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L’ETAT ET LA SOCIETE

THÉMATIQUE : LA POLITIQUE

  • La politique est initialement comme l’indique l’étymologie (« polis » = « cité »), l’art de gouverner la cité, elle concerne la vie collective de l’ensemble des citoyens, et donc ce qui touche au gouvernement et à l’État, dès lors que ce dernier est devenu l’organisation la plus fréquente de la société.
  • L’articulation entre les exigences de la société et celles des individus qui en font partie a suscité de nombreuses réflexions sur ce que pouvait être son caractère initialement « naturel » et sa transformation en société « politique » : selon que l’on insiste sur la nécessité d’instaurer un pouvoir étouffant la liberté individuelle (Hobbes), ou sur les apports positifs du « contrat social » (Rousseau), on fait des citoyens des sujets passifs ou des acteurs responsables de l’ordre social.
  • Mais, dans tous les cas, la vie collective est un espace d’échanges, d’où naissent des inégalités économiques et de statut social. Appartient-il à l’État de freiner le développement de ces inégalités ? Les conceptions « libérales » considèrent que les interventions de l’État doivent être minimales, alors que les théoriciens « socialistes » affirment au contraire que les inégalités doivent être combattues. Ces deux conceptions de ce que peut être la justice sociale paraissent inconciliables.
  • La justice affirme pourtant l’égalité de principe de tous les hommes devant le droit établi : la loi est la même pour tous. Mais cette égalité théorique ne suffit pas pour garantir une égalité « réelle » qui se trouve trop souvent bafouée, ne serait-ce qu’en raison de la complexité du système judiciaire dont certains peuvent tirer profit tandis que d’autres en sont les victimes.

  • À en croire Hegel, l’État est ou devrait être « un monstre froid » : il serait indépendant de tout intérêt particulier. L’histoire moderne enseigne qu’il n’en est rien : les totalitarismes sont des versions de l’État qui montrent que les intérêts et les passions peuvent y intervenir, et les pires injustices y être « légitimées ».

Citations-clés

  • Aristote : « Une cité est par nature antérieure à une famille, et à chacun de nous. ».

  • Pascal : « La justice sans la force est impuissante, la force sans la justice est tyrannique. »

  • Spinoza : « La fin de l’État n’est pas de transformer les hommes, êtres raisonnables, en bêtes ou en automates, mais au contraire de faire en sorte que leur esprit et leur corps accomplissent sans danger leurs fonctions. »

  • Rousseau : « Ce que l’homme perd par le contrat social, c’est sa liberté naturelle et un droit illimité à tout ce qui le tente et qu’il peut atteindre; ce qu’il gagne, c’est la liberté civile et la propriété de tout ce qu’il possède. »

  • Alain : « La justice est une chose qu’il faut faire et refaire, sans aucun secours étranger, par soi seul, et aussi bien à l’égard d’un homme qu’on ne connaît point. »

  • Max Weber : « Il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé […], revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime. »

L’ETAT ET LA SOCIETE



INTRODUCTION

La question centrale, concernant l’État, est la question de droit et non de fait, cad de la légitimité et du fondement du politique. En effet, l’État n’est-il qu’une autorité sans autorisation?
Un fait sans droit ?
Une légalité sans légitimité ?
Une contrainte sans obligation ? Mais, au-delà de la question des fondements, se pose le problème des fins et des valeurs que l’État se propose. Que faut-il attendre de l’État ? D’être le porte-flambeau de la raison et de la liberté humaine ? Le cadre de la liberté et de la réconciliation avec autrui ? Ou, au contraire, un Léviathan prétendant assurer la sécurité de tous et qui au final impose l’aliénation de chacun ? Est-il possible de trouver une forme d’organisation qui permette (ou oblige ?) les hommes à bien vivre ensemble cad en paix et en justice ?

«L’Etat le plus froid des monstres froids.» dit Nietzsche. L’État, sa police, son administration, son armée, sa justice, sa censure, ses censeurs… La grande machine à détruire la vie et la création. Etat = «la nouvelle idole ». Le nouveau dieu des sans-dieu.

