sunnisunnit

https : //www.youtube.com/watch?v=gNZMnyaTuII&ab_channel=Fran%C3%A7oisJourde

  1. Le progrès dans les sciences

·    Cette réflexion sur le rapport des faits et des théories (hypothèses) nous montre que le progrès des sciences expérimentales ne doit pas se lire comme une accumulation paisible de faits, mais comme la solution — toujours provisoire — des contradictions entre les théories anciennes et les faits nouvellement découverts, bref comme une dialectique. Le rapport faits-théories peut se présenter soit comme l’intégration de faits nouveaux à une théorie bien établie, à ce que Thomas Kuhn appelle un « paradigme » (modèle qui donne naissance à une tradition cohérente de recherche), soit comme le renversement d’une ancienne théorie, ou d’un ancien paradigme par la découverte de faits qui ne peuvent plus s’y intégrer.

A la différence de l’optimisme de Popper, Kuhn pense que la science est beaucoup plus conservative. Kuhn (in «La Structure des révolutions scientifiques») appelle «paradigme», une certain vision du réel diffusée par la science d’une époque donnée.
Kuhn nous montre, en outre, que le progrès scientifique se fait par sauts à certains moments et durant les périodes de révolutions scientifiques : la communauté scientifique abandonne alors un paradigme, à partir duquel elle regardait la réalité, pour se rallier à un autre paradigme, parfois totalement nouveau, parfois existant précédemment à l’état de théorie marginale, et qui présente du monde une tout autre image, incommensurable à la première. L’image que les scientifiques ont de la réalité est donc à la fois relative et temporelle.

Exemple : L’idée grecque d’un cosmos, d’un univers clos, ordonné et géocentré (Ptolémée) était un paradigme cosmologique. La représentation moderne d’un univers infini et héliocentré en est un autre.

Idem pour le paradigme du «fixisme» biblique et de l’«évolutionnisme» darwinien.

Idem lorsque, la «physique relativiste» (Einstein) repense une notion aussi élémentaire que celle de temps, et en fait un concept radicalement différent du temps absolu de la «physique classique» de Newton.

«Albert Einstein a simplement exprimé le fait que l’univers qui nous est perceptible ne peut pas se définir seulement par trois dimensions (longueur, largeur, hauteur) mais qu’il faut également tenir compte d’une 4e coordonnée, disons 4e dimension, dans laquelle doit nécessairement entrer un 4e paramètre, le temps.» (J. Charon, «La connaissance de l’univers», Seuil, 1961).

Un changement de paradigme (ou révolution scientifique) ne survient que lorsque toutes les possibilités de conservation du paradigme existant ont été épuisées. Kuhn montre en fait qu’à la veille d’une révolution scientifique, la plus grande partie des chercheurs évitent soigneusement de remettre en cause le paradigme rationnel dominant. Le plus souvent, les scientifiques- « adaptent » les faits gênants en multipliant les exceptions aux règles, ou en mentionnant le rôle perturbateur d’objets inobservables, etc. Seule une minorité de savants (croissant au fur et à mesure que se multiplient les faits en contradiction avec l’ancien paradigme) travaillent en marge, et font une science « extraordinaire » en repensant les cadres généraux de la rationalité. La révolution, le remplacement de l’ancien paradigme par le nouveau, ne peut se produire que lorsque l’ancien croule sous les théories ad hoc (artificiellement forgées pour se défendre, pour immuniser la théorie contre toute objection) et que le nouveau a complètement été constitué, « dans la clandestinité ».

