PatmosAu landgrave de Hombourg.
Publié le 22/05/2020
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Patmos
Friedrich Hölderlin
Au landgrave de Hombourg.
Tout proche
Et difficile à saisir, le dieu !
Mais aux lieux du péril croît
Aussi ce qui sauve.
Dans la ténèbre
Nichent les aigles et sans frémir
Les fils des Alpes sur des ponts légers
Passent l'abîme.
Ainsi, puisque autour de nous s'amoncellent, dressées,
Les montagnes du Temps,
Et que les bien-aimés vivent là tout proches, languissant
De solitude sur les cimes séparées,
Ouvre-nous l'étendue des eaux vierges,
Ah ! fais-nous don des ailes, que nous passions là-bas, c œurs
Fidèles, et fassions ici retour !
Ainsi priais-je ; un Génie alors
Rapide au-delà de mon attente
Et si loin que jamais je n'eusse
Rêvé même d'y parvenir, hors de ma demeure
M'emporta.
Dans le crépuscule
D'aube, sous notre vol,
Naissaient les forêts chargées d'ombre
Et les nostalgiques rivières
De ma patrie puis vinrent les terres inconnues.
Mais bientôt, éclatante et fraîche,
Mystérieuse
Dans une buée d'or, à chaque
Pas du soleil plus immense, dans le parfum
De mille cimes embaumées,
Tu t'ouvris à moi comme une fleur.
Asie !
Et les yeux éblouis, je cherchai
Un lieu que je connusse, car ces larges avenues
M'étaient chose nouvelle, par où descend
Du Tmolus le Pactole tout paré d'or,
Où se dressent le Taurus et le Messogis,
Où gorgé de fleurs le jardin flamboie,
Un calme feu ! Mais là-haut dans la lumière
Fleurit la neige d'argent
Et, témoin d'une immortelle vie,
Un lierre sans âge aux parois des rocs.
»
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