Vocabulaire :

  • En fait / En droit = La différence entre le fait et le droit est la différence entre l’être et le devoir-être. Ce qui est “en fait”, c’est ce qui est effectivement, actuellement. Ce qui est “en droit” fournit un critère d’évaluation de ce qui est “en fait”. Exemple : si je vole le bien d’autrui, je suis le possesseur «en fait» de mon larcin mais je n’en suis pas le propriétaire «en droit».
  • Légal / Légitime = Ce qui est légal, c’est ce qui est conforme à la loi; ce qui est légitime, c’est ce qui est conforme à la justice ou à la morale et qui est donc reconnu comme devant être suivi. Exemple d’Antigone. Enterré son frère Polynice était légitime moralement mais illégal socialement.

Légalité et légitimité sont donc 2 ordres normatifs concurrents, 2 types de devoirs qui ne coïncident pas toujours. Lorsque l’on fait la révolution, par exemple, c’est parce que l’on considère que les lois sont illégitimes. Mais, on peut aussi considérer certaines lois comme légitimes : en démocratie (en principe), les lois sont rendues légitimes par le fait que c’est le peuple qui se les donne lui-même.

Exercice pratique : réfléchissez au cas de l’excision, pratique légale dans certains pays. Vous semble-t-il correct de dire que cette pratique n’a pas à être jugée au nom de la justice/morale et n’est qu’une pratique comme une autre, relative à une pratique culturelle donnée ?

  • Obligation / Contrainte = Une obligation nous pousse à agir en vertu d’une nécessité intérieure, subjective, qui nous fait reconnaître un devoir d’agir de cette manière-là. Une contrainte est une force extérieure qui nous pousse à agir contre notre volonté. Par exemple, Antigone est “obligée” d’aller enterrer son frère Polynice du fait de ce qu’elle considère comme une loi divine, mais elle est “contrainte” par son oncle Créon à ne pas le faire. La contrainte est physique, l’obligation est morale.

REPERE : OBLIGATION / CONTRAINTE

La contrainte est une pression exercée sur quelqu’un de l’extérieur. Elle est souvent pénible, parfois violente et injuste. Une obligation, en revanche, ressortit à l’ordre juridique ou moral. Même si elle n’est pas forcément très agréable, elle est pleinement acceptée par celui qui s’y soumet. S’il s’agit d’une obligation morale, elle provient d’un devoir élaboré pour soi-même. On s’oblige, par exemple, à ne jamais mentir, même si rien n’y contraint. Dans le cas d’une loi ou d’un contrat, l’obligation est librement consentie. Si nous sommes obligés de payer des impôts, c’est finalement parce que nous acceptons de vivre dans un pays où l’argent est redistribué à la collectivité.

—> La loi nous contraint-elle ou nous oblige-t-elle ? Les lois de la physique contraignent (pesanteur). Mais les lois de la cité ? Elles nous contraignent si nous les considérons simplement comme des menaces policières ou issues de l’arbitraire. Elles nous obligent si nous les considérons comme légitimes.


Tentons de préciser notre distinction entre « patriotisme » et « nationalisme » :

  • Le patriote est solidaire et protecteur de ses concitoyens. Acception défensive. Par exemple, le patriotisme du supporter d’une équipe de foot.
  • Le nationaliste est plus agressif et expansif. Prétention à la supériorité de sa Nation sur les autres. Par exemple, le nationalisme hitlérien
  1. LA NÉCESSITE DE LA SOCIÉTÉ ET DES LOIS
  1. L’homme est un animal politique.

Homo sapiens (entre -100 000 et – 40 0000) = déjà vivant au sein de sociétés organisées. Idem pour l’homme de Neandertal (- 200 000).

L’anthropologie nous apprend que l’homme ne devient homme qu’au contact des hommes.

L’homme, au contraire des animaux grégaires, n’est pas réglé de manière automatique et innée dans ses relations avec ses congénères, et il n’est pas non plus solitaire ; il vit avec ses semblables et engage avec eux beaucoup de relations.

Par exemple, la pensée symbolique (le langage) requiert une vie sociale, car pas de langue naturelle chez l’homme. Mais, une « langue maternelle » cas acquise.

// Aristote = Homme, animal naturellement appelé à vivre en société. Vie sociale permet d’exploiter les potentialités de l’espèce. Division des tâches, complémentarité des échanges = chacun bénéficie des activités de l’ensemble.