Supposons qu’un instrument de mesure nouveau permette d’accéder à de nouvelles données, à de nouveaux faits ; la théorie devra alors avoir la capacité d’intégrer ces nouvelles données, de trouver leur place au sein du système qu’elle présente. Si la théorie ne peut pas intégrer le nouveau fait, il fait figure de « fait polémique» pour reprendre une terminologie propre à Bachelard, ou d’anomalie et d’« énigme » pour parler comme Kuhn. Le fait polémique est en effet le fait qui, sans forcément remettre en cause une théorie, résiste à sa cohérence, n’arrive pas à s’y intégrer. Il faut savoi qu’il n’existe pas de théorie, à ce point totalisante et cohérente, qu’elle puisse tout expliquer. Il demeure toujours des faits polémiques vis-à-vis de toute théorie quelle qu’elle soit, de tout paradigme dominant à un moment donné dans la communauté scientifique. Mais les chercheurs espèrent toujours pouvoir les intégrer à la théorie générale. Le travail normal de la science, c’est précisément, selon Kuhn, la résolution des énigmes que représentent les faits polémiques, et leur intégration au sein du paradigme.

Il peut cependant arriver qu’un fait polémique ou une énigme de la science devien-nent très importants pour la communauté scientifique, et que la résistance qu’ils repré-sentent à l’égard de la théorie dominante finisse par la remettre en cause. Les scientifiques découvrent alors que le paradigme sur lequel ils fonctionnaient jusqu’alors comporte des insuffisances et ils commencent à se demander si la réalité est bien telle qu’ils le pensaient jusqu’alors. Pour peu qu’une autre théorie soit capable d’expliquer ces faits polémiques, c’est l’entrée dans une crise et le début d’une révolution scientifique, où deux théories rivales s’affrontent souvent violemment au sein de la communauté scientifique. Comment se fait alors le départ entre deux théories rivales ? Quel est le critère de distinction, qui fait que la communauté, lors d’une révolution scientifique, bascule et adopte une nouvelle théorie, une nouvelle vision du monde, un nouveau paradigme ? Existe-t-il une démonstration radicale de la validité d’une théorie ? Est-ce le retour à l’expérience, autrement dit est-ce l’expérimentation, comme certains le disent, qui fait le départ entre telle et telle théorie ?

·    C’est ainsi que le génie scientifique de Lavoisier réside, comme nous l’avons vu, non pas tant dans la découverte de l’oxygène (que Priestley et d’autres avaient déjà découvert à la même époque) que dans la destruction radicale du « paradigme » de la chimie de son temps qu’était la théorie du phlogistique. On peut penser que Lavoisier, partant de ce fait d’observation : la pesée des métaux avant et après la combustion, a eu l’idée d’imaginer que, loin de perdre quelque chose en brûlant, le métal, du fait de l’augmentation de son poids, attrape quelque chose dans l’air, nommé par lui oxygène. On peut aussi penser que Lavoisier a eu l’idée de peser les métaux avant et après la combustion, parce qu’il avait déjà mis en route l’idée d’une théorie sur l’oxydation des métaux, car la théorie construit le fait, tout autant que le fait permet de construire une théorie. Quoi qu’il en soit, la chimie moderne est donc née de l’abandon d’une théorie, qui était elle-même née d’un modèle dû à l’observation ordinaire et préscientifique : la combustion des métaux étant pensée sur le modèle de la combustion d’une bougie par exemple. Cette théorie du phlogistique, qui est en contradiction flagrante avec un fait d’observation quantifié, mesuré, n’a pu résister à la confrontation systématique avec ce fait.

// PROLONGEMENT (TES)

L’ARCHÉOLOGIE DU SAVOIR

Foucault dénonce la continuité historique du savoir comme une illusion en deçà de laquelle il décèle des ruptures et des seuils : l’ensemble des énoncés et des descriptions d’une époque, les problèmes qui y prévalent obéissent à des systèmes contraignants, ou épistémè, qui en ordonnent le savoir. L’archéologie permet la mise au jour de ces cadres de la pensée, ainsi que la manière dont ils s’articulent à chaque époque à des pratiques institutionnelles et sociales. Car avant d’être vrai ou faux, et tout particulièrement depuis que les sciences humaines ont fait de l’homme un objet de vérité, le savoir prescrit des pratiques et transforme les subjectivités.

