Commentaire « Aube » Rimbaud
Publié le 10/02/2025
Extrait du document
«
« Aube » d’Arthur Rimbaud
Le poème “Aube” d’Arthur Rimbaud est un texte en prose issu du recueil “Illuminations”, publié
entre 1873 et 1875.
Le titre du recueil peut être interprété de différentes manières, mais il est surtout
associé aux visions du poète, qu’il décrit comme un “voyant” dans une lettre à Paul Demeny en 1871.
Dans ce poème, Rimbaud nous livre une vision poétique ou un songe.
En quoi ce poème constitue-t-il
un récit initiatique ? Nous tenterons de répondre à cette question en étudiant les caractéristiques de ce
poème et les enjeux qu’il soulève.
Dans un premier temps, nous verrons que ce poème en prose présente les principales
caractéristiques d’un récit.
Ensuite, nous étudierons l’éveil progressif de la nature sous l’action du
narrateur-poète.
Enfin, nous verrons que ce poème mène une quête initiatique.
Dans cette première partie nous verrons que ce poème présente les principales caractéristiques
du récit, en commençant les caractéristiques temporelles et spatiales de ce récit puis son schéma narratif.
Ce poème en prose présente les principales caractéristiques d’un récit.
Les caractéristiques temporelles et spatiales.
En effet, le poème "Aube" présente une progression
temporelle, s'initiant à l'aube pour s'achever au midi.
Cette évolution est soulignée par l'utilisation de
divers temps verbaux.
L'imparfait, illustré dans le deuxième vers par "Rien ne bougeait encore au front
des palais," sert à décrire des actions en cours, mettant en relief le déroulement continu des événements,
soulignant leur inachèvement.
De même, le passé simple, utilisé aux quatrièmes et cinquièmes vers,
narre des actions successives complétées dans le passé, marquant leur caractère ponctuel : "et les
pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit." Quant au passé composé, il est lié au narrateur,
symbolisé par le pronom "je," créant une atmosphère d'oralité et de proximité avec le lecteur, comme en
témoigne le début du poème : "J’ai embrassé l’aube d’été." En ce qui concerne l'aspect spatial de ce
récit, de nombreux compléments circonstanciels de lieu tracent le parcours du poète à travers divers
endroits, tels que "en bas des bois." Au vers seize.
Cette dimension spatiale enrichit le récit en lui
apportant de la profondeur.
Un schéma narratif.
Ce poème en prose se conforme à un schéma narratif traditionnel.
La
situation initiale qui décrit une nature en sommeil, quasiment inerte, d'une tranquillité presque mortuaire
: "Rien ne bougeait encore au front des palais." L'introduction du "je" agit comme un élément
perturbateur, initiant ainsi le premier mouvement du poème à travers le verbe d'action : "J'ai marché,
réveillant les haleines vives et tièdes" aux vers trois et quatre.
Les péripéties se succèdent, embellissant
le récit de descriptions riches et poétiques : "les pierreries regardèrent." Le point culminant du récit se
manifeste avec le verbe "tomber", symbolisant la chute finale : "L'aube et l'enfant tombèrent au bas du
bois," tel que nous le percevons aux vers quinze et seize.
Il est notable que "Aube" se conforme, de bout
en bout, aux caractéristiques formelles d'un récit, offrant au lecteur un parcours narratif accompli.
Dans cette deuxième partie, nous allons voir l’éveil de la nature sous l’action du poète en
abordant l’éveil de la nature puis l’action du poète magicien.
Ce récit est celui de l'éveil de la nature à travers les actions du poète.
L’éveil de la nature.
Ce poème dépeint le réveil de la nature aux premières lueurs du jour.
D'emblée, la nature est caractérisée par son silence absolu et son immobilité profonde, soulignée par des
négations répétées : "Rien ne bougeait." À mesure que la nature s'éveille, elle est personnifiée, se voyant
attribuer des caractéristiques et devenir le sujet de verbes renvoyant à des facultés humaines, tel que le
vers deux "et les pierreries regardèrent" l'illustre.
Une gradation progressive ponctue le poème, débutant
par l'immobilité totale avec "rien ne bougeait" au deuxième vers, et plus loin dans le poème, l’utilisation
de thermes opposés au vers douze : "et courant comme un mendiant sur les quais".
Cet éveil et cette
transformation de la nature sont enclenchés par le poète, qui apparaît comme le chef d’orchestre de cet
éveil.
L’action du poète magicien.
C’est sous l’action du poète que la nature s’éveille et se transforme.
Il semble posséder des pouvoirs presque magiques puisque son seul mouvement provoque le réveil de
la nature : « J’ai marché, réveillant… » comme en témoigne le vers trois.
L’adverbe « Alors » introduit,
comme une simple suite logique, le pouvoir de dévoilement du poète : « Alors, je levai un à un les voiles
».
La notion de dénoncer introduit également l’idée du dévoilement de la vérité ou l’on dénonce quelque
chose de faux avec le verbe « dénoncer » au vers onze : « ou je l’ai dénoncée au coq ».