RAPPEL: LA POLITIQUE CHEZ ARISTOTE

« L’homme est un animal politique » (« zoon politikon »): il se réalise avant tout dans la communauté politique et ne saurait être compris en dehors de ses relations avec ses semblables. Éthique et politique sont étroitement liées : le but final de la cité est d’assurer le bonheur et la vertu des citoyens par la domination des lois cad de la raison ; l’éthique détermine la nature et les fins de l’acte vertueux en vue du bonheur, qui s’atteint dans l’exercice de sa pensée et de son être social, c’est-à-dire dans la pratique habituelle de la recherche intellectuelle et l’amitié.

(TES) Englobant tous les groupes sociaux (professionnels, sportifs, familiaux, syndicaux, etc.) dans notre vie quotidienne, la Société est notre milieu de vie ; elle nous a précédé dans l’existence (nous naissons dans une société déjà existante) et elle nous survivra ; elle a des habitudes, des normes, des valeurs, un langage, un certain stade de développement, bref une « culture». Être modelé par le milieu social d’existence, c’est s’acculturer. L’acculturation est insensible lorsque l’on grandit dans un même milieu socio-culturel (apprentissage de la langue dite «maternelle», influence des modes de penser, d’agir, de réagir, intégration des habitudes sociales et des normes); elle devient plus évidente et plus difficile lorsque, venant d’un autre milieu social étranger, nous avons à vivre dans un nouveau milieu. Ainsi les Immigrants ne sont «acculturés» qu’à la 2e ou 3e génération. Ce qu’il faut comprendre, c’est d’une part que l’acculturation est une modalité d’un processus plus fondamental, celui de la socialisation, par lequel la socialité essentielle de l’être humain s’accomplit, le rendant capable, au-delà de toute acculturation, de participer à un groupe quelconque. Acculturation # Déculturation.

  1. Les fonctions de le loi de L’Etat.


La loi a pour fonction d’empêcher ou de limiter les abus. Même le code noir, qui légiférait des droits du maître sur l’esclave dans les colonies françaises des XVIIe et XVIIIe siècles et qui est un scandale aux yeux de l’homme d’aujourd’hui, a été institué pour défendre l’esclave contre les mauvais traitements que ses maîtres lui infligeaient trop souvent. La loi est toujours par nature limitative et préserve des espaces de liberté ou de sécurité aux individus. Elle est souvent la seule garantie contre l’arbitraire et la tyrannie de certaines puissances, celles de l’argent, de la célébrité, du pouvoir politique aussi.

Les lois protègent chaque homme de la violence des autres hommes (et de la sienne propre). L’ensemble des lois constitue le droit qui s’oppose à la force. Considéré comme juste ou injuste, le droit fixe des limites conventionnelles à notre action, cad des limites créées par l’homme.

Exemple des sports de combat : en boxe, tous les coups ne sont pas permis. Existence de règles (pas de coups de tête ou en dessous de la ceinture). A l’inverse, lors d’une agression dans la rue, plus de règles, de limites à la violence. Seules les lois de la nature s’exercent sans limite, sinon celles naturelles des forces de l’agresseur.

Le droit s’oppose à la force. Rousseau dira avec raison que l’expression “le droit du plus fort” est dépourvue de sens (cf. cours sur le droit).

Le droit est culturel alors que la force relève de la nature.

Les lois ne régissent pas l’ensemble des activités d’un individu. La plupart des actes ordinaires de la vie courante relève de la coutume, des modes, des règles morales.

Définition de l’État = ensemble d’institutions politiques dont la fonction consiste à crée des lois, à les faire appliquer et à les défendre contre des ennemis extérieurs ou intérieurs (armée, police).

L’Etat dispose du «monopole de la violence légitime» (Weber) afin de défendre les lois pour ceux qui refusent à y obéir.

Citation: «Il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé, […] revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime.» Max Weber (1864-1920)

Explication:
L’Etat moderne est le garant de la vie politique. Il se reconnaît comme le seul détenteur légitime de la force et à ce titre préserve la défense de l’intégrité du territoire où son autorité s’exerce. En outre, aucune société n’est à l’abri de désordres qui pourraient entraver son bon fonctionnement. Il revient donc à l’Etat d’organiser sur un plan juridique les rapports humains afin d’assurer l’exercice du droit. Sans cela, le risque que chacun puisse à sa guise user de la violence ne pourrait être sérieusement écarté.

