Rechercher dans 223082 documents

NERUDA Pablo

NERUDA Pablo. Poète chilien. Né le 12 juillet 1904 à Parral, mort à l’île Noire le 23 septembre 1973. De son vrai nom Neftali Reyes, Neruda a eu pour parents une mère institutrice et un père conducteur de train. Il fait ses études au lycée de Temuco et devient professeur à Santiago. Mais il est bientôt envoyé en mission diplomatique en Extrême-Orient, où il exerce les fonctions de consul, successivement en Birmanie, au Siam, en Annam, en Chine, au Japon et aux Indes. En 1930, il se marie à Java avec une Javanaise. Il est ensuite nommé consul à Barcelone (1934) et à Madrid. De retour au Chili, il est élu sénateur en 1937. Sa vie n’est désormais plus séparable de la poésie. Immensément populaire parmi les masses chiliennes, il reçoit le Prix national des Lettres. Ambassadeur à Paris, il appuie en 1970 Allende et le gouvernement de l’Union populaire. En 1971, il reçoit le Prix Nobel. Quand sa mort survient — il meurt le 23 septembre 1973, c’est-à-dire peu de jours après le coup d’Etat militaire et la mort de Salvador Allende —, Pablo Neruda est déjà une figure presque mythique des lettres latino-américaines, et sa mort — dans les jours les plus sombres que le Chili ait connus — a presque une valeur de symbole. L’homme Neruda, lui, a eu une vie pleine et variée, qu’il raconte avec humour dans l’un de ses derniers livres, J’avoue que j’ai vécu [Confieso que he vivido, posth., 1974]. Engagement politique — en Espagne, puis dans son pays —, intense vie amoureuse, immenses voyages de par le monde, tout, chez Neruda, est vitalité humaine, épique, cosmique, tellurique. Et c’est cette vie multiple, généreuse, inlassable, qui prend voix dans ses poèmes. L’œuvre elle-même est immense. Neruda n’est pas de ceux qui publient quelques plaquettes; il est torrentiel, varié, et il n’est guère de genre poétique — du sonnet à l’ode, de la chanson à l’épopée — auquel il n’ait touché. Il est poète de l’amour, poète de la terre et de la mer, des choses et des éléments, de l’histoire et du mythe, et il a même fait quelques incursions — pas toujours heureuses — dans le domaine de la poésie politique et didactique. Sa fécondité intarissable fait penser aux géants du Siècle d’Or espagnol.
En 1923, le jeune Neruda — influencé par l’école moderniste latino-américaine (Ruben Dario) — publie Crépusculaire [Crepusculari]. Mais c’est la lecture des Surréalistes qui lui permet de prendre son envol, et d’exprimer une sensualité qui est l’une des dimensions essentielles de sa personnalité et de son œuvre, dans Vingt poèmes d’amour et une chanson désespérée [1924} Résidence sur la terre [1933-1935] approfondit la vision angoissée présente dans le recueil précédent. Mais l’expérience de la guerre d’Espagne et l’adhésion au socialisme marquent un important tournant chez le poète : rejetant ses œuvres antérieures, il veut désormais devenir le chantre de l’Homme et de l’Amérique latine. L’Espagne au cœur [1938] et le monumental Chant général (1950) annoncent l’entrée de la politique dans l’œuvre de Neruda. On a dit que c’était sans doute — surtout le Chant général — le seul exemple d’une épopée socialiste pleinement achevée. En ce sens, la poésie de Neruda fait penser aux fresques également monumentales des peintres mexicains, Siqueiros, Rivera, Orozco, qui ont peint dans les années 20 toute l’histoire de la Conquête du Nouveau Monde, de l’indépendance et de la Révolution. La patriotisme devient ici un patriotisme continental, où Neruda célèbre le destin de l’Amérique latine. Mais déjà les Odes élémentaires [1954], suivies des Nouvelles Odes Elémentaires [1955] et du Troisième Livre des Odes [1957] annoncent un autre changement : Neruda se penche maintenant sur les « éléments », les choses, le monde concret, et c’est peut-être — avec la poésie amoureuse représentée par La Centaine d’Amour [1957] — le meilleur de l’œuvre, qui montre ici un sens merveilleux de ce qui est « petit » et faussement « trivial » : l’ode au piment rouge, par exemple, est un modèle de poésie des choses. Les Pierres du ciel [1957] et Les Pierres du Chili [1960] poursuivent l’exploration poétique du monde élémentaire, tout en célébrant infatigablement le sol natal d’où sont surgies ces pierres qui le fascinent. Dans Vaguedivague [1958], Neruda tente d’assumer ses contradictions et ses responsabilités, de retrouver ou de gagner une certaine sérénité, une certaine capacité d’aimer et de communiquer. Dans le Mémorial de Vile Noire [Memorial de la Isla Negra, 1969], le poète chante l’île où il a choisi d’établir, avec son épouse, sa dernière « Résidence sur la Terre » — celle justement où la mort allait l’emporter en 1973. Les recueils cités ici ne constituent d’ailleurs qu’une partie (certes la plus significative) de l’œuvre poétique de Neruda, qui jusqu’au bout a continué à écrire, dans un continuel jaillissement, des chants telluriques, des poèmes d’amour ou même des poèmes politiquement engagés, comme L’Initiation au Nixonicide [Initiation al Nixonicidio, 1971]. Il faudrait citer aussi l’œuvre théâtrale, également marquée par la revendication politique et sociale, comme dans Splendeur et mort de Joachim Murieta [1967], les contes pour enfants, genre dans lequel le poète chilien se montre tout aussi excellent. La poésie protéiforme de Neruda est à l’image du continent qu’elle ne cesse de chanter, et elle est sans doute la première à vouloir exprimer l’Amérique du Sud dans sa totalité, dans son déchirement, dans ses contradictions, mais aussi dans sa grandeur, son profond sens de la terre et de l’humanité. En ce sens, elle est aussi la seule poésie d’Amérique latine à être populaire : dans Je confesse que fai vécu, le poète avoue son émotion quand il rencontre des mineurs qui récitent ses poèmes et le saluent fraternellement. L’image mythique du poète homérique, chantre de son peuple et reconnu comme tel par celui-ci, est ici réalité : Neruda est certainement le seul poète de ce siècle dans le monde à avoir connu une telle consécration. Son œuvre n’est pas sans faiblesse : elle croule parfois sous le poids de sa propre grandeur, de sa rhétorique enflammée, de son amour du langage; elle sombre souvent dans un certain manichéisme politique. C’est peut-être la rançon de l’excès de fécondité.

♦ « L’œuvre de Pablo Neruda restera comme un monument américain, d’une inépuisable substance prophétique. Il y a en elle un pouvoir annonciateur que nous ne pouvons que deviner aujourd’hui… Il est bien clair que Neruda est une définitive présence américaine… Parce qu’il est universel, Pablo Neruda est le plus haut témoin de son temps américain. » Juan Marinello.

Liens utiles

How to whitelist website on AdBlocker?