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L’inquiétude de Tocqueville : de la démocratie à la tyrannie

L’inquiétude de Tocqueville : de la démocratie à la tyrannie ? Une analyse politique.

Axe 2: Avancées et reculs des démocraties –  Jalons: L’inquiétude de Tocqueville : de la démocratie à la tyrannie ? Une analyse politique.

 

PRESENTATION DE L’OUVRAGE « DE LA DEMOCRATIE EN AMERIQUE » DE TOCQUEVILLE

https://drive.google.com/file/d/18D40dbDVzYjiV92CJmGY4OnZdRx4SaZJ/view = Conférence de Ferry sur Tocqueville à partir de 46′ 30 ».

2 grandes ≠ avec Rousseau :

  • Démocratie représentative et non directe comme chez Rousseau. Tocqueville défend une démocratie libérale.

4 grandes idées du libéralisme :

  • Existence des droits individuels inaliénables (liberté, sécurité). Droits naturels.
  • Etat est limité dans son pouvoir. Fonctions régaliennes. L’Etat ne doit pas pénétrer dans la société civile. Autonomie de la société civile au niveau économique et des moeurs.
  • Société civile fondée sur le commerce des choses et des idées. Civilité naturelle.
  • La loi doit accompagner la société civile dans ses évolutions (exemple de la loi Weil).
  • Démocratie = réalité, vérité de l’Histoire. Pas seulement forme de gouvernement.

Alexis de Tocqueville (1805-1859) : Issu d’une famille noble sauvée de la guillotine grâce à la chute de Robespierre.

Influencé par les philosophes des Lumières (Rousseau, Voltaire, Montesquieu). Tocqueville n’est pas un penseur réactionnaire mais lucide sur les dangers de la démocratie.

1835 = publication : « De la démocratie en Amérique ».

1849 = Ministre des affaires étrangères.

1856 :

  1. Idées de la démocratie :
  1. Démocratie = Sens de l’Histoire = progrès constant vers l’égalisation des conditions. Fin de la féodalité, fin de l’aristocratie. 1789 = avènement inéluctable d’un nouvel ordre du monde démocratique. Fin des servitudes de l’ancien Régime, fin de la royauté.

  • 5 différences entre ancien régime (AR) et démocratie :
  1. AR = hiérarchie naturelle. Aristocrate par nature. Hiérarchie
  2. AR = le tout plus important que les parties (holisme)
  3. Hétéronomie de l’AR. Autonomie de la démocratie.
  4. Société traditionnelle = conservation des traditions, contre innovation. Conservatrice et réactionnaire.
  5. Jalousie
  1. Atomisation du social avec l’égalité. Individus de plus en plus semblables les uns aux autres. Individus de plus en plus égaux. Pouvoir étatique de plus en plus tutélaire puisqu’il n’a plus affaire qu’à des individus atomisés qui recherchent leur bonheur privé. Etat centralisé. Totalitarisme doux. Pas tyrannique. Pouvoir prévoyant. Etat-providence (retraite, sécurité sociale). Risque de l’apathie politique. Chacun citoyen replié sur sa sphère privée et égoïste. Abdication même de son autonomie de penser. Risque de la disparition de la liberté politique pour la seule liberté économique.

  1. Théorie de la révolution : Egalisation des conditions depuis le Xie / XIIe siècle en Europe. Pourquoi ? Tout concourt à l’égalité. Les bons rois (Louis XI ou Louis XIV) ont tout fait pour améliorer les conditions de vie du peuple. Les mauvais roi (Louis XV) se sont rabaissés, dans la débauche, l’avidité au niveau du peuple.


Egalisation des conditions en élevant le peuple ou en rabaissant l’aristocratie.


De même, les roturiers, les bourgeois (industriels, financiers, intellectuels – Voltaire, Rousseau) se sont haussés, grâce à leur talent commercial ou intellectuel au niveau de l’aristocratie.

  • Aristocratie, bourgeoisie et même le peuple ont des gouts communs.
  • Révolution française va égaliser toutes les conditions et mettre fin à tous les « privilèges ». Abolition des « privilèges » de la nuit du 4 aout.
  • Mettre en harmonie et adéquation les mœurs, les « manières » de la société civile avec le droit et la politique.
  1. Logique démocratique nécessaire et providentielle.

2 évolutions possibles de la démocratie :

  1. « à la française » = atomisation du social face à un pouvoir centralisé. Pouvoir jacobin. Risque de l’égalitarisme.
  2. « à l’américaine » = constituer des « contre-pouvoirs » (associations, fédéralisme). Décentralisation.