Les fonctions les plus essentielles et les plus anciennes de l’État sont les fonctions :


  • de défense nationale : il n’étend son pouvoir que dans certaines limites précises, un territoire aux frontières bien déterminées, et indépendant des autres nations. Préserver ses frontières, et l’unité de son territoire. Sécurité externe. Armée.
  • de police et de justice. Sécurité interne.
  • de liberté (de chacun compatible avec celle de tous). D’après la Déclaration des droits de l’homme de 1791 : « La liberté est donc le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. »
  • des «missions de service public»: les transports, les services sociaux (retraites, sécurité sociale, etc.), l’éducation appartiennent parfois au secteur privé, mais l’État peut aussi les assurer..
  • MAIS LE BUT FINAL RECHERCHE PAR L’ÉTAT EST CELUI DE L’EPANOUISSEMENTDE L’INDIVIDU. D’ailleurs toutes les formes de gouvernement mises en place se proposent ce résultat final, seuls les moyens diffèrent.

NOTE : Qu’entend-on par « fonctions régaliennes » ? « Régalien » vient du latin rex, regis qui signifie « roi ». C’est un terme emprunté à l’Histoire et qui définit ce qui est lié à la notion de souveraineté. Les fonctions dites régaliennes sont au nombre de quatre : assurer la sécurité extérieure, la concorde intérieure, définir le droit et rendre la justice, frapper la monnaie. Ces quatre fonctions constituent la part irréductible de l’autorité d’un État. Lorsqu’il s’en départit, on peut affirmer que son pouvoir connaît un retrait préoccupant pour l’ordre public.

C. La sécurité, premières des libertés.

Sécurité des personnes et des biens = Première aspiration de l’homme. Contre la guerre civile qui n’est jamais que le retour à l’ «état de nature».

Hobbes (XVIIe – Angleterre) = Sécurité est l’objectif majeur de l’activité politique. Pour y parvenir les hommes conclue une sorte de marché ou «contrat», cad un accord implicite avec ceux chargés de la direction de la société: ils renonceront à leur liberté naturelle en échange de la sécurité.

Les gouvernants, pour Hobbes, tirent leur légitimité, cad la justification de leur pouvoir sur cette capacité à instaurer la paix civile.

Si l’on suit les philosophies du contrat, la liberté naturelle ne peut être abandonnée que si je trouve un intérêt à ce qu’elle le soit. Ces différents motifs sont liés aux droits que me garantissent l’Etat (sécurité, droit à la propriété…). Il est bien évident qu’en m’assujettissant aux lois de l’Etat, je perds une part de cette liberté initiale, et j’entre dans un domaine complexe de droits et de devoirs. L’ensemble de ces droits déterminent l’espace de ma liberté au sein de l’Etat, liberté qu’on appelle juridique.

TRANSITION:


II) L’ABSOLUTISME

[Meilleure formulation de l’absolutisme : “L’Etat, c’est moi” de Louis XIV !]

  1. Une conception théologique de l’État


Patriarcat: les sujets sont voués à rester des enfants.

Le droit divin = conception traditionnelle de l’Église depuis le moyen-âge. Elle s’est développée au XVIIe siècle, grâce à des penseurs comme Suarez (“De legibus“), Bossuet (“Politique tirée des paroles de l’Écriture sainte“).

Thèse essentielle du droit divin = Le pouvoir politique, loin d’être arbitraire, a un fondement, une source qui le légitime : DIEU.

// Saint-Paul: “il n’y a point d’autorité qui ne vienne de Dieu.” (“Épître aux Romains, XIII), cad Dieu ne nomme pas directement les gouvernants. Les souverains peuvent être désignés selon des voies humaines mais tenir de Dieu, et non des hommes, leur autorité. Dieu est fondement et non cause effective. Dieu définit un fondement et n’intervient pas dans le mode de formation de l’État.

La théorie du D.D. aboutit à une conception absolutiste de l’État, elle aussi, tirée des Écritures Saintes. S’il n’y a en effet pas de pouvoir qui ne vienne de Dieu, alors celui qui résiste à l’autorité se rebelle contre l’ordre établi par Dieu. («Épîtres aux Romains»). L’obéissance au souverain doit se faire sans réserve et il ne saurait exister dans l’État aucune instance qui puisse de droit contester ses décisions. Notons que ses décisions ne sont ou ne devraient être ni arbitraires, ni despotiques : Dieu n’est pas un malin, il est le garant de la rationalité du monde physique et de la raisonnabilité de l’univers politique. Bossuet: “L’autorité royale. Est soumise à la raison“, le prince, Dieu sur Terre, ne peut y faire n’importe quoi, il doit déjà agir «en bon chrétien»… Le roi devra lui aussi rendre des comptes de sa vie terrestre.

