BOSWELL
Publié le 18/05/2020
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BOSWELL
1740-1795
LE John Bull du xvme siècle, Samuel Johnson, LI.
D, a eu comme Sherlock Holmes son
Dr Watson.
Un Watson qui, au premier abord, est la naïveté en personne, pauvre hère, dont se
moquent avec une condescendance en général bienveillante son héros, la société, et le lecteur.
Inlassablement,
James Boswell suit la piste des célébrités - que ce soit Lord X et Sir John Y,
ou Paoli, Voltaire, Rousseau, enfin son idole Johnson - les suit, pour nous servir de sa propre
expression, comme l'épagneul fidèle; bouche bée, il note dans ses carnets les moindres bribes de
conversation qui tombent des lèvres augustes; sans dignité, sans honte aucune, il se voit rabrouer
ou se fait caresser distraitement par la noblesse de la naissance ou par celle de l'intelligence.
Mais,
àleregarderdeplus près, on commence à soupçonner que, tout comme le Dr Watson,
Boswcll a calculé sa dose de naïveté
jusqu'à la dernière goutte.
Il a deux buts dans la vie : le pre
mier (et certes,
pour lui, le moins important), de se former le caractère par le contact avec les
grands; le second, de faire disserter
ses héros, devant la société et devant la postérité, sur tous les
sujets imaginables.
Les naïvetés
qu'il place, lui, Boswell, dans la conversation, sont inventées
exprès
pour provoquer les ripostes des grands.
La joie qu'il éprouve à se voir traiter de haut en
bas n'est guère celle d'un masochiste; on pense plutôt à une marquise en train de créer son salon,
sauf que dans le cas de Boswell ce n'est pas l'esprit, mais le Beati pauperes spiritu qui devient instru
ment de création.
(Voyez-le devant Rousseau, tout fier d'avoir réussi à pénétrer dans l'intimité
du grand solitaire en se présentant comme un jeune homme passionné qui aurait besoin de conseils
et qui ne se formalise pas devant les duretés du maître.) Sa fierté porte sur le but et ne se préoccupe
pas des moyens : il a d'ailleurs le plaisir
de pouvoir se moquer tout doucement du lecteur qui
n'aurait pas compris son délicat amalgame de naïveté et de subtilité, et de lui montrer le revers
de la médaille quand, dans le Voyage aux îles Hébrides, où il part avec Johnson pour l'Ecosse,
l'épagneul fidèle est devenu
« un chien qui s'est emparé d'une grosse tranche de viande et s'est
sauvé avec
».
DANS ce xvme siècle qui abonde en Hurons, en Persans, en voyageurs frais arrivés de Sirius,
James Boswell, sans besoin d'inventer, se trouve dans la position privilégiée de l'observateur
du dehors - car il est !'Ecossais qui vient à Londres.
Là encore une apparente naïveté couvrira
des attitudes plus complexes : il
aura la fraîcheur de vision et les admirations enthousiastes d'un
provincial devant le foyer des « lumières »; et cependant, comme tout bon Ecossais, il crierait
au sacrilège devant ce mot provincial; il prend un plaisir malin à être sur pied d'égalité avec les
autres nations
de l'Europe et à voir dans les Anglais des êtres un peu bizarres et (chuchotons-le)
un peu inférieurs.
Là où le Dr Johnson n'est qu'un John Bull hautain et exclusif, Boswell se sent
citoyen
du monde; là où le Dr Johnson décoche ses plus cruelles épigrammes contre l'Ecosse,
Boswell,
et il le dit tout haut, avec une tranquille conscience de la supériorité de l'Ecosse, s'en
amuse
et le traite en enfant.
Le
Persan est venu faire ses observations sur la société.
Mais nous sommes dans la seconde
moitié
du xvme siècle; les discussions sévissent sur le Bon Sauvage (Johnson, nettement contre,
démolit le détesté Monbodds); le
Fingal d'Ossian fait rage (là aussi Johnson se déchaîne contre
l'infortuné faux-monnayeur Macpherson)
et paysages et ruines commencent à étendre leur frange
206 National Gallery, Londres.
Photo Hanfstaengl..
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