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TAYLORISME


Méthode d’organisation du travail industriel fondée sur la stricte spécialisation des tâches et l’utilisation maximale d’outils. Ce type d’organisation du travail a été conçu dans les premières années du XXe siècle par l’ingénieur américain F. Taylor.

Apparu pour désigner la « méthode d’organisation scientifique du travail » (OST) préconisée par Frederick Winslow Taylor (1856-1915) dans son ouvrage Shop Management (1902), le terme de taylorisme a pris une signification de plus en plus large, au fur et à mesure de sa diffusion. Il est devenu synonyme, à partir des années 1970, de division de la conception et de l’exécution du travail, que la parcellisation des tâches, qui lui a été attribuée, aurait porté à son paroxysme.

La renommée grandissante du taylorisme et, corrélativement, sa dérive sémantique ont résulté de la conjonction de nombreux facteurs de nature différente. Prétendant réconcilier les intérêts des patrons et des salariés sur la base d’études scientifiques du travail indiscutables, le taylorisme a bénéficié du développement rapide de la catégorie des ingénieurs, dans laquelle il trouva des propagandistes zélés. Fondamentalement scientiste et technocratique, semblant guidé par la Raison, il a séduit des milieux syndicaux et politiques de gauche, jusqu’à Lénine lui-même qui en demanda la mise en œuvre pour accélérer la formation des ouvriers et l’introduction d’une indispensable discipline dans le travail. À la suite de la crise de 1929, il a été l’objet d’une double critique : gestionnaire d’un côté, en raison de son ignorance de l’importance des « relations humaines » dans le travail, sociale de l’autre, en raison de la déshumanisation du travail dont il serait responsable.

Un mot utilisé dans de multiples sens.

Ce faisant, le taylorisme connut dès lors une extension considérable de sens, étant assimilé, non seulement au système Ford, mais bien au-delà à la rationalisation industrielle et même à la civilisation industrielle. La crise du travail et de la productivité au tournant des années 1970 relança spectaculairement le débat. Des sociologues, reprenant et développant l’analyse de la division du travail faite par Marx un siècle plus tôt, traitèrent le taylorisme comme une des formes du processus de division de l’intelligence du travail, prises à un moment de l’histoire du rapport capital-travail. Des dirigeants et des gestionnaires accusèrent le taylorisme d’être à l’origine de la désaffection du travail chez les salariés et de la difficulté à répondre à une demande de plus en plus diversifiée. Les économistes « régulationnistes » le considérèrent comme un des constituants essentiels du fordisme, par lequel ils ont désigné tout à la fois le mode de régulation macro-économique et le modèle industriel dominant des Trente Glorieuses. Les expériences socio-techniques, les degrés différents de division du travail constatés suivant les pays, les entreprises et les ateliers, la découverte du toyotisme, auquel a été attribuée la capacité de réduire la division de la conception et de l’exécution, ont eu le mérite de convaincre que d’autres voies étaient possibles. La diffusion de la micro-électronique et de l’automatisation flexible, les exigences d’un marché de plus en plus concurrentiel et diversifié amenèrent certains à prophétiser l’avènement d’un mode de production réconciliant production de masse et production personnalisée, production industrielle et accomplissement personnel des salariés. L’« après-taylorisme » fut annoncé.

Des assimilations abusives.

Ainsi, une équation s’est imposée dans de nombreux esprits : taylorisme = division de la conception et de l’exécution = parcellisation du travail. Or le taylorisme n’est, dans sa spécificité historique, ni la division de la conception et de l’exécution, qui a commencé un siècle et demi plus tôt et s’est développée ensuite sous de multiples formes, ni la parcellisation du travail, conséquence du travail à la chaîne apparu postérieurement. La méthode Taylor a été conçue en fait pour résoudre un problème typique de la production diversifiée, en petites et moyennes séries, à savoir la « flânerie ouvrière », que Taylor expliquait principalement par la pratique patronale consistant à baisser le tarif payé par pièce produite et à réduire les effectifs, dès que l’accroissement du rendement horaire paraissait possible. Il a proposé de concilier salaire élevé et main-d’œuvre bon marché en augmentant la valeur ajoutée, au lieu d’en discuter le partage. Il affirmait que la production journalière pouvait être augmentée de deux à quatre fois, les ouvriers étant prêts, assurait-il, à travailler selon des modalités et en des temps « scientifiquement » donc impartialement établis par un service spécialisé, chargé de l’analyse et du chronométrage des opérations élémentaires dont se composent les différentes tâches, si les employeurs acceptaient de les payer « de 30 % à 100 % plus que la moyenne des travailleurs de leur classe ».

Ce sont la possibilité d’une production de masse, le coût élevé des études et la discipline relative des ouvriers obtenue par la méthode Taylor ainsi que le prix de la main-d’œuvre qualifiée qui firent préférer, partout où cela a été possible, la contrainte mécanique de la chaîne et la parcellisation du travail, c’est-à-dire la réduction du nombre d’opérations élémentaires à faire et leur répartition arbitraire entre les postes de travail, dans le seul but d’en saturer le temps de cycle.
 

Taylor (Frederick Winslow), ingénieur et économiste américain (Germantown, Pennsylvanie, 1856 — Philadelphie 1915).
Après avoir débuté comme manœuvre à la société Midvale Steel, il devient ingénieur et met au point une méthode d’organisation rationnelle du travail, qui portera son nom. Celle-ci consiste à chronométrer toutes les phases d’un travail effectué par un ouvrier préalablement choisi, à éliminer les gestes inutiles, à déterminer les temps les meilleurs puis à imposer à tous les normes ainsi définies. Taylor aurait voulu accroître le bien-être des travailleurs tout en augmentant leur rendement et en diminuant la fatigue. Mais son système ne servit qu’à intensifier la productivité au détriment de la santé physique et mentale des ouvriers. Le taylorisme, ne tenant pas suffisamment compte des différences individuelles ni du facteur psychologique, a fait l’objet de vives critiques ; il est progressivement abandonné au profit d’un nouveau système, le Personnel Management, influencé par la psychologie dynamique de K. Lewin, plus efficace parce qu’il rend à l’ouvrier ses dimensions humaines. De Taylor, on pourra lire Principes d’organisation scientifique des usines (1911) et la Direction des ateliers (1930).

TAYLORISME, n. m. (du nom de Frederick Taylor, économiste américain, 1856-1915). Organisation scientifique du travail industriel, fondée sur une gestion rationnelle du temps et la simplification des gestes de l’ouvrier travaillant à la chaîne. Ne pas confondre avec «l’équivalent» soviétique de recherche du rendement maximum des travailleurs, nommé stakhanovisme, qui était centré sur la recherche d’innovations techniques et l’émulation entre «camarades» partageant la foi communiste. Taylorisme et stakhanovisme sont des termes souvent employés péjorativement.

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