LA GÉNÉALOGIE DU POUVOIR

Le savoir est assujetti à des mécanismes de pouvoir : dans l’Histoire de la folie, la raison du XVIIe siècle apparaît ainsi comme une figure de pouvoir légitimant l’exclusion et l’enfermement des fous. L’émergence du problème de la folie comme objet de science et de la psychiatrie comme savoir supposé la soigner permet la mise en place d’un système de domination : l’asile crée le fou bien plus qu’il n’a été créé pour lui. Pour Foucault, la conception classique de la vérité selon laquelle l’énoncé vrai reflète correctement un état de fait réel doit être inversée dès lors qu’elle s’applique aux sciences humaines : les techniques de vérité produisent la réalité plutôt qu’elles n’en rendent compte.

  1. Toute science créé une nouvelle ignorance.

Chaque science, en créant un modèle explicatif sur un phénomène précis, ouvre infailliblement plus de questions qu’elle ne propose de réponses.

Songer au nombre de crises et de contradictions successives par lesquelles chaque science doit passer pour «innover» (Khun). Une science nouvelle est alors comprise essentiellement comme rupture, rupture avec la tradition.

Lutter contre les traditions de pensée qui sont autant d’ « obstacles épistémologiques » à surmonter, selon Bachelard.

Bachelard disait plaisamment : « Les grands savants sont utiles à la science dans la première moitié de leur vie, nuisibles dans la deuxième moitié » ! Le savoir antérieur est générateur d’idées préconçues et de préjugés ; “une science certaine de soi” dit Bachelard, “est un facteur d’inertie pour l’esprit, un obstacle“.


Chaque nouvelle science « crée une nouvelle ignorance », puisque chaque nouvelle théorie débouchera à la fois sur une remise en question du modèle scientifique jusqu’alors dominant.

Exemple : passage de la théorie einsteinienne vis-à-vis de celle de Newton, et, par association, d’une batterie de nouveaux questionnements relatifs à cette approche novatrice.

Chaque nouvelle science commence par déstabiliser la connaissance et poursuit en la conduisant vers une infinie exploration.

Une théorie scientifique n’est pas toujours vraie au sens absolu c’est-à-dire définitive. Elle est toujours relative, approximative, la science est inachevée, en évolution, en construction. Le scientisme, théorie qui affirme que tout s’explique scientifiquement est dangereux et dogmatique. Il reste encore beaucoup d’interrogations. Plus on trouve de réponses, plus les problèmes nouveaux surgissent.

III) Loi scientifique et hasard

La Science tente de résorber le hasard. Niant par son orientation même la contingence de la nature, la science est obligée de nier le hasard. En effet, une loi scientifique est un énoncé, sous forme d’équation mathématique, d’un rapport constant et nécessaire entre des phénomènes ou éléments d’un phénomène.

1 – La notion de loi scientifique

La loi est “l’énoncé”, sous forme d’équation mathématique, d’un rapport constant et nécessaire entre des phénomènes ou éléments d’un phénomène.

* Elle met en évidence l’idée d’ordre, de régularité. On a dit que l’idée de loi était “tombée du ciel sur la terre” c’est-à-dire qu’elle venait de l’astronomie, de l’observation du cours régulier des astres.

* Elle s’énonce sous forme d’un RAPPORT MATHEMATIQUE (fonctions, courbes…). Elle enchaîne les phénomènes dans une formule simple, concise. Elle SIMPLIFIE, elle rend INTELLIGIBLES et UNIVERSELS les rapports. (Exemple : loi de la chute des corps = H = 1/2 g t². Loi de la relativité : E = MC2. En même temps elle déréalise le monde.

En 1604, Galilée formule la loi de la chute des corps concernant les espaces franchis par le mouvement naturel. Cette loi précise que la hauteur de chute H est proportionnelle au carré du temps t écoulé : H = 1/2 g t²

g est une constante qu’on appelle “intensité de la pesanteur”. Actuellement la valeur moyenne admise (sous nos latitudes) est g = 9,81 m/s.

