Henri Becquerel
Publié le 16/05/2020
Extrait du document
«
Henri Becquerel
Henri Becquerel avait, dès son enfance, vécu dans l'atmosphère du laboratoire du Museum et avait été élevé dans le cultede la Science, sous la direction de son père Edmond et de son grand-père Antoine-César.
Exceptionnellement doué pourles recherches, qui semblaient chez lui une véritable fonction physiologique, son ingéniosité lui permettait de suppléer lapauvreté de son laboratoire.
Il avait l'intuition de la physique : il "sentait les phénomènes".
Cet esprit si admirablementformé pour la science était ouvert aussi au culte des beaux-arts.
Il pratiquait la morale la plus élevée, ayant horreur de la dissimulation et de la duplicité.
Il était croyant en matière dereligion, mais respectait toutes les convictions basées sur le culte de la morale.
Quelques jours après sa mort, dans un éloge prononcé à l'Académie des Sciences, le président Bouchard s'est exprimé ences termes : "Il possédait à un haut degré ces qualités que nous aimons à voir réunies dans ces hautes fonctions : lascience, l'affabilité, la courtoisie, une distinction native, l'autorité que donnent le caractère et les services rendus, enfin, cequi ne gâte rien, un grand nom, grand dans les annales académiques.
Il avait reçu de son père, de son grand-père, unhéritage qu'il a enrichi de ses propres travaux, et de l'éclat d'une découverte immortelle."
Nous donnerons maintenant l'historique de cette découverte prodigieuse, qui a révélé la colossale réserve d'énergiecontenue dans la matière, qui a ouvert le monde du noyau de l'atome.
Il convient de détruire certaine légende absurde dehasard heureux.
Le 20 janvier 1896, deux mois après la découverte des rayons de Röntgen, Henri Poincaré montra à l'Académie desSciences une radiographie obtenue par Oudin et Barthélémy.
Henri Becquerel demanda aussitôt à son confrère quelle étaitexactement la région d'émission des rayons X : Poincaré lui répondit que le rayonnement venait de la partie de la paroi deverre frappée par les rayons cathodiques.
Henri Becquerel fit alors remarquer à Poincaré que le verre était rendufluorescent par les rayons cathodiques, et qu'il fallait chercher si certains corps luminescents, excités par la lumière,émettaient un rayonnement analogue aux rayons X.
Parmi les nombreuses substances phosphorescentes, le choix d'Henri Becquerel se porta sur les sels d'uranyle, non parhasard, mais pour la raison que ces sels, qui avaient fait l'objet de nombreux travaux au laboratoire de physique duMuséum, avaient attiré son attention par certaines propriétés exceptionnelles.
Des lamelles de sulfate double d'uranium etde potassium furent fixées sur un châssis opaque en papier noir épais, contenant une plaque photographique ; cedispositif fut exposé au soleil, car une excitation était considérée comme nécessaire.
L'expérience, renouvelée plusieursfois, montra, après une exposition de quelques heures, une légère impression photographique des parties de la plaquesituées sous les lamelles.
Le 26 février 1896, le ciel est resté couvert, et le 27 le soleil ne s'est montré que par intermittences.
En attendant unemeilleure lumière, les châssis furent enfermés dans un tiroir.
Le soleil reparut le 1er mars ; Henri Becquerel allait exposerles châssis au soleil, lorsqu'il se ravisa et les emporta dans la chambre noire.
Il convenait, en effet, de changer les plaques,car les sels d'uranium ayant été soumis à la lumière diffuse le 26, et très peu de temps au soleil le 27 avant d'être mis àl'obscurité, les conditions expérimentales n'étaient pas nettement définies ; de plus, il ne fallait pas négliger de voir si unetrace d'impression avait été obtenue.
L'une des plaques fut aussitôt développée et, fait extraordinaire, l'impression étaitbeaucoup plus forte que dans les expériences antérieures.
Il était clair qu'un rayonnement avait été émis, même à l'abri dela lumière.
Ce fut la découverte de la radioactivité.
Sur la reproduction de ce cliché historique, on remarquera laradiographie d'une croix de cuivre mince qui avait été placée sous l'une des deux lamelles ; les annotations sont de la maind'Henri Becquerel.
Les sels uraneux non phosphorescents, et l'uranium métallique se sont montrés actifs.
Henri Becquerel établit que l'activitéspontanée de l'uranium est une propriété atomique, fait capital qui révélait que le rayonnement provient d'une région del'atome que les actions chimiques ne touchent pas.
C'est encore à Henri Becquerel que sont dues la découverte de laconductibilité acquise par les gaz sous l'action des nouveaux rayons (7 mars 1896), et l'observation des caractèresfondamentaux du phénomène de l'ionisation.
Il a aussi, en 1899, avec des sels de polonium et de radium que Curie luiavait donnés, reconnu l'existence de rayons de natures différentes et prouvé que les rayons bêta sont un flux d'électrons.
Loin d'avoir été fortuite, la découverte de la radioactivité est due à l'intuition géniale, à la méthode de travail minutieuse etirréprochable, et à l'habileté expérimentale de son auteur.
Il ne faut pas méconnaître non plus que cette découverte avaitété préparée par la continuité des travaux accomplis de père en fils dans le même laboratoire : l'étude des déchargesélectriques avait conduit Antoine-César Becquerel à examiner leur action sur les substances phosphorescentes ; Edmond,qui avait collaboré à ce travail, continua l'étude de la phosphorescence et reconnut les remarquables propriétés des selsd'uranyle.
Henri approfondit encore l'étude de ces sels, et dès la découverte des rayons X, c'est à eux qu'il eut recoursdans l'espoir de trouver un nouveau rayonnement : il fut ainsi conduit à la découverte de la radioactivité, qui est venue àson heure.
Voici un mot qu'Henri Becquerel, dans son extrême modestie, aimait à répéter : "La découverte de laradioactivité devait être faite dans le laboratoire du Muséum, et si mon père avait vécu en 1896, c'est lui qui en aurait étél'auteur.".
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Henri Becquerel par Jean Becquerelde l'Institut de France Henri Becquerel avait, dès son enfance, vécu dans l'atmosphère dulaboratoire du Museum et avait été élevé dans le culte de la Science, sous ladirection de son père Edmond et de son grand-père Antoine-César.
- Henri Becquerel Né en 1852, Henri Becquerel est sorti de l'École Polytechnique dans leCorps des Ponts et Chaussées.
- Henri Becquerel
- Becquerel Henri
- BECQUEREL, Henri(1852-1908)PhysicienAprès avoir été élève de l'Ecole polytechnique et de celle des Ponts etChaussées, il est professeur au Muséum national d'histoire naturelle,puis à l'Ecole polytechnique.