Konoe Fuminaro
Publié le 16/05/2020
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Konoe Fuminaro
Le prince Konoe Fuminaro fut appelé deux fois à la tête du Japon impérialiste avant la Deuxième Guerre mondiale en Extrême-Orient ; sa mission, qui étaitd'éviter l'affrontement avec les États-Unis, échoua totalement.
Ce fut comme si, à travers lui, le Japon avait voulu se souvenir une dernière fois de la part laplus noble de son passé avant de s'abandonner à la folie militariste et de se jeter dans la guerre.
L'apocalypse atomique mit une fin terrible à cette aventureet, pour la première fois de son histoire, l'Empire insulaire fut occupé par une armée étrangère.
Après la défaite, Konoe se trouva face au vainqueur MacArthur ; espérant encore jouer un rôle dans le rétablissement de son pays, il élabora une nouvelleconstitution.
Mais son temps était bien révolu.
A la vérité, cet homme n'appartenait pas au vingtième siècle, mais bien plutôt à la brillante époque de sesillustres ancêtres d'il y a dix siècles, les Fujiwara.
Dernier descendant de cette glorieuse lignée qui, dans un passé meilleur, avait constamment donné àl'empereur femmes et régents, il mourut de sa propre main, par le poison ; le premier hiver de l'après-guerre s'étendait sur le Japon, et les A méricainss'apprêtaient à arrêter l'ancien chef du gouvernement pour crimes de guerre.
Le 16 décembre 1945, les vainqueurs trouvèrent ce Hamlet japonais mortdans son lit ; à côté de lui cette sentence : "Je dois dire que je me suis anéanti moi-même et qu'aucun être, grand ou petit, ne peut être anéanti, si ce n'estde sa propre main."
Konoe Fuminaro, né en octobre 1891, suivit tout d'abord un chemin qui semblait confirmer tout ce que les Japonais admiraient encore dans la hautenoblesse (kuge) depuis longtemps dépossédée du pouvoir : élégance, paresse, oisiveté, dilettantisme politique.
Esthète aristocrate, le jeune prince prêtaattention aux idées radicales, il suivit les cours d'un marxiste, écrivit un pamphlet sur la justice sociale, lut Tolstoï, traduisit Oscar Wilde et tomba d'accordavec le poète : la vie n'est pas une besogne, mais une forme d'oisiveté et de plaisir qu'éclaire la culture.
Bien que flegmatique, mou et timide, il portecependant une étincelle en lui ; par romantisme social, il veut renoncer à son titre et émigrer en Amérique.
C'est alors que le grand genro, le prince Saionji,dernier témoin de la renaissance de l'ère Meiji, lui aussi un Fujiwara, le prend sous sa protection et le fait assister à la conclusion du traité de paix àVersailles.
Konoe revient plus mûr, plus décidé à obéir aux devoirs de sa caste.
Il occupe son siège héréditaire à la C hambre Haute dont il devient leprésident en 1933, alors que le Japon a déjà conquis la Mandchourie.
Le pouvoir des notables parlementaires se dégrade de plus en plus vite à partir de 1935, les partis sont discrédités, le malaise économique et les rêves desuprématie panasiatiques incitent les jeunes officiers d'état-major à empiéter sur la politique japonaise en Chine.
La gérontocratie, attaquée par lesintrigues des fanatiques de l'armée de Kwantung, vacille.
Les attentats sanglants contre les politiciens se multiplient.
C ertes, le putsch du 26 février 1936,fomenté par les jeunes officiers chauvins, est brisé, mais les militaires, maintenus en balance quoique indomptés depuis l'ère Meiji, pénètrent toujours plusavant dans la politique.
Dans cette atmosphère déjà empoisonnée par un nationalisme exacerbé, le vieux Saionji ne réussit pas immédiatement à convaincre Konoe d'assumer lacharge de Premier ministre.
Le sceptique Konoe, entouré d'intellectuels libéraux de premier plan Hotsumi Ozaki, l'homme de confiance de l'espion allemandprosoviétique Richard Sorge reste le maître qui sait écouter, mais il recule devant cette responsabilité.
Ce n'est que le 4 juin 1937 qu'il forme son cabinet.Il semble être aimé de tous, sauf des dieux.
S'il est appelé à occuper le pouvoir alors qu'il n'a que quarante-six ans, exemple sans précédent pour le Japon,c'est que ce mécène aux idées libérales représente pour les adversaires de l'armée le dernier atout contre le militarisme, qu'il n'est pas de ces politiciensde parti déconsidérés, qu'il jouit au contraire, de la confiance de nombreux milieux.
Il a plus que personne ses entrées auprès de l'Empereur sans pouvoir,Hiro-Hito.
Et surtout, il compte des sympathies parmi les têtes chaudes de l'armée qui, à juste titre d'ailleurs, voient également en ce prince un nationalistezélé.
Cependant, en raison même de sa clientèle hétérogène et de son propre caractère, le dernier Fujiwara ne sera guère plus qu'une grande figure de proue, bienqu'il se soit cru être seul capable de mater les têtes chaudes.