* La notion de «loi» implique celle de déterminisme. Pour lequel:

a. Il n’y a Pas de contingence c’est-à-dire pas de hasard, de phénomènes indépendants de leurs causes, qui existeraient gratuitement sans raison, sans cause. Pas d’événements réellement imprévisibles.

SPINOZA disait : “Une chose n’est appelée contingente qu’en raison de l’insuffisance de notre connaissance. ” « Éthique » 1, 33

b. Il n’y a Pas de fatalité (au sens de destin) : c’est à dire d’événements qui arrivent de toute façon, nécessairement, quelles que soient les circonstances. Dans le mythe d’Œdipe, tous les événements sont décidés de toute éternité sans que la volonté humaine ne puisse absolument rien y changer. Avec le déterminisme, au contraire, l’être humain peut agir sur les causes et changer le cours des phénomènes.

2 – Il y a trois maniéres classiques d’interpréter le hasard:

a) Le hasard est seulement la mesure de notre ignorance, disait Poincaré. Le fait fortuit serait en lui même absolument déterminé, et ne serait fortuit que “pour nous” parce que nous n’en connaissons pas encore les causes ou les lois. La Science est précisément l’élimination systématique et progressive de ces “hasards” comme aussi de la contingence ou du miracle. Pour le savant le hasard, n’est qu’un enchevêtrement de déterminismes, ou de causes, si complexes qu’on ne peut les isoler donc en connaître tous les paramètres. Donc cette notion de “hasard” ne traduirait que notre ignorance des causes multiples, par exemple dans ce que nous appelons “jeu de hasard“, les dés, dans le jet de dés interviennent trop de facteurs pour pouvoir être analysés.

Remarque : On réserve le nom de «hasard» aux faits et aux événements dont les causes sont non pas mystérieuses, mais en nombre infini, ce qui les rend incalculables. Le savant LAPLACE pensait qu’une intelligence suffisamment vaste, «le démon de Laplace», qui pourrait contenir en elle toute la connaissance des séries de tous les déterminismes, serait en mesure de prévoir, à chaque instant, tous les phénomènes du monde. Laplace (1749/1827) a formulé le déterminisme classique en écrivant : « Nous devons envisager l’état présent de l’univers comme l’effet de son état antérieur et comme la cause de celui qui va suivre. Une intelligence qui, pour un instant donné, connaîtrait toutes les forces dont la nature est animée et la situation respective des êtres qui la composent (…) embrasserait dans la même formule les mouvements des plus grands corps de l’univers et ceux du plus léger atome. Rien ne serait incertain pour elle, et l’avenir comme le passé, serait présent à ses yeux.» («Essai philosophique sur les probabilités», 1814).

b) Le hasard est l’interférence de deux ou plusieurs séries causales, selon Cournot. Les séries causales sont théoriquement indépendantes, pratiquement elles se coupent et se rencontrent ; chacune de ces intersections est un hasard. De cette explication relèvent parfaitement la rencontre accidentelle (intersection des chemins parcourus indépendamment l’un de l’autre) et la coïncidence temporelle. Exemple (1) : les 2 généraux Kléber et Desaix tombent le même jour, presqu’au même instant, l’un sur le champ de bataille de Marengo (Italie), l’autre au Caire (Egypte) sous le poignard d’un fanatique (exemple cité par Cournot). Exemple (2): reprenons l’exemple donné par Cournot, le philosophe du hasard, tel qu’il l’énonce dans son Essai sur les fondements de nos connaissances : deux frères combattant à une très grande distance l’un de l’autre sont tués le même jour. Du point de vue du déterminisme, la simultanéité des deux morts est parfaitement inexplicable, absurde.