« Théocratie » signifie étymologiquement « le gouvernement de Dieu ». Concrètement, le pouvoir y est mené par une classe sacerdotale abolissant la démarcation entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel. Le pouvoir religieux prend le pas sur le pouvoir civil et la volonté divine est vue comme cause et principe de la direction des affaires terrestres par le biais d’un médiateur religieux ou des institutions religieuses en place.

Critique de la théorie du théocratisme et de l’absolutisme :

  • Négation du droit de résistance, qui sera inscrit dans la DDH de 1789 comme l’un des 4 droits naturels et imprescriptibles de l’humanité (liberté, propriété privée, sûreté, résistance à l’oppression).
  • Négation de la souveraineté du peuple. Le D.D. N’est certes pas opposé, incompatible à l’existence d’une démocratie, mais il est clair que, si la souveraineté a sa source en Dieu, elle ne saurait l’avoir dans le peuple. C’est à partir de ces 2 critiques (souveraineté du peuple et droit de résistance) que la théorie du contrat social
    (*)
    va proposer un autre modèle de légitimité au pouvoir politique.

(*) Ce contrat est purement théorique mais tout se passe comme si les hommes s’étaient un jour réunis pour se mettre d’accord sur les droits qu’ils devaient mutuellement se reconnaître, et on peut rechercher dans ce contrat imaginaire le fondement du droit. Ainsi pour Hobbes, le droit naît dans la substitution de l’état de paix à l’état de guerre qui est l’état naturel («l’homme est un loup pour l’homme»): les individus abdiquent tous leurs droits naturels entre les mains d’un pouvoir souverain chargé d’assurer l’ordre et la paix; ils n’ont plus désormais d’autres droits que ceux que le pouvoir souverain, c’est-à-dire l’État, veut bien leur reconnaître : «les libertés dépendent du silence de la loi». Le droit réel est donc l’expression de la volonté du Souverain et l’on ne peut invoquer le droit contre l’arbitraire du pouvoir (despotisme) car, par le pacte social, l’homme a renoncé à son droit naturel.

B.    L’État divinisé


Hegel se situe ici dans la lignée d’Aristote, pour qui l’homme ne réalise sa nature d’homme que dans la cité: c’est dans l’État que l’esprit de l’homme s’objective, sort de sa subjectivité restreinte pour se hausser au niveau de la collectivité et de l’histoire. Par l’État, l’homme parvient au-delà de sa simple individualité.

• C’est pourquoi ce n’est que dans et par l’État que l’homme réalise vraiment sa liberté. Cela peut paraître paradoxal, puisque l’État impose ses lois à l’individu. Mais le rôle de l’État n’est pas seulement répressif: c’est l’État qui fait de l’individu un sujet de droit.Mussolini voyait dans le « totalitarisme » (il est l’un des premiers à avoir employé l’expression) le moyen de contrôler « du berceau à la tombe » l’existence quotidienne des individus.

Le régime totalitaire, qui apparaît lorsque le politique dévore la totalité de la vie des membres de la société qui le subit, dans tous ses domaines d’expression et en niant toute vie absolument privée. Rien n’échappe, en effet, à la contrainte qu’exerce l’État totalitaire sur les conduites des particuliers.

NOTE : Qu’est-ce qu’un État martial ? L’adjectif « martial » dérive de « Mars », dieu de la guerre dans la Rome antique. Un État martial se définit par la prise en main des pouvoirs par l’autorité militaire. Historiquement, ce type d’État s’est vu institué à la suite de coups d’État et a fait figure de transition avec un nouveau type de régime souvent dictatorial.

Critique du totalitarisme :


=> Statolâtrie = culte, idolâtrie de l’État. État totalitaire = formule inédite de l’État avant le XXe. Projet de l’Etat total, incarné par le fascisme mussolinien et le nazisme hitlérien. Volonté de nier la séparation entre société civile et État et d’étendre les prérogatives de l’État sur le droit privé. Les relations familiales ou professionnelles deviennent activité de l’État et relèvent de l’idéologie officielle qu’il monopolise. Abolition d’autonomie de la société civile, des corps intermédiaires (syndicats), du pluralisme politique. Contrôle de la totalité des activités sociales au nom d’une idéologie officielle. Cela s’accompagne de la fétichisation de l’État qui devient un “absolu devant lequel les individus et les groupes ne sont que des relatifs” (Mussolini). Le lien politique est alors renforcé en extension et en intention. État n’est plus un simple moyen, il devient une fin en soi.