Ce qui peut faire
écho à la lettre de Rimbaud à Paul Demeny où il évoque le concept de "se faire voyant".
Dans cette
perspective, le poète se voit investi d'un pouvoir de révélation, dévoilant une nouvelle vérité au monde.
Ce récit narre l’éveil de la nature sous l’action presque magique du poète.
Dans cette troisième et dernière partie, nous verrons une quête initiatique en passant par une
quête amoureuse et poétique pour finir sur un semi-échec.
Qui mène à une quête initiatique.
Une quête amoureuse et poétique.
Le poème suggère une double interprétation.
D'un côté, il
dévoile une possible initiation amoureuse de l'enfant.
La métaphore amoureuse est présente dès la
première ligne grâce au verbe embrasser : « j’ai embrassé l’aube d’été » qui vise à mettre en relation les
thermes aube et l’été.
On retrouve également le champ lexical de la sensualité avec l’image de longs
cheveux blonds au vers huit, le déshabillage de la déesse au vers dix et le rapprochement de deux corps
au vers quatorze.
Cependant, une lecture alternative se dessine, où le poème devient une métaphore de
la création poétique.
L'aube, personnifiée en femme-déesse, incarne une source d'inspiration, une muse
à laquelle le poète aspire ardemment, cherchant à la saisir pour transformer cette essence éphémère en
matière poétique.
La poursuite de l'aube devient alors une quête poétique, où le poète tente
d'immortaliser le moment éphémère à travers l'écriture.
Cette dualité enrichit la compréhension du
poème, laissant place à l'exploration des thèmes de l'amour et de la création artistique.
Un semi-échec.
Néanmoins, la réussite du poète, symbolisée par son étreinte finale avec la
déesse, est nuancée par l'adverbe d’atténuation "un peu," comme évoqué au vers quinze, lorsqu'il
exprime : "J'ai senti un peu son immense corps." Cette nuance, essentielle dans la compréhension du
poème, met en lumière la complexité de la situation.
La chute du poème est frappante, marquée par une
transition brusque, symbolisant le passage du "haut" vers le "bas," illustrant une descente de l'idéal au
réel : "L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois." L'usage de l'allitération en "b" aux vers quinze et
seize accentue la tonalité sombre de ce moment, évoquant un poids, comme si le rêve se dissipait dans
une réalité plus lourde : "L’aube et l’enfant tombèrent au bas des bois." Le changement de perspective
du "je" au "l’enfant" qui survient soudainement souligne la rupture avec le rêve et le retour à la réalité
humaine, renforçant l'impact émotionnel de cette transition abrupte.
En conclusion, le poème "Aube" d'Arthur Rimbaud se révèle comme un récit initiatique
fascinant, où les caractéristiques temporelles, spatiales, et le schéma narratif traditionnel sont habilement
déployés pour entraîner le lecteur dans une expérience poétique inoubliable.
Ce récit est avant tout le
réveil progressif de la nature, orchestré par le poète comme un magicien des mots, mettant en lumière
sa capacité à dévoiler une nouvelle vérité au monde.
De plus, le poème offre une double lecture, à la
fois comme une initiation amoureuse et une quête poétique.
Le succès du poète dans son étreinte finale
avec la déesse, bien que nuancé, souligne la complexité de la situation.
La chute abrupte du poème,
symbolisée par le passage du "haut" au "bas," dévoile une réalité plus lourde et marque la rupture avec
le rêve.
En prolongement de cette réflexion, le poème "Le Bateau ivre" du même auteur offre une
perspective continue de ces thèmes, explorant davantage la notion d'identité, de voyage, et de découverte
de l'inconnu.
Les œuvres de Rimbaud continuent d'inspirer la poésie moderne et demeurent des témoins
précieux de la quête éternelle de l'homme pour repousser les frontières de l'art et de l'expérience
humaine.
"Aube" d'Arthur Rimbaud est une prose trouvée dans le recueil "Illuminations", publié entre
1873 et 1875.
Si le titre du recueil peut être interprété de diverses manières, il est surtout lié aux visions
du poète, qu'il décrit comme celui d'un « voyant » dans une lettre à Paul Demeny en 1871.
A travers ce
poème, Rimbaud nous offre un aperçu poétique ou un état onirique.
En quoi ce poème sert-il de récit
initiatique ? En examinant les traits du poème et les préoccupations qu’il suscite, nous souhaitons
répondre à cette question.
Initialement, le poème en prose décrit les principales caractéristiques d’une histoire.
Par la suite,
le réveil progressif de....
»
↓↓↓ APERÇU DU DOCUMENT ↓↓↓
Liens utiles
- Commentaire Littéraire Rimbaud Ophélie
- Commentaire littéraire : « Ma bohème » de Arthur Rimbaud
- Charles BAUDELAIRE (1821-1867), Les Fleurs du mal, « L'aube spirituelle ». Commentaire
- Sujet : Arthur Rimbaud, Correspondance, Lettre du voyant, à Paul Demeny, (Charleville, 15 mai 1871). Commentaire
- Commentaire de texte Le buffet de Rimbaud