De là cette définition du hasard, que Cournot nous donne : « l’indépendance mutuelle de plusieurs séries de causes et d’effets qui concourent accidentellement à produire tel phénomène, à amener telle rencontre, à déterminer tel événement, lequel pour cette raison est qualifié de fortuit». Si chacune des deux morts s’insère dans un réseau de faits liés entre eux par le déterminisme causal, le fait même de leur simultanéité reste, en ce qui le concerne, fortuit, et donc inexplicable. La simultanéité de ces deux morts est un événement surgi dans la réalité, lourd de sens pour les hommes et pouvant avoir des conséquences, et pourtant sans autre cause réelle que la rencontre entre deux chaînes causales indépendantes. Cette intersection est un événement qui n’est causé par rien, qui surgit dans le réel d’une manière totalement neuve et qui peut avoir des effets dans le monde et créer de nouvelles chaînes causales, changer la direction de celles qui existent.

Remarque / Objection: Cette analyse du hasard le vide de toute signification historique et fait de lui une simple coïncidence curieuse. Outre qu’il faudrait encore expliquer pourquoi les séries causales se rencontrent (cette rencontre se fait par hasard ?), il faudrait aussi considérer les cas où des hasards de ce genre deviennent causes historiques. Exemple : L’erreur de Grouchy à Waterloo le 18 juin 1815, ou plus simplement les conséquences que peuvent avoir un accident ou une rencontre.

c) Le hasard n’est pas un échec de l’invariabilité des lois naturelles, il est l’importance que prennent, pour un homme, des phénomènes en eux mêmes parfaitement réguliers, dit Bergson. « Une énorme tuile, arrachée par le vent, tombe et assomme un passant ; nous disons que c’est un hasard ». Si la tuile était tombée sur le sol en l’absence de toute possibilité pour quelqu’un d’être là, nous dirions que c’est un effet régulier des lois de la nature. « Il n’y a de hasard que parce qu’un intérêt humain est en jeu, parce que les choses se sont passées comme si l’homme avait été pris en considération» (Bergson, «Les deux sources de la morale et de la religion»).

Le hasard serait donc une intention prêtée au mécanisme, et, ce titre, fait partie des survivances de la mentalité primitive chez le civilisé.

Remarque / Objection : Le hasard n’est pas seulement une intention humaine attribuée au mécanisme ; c’est aussi l’objet du calcul des probabilités. C’est surtout la petite chance, l’improbabilité d’un phénomène qui se produit cependant.

CONCLUSION

On appelle SCIENCE, au sens moderne, une connaissance qui respecte les trois critères suivants :

1 – Elle s’exprime à l’aide d’un code logico-mathématique. Le réel doit pouvoir être traduit par des nombres, c’est-à-dire quantifié.

2 – Elle doit être vérifiable, et falsifiable. C’est-à-dire que l’on doit trouver une forme d’expérimentation, qui permette de prouver soit qu’elle est vraie, soit qu’elle est fausse.

3 – Elle doit permettre de dégager des lois, c’est-à-dire des rapports nécessaires et constants entre les phénomènes, (= le déterminisme), donc elle permet la PREVISION.

