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L’oubli est-il une déficience de la mémoire ?

L’oubli, simple défaut de mémoire ?

Après que nous avons cherché à retrouver un souvenir (un nom propre, par exemple), la réminiscence, dit saint Augustin, semble venir brusquement corriger cette «mutilation de l’habitude» que, jusque-là, nous éprouvions.

L’oubli paraît donc dû à une sorte de «méforme» de nos facultés intellectuelles, et semble, au premier examen, être imputable exclusivement à la fatigue, à un défaut de vigilance.

On se plaît, toutefois, à souligner les réels dangers de l’oubli. Car il est avéré que celui-ci est communément le fourrier des idéologies les plus dangereuses.

La valeur sociale de l’oubli

L’oubli a, cependant, ses vertus : en société, il paraît même, bien souvent, bénéfique.

Les institutions politiques et juridiques stipulent que sauf dans le cas de crimes imprescriptibles — la société doit savoir oublier les violences, si celles-ci remontent déjà à un temps suffisamment long (cf. amnisties, etc.).

Et les religions elles-mêmes semblent avoir conféré à l’oubli un caractère de nécessité.

La fonction économique de l’oubli

«L’oubli, déclarait Nietzsche, n’est pas seulement une vis inertiae [= une force d’inertie] ; c’est bien plutôt un pouvoir actif, une faculté d’enrayement dans le vrai sens du mot» (La “Généalogie de la morale“, 1887).

Un acte manqué – l’oubli d’un projet, par exemple – traduit toujours l’existence d’une intention contraire, d’un «contre-vouloir», selon Freud.

C’est donc non seulement dans les cas pathologiques (souvenirs traumatiques refoulés par le malade mental) mais aussi dans la vie la plus quotidienne de l’homme dit «normal» que l’oubli sert à taire ce dont la remémoration nous serait inutile ou désagréable. •

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