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Composition française sur une citation de Gustave Flaubert: l'anachronisme en littérature

Publié le 18/09/2022

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« INTRODUCTION Avec les emprunts, les archaïsmes, la réécriture, le plagiat, et bien d’autres, les anachronismes deviennent des exercices de style, à la fois ludiques et sérieux ; pourtant, ils sont à l’origine du domaine de “l’erreur”.

Dans une lettre qu’il destine à Léon Hennique, quelques mois avant sa mort en 1880, Gustave Flaubert écrit au romancier et dramaturge : “Et, à cause de cet anachronisme (s’il y en a un) votre oeuvre n’en est que plus vivante.

Tant il est vrai que le sujet importe peu, et le temps où se passe une action, idem.

On peut faire du moderne en peignant la cour de Sésostris, et même, en la peignant, je vous défie de ne pas en faire.

[...] Me croyez-vous assez godiche pour être convaincu que j’aie fait dans Salammbô une vraie reproduction de Carthage ?”.

Ainsi, permettant de rendre une œuvre plus vivante, (si l’on prend comme base de vérité le fait que sujet et temps de l’action importent peu), l’anachronisme serait une bonne chose à l’écrivain.

Flaubert va ici plus loin : il est inévitable de ne pas faire d’anachronisme lorsque l’on reprend un sujet ancien.

La vision du passé indissociable du présent est alors représentée ici.

Pourtant, malgré l’éloge que fait Flaubert de l’anachronisme, il est juste et bon de se demander si l’anachronisme doit être pris comme un triomphe littéraire, plus qu'une faille ? S’il est vrai que l’anachronisme permet de rendre une œuvre plus vivante, il n’en demeure pas moins qu’il est à l’origine la faute littéraire qui se fait mensonge.

Ainsi, ne peut-on pas penser que la conception moderne est utile pour rationaliser le passé ? DÉVELOPPEMENT : PREMIERE PARTIE “Rendre une œuvre plus vivante”, moderniser les écrits anciens et répondre à la finalité de faire rêver, l’anachronisme apparaît comme un nécessaire à l'œuvre, aussi bien littéraire que historiographique. Dès lors, l’usage de l’anachronisme peut être vu comme la conclusion d’un but - si ce n’est le principal - de l’écrivain : faire rêver (à Louise Colet, 26 août 1853) son lecteur.

“L’erreur” serait donc “tolérée” dans l’oeuvre littéraire étant la conclusion de cette finalité.

C’est alors que dans son roman Salammbô (1862) Flaubert n’hésite pas à emprunter à la Rome impériale un esprit de fin de civilisation (dépravation, monstruosités, folies…), qu’il a déjà évoqué dans son texte de jeunesse Rome et les Césars (1838).

L'emprunt est alors tout à fait anachronique et amène le romancier à représenter une dégradation du pouvoir.

Qu’il soit alors lié à une conception de l’histoire ou à l’idée d’une psyché éternelle, l’anachronisme ne rebute pas Flaubert qui n’hésite pas à les avouer.

L’écrivain s’oppose toujours la seule vérité inébranlable, celle du temps qui érode toutes les autres, si bien que dans sa réponse à Sainte-Beuve, critique littéraire et écrivain français, il reconnaît que dans cette même œuvre, (convenons que nous parlons encore de Salammbô), il n’y avait surement pas d’aqueduc à Carthage à cette époque, mais que, pensant à Bélisaire coupant l’aqueduc romain de Carthage au vie siècle., il aurait ajouté la scène.

Notons d’ailleurs que le siège de Carthage est l’un des épisodes les plus connus de l’histoire de la cité punique, mais qu’il aura eu lieu en 149 avant J.-C., au cours de la troisième guerre punique, et qu’il se terminera par la destruction de la cité même.

Il convient également de remarquer que Flaubert a un peu exagéré les combats autour de Carthage et son siège.

Ainsi, Flaubert expose comment des époques plus récentes, voire presque présentes, ont pu l’inspirer. Un autre aspect qu’aborde Flaubert est celui de la capacité à rendre une œuvre plus vivante.

Car si les mots sont plats lorsqu’ils sont mal dits, l’anachronisme permet une vivacité de l'œuvre qui n’en devient que plus charmante.

Lors de la publication par Léon Hennique d’un récit qui met en scène un thaumaturge, Flaubert fait l’éloge de cette « création hors ligne » : en effet, le personnage, dont l’époque de vie est fortement éloigné du temps des deux écrivains, semble parler comme « un homme de nos jours », écrit Flaubert en soulignant l’éloge.

Pourtant, là encore la présence de l’anachronisme ne semble pas signifiante pour l’auteur puisque c’est aussi pour rendre plus vivante Emma Bovary, dans son oeuvre Madame Bovary (1857) que Flaubert habille son héroïne avec des robes à trois volants, des châles, caractéristiques de la mode Second-Empire et non des années 1830-1840.

L’enjeux est de donner à la femme une présence visuelle quasiment palpable, parce qu’on était habitué à voir des femmes réelles porter la même mode.

