LL POSTAMBUL DDFC
Publié le 28/05/2024
Extrait du document
«
Lecture expressive
Femme, réveille-toi ; le tocsin1 de la raison se fait entendre dans tout l'univers ;
reconnais tes droits.
Le puissant empire de la nature n'est plus environné de
préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges.
Le flambeau de la vérité a
dissipé tous les nuages de la sottise et de l'usurpation2.
L'homme esclave a multiplié
ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers 3.
Devenu libre, il
est devenu injuste envers sa compagne.
Ô femmes ! Femmes, quand cesserezvous d'être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la
révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé 4.
Dans les siècles de
corruption5 vous n'avez régné que sur la faiblesse des hommes.
Votre empire est
détruit ; que vous reste-t-il donc ? La conviction des injustices de l'homme.
La
réclamation de votre patrimoine, fondée sur les sages décrets de la nature ;
qu'auriez-vous à redouter pour une si belle entreprise ? Le bon mot du législateur des
noces de Cana6 ? Craignez-vous que nos législateurs français, correcteurs de cette
morale, longtemps accrochée aux branches de la politique, mais qui n'est plus de
saison, ne vous répètent : femmes, qu'y a-t-il de commun entre vous et nous ? Tout,
auriez-vous à répondre.
S'ils s'obstinent, dans leur faiblesse, à mettre cette
inconséquence en contradiction avec leurs principes ; opposez courageusement la
force de la raison aux vaines prétentions de supériorité ; réunissez-vous sous les
étendards de la philosophie ; déployez toute l'énergie de votre caractère, et vous
verrez bientôt ces orgueilleux, non serviles9 adorateurs rampants à vos pieds, mais
fiers de partager avec vous les trésors de l'Être Suprême 10.
Quelles que soient les
barrières que l'on vous oppose, il est en votre pouvoir de les affranchir ; vous
n'avez qu'à le vouloir.
Intro :
Amorce : Olympe de Gouges est une femme de l’époque de la Révolution
française (1789), que ses écrits rattachent au courant des Lumières : elle croit
en la raison, principe qui régit la nature, selon les philosophes de ce courant,
dont Jean-Jacques Rousseau, qu’elle admire.
La croyance en Dieu se confond
ainsi en la croyance dans la nature, hors de toute obédience religieuse,
chrétienne (les révolutionnaires rejettent l’influence de l’Eglise et de son
discours sur la société).
(Histoire) la RF se dote d’une Constitution, votée dans son principe en juin
1789 (Serment du Jeu de paume) et acceptée par le roi Louis XVI en sept.
1791.
Entretemps, le 26 août 1789, cette Assemblée nationale vote la DDHC
(Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen), qui était censée être
universelle (« homme » = tout humain, H et F confondus).
Mais dans les faits,
elle se réduit à la situation des hommes, en excluant les femmes.
Présentation du passage :
-dans l’œuvre :
Face à cette omission des droits de la femme, de fait, dans les avancées
sociales et politiques de la RF et des grands principes de la DDHC, ODG prend
la plume (ou dicte du moins son texte) pour rédiger une contre-DDHC : la
DDFC : après le 14 septembre 1791, date de la ratification par le roi Louis XVI
de cette base pour une Constitution du peuple.
Cet extrait se situe au début du Postambule, qu’O.
de Gouges place
immédiatement après ses 17 articles de la DDFC, comme faisant partie
intégrante de son texte de facture juridique.
Cela lui confère un caractère tout
aussi solennel et déterminant qu’un texte de loi.
La singularité de ce
Postambule est qu’il correspond à un ajout par rapport au « modèle » de
la DDHC (qui ne comporte qu’un Préambule).
O.
de Gouges invente ce terme à
partir de l’antonyme du préfixe « pr » (« post »).
Elle prend ainsi une liberté
par rapport au modèle, qui illustre son objectif : non pas calquer la DDHC,
mais l’améliorer.
-résumé : Dans ce passage, l’auteure s’attache à exhorter les femmes à être
maîtresses de leur sort par la prise de conscience de leur combat, que
les idéaux nouveaux des Lumières et de la RF leur ont permis d’espérer
partager avec les hommes, et de leur existence en tant que communauté
de lutte (les femmes étant à l’époque dévouées au foyer, elles sortaient peu
du cercle familial).
ODG les appelle même au soulèvement contre l’injustice
sociale et politique que les hommes de la RF leur infligent, selon
l’adage : « L’union fait la force ».
Forme : sa tonalité est clairement polémique : O.
de Gouges interpelle
directement les femmes et les harangue avec force (= leur fait un discours
d’exhortation, de prise de conscience ), n’hésitant pas à critiquer leur
comportement depuis l’Ancien Régime.
Dans la mesure où elle fait un
réquisitoire contre l’attitude des hommes, responsables des maux féminins, ce
texte est un pamphlet de type judiciaire.
Mais dans son message aux
femmes, on peut aussi dire qu’il relève de l’essai (genre de l’argumentation
délibératif), car elle leur propose une ligne de conduite philosophique et
une action à mener par la cohésion de leur groupe, qu’elle crée par son texte,
de façon performative.
Problématique :
Nous pourrons ainsi nous demander comment l’auteure exhorte les femmes à
faire leur propre révolution des Lumières vis-à-vis des hommes.
Mvt de texte :
1.
l.9 à l.13 (NATHAN : l.
107 à 113) :....
»
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