Raymond Aron, (rival libéral de Sartre) dans “Démocratie et Totalitarisme“, caractérise en 6 points l’État totalitaire :

  • Un parti a le monopole de l’activité politique = parti unique.
  • Une idéologie, vérité officielle de l’Etat.

Toute idéologie est un effort pour justifier devant soi-même ou devant autrui une ligne de conduite qui a besoin de l’être, c’est-à-dire dont la justice n’éclate pas aux yeux de tous. » Leo Strauss, «Droit naturel et histoire ».]

  • Monopole des moyens de force et des moyens de persuasion (radio, TV, presse, internet).
  • Activités économiques et professionnelles deviennent une partie de l’État = syndicat du parti, planification économique.
  • Embrigadement de la jeunesse : jeunesse communiste, «Hitlerjugend».
  • Culte de la personnalité : «Le petit père des peuples», «Fuhrer».

III) L’ANARCHISME ET LE MARXISME

On dit: un ouvrier anarchiste et non anarchique (= désordonné)

A. L’anarchisme où l’individu contre l’Etat

Notons tout d’abord que l’anarchie procède d’un imaginaire politique. Il ne s’agit que d’un concept politique inversé ; l’anarchie, en tant que communauté humaine sans organisation politique, sans hiérarchie de pouvoir entre ses membres, sans chef, n’ayant jamais existé.

Les russes Bakounine et Kropotkine, les français Élisée Reclus, Proudhon (cf. biographie ci-dessous) et Jean Grave, l’allemand Striner (anarchisme de droite), Trotski, Tolstoï.

  • «Ni Dieu, ni maître ! ».

Étymologiquement, «anarchie» = «an», « privatif», et «arché» ou «archéos», « commandement, pouvoir ou autorité ».

  • Anarchie signifie donc l’état d’un individu, d’un peuple
    sans tutelle gouvernementale, sans pouvoir vertical. L’anarchisme vise à supprimer tout pouvoir politique et religieux. Anarchisme : critique de tout pouvoir (tradition libertaire), de toute autorité transcendante. Hiérarchie = pouvoir du sacré. Père, mère, patron, prêtre, chef, mari, etc.
  • Projet de l’anarchisme = Une société sans hiérarchie, sans domination, sans gouvernement, sans chef, sans divinité. Pour eux, le monde peut vivre et s’organiser sans autorité transcendante. Qu’elle soit politique (l’État), économique (le capital) ou morale (la religion), l’autorité ne vise, d’après les anarchistes, qu’à assurer la puissance de quelques privilégiés au mépris de la liberté de tous et de l’égalité sociale. Abolir l’exploitation de l’homme par l’homme. La Révolution française est une révolution manquée : Avènement de la bourgeoisie sans changement pour le Peuple. Achever, parachever la Révolution.
  • Moyens = Révoltes, grèves, désertions, sabotages, insurrections populaires, révolutions, voire… attentats. La révolte est permise contre toute autorité: «Ni Dieu ni Maitre!» (Jean Grave, 1854-1939).
  • L’État, cimetière des libertés

L’État constitue la forme la plus virulente et la plus dangereuse de l’autorité. Les penseurs anarchistes n’auront jamais de mots assez durs pour fustiger le pouvoir étatique, qu’ils dénoncent comme étant « l’ennemi » de l’homme.

État = mal radical et Individu = valeur suprême.

Pour les anarchistes, l’obéissance du citoyen est une abdication de sa liberté, une destruction de sa personnalité.

Non seulement l’État détruit la liberté des individus, mais l’État, parce qu’il rompt la solidarité universelle, parce qu’il favorise les riches et les possédants, parce qu’il ne se pose qu’en s’opposant à d’autres États apparaît comme le plus grand obstacle à l’épanouissement de valeurs réellement universelles. C’est l’État qui génère la violence et non l’individu comme c’est l’interdit qui produit le désir de transgression. La violence est étatique comme le rappelle les GM et les totalitarismes. «La guerre de tous contre tous», c’est le stade ultime du capitalisme, des guerres mondiales. La violence est culturelle (politique, étatique, religieuse) et non naturelle (// Rousseau: «L’homme est bon par nature, c’est la société qui le corrompt.» (in «Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes»).

