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L'expérience immédiate comme obstacle à la connaissance scientifique


Bachelard considérait l’expérience immédiate comme le premier obstacle à la connaissance scientifique. Par exemple, de ce que cette pierre tombe plus vite que le liège, j’en viendrai à établir une distinction entre le « lourd » et le « léger » et à conclure que la vitesse de la chute est liée à leur masse. Or les scientifiques ont établi que, dans le vide, tous les corps tombent à la même vitesse. Dans les sciences humaines comme la sociologie, par exemple, la difficulté vient de ce que les phénomènes humains ont un sens immédiat « car ils font spontanément partie d’un univers d’actions valorisées et orientées ». Le système brut des significations vécues fait obstacle à l’appréhension scientifique des faits humains. Le savant substitue un système nouveau qui souvent contredit « la phénoménologie des rapports perçus ». (Gilles-Gaston Granger, “Pensée formelle et sciences de l’homme“).


La pensée théorique anime la démarche expérimentale


— L’observation et l’expérimentation scientifique ont un caractère polémique


Bachelard montre que la pensée théorique anime la totalité de la recherche scientifique. L’observation scientifique a besoin d’un « corps » de précautions qui conduisent à réfléchir avant de regarder. Elle a un caractère polémique en ce sens qu’elle s’oppose à l’observation première toute passive qui enregistrerait directement les données du réel. Elle suppose toujours « une activité rationnelle antérieure, un schéma préalable, un plan d’observation […] elle confirme ou infirme une théorie; elle hiérarchise les apparences; elle transcende l’immédiat; elle reconstruit le réel après avoir reconstruit ses schémas ». L’expérimentation scientifique accentue encore ce caractère polémique de la connaissance scientifique. Le fait est transformé en « phénomène trié, filtré, épuré, moulé dans le moule des instruments, produit sur le plan des instruments. ».


— Les instruments d’observation et d’expérimentation sont des incarnations matérielles de théorie


Dans les sciences physiques contemporaines il n’y a pas d’observation ni d’expérimentation possibles sans instruments. Or les instruments sont des incarnations de théories. Le réel étudié par le scientifique porte donc de toutes parts la marque théorique. En fait, il n’y a pas de coupure radicale entre l’expérience et la raison. Comme le constate Brunschvicg, on ne saurait « ni rêver d’un savoir rationnel qui dispenserait d’interroger l’expérience ni imaginer une expérience passive qui dispenserait d’exercer l’activité propre à la pensée ».

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