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NELLIGAN Emile

NELLIGAN Emile. Poète canadien d’expression française. Né le 24 décembre 1879 à Montréal, où il mourut, le 18 novembre 1941, à l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu. Son père, fils d’émigrés irlandais, était employé des postes à Montréal, sa mère de souche canadienne française, fille d’un avocat de Rimouski. Enfant, Nelligan était déjà mélancolique et taciturne, et ne s’accommodait pas plus de l’atmosphère familiale que de la contrainte de l’école. Il fréquenta plusieurs établissements de sa ville natale, dont le petit séminaire ; en 1896 il entra au collège Sainte-Marie qu’il quitta après un semestre médiocre, en mars 1897, pour se consacrer entièrement à la poésie. Il y avait toutefois noué quelques amitiés littéraires, et en juin 1896 le journal Le Samedi avait publié de lui un premier poème, Rêve fantastique, suivi de neuf autres. Le 10 février 1897, son ami Arthur de Bussières le fit admettre à l’École littéraire fondée quelques années auparavant par de jeunes poètes de Montréal. Même là ses amis ne le comprirent guère et l’exclurent temporairement parce qu’il n’apparaissait pas régulièrement aux séances ! Quand il était présent, il ne sortait guère de son mutisme, et s’il se manifestait, c’était par des accès d’humour noir ou dans de véritables états de transes inspirées, comme lors de cette
soirée où, en réponse à un critique malveillant, il déclama l’un de ses poèmes les plus célèbres :La Romance du vin. Plus jeune que ses amis, il les étonnait pourtant par l’originalité de ses jugements. Son interprétation d’un texte est ample, elle lui est toujours un prétexte à trouver de nouvelles relations vers un monde fiévreux, étrange, qui est le sien. Son imagination transfigure les mots et les images pour les adapter, au fur et à mesure du poème qu’il écrit, à la vision qui le traverse : cri de détresse ou d’indignation, plongée dans sa névrose ou dans une longue mélancolie. Nourri de Baudelaire, des parnassiens et des symbolistes, il se pénètre de leurs procédés de composition sans toujours bien les dominer.
Alors que Rimbaud est encore inconnu au Canada, il le proclame un maître et le révèle à ses amis; tel de ses poèmes marquera d’ailleurs jusqu’à quel point il voulait sienne certaine aventure rimbaldienne. Nelligan donne nombre de poèmes aux journaux locaux qui veulent bien les accepter, et contribue ainsi à faire connaître le groupe auquel il appartient. En été 1898 il s’engage comme matelot à bord d’un navire en partance pour Liverpool, et, dès son retour, abandonne la vie de marin, sans que rien n’ait été révélé, soit par lui, soit par quiconque de son entourage, de ce que fut pour lui ce voyage. Son père lui trouva alors une place de comptable à laquelle il ne put évidemment pas s’astreindre. En 1899, Nelligan est gravement atteint moralement et mentalement, son intelligence résiste de moins en moins au drame de sa jeunesse qui passe « arme au poing, toute en sang », déchirée par « le règne du rire amer », et le poète sombre dans la folie : le 8 août, après une période de surmenage intellectuel, Nelligan doit être conduit à la retraite Saint-Benoît, d’où il passera en 1925 à Saint-Jean-de-Dieu. Là il mourra en 1941, sans être sorti de son état de prostration ou d’indifférence. La vie active et publique de Nelligan tient exactement en trois ans, durant lesquels le poète fut constamment le témoin involontaire de la tragédie qu’il vécut : refus d’un monde mauvais où il n’avait pas sa place, et impossibilité de libérer le rêve qui le hantait. Nelligan, qui rompt avec l’inspiration essentiellement nationale de la précédente génération canadienne, retrouve le courant et le niveau du fleuve poétique de son siècle; seul poète maudit canadien, il est aussi le plus grand poète de son pays.
L’œuvre complète d’Émile Nelligan fut réunie et publiée grâce à sa mère et à son ami Louis Dantin en 1903 — Poésies.

Il existe une édition critique de ses œuvres par Luc Lacourière, professeur à l’Université de Montréal (1952).

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