Pour eux, leur théorie n’est pas synonyme de désordre, de chaos. Le désordre, le chaos où «l’homme est un loup pour l’homme», c’est le stade final du capitalisme.

Au contraire, l’absence d’autorité – cad d’oppression => retrouver liberté et organiser la société autrement de ce qu’impose un État avec sa police, son armée et tout son arsenal répressif.

Pierre-Joseph Proudhon (1809-1865): « l’anarchie, c’est la société organisée et vivante » et qu’elle constitue « le plus haut degré de liberté et d’ordre auquel l’humanité puisse parvenir ». Les anarchistes réclament un « ordre naturel » par opposition à l’ordre artificiel imposé par les pouvoirs politiques et religieux.


«L’Entraide, un facteur de l’évolution» de paru en 1902: contre le «darwinisme social», Kropotkine affirme que l’entraide est un facteur d’évolution plus important que le «struggle for life». Pour pouvoir survivre, les hommes ont dû apprendre à s’aider, à collaborer les uns avec les autres. L’entraide assure aux animaux et à l’homme une meilleure protection (chance de survie) contre les prédateurs, des facilités pour la recherche de leur nourriture (provisions d’hiver, migrations, etc.), une plus grande longévité et, par conséquent, une plus grande chance de développement des facultés intellectuelles, etc. Défense de la mutualisation, de la collaboration, du localisme : la «libre association». Contre le centralisme, le «jacobinisme» de l’État moderne bourgeois. Faire sécession avec le capitalisme : si vous êtes contre le capitalisme, ne le faites pas passer par vous.

  • La différence avec les marxistes

Anarchisme // Marxisme = courants du socialisme, de « gauche ». Défense des valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité = descendants de Rousseau et des Révolutionnaires de 1789. Volonté de supprimer l’Etat. Socialisation des moyens de production (nationalisation des usines, des banques, etc.).

Anarchisme # Marxisme = Opposition sur la question de l’État et la dictature du prolétariat.

Pour les marxistes = S’emparer du pouvoir par la révolution, instaurer une dictature prolétarienne pour ensuite amener l’État à dépérir = «dictature du prolétariat» cad prise autoritaire du pouvoir par le prolétariat.

Pour les anarchistes = Sans attendre supprimer l’État sans dictature. Proudhon, les communistes « maintiennent, en l’agrandissant encore, l’État, le pouvoir, l’autorité, le gouvernement. ». Socialisme libertaire. Anti-marxisme de gauche (contre État totalitaire, contre la Nomenklatura). Un état populaire marxiste serait un despotisme, un totalitarisme : «Le peuple n’aura pas la vie plus facile quand le bâton qui le frappera s’appellera populaire [cad communiste !]», «Étatisme et anarchie» (1873).

Bakounine veut la disparition totale de l’État. Démocratie directe. Refus très violent de l’électoralisme («Voter, c’est abdiquer», dit Elysée Reclus, « élection piège à cons » entendait-on en mai 68 😉). Abolition de la propriété privée. Proudhon : « La propriété, c’est le vol. ». La propriété ne peut être considérée comme un droit naturel au même titre que la liberté, l’égalité et la sécurité, car, elle peut se vendre, s’acquérir, se prendre et elle n’est pas universelle.

FICHE-AUTEUR : Pierre-Joseph Proudhon, le père de l’anarchisme (biographie): http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/101833.pdf

Michel Bakounine (1814-1876) verra très bien que l’État communiste n’est qu’un État autoritaire de plus, un capitalisme d’État, un fascisme à l’envers : « Je déteste le communisme parce qu’il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d’humain sans liberté. ». Il prédit que le système étatique communiste porte en germe la création d’une classe privilégiée, représentée par les bureaucrates.

Critique le communisme = socialisme autoritaire, bolchevik. De fait : Bakounine n’est pas « marxiste »… Pour lui, le communisme va avec l’État qui va avec l’Autorité // État bourgeois.

Pour les communistes (Lénine, Staline), on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs. Les anarchistes répondent: on voit les œufs cassés mais pas l’omelette ! En effet, URSS = État total, machine à broyer de l’humain (goulags, purges, pogroms, etc.).

