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ETUDE LINEAIRE N°4 : « LE PORTRAIT DE QUASIMODO », NOTRE-DAME DE PARIS (1831-1832), VICTOR HUGO [1802-1885]

Publié le 22/03/2025

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« ETUDE LINEAIRE N°4 : « LE PORTRAIT DE QUASIMODO », NOTRE-DAME DE PARIS (1831-1832), VICTOR HUGO [1802-1885] INTRODUCTION • • • • • « ...

c’est de la féconde union du type grotesque au type sublime que naît le génie moderne, si complexe, si varié dans ses formes, si inépuisable dans ses créations, et si bien opposé en cela à l’uniforme simplicité du génie antique ; montrons que c’est de là qu’il faut partir pour établir la différence radicale entre les deux littératures.

[...] Le beau n’a qu’un type ; le laid en a mille.

» (Préface de Cromwell, 1827, Victor Hugo) : réinventer le beau, et donc réinventer l’art, telle est l’ambition que Victor Hugo assigne à la génération romantique, et telle est aussi, toute proportion gardée, la dynamique qui anime son roman Notre-Dame de Paris (1831). Inspiré par l’écrivain anglais Walter Scott (écrivain anglais célèbre pour ses romans historique et modèle pour la jeune génération romantique), et succès immédiat lors de sa première publication en 1831, Notre-Dame de Paris est un roman historique se déroulant en 1482, à Paris : alliant action, couleur locale, grotesque et sublime, cette fresque donne vie à la Cour des Miracles, repaire parisien des mendiants et des truands au XVème siècle ainsi qu’à des personnages toujours présents dans l’imaginaire actuel, comme le redoutable archidiacre Frollo, l’ensorcelante Esméralda, Quasimodo, un bossu généreux, et bien sûr, la cathédrale Notre-Dame de Paris, lieu de l’action et acteur du drame. Notre extrait est un moment stratégique et tout particulièrement romanesque de Notre-Dame de Paris : Esméralda, qui séduit les hommes autant qu’elle suscite le rejet du peuple de Paris, est sur le point d’être exécutée pour un meurtre qu’elle n’a pas commis.

Quasimodo l’enlève alors, et trouve refuge dans la cathédrale, lieu sacré inviolable par les forces de l’ordre. Dès lors, nous serons conduits à nous poser la question suivante : EN QUOI LA MARGINALITE DE QUASIMODO FAITELLE SA GRANDEUR ? Afin de mener à bien notre analyse, nous étudierons de manière linéaire les 3 mouvements successifs de notre passage : 1) L.1 à 3 (de « Quasimodo s’était arrêté … » jusqu’à « … une crinière et pas de cou.

») : LA DIFFORMITE ET LA FORCE DU BOSSU 2) L.

3 à 10 (de « Il tenait la jeune fille … » jusqu’à « … subitement plein d’éclairs.

») : UNE ETREINTE ENTRE DEUX ETRE QUE TOUT OPPOSE 3) L.

10 à 16 (de « Alors les femmes riaient et pleuraient … » jusqu’à « … avec la force de Dieu.

») : L’HEROÏSME DE QUASIMODO 4) L.17-19 (de « Et puis c’était une chose touchante ...

» jusqu’à « ...

qui s’entr’aidaient.

») : LA GLORIFICATION DES PERSONNAGES I.

L.1 A 3 LA DIFFORMITE ET LA FORCE DU BOSSU • • • A la faveur de l’arrêt de Quasimodo exprimé dans la première phrase (« Quasimodo s’était arrêté sous le grand portail.