Pour conclure, il faut surtout insister sur le caractère dialectique, relatif et mouvant de la connaissance scientifique. Au moment historique précis où les savants rassemblent leurs résultats dans des théories, celles-ci sont considérées comme vraies pour leur époque. Mais aucun savant ne doit se faire d’illusion quant à la nature éternelle d’une telle vérité: bien mieux, il doit être certain qu’après lui d’autres savants viendront contredire cette théorie générale, la dénoncer comme fausse et en proposer une nouvelle qui, à son tour sera momentanément considérée comme vraie avant d’être elle-même réfutée. L’esprit scientifique est tout le contraire de l’esprit de système, de l’esprit
dogmatique. Il ne s’enferme pas dans une théorie cohérente, satisfaisante pour l’esprit, que l’on soustrairait prudemment à toute épreuve de contrôle. Bien au contraire le savant ne cesse de livrer ses théories à l’épreuve expérimentale, de les rectifier, de les bouleverser afin de « comprendre» tous les faits nouveaux que l’expérimentation fait surgir de l’inépuisable réalité. Ainsi les concepts scientifiques se généralisent et se rectifient. La vérification expérimentale est une perpétuelle « crise de croissance de la pensée » (Bachelard). L’histoire des sciences est celle d’une révolution permanente. Le progrès scientifique n’est pas linéaire, ni continu. Il se fait par remaniement, par rupture, par crise. Le savoir rationnel est un savoir polémique, une incessante rectification. Dans une dialectique sans fin, la réalité propose « une masse d’objections » à la « raison constituée d’une époque». L’esprit « réplique» par de nouvelles théories qui seront rectifiées à leur tour. La théorie suscite l’expérimentation, celle-ci transforme la théorie. Il est de l’essence de la science de n’être jamais achevée, c’est ce qui fait sa faiblesse aux yeux des amoureux incorrigibles de l’absolu – qui sont parfois les amoureux du repos, des certitudes confortables et des erreurs paisibles. C’est ce qui fait sa valeur éminente, aux yeux de quiconque préfère les risques et les aventures de la recherche à la possession définitive de certitudes illusoires. Il n’y a pas de système définitif d’explication parce que l’univers des faits connus ne cesse de s’élargir avec le progrès des techniques. L’achèvement du savoir est seulement un idéal, une exigence. Aucune science n’est terminée, elles sont toutes en route, et rien n’est plus caduc qu’un ouvrage scientifique. Les contemporains d’un certain état de la science ont toujours l’illusion d’être particulièrement prés de la vérité ; mais la vérité n’est pas la science, elle est l’idéal de la science.

Terminons avec Poincaré: « La foi du savant ne ressemble pas à celle des orthodoxes    dans le besoin de certitudes. Il ne faut    pas croire que l’amour de la vérité se confonde avec celui de la certitude … Non, la foi du savant ressemblerait plutôt à la foi de l’hérétique, à celle     qui cherche toujours et qui n’est jamais satisfaite. »

(TS) Prolongement sur le concept d'”obstacle épistémologique” chez Gaston Bachelard:

Bachelard (in «Formation de l’esprit scientifique») montre que l’expérience première du monde, loin d’être un point de départ à la science est un «obstacle épistémologique» qu’il faut surmonter pour parvenir à une connaissance vraie. Descartes disait déjà des sens qu’ils étaient trompeurs. Pour Bachelard, la science ne se fonde pas sur des observations immédiates mais sur des «vérifications» expérimentales, méthodiques et informées. Une hypothèse n’a bien entendu de signification et de valeur que si elle est vérifiable et prédictive.

Il existe de multiples obstacles à la découverte et au développement du savoir scientifique, obstacles que Bachelard (XX° siècle) qualifie « d’épistémologiques », l’épistémologie étant dérivée du terme grec « épistémé » qui signifie connaissance. L’épistémologie est une réflexion critique sur les méthodes scientifiques, sur les possibilités et les limites de la science. C’est en fait la philosophie des sciences. Les « obstacles épistémologiques » doivent donc être entendus comme les obstacles à l’activité scientifique en général.

Le premier obstacle : la confiance accordée aux sens

Le premier obstacle consiste à faire confiance de manière aveugle dans les organes des sens et à la perception en général. Pourtant, les exemples ne manquent pas qui apportent de cinglants démentis à cette croyance. Si je crois ce que je vois, il est clair que le soleil levant ou couchant se situe au bout du chemin. De même, je croirai que c’est le soleil qui tourne autour de la terre et non l’inverse car le Soleil se déplace dans le ciel du matin au soir alors que nous avons l’impression que la Terre est immobile.

Exemple 1: Quel écart entre l’exp. 1ière, spontanée du feu et la connaissance des lois de la combustion. D’un côté, un univers qualitatif et affectif = le feu dans l’âtre, le bien être, le feu qui chante et qui danse, la «fleur rouge» (Kipling)… De l’autre, un processus physico-chimique dépouillé de toute poésie, désenchanté, une modification quantitative d’éléments matériels.

