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L'histoire, mémoire de l'humanité

L’historicité est le privilège propre à l’homme d’avoir conscience de vivre dans l’histoire. Le temps est la condition fondamentale de toute existence humaine. C’est aussi la condition universelle et nécessaire de toute connaissance. Cette expérience du temps est une expérience vécue, éprouvée, subjective, à tout jamais insaisissable. Mais si l’homme individuel est plongé d’emblée dans le temps, face à la mort, son existence historique l’inscrit dans la durée de l’humanité.

1. L’histoire, mémoire de l’homme


    « L’histoire est la connaissance du passé humain », selon la définition de l’historien H.-I. Marrou. L’histoire nous parle de l’humanité. Elle est la reconstitution du passé humain. Elle recueille les événements produits par les hommes et leur donne sens. Seul l’homme fait l’histoire, car seul il en a conscience. Le français et l’anglais n’ont qu’un mot pour distinguer l’histoire en tant qu’étude du passé humain, et l’histoire en train de se faire.


    C’est donc dans le temps que l’homme a une dimension historique. Il sait qu’il laisse des traces (monuments, documents, etc.). Ce temps mémorisé détermine une histoire cumulative, c’est-à-dire qui progresse, une histoire en marche, par opposition à l’histoire stationnaire, celle des sociétés premières qui n’ont pas un rapport linéaire au temps et vivent dans une nature encore enchantée, mythique, ouvertes aux dieux. La façon de concevoir le temps conditionne le rapport à l’histoire.


2. Progrès ou éternel recommencement ?


    On a longtemps pensé que seules les cultures de l’écrit avaient donné naissance à l’histoire. Cette idée sous-entend que les sociétés sans écriture n’ont pas d’histoire. Certes, il est incontestable que l’histoire, en tant que discipline, est liée à l’écrit, mais puisque le temps passe pour tous, aucune société n’échappe au changement. Ainsi, toute société a une histoire, la connaît et la transmet.


    Dans les trois religions monothéistes, le temps est linéaire : il commence dès que Dieu chasse Adam et Ève du paradis, lieu anhistorique par excellence, où rien ni personne n’est soumis aux vicissitudes de la temporalité. Depuis, l’humanité vit entre la chute et la rédemption. La fin des temps sera le Jugement dernier et la venue du royaume de Dieu sur terre. C’est pourquoi dans cette perspective linéaire, l’histoire est liée à la notion de progrès : l’humanité progresse vers la fin de l’histoire.

    La pensée grecque ignore cette notion d’histoire cumulative. Le progrès n’est pas une valeur positive dans la société grecque car tout ce qui change se corrompt. Platon n’assigne de valeur qu’au monde intelligible immuable. Pour les Grecs, le temps est cyclique. Tout recommence toujours, éternellement. Il y aura de nouveau un Socrate buvant la ciguë, disaient les Stoïciens. Dans cette conception cyclique, la notion de progrès ne peut pas exister. Il n’y a ni début ni fin, mais un éternel recommencement du même.

Mais cette distinction entre histoire linéaire et histoire cumulative est-elle objective, demande Claude Lévi-Strauss dans “Race et Histoire” ? Ne procède-t-elle pas « plutôt de la perspective ethnocentrique dans laquelle nous nous plaçons toujours pour évaluer une culture différente » ? L’ethnocentrisme est une attitude qui prend pour modèle de référence sa propre société, et elle seule. Les autres cultures apparaissent alors étranges et étrangères. C’est ainsi que naissent xénophobie et racisme.


3. La science historique naît avec l’enquête


    Les sociétés traditionnelles sacralisent l’univers, et les mythes fondent leur rapport au monde. Hérodote (Ve siècle avant J.-C.), le plus ancien historien connu, écrivit ses Histoires après avoir voyagé dans toute la Grèce. Il a laissé une masse d’informations et accorde pour la première fois une réelle importance au cadre géographique. Mais Hérodote reste un raconteur de mythes. À la différence du conte, le récit historique se veut véridique, fruit d’enquêtes. C’est Thucydide, une vingtaine d’années après Hérodote, qui introduit la méthode critique.

    La naissance de l’histoire va de pair avec une désacralisation du monde et un recul des mythes. Sans les abolir totalement, car la croyance au progrès est une forme nouvelle de mythe. L’histoire, concept universellement partagé par toutes les cultures, ne devient donc science historique qu’à partir du moment où le conteur, le griot, le chaman, fait place à l’enquêteur sceptique. Mais cette connaissance historique est-elle scientifique ?


Mots clés/Mots repères

Enquête ; progrès; temps linéaire et temps cyclique ; ethnocentrisme. Objectif/Subjectif; Expliquer/Comprendre.

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