Dès sa nomination, les confrontations avec l'armée se termineront par des défaitessuccessives, parce qu'il n'osera jamais tenter une épreuve de force.
A insi, malgré sa popularité, il sera exploité précisément par ces militaristes qu'il auraitdû maintenir à leur place.
Le 7 juillet 1937, un mois après son entrée en fonction, l'incident du Pont Marco-Polo permet à de jeunes officiers japonais de déclencher, sous laresponsabilité du faible Konoe, la guerre contre la Chine.
C'est de ce conflit que sortira la confrontation avec les États-Unis en été 1941 et là encore, c'estKonoe qui préside à ce développement fatal.
Il avait dissous son premier cabinet le 4 janvier 1939, après l'échec désastreux de deux tentatives qui visaientà éviter l'extension par l'armée du conflit avec la Chine, puis à terminer rapidement les hostilités en cours en mettant Tchang Kaï-chek sur les genoux.
Maisle 21 juillet 1940, c'est encore Konoe qui est chef du gouvernement, jusqu'au 18 octobre 1941 et son successeur, le général Tojo, n'aura plus qu'à "couler"les erreurs accumulées dans la résolution finale d'attaquer Pearl Harbor.
Un dernier essai de rencontre au sommet avec Roosevelt en été 1941, ourdi, à lafois avec courage et dilettantisme, a échoué.
Le retrait de Konoe est un aveu de faillite ; c'est aussi un dernier geste ; le prince ne veut pas assumer laresponsabilité d'appliquer la décision prise par son cabinet dès le 6 septembre 1941, selon laquelle le Japon entrera en guerre si Washington n'accède pasaux exigences de Tokyo d'ici le début d'octobre.
En cela encore, Konoe recule devant l'armée et n'ose pas utiliser l'opposition, certes hésitante, de la flottepour contrecarrer ouvertement son ministre de la Guerre, Tojo, et son groupe.
Konoe fut le chef de ce gouvernement japonais qui, le 3 novembre 1938, proclama l'intention ambiguë de créer un "ordre nouveau en Asie Orientale".
L'idéeétait alors née dans son milieu intellectuel d'un mouvement situé au-dessus des partis et destiné à endiguer le militarisme.
Ce mouvement, TaiseiYokusankai (Association pour l'assistance au règne impérial), fut lancé en octobre 1940 ; mais, comme presque toute la politique erratique de Konoe, soncontenu fut tout différent de ce qui avait été envisagé : ce fut le point de départ d'une militarisation totalitaire au profit de la volonté de domination desmilitaires chauvins.
Trop d'intellectuels "libéraux", et Konoe lui-même, s'étaient laissé corrompre par l'esprit malfaisant du panasiatisme oriental.
C'est ainsi que le ministre des Affaires étrangères du deuxième cabinet Konoe, Yosuke Matsuoka, dirigea le Japon vers l'A xe et conclut, le 27 septembre1940, le pacte tripartite avec Hitler et Mussolini.
C'est ainsi que par l'intermédiaire du ministre de la Guerre Tojo, l'armée de Kwantung empiéta de plus enplus sur le pouvoir de décision de Tokyo.
En toute naïveté, Konoe avait cru que le pacte tripartite tiendrait l'Amérique à l'écart de la guerre et que, plus tard,l'Union Soviétique, avec laquelle Matsuoka avait signé un traité de non-agression le 13 avril 1941, s'y joindrait.
Après l'attaque de Hitler sur la Russie,Konoe résista cependant à Matsuoka qui poussait à la guerre contre Staline ; déjà sous son premier mandat, lors des conflits de frontière en Mandchourie,Konoe avait évité cette confrontation avec l'Union Soviétique.
En fin de compte, ce fut bien sous le gouvernement du prince Konoe que le Japon provoqua le désastre en occupant l'Indochine en juillet 1941, apportantainsi aux États-Unis la preuve que de nouvelles concessions ne feraient qu'encourager le Japon à la conquête inacceptable de toute l'Asie Orientale.
Leprogramme lancé par Konoe s'intitulait "sphère panasiatique orientale de co-prospérité" et devait comprendre tout le territoire de la C hine jusqu'àl'Indonésie et aux frontières de l'Inde.
C'est sous Konoe déjà que le Japon se mit lui-même la corde américaine au cou : cet embargo sur le pétrole qui étaitune réponse à l'occupation de l'Indochine, et cela parce que personne n'osait ni ne voulait renoncer aux positions conquises en Chine, ni à la domination surl'Asie.
Son acuité d'esprit, qui allait même jusqu'au cynisme, l'avait rendu conscient qu'il assumait une responsabilité sans disposer réellement du pouvoirde l'exercer.
Pourtant, jamais il n'essaya vraiment de sortir du rôle de "suiveur responsable".
Toujours charmant et mélancolique, il fut victime de sa proprefaiblesse et conduisit son pays sur le chemin de la défaite..
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