Conclusion :

  1. Passion démocratique dominante dans le monde.

  2. Platitude démocratique : tout est à échelle humaine. Démocratie humaine… trop humaine. Y a-t-il encore une place à la grandeur, au sublime, à la transcendance dans nos univers démocratique ? Tout devient fade, sans relief ?
  1. Question de la fin de l’Histoire. Nous vivons la fin de l’Histoire. Si le propre de l’homme c’est la liberté alors la démocratie est le meilleur des régimes politiques. Pas d’autres formes de politique que démocratique. Démocratie = horizon indépassable de l’Humanité elle-même.

Nouveau monde ouvert par la Révolution française.

Tocqueville va chercher aux États-Unis « une image de la démocratie elle-même », adoptée le 17 septembre 1787.

Voir les mérites, mais aussi les dangers de la démocratie.

Non pas, comme pouvait le craindre Platon ou Aristote, un basculement dans l’anarchie, mais plutôt une dérive vers un despotisme (*) doux, curieusement compatible avec les apparences de la liberté.

(*) https://databac.fr/despotisme/


Individualisme rend possible l’émergence d’un totalitarisme doux, cad pouvoir qui prive les hommes de leur liberté en leur apportant sécurité et bonheur.

En 1831, Alexis de Tocqueville effectue un voyage d’études aux États-Unis en compagnie de son ami Gustave de Beaumont. Motif officiel : examiner le système pénitentiaire américain. En réalité, Tocqueville a d’autres visées, il voudrait vérifier le bien-fondé de ses idées politiques. Considérant que les sociétés occidentales sont entraînées dans un processus irrésistible de démocratisation, Tocqueville cherche à analyser les effets de l’égalisation des conditions sur les systèmes politiques. Pour ce faire, il se rend dans le pays le plus démocratique de l’époque, les États-Unis. Indépendants depuis 1776, les États-Unis offrent à Tocqueville un véritable laboratoire pour ses analyses du principe démocratique, des avantages qu’il offre à la liberté et des risques qu’il lui fait courir. « J’ai choisi le pays chez qui la démocratie a atteint le niveau le plus complet et le plus paisible afin d’en discerner clairement les conséquences naturelles et d’apercevoir, s’il se peut, les moyens de la rendre profitable aux hommes. J’avoue que, dans l’Amérique, j’ai vu plus que l’Amérique ; j’y ai cherché une image de la démocratie elle-même, de son caractère, de ses préjugés, de ses passions ; j’ai voulu la connaître, ne fût-ce que pour savoir au moins ce que nous devions espérer ou craindre d’elle. »

Les sociétés modernes ayant aboli les anciennes hiérarchies, le peuple s’attache au principe de l’égalité. Il se refuse à l’autorité de quelques-uns et s’accommode mieux de pouvoirs centraux impersonnels. En outre, les individus se consacrent essentiellement à l’accroissement de leur bien-être, et ce « goût des jouissances matérielles » se développe au détriment de l’amour de la liberté, dont l’exercice réclame un engagement civique. La plupart des membres de ces démocraties peuvent jouir de l’amélioration dans leurs conditions matérielles puisqu’il n’y a plus de barrière entre les classes et dans la caste. Ils consacrent alors une bonne partie de leur temps et leur énergie à ses jouissances. C’est en ce sens que Tocqueville affirme que l’égalité

« ouvre démesurément l’âme à l’amour des jouissances matérielles ». Il n’y a plus d’obstacle pour que chacun accède à des conditions de vie meilleures. Matérialisme des démocraties libérales, capitalistes. C’est d’ailleurs tout le rêve américain qui transparaît tellement dans les productions actuelles hollywoodiennes : tout le monde, même l’homme de la rue peut réussir aux Etats-Unis. De fait, tout le monde va essayer de réussir et de bien gagner sa vie.

Mais, la conséquence, c’est que les hommes n’ayant plus qu’à s’occuper de leur bonheur privé, n’ayant plus besoin des autres pour y parvenir, se détachent de la communauté.