», L.1), le narrateur procède à une DESCRIPTION DU PERSONNAGE, qui entremêle tout à la fois PROSOPOGRAPHIE et ETHOPEE, et dont le but est de mettre en relief la laideur du bossu. On assiste donc, d’une part, à une PROSOPOGRAPHIE qui, pour décrire le physique imposant et disgracieux du personnage, s’attarde sur des parties du corps auxquelles sont associées DES ADJECTIFS EPITHETES DEVALORISANTS (« ses larges pieds », L.1 ; « sa grosse tête chevelue », L.2) ou UNE NEGATION (« pas de cou », L.3) D’autre part, nous pouvons relever des COMPARAISONS, qui permettent tout à la fois de nuancer la prosopographie et de dessiner les contours d’une éthopée : « aussi solides sur le pavé de l’église que les lourds piliers romans » (L.12) ; « comme celle des lions » (L.3).

Ces COMPARAISONS soulignent la force de Quasimodo et contrebalancent les éléments physiques repoussants en les associant à des éléments nobles et beaux : l’architecture majestueuse des églises romanes et la noblesse du lion. II.

L.3 A 10 : UNE ETREINTE ENTRE DEUX ETRE QUE TOUT OPPOSE • • Le deuxième mouvement de notre passage s’attache notamment à mettre en exergue les différences qui existent entre Quasimodo et Esméralda, qui s’opposent tant par leurs actions que par leurs apparences. Le lecteur sera tout d’abord sensibles à la présence de VERBES D’ACTIONS DONT QUASIMODO EST LE SUJET (« il tenait », L.3 ; « il la portait », L.4), ce qui souligne son héroïsme, tandis qu’ESMERALDA EST REDUITE A LA PASSIVITE, au STEREOTYPE de la « jeune fille toute palpitante » (L.3-4). • • • • • • • • En outre, nous pouvons également relever des ANTITHESES, qui approfondissent l’opposition entre Quasimodo et Esméralda : « ses mains calleuses » (L.4), « sa poitrine anguleuse » (L.8), « son œil de gnome » (L.9) vs.

« une draperie blanche » (L.4), « une chose délicate, exquise et précieuse, faites pour d’autres mains que les siennes » (L.6). Nous pouvons par ailleurs une ENUMERATION TERNAIRE, qui permet d’insister sur la beauté d’Esméralda (celle-ci contrastant avec la laideur de Quasimodo) : « une chose délicate, exquise et précieuse » (L.6). Et pourtant, par-delà ces différences évidentes, c’est bien un rapprochement, une union qui est avant tout à percevoir ici, et ce par l’intermédiaire du THEME DE L’ETREINTE.

Ainsi, nous pouvons effectivement observer la présence d’UNE ISOTOPIE DE L’ETREINTE, POTENTIELLEMENT AMOUREUSE ET SENSUELLE : « Il tenait la jeune fille toute palpitante suspendue à ses mains calleuses » (L.3-4) ; « il la portait » (L.4) ; « il la serrait avec étreinte dans ses bras, sur sa poitrine anguleuse (L.7-8).

La GRADATION présente dans la citation précédente traduit cette dynamique de rapprochement. De plus, on peut relever des REIFICATIONS ELOGIEUSES ET HYPOCORISTIQUES D’ESMERALDA : « son bien » (L.8) ; « son trésor » (L.8).

Celles-ci suggèrent un désir de possession physique de la part de Quasimodo, par ailleurs souligné par LE DETERMINANT POSSESSIF « SON ». Les COMPARAISONS présentes dans notre extrait permettent toutefois de tempérer et de nuancer ce désir de possession physique : « comme son bien, comme son trésor, comme eût fait la mère de cette enfant » (L.8-9). ENUMEREES SELON UN RYTHME TERNAIRE, ces COMPARAISONS traduisent l’amour que Quasimodo éprouve pour Esméralda.

LA TROISIEME ET DERNIERE COMPARAISON fait d’ailleurs de cet amour un sentiment absolu et désintéressé, épuré de tout désir physique (l’amour maternel étant, dans l’œuvre de Victor Hugo, l’amour le plus pur qui soit). C’est d’ailleurs un comportement essentiellement délicat dont Quasimodo fait preuve ici, ce que confirme L’ISOTOPIE DE LA TENDRESSE et ce que renforcent L’HYPERBOLE et L’ENUMERATION TERNAIRE : « avec tant de précaution qu’il paraissait.... »

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