Le souci du réalisme est alors soulevé, faisant de l’anachronisme un moyen de faire plus facilement accepter des idées communes à la société de son temps. Mais l’anachronisme semble également une fatalité à l’auteur qui cherche à reproduire une œuvre : l’écriture du passé étant la porte ouverte à l’anachronisme.

Quand on lit l'histoire, on revoit globalement les mêmes grands mouvements.

D’une époque à l’autre on retrouve la même férocité, par exemple.

Le temps avance et s’expand, et pourtant, il y a de la répétition dans l’histoire.

Si nous repartons de l'œuvre Salammbô, l’on remarque que l’héroïne du roman carthaginois, qui a peur de « se compromettre », est timorée comme une bourgeoise du 19e siècle.

Et si elle est assez différente dans le roman, Flaubert avoue à Sainte-Beuve qu’il l’a conçue finalement comme une sainte Thérèse, tandis que Sainte-Beuve estime qu’elle est « moins une sœur d’Annibal qu’une sœur de la vierge gauloise Velléda, transposée, dépaysée, mais évidemment de la même famille sous son déguisement.

».

Flaubert y dénonce l’illusion d’une objectivité à l’abri du temps, d’une écriture du passé qui pourrait être non datée et redevable aux représentations de son époque.

L’on remarque que l’anachronisme de pensée est inévitable en tant que représentation, aucun récit du passé ne peut échapper à une manière de voir qui a ses coordonnées dans un présent. L’objectivité est devient un rêve illusoire, les choses étant toujours appréhendées par un regard. Donc, l’anachronisme serait quelque chose de positif.

Pourtant, si sa première définition est de l’ordre de l’erreur, il semble raisonnable de se questionner sur sa finalité dans les œuvres littéraires. DEUXIÈME PARTIE : Relevant de l’erreur, l’anachronisme incite au faux, voire au mensonge. N’oubliant pas que la première définition que donne l'Académie Française de l’anachronisme est celle du domaine de l’erreur, il semble juste de se demander s’il ne serait pas une porte ouverte à une perte de vérité.

Sa présence dans les œuvres littéraires, étant tantôt volontaires, tantôt involontaires, soulève la question suivante : qui dit vrai ? Véritable déconstruction de la chronologie, l’anachronisme - dans l’historiographie autant que dans la littérature - semble causer une perte de véracité.

Et cet aspect est nettement plus visible dans le domaine de l'œuvre historique, « chacun [étant] libre de regarder l’histoire à sa façon, puisque l’histoire n’est que la réflexion du présent sur le passé » (Flaubert).

Roman inachevé de l’auteur, Bouvard et Pécuchet (1881) relate l’histoire de deux promeneurs, des noms respectifs du titre de l'œuvre, qui se rencontrent par hasard sur un banc public et font connaissance.

Ils s'aperçoivent qu'ils ont tous deux l'idée d'écrire leur nom dans leur chapeau : « Alors ils se [considèrent].

».

Les deux hommes entreprennent l’idée folle de se procurer la meilleure histoire de France. Néanmoins, les histoires de 1789 les laissent perplexes : il y a des divergences d’interprétation.

Ils espèrent alors qu’en choisissant des périodes plus éloignées, ils trouveront plus d’impartialité.

Ils pensent qu’il faut « juger impartialement » les événements, et ils éprouvent « le besoin de la vérité pour elle-même », se désolant des contradictions des historiens qui ne s’entendent même pas sur l’établissement des faits.

Bouvard et Pécuchet cherchent alors à lutter contre les anachronismes des auteurs “pièges à lecteurs”, si bien qu’ils en chassent les moindres traces dans leur œuvre. Ainsi, l’anachronisme peut être dû à une erreur, une ignorance ou une tradition.

Il est, dans tous les cas, assimilé à une faute comme le fait ressortir Madame de Staël dans son livre De l’Allemagne, en 1810, voire à un péché capital, ainsi que l’énonce Lucien Febvre près d’un siècle plus tard.

User avec volonté, dite “consciente”, l’anachronisme apparaît donc comme une forme d'usurpation, de mensonge.

Tout au long de son œuvre, Queneau revisite librement l’histoire : il défie les lois de la chronologie, corrige le temps, transpose les époques, travestit le passé, joue avec le réel et l’imaginaire, etc.

Cet usage de l’anachronie le met dans une position principale dans l'œuvre, moteur d’effets de brouillages.

De plus, étant très généralement usés - à tort ou à travers - lors de transcriptions d’oeuvres anciennes, son usage incite à la fausseté des oeuvres qui, passant de plume en plume, de crayon en crayon, ne cessent de subir des modifications, car si l’oeuvre ne peut se détacher de l’époque à laquelle elle est écrite, il n’en demeure pas moins que de tels imprégnations du sujet par leur auteurs entraîne la modification de l’oeuvre originale. C’est ainsi que, accouplé aux vers de Tristan Corbière, la chanson enfantine « Au clair de la lune » devient au terme de nombreuses combinaisons : “Au cœur de la nuit la lumière est morte il n’est plus de jour il n’est plus de feu”, (Raymond Queneau, « Souvenir », Le.... »

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