Rechercher dans 213222 documents

ORIGINES DE LA SCIENCE

La connaissance commune et la connaissance scientifique ont un même objet et une même méthode: il s’agit de connaître le monde, et la perception, comme la science, relève de la méthode inductive. Toutefois la science a une valeur que n’a pas la connaissance commune, ce qui s’explique parla plus grande précision avec laquelle elle détermine son objet (considéré du point de vue quantitatif et non du point de vue qualitatif), par la plus grande rigueur dont fait preuve le savant dans J’emploi Je la méthode inductive et enfin par un effort de systématisation étranger à la connaissance commune.

I. SCIENCE ET TECHNIQUE

– A – Thèse des origines biologiques de la science. Pour satisfaire ses besoins vitaux l’homme est conduit à élaborer certaines techniques empiriques, c’est-à-dire certaines activités pratiques découvertes par la méthode des essais et des erreurs. C’est en réfléchissant sur ces techniques, selon certains auteurs, que l’on serait parvenu à la connaissance scientifique. “La science, dit Belot, est née à la chasse, à la cuisine, à l’atelier, etc.” C’est qu’en effet, selon une remarque de Weber, “la pratique est génératrice de la théorie“. L’homme agit d’abord et il explique ensuite les résultats de son action. Ainsi “le rythme du progrès” (Weber) consisterait en un perpétuel passage de la pratique à la théorie et de la théorie à la pratique (des techniques empiriques aux connaissances scientifiques et, de là, aux techniques rationnelles qui conduisent à de nouvelles connaissances scientifiques, etc.).

– B- Arguments. Cette thèse peut s’appuyer sur les arguments habituels du pragmatisme (Marx en un sens, James, Bergson) : la connaissance est au service de l’action, “Homo faber” précède Homo sapiens, l’intelligence spéculative procède de l’intelligence pratique. On peut aussi invoquer deux arguments d’ordre historique :

1 – A l’origine des sciences on trouve des techniques empiriques comme par exemple l’arpentage à l’origine de la géométrie ou la médecine à l’origine de la physiologie ;

2 – De nos jours encore, science et technique sont étroitement liées, soit que la recherche scientifique ait pour but la solution de problèmes techniques (travaux de Pasteur sur la fermentation alcoolique), soit que certaines découvertes techniques permettent des progrès scientifiques (microscope et microbiologie).

– C – Discussion. On peut opposer à cette thèse un argument de fait et un argument de droit:
– En fait on trouve d’admirables techniques chez des peuples qui n’avaient aucune science (chez les sauvages notamment), ce qui prouve que la science ne procède pas spontanément de la technique.
– En droit on comprend mal comment la pensée scientifique qui est désintéressée et attentive aux moyens plutôt qu’aux résultats aurait pu naître des activités techniques qui ne visent qu’au succès et se désintéressent des moyens. Comme le dit Alain: « Les métiers n’ont point éveillé la raison ». Pour que l’effort de compréhension que représente la science se produisit il fallait que l’homme éprouvât d’abord le besoin de comprendre (curiosité intellectuelle).

II. SCIENCE ET RELIGION

– A – Thèse des origines théologico-métaphysiques de la science. Le besoin de comprendre est, aussi fondamental en l’homme que les besoins vitaux (Cf. les effets physiologiques de l’étonnement). C’est ce besoin qui a engendré la science, mais non directement. En effet comme l’a remarqué Auguste Comte les explications théologiques et métaphysiques sont en tout domaine les plus naturelles ; la religion représente le premier effort de systématisation de nos connaissances relatives à l’univers. Mais ces théories religieuses ou métaphysiques ont engendré des observations qui ont conduit à la science positive : l’explication scientifique naît ainsi d’une explication théologico-métaphysique rectifiée sous l’influence des observations qu’elle-même avait engendrées.

– B – Arguments. Les sociologues contemporains ont en effet montré que la mentalité primitive est une mentalité religieuse, mystique. D’autre part, l’histoire nous fait voir des spéculations théologiques à l’origine des sciences, par exemple la recherche des propriétés magiques des nombres et des figures à l’origine des mathématiques ou l’astrologie à l’origine de l’astronomie. D’ailleurs la pensée scientifique est restée étroitement liée à la pensée religieuse jusqu’à la fin du XVIIe siècle ; c’est ainsi que Leibniz fonde le principe de la conservation de la force vive sur « un décret de la sagesse divine ». On voit en quel sens Alain peut dire que « l’esprit scientifique s’est formé par les religions plutôt que par les métiers ».

– C – Commentaire. Expliquer c’est toujours trouver la cause. Mais la première notion de cause que forme l’enfant est celle d’une causalité magique parce qu’il vit dans un monde, le monde humain, où les signes sont tout-puissants. Il forme ensuite l’idée d’une causalité volontaire en prenant conscience de la puissance des hommes, et ce n’est que tardivement, au contact du monde extérieur qui .lui résiste, qu’il parvient à la notion d’une causalité mécanique, c’est-à-dire à l’explication scientifique. S’il est vrai que l’histoire de l’espèce est semblable à celle de l’individu, on comprend l’évolution de l’état théologique à l’état scientifique.

CONCLUSION

Pour expliquer la genèse de la pensée scientifique il faut admettre le caractère premier du besoin de comprendre qui a engendré d’abord les explications théologico-métaphysiques parce qu’elles sont les plus naturelles. La science est née d’une rectification de ces explications naïves sous l’influence d’une part des observations positives qu’elles avaient engendrées, d’autre part des activités techniques qui s’étaient spontanément développées pour satisfaire les besoins vitaux de l’homme.

How to whitelist website on AdBlocker?