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La seule liberté, les hommes ne la désirent point. La Boétie (Le discours de la servitude volontaire)

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Extrait texte du document: « La seule liberté, les hommes ne la désirent point. La Boétie (Le discours de la servitude volontaire) D'ordinaire, on connaît d'abord La Boétie (1530-1563) pour la célèbre amitié qui l'unissait à Montaigne et quecelui-ci, en une formule devenue proverbiale, expliquait ainsi : « Parce que c'était lui, parce que c'était moi. »La Boétie mérite cependant qu'on voie en lui autre chose que le « faire-valoir » de l'auteur des Essais. Personnage àbien des égards exemplaire du XVI' siècle, authentique représentant de l'humanisme renaissant, il nous a laissé undes ouvrages les plus nécessaires peut-être pour la compréhension de notre propre temps : Le discours de laservitude volontaire dont la citation présentée ci-dessus propose le plus bref, mais aussi le plus juste des résumés. Le destin de ce court texte est des plus étranges. Montaigne prétend que La Boétie l'aurait écrit entre saseizième et sa dix-huitième année : ce qui serait le signe d'une maturité exceptionnelle, mais expliquerait la chargerhétorique d'un texte, proche bien souvent, par sa forme et son style, des exercices scolaires du temps. La Boétie,sur son lit de mort, en avait confié la publication à Montaigne qui, conscient du contenu explosif de l'ouvrage et lejugeant, à juste titre sans doute, peu compatible avec les moments troublés que connaissait à l'époque la France,se refusera à faire connaître le texte en lui trouvant un éditeur ou en l'intégrant dans ses propres Essais. C'est parune voie détournée que le Discours sous le titre du Contr'un obtiendra une certaine notoriété : le texte en seradiffusé par les publicistes protestants qui voyaient en lui, et à tort sans doute, une des critiques les plus violentesqui soient de la monarchie française. Ce dont La Boétie, dans cet ouvrage, se fait, en réalité, le critique, c'est detoutes les formes de tyrannie et c'est en cela que réside l'éternelle force de ce texte.La thèse de La Boétie, le titre de son ouvrage la résume parfaitement : si la servitude existe, c'est qu'elle estvolontaire, c'est que les individus qui la subissent en réalité la désirent.Tout le Discours procède en fait d'une question que La Boétie pose d'entrée. Question qui, dans sa simplicité et sonévidence même, semble avoir échappé à toute investigation : « lettre volée » de la pensée politique. Comment unhomme seul, le tyran, peut-il imposer sa loi à la multitude d'un peuple? A les considérer enfin en face, le pouvoir etla tyrannie sont inexplicables et personne, pourtant, de cet inexplicable ne s'étonne, tant notre capacité deréflexion critique est usée par l'habitude et réduite par notre manque d'audace intellectuelle. C'est cet « inexplicable» que La Boétie se propose d'expliquer pour pouvoir le réduire et le combattre. « L'homme est né libre, partout il estdans les fers », écrira bien plus tard Rousseau : même scandale que la raison seule peut résoudre.A tous les égards, la tyrannie est incompréhensible. Elle est incompréhensible parce que, comme l'affirme La Boétiebien avant le Kant de Qu'est-ce que les Lumières?, l'homme est un être de raison et de liberté qui trouve en lui-même les armes de son émancipation, les moyens d'une positive sortie hors de toutes les tutelles et de toutes lesminorités :«[...] cela est, comme je crois, hors de doute que, si nous vivions avec les droits que la nature nous a donnés etavec les enseignements qu'elle nous apprend, nous serions naturellement obéissants aux parents, sujets à la raisonet serfs de personne. »Mais si la tyrannie est incompréhensible, c'est aussi parce qu'elle s'accompagne toujours d'un rapport de forceinverse de celui sur lequel logiquement elle devrait reposer : on peut comprendre qu'on se soumette à qui est plusfort que vous, mais comment expliquer qu'on se plie aux volontés de quelqu'un qui n'a pour lui que la faiblesse de sasolitude : le tyran est seul et pourtant il domine.L'explication que La Boétie propose de ce qu'on pourrait nommer le « paradoxe de la tyrannie » est aussi simplequ'irréfutable : « La seule liberté, les hommes ne la désirent point. » La Boétie écrit encore : «[...] c'est le peuple qui s'asservit, qui se coupe la gorge, qui, ayant le choix ou d'être serf ou d'être libre, quitte lafranchise et prend le joug, qui consent à son mal, ou plutôt le pourchasse. » Par lâcheté ou par habitude, les hommes oublient qu'ils sont libres et acceptent la loi d'un pouvoir qui ne repose suraucune légitimité véritable mais surtout sur aucune force effective.La corruption des gouvernants se combine à la corruption des gouvernés, et dans l'addition de la soif de servir et dela passion de pouvoir, dans la conjonction de la servilité et de la tyrannie, la société se perd et s'abîme. Ou plutôt,la société se recompose en un ordre aussi rigide que pervers : elle devient une sorte de gigantesque prison oùchacun est à la fois le geôlier et le prisonnier d'autrui.La force de l'analyse de La Boétie réside aussi dans la description des sociétés privées de liberté qu'il nous propose :elles sont comme de gigantesques pyramides au sommet desquelles trône le tyran et qui ne tiennent debout que derépercuter, de haut en bas de la hiérarchie sociale, les rapports de domination et de servitude qui définissentl'ensemble. Chacun jouit de participer à la tyrannie qui l'écrase et le système jouant de la perversité de ceux qu'ilexploite, peut se perpétuer à jamais : « [...] des hommes sont contents d'endurer du mal pour en faire, non pas à celui qui leur en fait, mais à ceux qui enendurent comme eux, et qui n'en peuvent mais » Hors du cercle vicieux de la tyrannie et de la servitude, il est cependant une sortie, affirme La Boétie. Elle estsimple. Puisque la tyrannie ne repose que sur la servitude volontaire, il suffit qu'à cette servitude, les individusdécident de se refuser. La tyrannie n'est en fait qu'un impressionnant mais dérisoire château de cartes qui ne tientdebout que parce que nous retenons en nous le souffle qui suffirait à l'abattre :...»

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