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L'ouvrière d'une chaîne de montage

Publié le 06/07/2020

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« C'est ma première journée dans cette usine. Elle m'avait paru accueillante, la veille; au bout de toute une journée passée à arpenter les rues, à présenter des certificats inutiles, enfin, ce bureau d'embauche avait bien voulu de moi. Comment se défendre, au premier instant, d'un sentiment de reconnaissance. Me voici sur une machine. Compter cinquante pièces... les placer une à une sur la machine, d'un côté, pas de l'autre... manier à chaque fois un levier... ôter la pièce... en mettre une autre... encore une autre... compter encore... Je ne vais pas assez vite. La fatigue se fait déjà sentir. Il faut forcer, empêcher qu'un instant d'arrêt sépare un mouvement du mouvement suivant. Plus vite, encore plus vite! Allons bon! Voilà une pièce que j'ai mise du mauvais côté. Qui sait si c'est la première? Il faut faire attention. Cette pièce est bien placée. Celle-là aussi. Combien est-ce que j'en ai fait dans les dernières dix minutes? Je ne vais pas assez vite. Je force encore. Peu à peu la monotonie de la tâche m'entraîne à rêver. Pendant quelques instants, je pense à bien des choses. Réveil brusque : combien il faut en faire! Je regarde autour de moi! Personne ne lève la tête, jamais. Personne ne sourit. Personne ne dit un mot. Comme on est seul! Je fais 400 pièces à l'heure. Savoir si c'est assez? Pourvu que je tienne à cette cadence, au moins... La sonnerie de midi, enfin. Tout le monde se précipite à la pendule de pointage, au vestiaire, hors de l'usine. Il faut aller manger. J'ai encore un peu d'argent, heureusement. Mais il faut faire attention. Qui sait si on va me garder ici? Si je ne chômerai pas encore des jours et des jours? Il faut aller dans un de ces restaurants sordides qui entourent les usines. Ils sont chers, d'ailleurs. Certains plats semblent tentants, mais ce sont d'autres qu'il faut choisir, les meilleur marché. Manger coûte un effort encore. Ce repas n'est pas une détente. Quelle heure est-il? Il reste quelques moments pour flâner. Mais sans s'écarter trop : pointer une minute en retard, c'est travailler une heure sans salaire. L'heure avance. Il faut rentrer. Voici ma machine. Voici mes pièces. Il faut recommencer. Aller vite... Je me sens défaillir de fatigue et d'écoeurement. Quelle heure est-il? Encore deux heures avant la sortie. Comment est-ce que je vais pouvoir tenir? Voilà que le contremaître s'approche. « Combien en faites-vous? 400 à l'heure? Il en faut 800. Sans quoi je ne vous garderai pas. Si à partir de maintenant vous en faites 800, je consentirai peut-être à vous garder. » Il parle sans élever la voix. Pourquoi élèverait-il la voix, quand d'un mot il peut provoquer tant d'angoisse? Que répondre? Je tâcherai. Forcer. Forcer encore. Vaincre à chaque seconde ce dégoût, cet écoeurement qui paralysent. Plus vite. Il s'agit de doubler la cadence. Combien en ai-je fait, au bout d'une heure? 600. Plus vite. Combien, au bout de cette dernière heure? 650. La sonnerie. Pointer, s'habiller, sortir de l'usine, le corps vidé ...»

« L'ouvrière d'une chaîne de monta ge C'est ma première journée dans cette usine.

Elle m'avait paru accueillante, la veille; au bout de toute une journée passée à arpenter les rues, à présenter des certificats inutiles, enfin, ce bureau d'embauche avait bien voulu de moi.

Comment se défendre, au premier instant, d'un sentiment de reconnaissance.

Me voici sur une machine.

Compter cinquante pièces ...

les placer une à une sur la machine, d'un côté, pas de l'autre ...

manier à chaque fois un.

levier ..

.

ôter la pièce ...

en mettre une autre ...

encore une autre ...

compter encore ..

.

Je ne vais pas assez vite.

La fati gue se fait déjà sentir.

Il faut forcer, empêcher qu'un instant d'arrêt sépare un mouvement du mouvement suivant.

Plus vite, encore plus vite! Allons bon! Voilà une pièce que j'ai mise du mauvais côté.

Qui sait si c'est la première? Il faut faire attention.

Cette pièce est bien placée.

Celle-là aussi.

Combien est-ce que j'en ai fait dans les der­ nières dix minutes? Je ne vais pas assez vite.

Je force encore.

Peu à peu la monotonie de la tâche m'entraîne à rêver.

Pendant quelques instants, je pense à bien des choses.

Réveil brusque : combien il faut en faire! Je regarde autour de moi! Personne ne lève la tète, jamais.

Personne ne sourit.

Personne ne dit un mot.

Comme on est seul! Je fais 400 pièces à l'heure.

Savoir si c'est assez? Pourvu que je tienne à cette cadence, au moins ...

La sonnerie de midi, enfin.

Tout le monde se précipite à la pendule de pointage, au vestiaire, hors de l'usine.

Il faut aller manger.

J'ai encore un peu d'argent, heureusement.

Mais il faut faire attention.

Qui sait si on va me garder ici? Si je ne chômerai pas encore des jours et des jours? Il faut aller dans un de ces restaurants sordides qui entourent les usines.

Ils sont chers, d'ailleurs.

Certains plats semblent tentants, mais ce sont d'autres qu'il faut choisir, les meilleur marché.

Manger coûte un effort encore.

Ce repas n'est pas une détente.

Quelle heure est-il? Il reste quel­ ques moments pour flâner.

Mais sans s'ééarter trop : pointer une minute en retard, c'est travailler une heure sans salaire.

L'heure avance.

Il faut rentrer.

Voici ma machine.

Voici mes pièces.

Il faut recommencer.

Aller vite ...

Je me sens défaillir de fatigue et d'écœurement.

Quelle heure est-il? Encore deux heures avant la sortie.

Com�>^m est-ce que je vais pouvoir tenir? Voilà que le contremaître s'approche.

(< Combien en faites-vous? 400 à l'heure? Il en faut 800.

Sans quoi je ne vous garderai pas.

Si à partir de maintenant vous en faites 800, je consentirai peut-être à vous garder.

» Il parle sans élever la voix.

Pourquoi élèverait-il la voix, quand d'un mot il peut provoquer tant d'angoisse? Que répondre? > Forcer.

Forcer encore.

Vaincre .à chaque seconde ce dégoût, cet écœurement qui paralysent.

Plus vite.

Il s'agit de doubler la cadence.

Combien en ai-je fait, au bout d'une heure? 600.

Plus vite.

Combien, au bout de cette dernière heure? 650.

La sonnerie.

Pointer, s'habiller, sortir de l'usine, le corps vidé. »

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