lecture linéaire: Mélancolie d’une errance parisienne d'Apollinaire
Publié le 05/04/2022
Extrait du document
«
(vers 1 à 10)
➔ Questions
1.
Comment le lyrisme est-il lié à la souffrance dans la première strophe ? Que dit-elle de l’écriture
poétique pour Apollinaire ?
2.
Ne peut-on pas lire deux sentiments opposés dans ces états d'âme du poète ?
3.
À quel temps le poème est-il écrit ? Quel est l’effet produit ?
4.
Relevez, dans les vers 6 à 10, tous les éléments qui évoquent la mélancolie.
Comment est-elle
associée à l’errance parisienne ?
Réponses
1.
Le premier vers annonce l’ancrage lyrique du poème, puisqu’il évoque la « lyre », d’autant plus
importante par sa position à la rime.
On retrouve l’instrument privilégié d’Orphée, au charme
magique.
Mais cette lyre est, par la métaphore « ton soleil ardente lyre », associée au soleil, dont le
feu est « ardent ».
Cette force des flammes est reprise au vers 2 dans le verbe « brûle ».
La souffrance
est physique, dans la brûlure, mais également dans les « doigts endoloris ».
S’il a les doigts
« endoloris », c’est que le poète a trop joué de la lyre, ou trop tenté d’écrire.
La création poétique est
semblable au pouvoir du soleil : elle éclaire, elle est féconde, mais dans la douleur, à l’image
d’Orphée qui chante son désespoir de l’amour perdu.
2.
À la souffrance se joint un sentiment plus positif dans cette strophe.
Le mot « lyre » rime avec
« délire », rappelant l’ivresse dionysiaque, folle et féconde, et une inspiration quasi divine.
De la
même manière, ce délire est qualifié de « triste et mélodieux », oxymore qui montre bien les deux
aspects, la présence de la mélancolie, mais également le réconfort de la création.
Ce réconfort, le
poète le trouve également dans la ville de Paris : « J’erre dans mon beau Paris / sans avoir le cœur d’y
mourir ».
L’épithète « beau », le choix du possessif, humanisent la ville qui semble un compagnon du
poète.
Cette intimité est essentielle, puisqu’elle semble la cause de son impossibilité à « mourir » : il
n’a pas le « cœur », pas le courage de mourir.
Si la tristesse est profonde, on a l’impression que le
poète s’y plonge dans une certaine complaisance, sans succomber au désespoir.
3.
Les cinq dernières strophes du poème sont écrites au présent.
On peut le lire comme un présent
d’énonciation, puisque dès le vers 1 le poète s’adresse directement au mois de « Juin », comme dans
une conversation, avant de s’adresser à la femme aimée au vers 20.
Le lecteur est ainsi plongé dans
une intimité partagée avec le poète, qui semble écrire devant lui, au fil de la plume.
Mais ce présent
est particulier, puisqu’au lieu d’indiquer uniquement le moment présent, il évoque un temps
suspendu.
L’errance est interminable dans ce « J’erre », sans début ni fin.
Les jours mentionnés le
sont au pluriel :« Les dimanches s’y éternisent », à la manière des « Soirs de Paris ».
La tristesse du
poète est pour lui infinie, et ce jeu de suspension temporelle rappelle le vers de « Marie » : « Quand
donc finira la semaine ».
4.
Les déambulations parisiennes annoncées au vers 4 se développent dans les strophes suivantes, où
elles sont racontées plus précisément.
On suit le mouvement du poète dans la ville, au fil des rues.
«
Orgues de Barbarie », « cours grises », « balcons de Paris » : ces éléments sont caractéristiques du
paysage parisien.
Une mélancolie profonde y est systématiquement associée.
Le jour du « Dimanche
», ainsi, est le symbole d’une journée oisive et d’une profonde lenteur, qui semble effectivement
éternelle (on peut penser au poème de Laforgue « La Complainte d’un autre dimanche ») ; la musique
des orgues est assimilée à des sanglots; la couleur des cours, « grises », est signe de tristesse et même
les fleurs « penchent » aux balcons, comme si elles allaient tomber.
Toutes ces métaphores lient
donc le sentiment de mélancolie à la ville : le poète y projette ses propres sentiments, qu’elle lui
renvoie en retour..
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