Limites et les risques du système démocratique. Il identifie par exemple la recherche de bonheur comme menant à une possible tyrannie : le désintéressement des hommes pour la politique reviendrait à laisser tous les pouvoirs à l’état. Ces nouveaux citoyens ont donc tendance à se replier sur leur sphère privée et à négliger la vie politique. Un pouvoir fort leur semble même bienvenu s’il garantit l’ordre et la protection de leurs affairements quotidiens. Individualisme et indifférence à la vie publique risquent alors de faire le lit d’un pouvoir « immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur providence et de veiller sur leur sort ». Un pouvoir absolu inédit, met en garde Tocqueville, suffisamment précis et bureaucratique pour contrôler leur vie, mais aussi suffisamment régulier et prévoyant pour se dispenser, en général, de recourir à la violence. Rappelons néanmoins que Tocqueville est un défenseur de la démocratie. Sa mise en garde vise donc surtout à préconiser une société civile active, faite d’associations capables d’organiser les énergies citoyennes et de fournir des contre-pouvoirs à l’Etat. Un peu plus tard au cours du siècle, Nietzsche dénoncera également l’emprise exorbitante de l’État, administration capable de se séparer de la société telle une créature échappant à son créateur :« L’État c’est le plus froid de tous les monstres froids. »

Texte de référence

« Je pense donc que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde […] Je veux imaginer sous quels traits nouveaux le despotisme pourrait se produire dans le monde : je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs dont ils emplissent leur âme. […] . Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres : ses enfants et ses amis particuliers forment pour lui toute l’espèce humaine […]. Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge seul d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort. Il est absolu, détaillé, régulier, prévoyant et doux. Il ressemblerait à la puissance paternelle si, comme elle, il avait pour objet de préparer les hommes à l’âge viril ; mais il ne cherche, au contraire, qu’à les fixer irrévocablement dans l’enfance ; il aime que les citoyens se réjouissent, pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur ; mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages ; que ne peut- il leur ôter entièrement le trouble de penser et la peine de vivre ? […] Après avoir pris ainsi tour à tour dans ses puissantes mains chaque individu, et l’avoir pétri à sa guise, le souverain étend ses bras sur la société tout entière ; il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule […] ; et il réduit enfin chaque nation à n’être plus qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger »(Tocqueville, De la démocratie en Amérique, Garnier-Flammarion, t. 2, p. 385)

Explication

Pour Tocqueville, histoire des hommes = marche vers l’égalité. Démocratie remplace inexorablement l’Ancien Régime. Mais l’égalité dans les démocraties a aussi un aspect négatif: paradoxalement elle peut se retourner contre la liberté. L’égalitarisme risque de déboucher sur un nivellement des conditions, où les hommes deviennent également médiocres, repliés sur leur vie privée, soumis à un État-providence par rapport auquel ils n’ont plus aucune autonomie. C’est
pourquoi Tocqueville invente ce concept paradoxal d’un « despotisme démocratique », où la liberté n’est pas restreinte par l’oppression du tyran mais par l’égalitarisme lui-même.
Idéaux de liberté et d’égalité ne sont pas forcément faciles à concilier.
Le lien social avec autrui se cantonne ainsi au cercle privé et la sphère publique est écartée. C’est ce qu’Alexis de Tocqueville nomme l’individualisme. Les citoyens participent peu à la vie politique, la délaisse
Ceci cependant se révèle dangereux tant du fait que pour déléguer autant de pouvoir à l’Etat, les individus sont prêts à condamner toute leur liberté mais aussi que cela aboutit de façon inexorable à la naissance d’un despotisme démocratique. S’il se veut bienveillant il n’en demeure pas moins néfaste car supprime petit à petit autonomie et liberté et évince les citoyens de l’activité politique

Par ce texte prophétique, Tocqueville nous offre donc une critique extrêmement pertinente de la société démocratique, égalitaire, bourgeoise, hédoniste et individualiste actuelle.

https://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations/index.php?RECALL=FGHVTESS&DATAS=65321__ddp&data=65321__ddp&codes=FGHVTESS&code=FGHVTESS&trxid=f218bf47-d286-46e3-93d7-dcc3abb791a6&transaction_id=f218bf47-d286-46e3-93d7-dcc3abb791a6

Contresens à ne pas commettre

Tocqueville montre aussi que le moteur de la démocratie n’est pas la vertu, comme le pensait Montesquieu, mais le désir de jouissances matérielles. Malgré ses avantages, toutefois, la démocratie américaine est menacée par l’absence de traditions historiques et par une nouvelle forme de tyrannie : la dictature de la majorité.

  1. Parce qu’il critique la démocratie : il n’est pas question pour lui de revenir à des systèmes inégalitaires. Cela n’empêche pas d’être.
  2. Pour lui, la transformation de la démocratie en démagogie n’est pas inéluctable : Tocqueville voit des remèdes à ce danger, en particulier l’indépendance judiciaire et le développement de ce quatrième pouvoir qu’est la presse. Tocqueville est un des premiers grands défenseurs de la liberté de la presse.

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