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Sartre: L'homme est condamné à être libre

L’homme est condamné à être libre

— L’homme est ce qu’il se fait

Affirmer que l’homme n’a pas d’essence préalable, c’est affirmer que Dieu n’existe pas, mais cela signifie aussi que l’homme n’est d’abord ni bon ni méchant, ni capable de raison ou de déraison. L’homme n’est ni ceci ni cela. Son existence n’est d’abord soutenue par rien.
Par « essence », il faut entendre ce qu’une chose ou un être est fondamentalement. Essence s’oppose à existence. L’existentialisme sartrien est une philosophie qui affirme la primauté de l’existence sur l’essence. L’homme n’a pas été conçu avant d’être créé, il n’a pas d’essence préalable. Il n’y a pas de nature humaine.
C’est précisément parce que l’homme n’est d’abord rien qu’il se distingue de toute autre réalité et que son existence est liberté, ne peut qu’être liberté. La chose qui est ceci ou cela, qui n’est que ce qu’elle est, ne saurait être libre. Un arbre ne peut jamais qu’être l’arbre qu’il est. L’homme n’est pas. Il n’est pas d’avance ceci ou cela. L’homme est ce qu’il se fait. Et si l’homme n’est d’abord rien et choisit librement son essence, cela signifie qu’il est pure subjectivité, projet. L’homme ne choisit pas d’être libre, il l’est, il ne peut que l’être. Il l’est tout entier et toujours. Il ne saurait être tantôt libre, tantôt esclave. Ce que Sartre exprime sous cette formule : « l’homme est condamné à être libre ».

— L’homme est conditionné mais n’est point déterminé

L’homme est en situation c’est-à-dire qu’il est « conditionné par sa classe », « son salaire », « la nature de son travail ». Mais il peut se choisir lui-même dans sa « manière d’être ». Ainsi si le prolétariat est « totalement conditionné par sa classe », c’est néanmoins lui qui décide de sa condition et de celle de ses camarades, « c’est lui qui librement donne au prolétariat un avenir d’humiliation sans trêve ou de conquête et de victoire, selon qu’il se choisit résigné ou révolutionnaire » (article paru dans Action). D’où la formule : « L’important n’est pas ce qu’on a fait de nous, mais ce que nous faisons nous-mêmes de ce qu’on a fait de nous. » La situation n’est pas quelque chose qui limite la liberté : elle est ce à partir d’où commence la liberté. C’est la raison pour laquelle Sartre a pu écrire en 1944 dans Les Lettres françaises : « Jamais nous n’avons été plus libres que sous l’occupation allemande. » Qu’est-ce à dire, sinon qu’à ce moment là, puisque nous étions traqués, « chacun de nos gestes avait le poids de l’engagement »? La liberté est donc le choix permanent qui oblige chacun, à chaque instant, quel que soit l’obstacle ou la situation, à se faire être.

Par ses choix, l’homme engage l’humanité tout entière

Pour Sartre la conscience de nous choisir et de choisir, par là même, l’homme, ne peut que s’accompagner du sentiment de la responsabilité. Certes beaucoup d’hommes ne se sentent pas responsables de l’humanité tout entière. Ils croient en agissant n’engager qu’eux-mêmes, et « lorsqu’on leur dit : mais si tout le monde faisait comme ça ? Ils haussent les épaules et répondent : tout le monde ne fait pas comme ça ». Mais, en fait, ils se masquent leur angoisse qu’ils fuient. Ils sont de mauvaise foi, car en vérité, on doit toujours se demander : « Qu’arriverait-il si tout le monde en faisait autant? » Dire que « l’homme est condamné à être libre », cela signifie bien que l’homme n’est pas mais qu’il se fait, et qu’en se faisant il assume la responsabilité de l’espèce humaine, cela signifie aussi qu’il n’y a pas de valeur ni de morale qui soient données a priori. En chaque cas, nous devons décider seuls, sans points d’appui, sans guides et cependant pour tous. Comme le dit Sartre dans un article paru dans Action, « chacun de nos actes met en jeu le sens du monde et la place de l’homme dans l’univers ».

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