La connaissance spontanée du réel est antiscientifique, «non psychanalysée» (projection de nos désirs et passions). Eluard: «Il ne faut pas voir la réalité telle que je suis mais telle qu’elle est.». L’erreur est première et la vérité, toujours seconde.

L’obstacle du bon sens

La perception habituelle peut nous conduire à des erreurs d’appréciation, à des conclusions erronées mais également la confiance que nous faisons spontanément dans le bon sens. C’est ainsi que le bon sens a empêché la découverte du principe même du mouvement pendant vingt-cinq siècles, alors même que ce principe est un des piliers de la science physique puisque celle-ci se définit précisément comme la science de la matière en mouvement.

Quel est ce principe ? Il s’agit du principe dit d’inertie. Pour en saisir le sens, imaginons une expérience simple : voici une voiture qui tombe en panne ; plusieurs personnes dévouées se proposent pour la pousser ; la route est plate ; malgré cela, la voiture ne redémarre pas ; fatiguées par leurs efforts, les personnes en question lâchent prise et la voiture continue quelques secondes à peine à rouler puis s’arrête. Pourquoi s’arrête-t-elle ? Le bon sens, avec Aristote d’ailleurs, répondra que c’est tout simplement parce que l’on s’est arrêté de la pousser. Or, c’est faux.

L’obstacle du préjugé idéologique

  • Galilée lui-même, victime des intellectuels et des clercs de son temps à propos de sa conception héliocentrique du monde (c’est-à-dire selon laquelle c’est la Terre qui tourne autour du Soleil) a refusé l’hypothèse des orbites elliptiques des planètes autour du Soleil, établie après maints tâtonnements par Kepler, au motif que le monde étant oeuvre divine et que le cercle étant une figure parfaite, tous ses points se situant à égale distance de son centre, les fameuses orbites ne pouvaient être, selon lui, que circulaires.
  • Einstein n’admettait pas les conclusions de la théorie des quanta ou si l’on préfère de la microphysique (physique quantique) qui proclamait des formes d’indéterminisme (Heisenberg: la position et la vitesse d’une particule) ne peut se faire avec une précision infinie) dans les lois physiques à ce niveau de la réalité sous prétexte que « Dieu ne joue pas aux dés avec le monde ».
  • Le savant soviétique Lyssenko, afin d’établir le rôle prédominant du milieu et donc des vertus des thèses révolutionnaires qui étaient les siennes, soutenait contre toute preuve expérimentale, que les caractères acquis pendant la vie d’un être se transmettaient à sa progéniture.

Exemple 2: Un autre exemple classique et spectaculaire est celui de la prévision de l’existence de la planète Neptune par l’astronome Le Verrier au XIX° siècle alors même que l’humanité ne disposait pas encore des moyens d’observation lui permettant de confirmer cette hypothèse, puisqu’il a fallu attendre près de vingt ans après que Le Verrier ait avancé son hypothèse pour qu’à l’aide d’une lunette astronomique plus performante découverte entre temps, il soit enfin possible de l’observer de manière incontestable et de confirmer cette hypothèse. Neptune a donc été « inventée » avant d’être observée. Ou plus précisément Neptune a été confirmée par la démarche rationnelle, puisque celle-ci avait bien déjà été observée par hasard et celui qui avait fait cette observation, faute d’instruments suffisamment performants, avait conclu à une erreur d’observation.

Le Verrier constate (en 1846) que l’orbite décrit par la planète Uranus n’est pas ce qu’elle devrait être d’après les lois de Kepler et Newton en tenant compte de l’attraction des planètes voisines : Jupiter, Saturne. Le Verrier va postuler l’existence d’une planète encore non observée. Cette planète postulée, déduite deviendra une planète réelle lorsque le 23 septembre 1846, l’astronome berlinois Gall l’aperçoit dans son télescope : NEPTUNE. Arago dira à propos de la découverte de Le Verrier: «M. Le Verrier vit le nouvel astre au bout de sa plume.»

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