Contre le «collectivisme», la planification et le centralisme marxistes, Bakounine rêve de communauté contractuelle, horizontalité, mutualité, collectivité, fédérations, syndicats, coopératives, micro-société, micro-résistances, autogestion = occasions de résistance au capitalisme bourgeois. Toujours contre et envers le centralisme de l’Etat (plans quinquenaux).

Le « clash » entre anarchistes et marxistes aura lieu en 1872, au congrès de La Haye. Marx fait exclure Bakounine et ses amis anarchistes de la 1re Internationale (28 septembre 1864).

  • Un homme bon par nature.

L’anarchisme implique un postulat opposé à celui des absolutistes (Platon, Machiavel, Hobbes), ou des partisans du fascisme/ totalitarisme (Mussolini, Hitler). Anti-autoritarisme.

RAPPEL = Benito Mussolini (1883-1945), Italie après 1918. Les individus doivent s’effacer devant l’État totalitaire et absolu. « Tout dans l’État, rien contre l’État, rien en dehors de l’État». L’individu est un relatif. L’État en est l’absolu. Projet de l’État total, incarné par le fascisme mussolinien et le nazisme hitlérien. Volonté de nier la séparation entre société civile et État, et, d’étendre les prérogatives de l’État sur le droit privé. Fétichisation de l’État. Divinisation de l’État. L’État n’est plus un simple moyen, il devient une fin en soi. Contrôle de la totalité des activités sociales au nom d’une idéologie officielle.

A ce pessimisme, les anarchistes opposent un optimisme naïf = l’homme est bon par nature, il ne demande qu’à aider son semblable (// Rousseau), il n’a pas besoin de l’organisation artificielle, contraignante et répressive de l’État.

RAPPEL = L’état de nature chez Rousseau ou le mythe du «bon sauvage».

Au commencement, l’homme vit à l’état de nature (un état fictif, pré-politique) = libre, oisif, paisible. Sans industrie, sans société, bref heureux et innocent. Homme animé de 2 sentiments = amour de soi et pitié.

Pitié = répugnance naturelle à la souffrance. Sentiment inné qui nous pousse à nous identifier à celui qui souffre.

La pitié équilibre l’amour de soi, l’égoïsme de la conservation de soi.

Elle est un frein à la violence/souffrance et à l’injustice : «c’est elle qui détourne tout sauvage robuste d’enlever à un faible enfant sa subsistance», «C’est elle qui nous porte au secours de ceux que nous voyons souffrir.»

Sympathie universelle, forme primitive de moralité. Son principe est: «Fais ton bien avec le moindre mal d’autrui qu’il est possible.» = «Fais ton bien» (amour de soi), «le moindre mal» (pitié). Conscience morale innée = prise en compte d’autrui.

  1. Un optimisme naïf ?

Anarchistes = pas des immoralistes antisociaux. Pour eux, l’individu ne peut s’épanouir que dans les relations de la vie communautaire, que dans des relations horizontales (d’individu à individu). Appel à une révolution qui abattra l’État, ses juges, ses policiers, ses armées. Sur les ruines (encore fumantes) de l’État pourront alors s’établir de libres associations (cad des liens sociaux librement consentis).

Pour les anarchistes, la solution du politique est hors, extrapolitique. Abolition de l’État, de l’Église.

A cet optimisme naïf, on opposera le pessimisme réaliste d’un Machiavel ou d’un Hobbes

Un simple constat anthropologique ne suffit-il pas à falsifier la thèse anarchiste ?

≠ Pour Hobbes, les hommes sont bêtes et méchants ; il faut donc les soumettre à une discipline stricte. Anthropologie négative.

RAPPEL
= L’état de nature de Hobbes (XVIIe siècle, philosophie anglais) in «Léviathan».

Dans l’EN, tout ce qui est possible à chacun est permis, le droit de chacun est mesuré par sa puissance = chacun fait ce qu’il veut ou plus précisément ce qu’il peut. La force détermine le droit. Le droit du plus fort. Naturellement égoïste et violent, chacun ne voit en l’autre qu’un adversaire, un obstacle à éliminer ou un partenaire dont jouir. A l’EN, «l’homme est un loup pour l’homme» («Homo homini lupus»), il ne peut pas vivre en amitié, en concorde avec ses semblables. L’homme est naturellement l’ennemi de l’homme. Hegel reprendra cette thématique du conflit comme rapport primitif, originel à l’autre dans sa «Dialectique du maître et de l’esclave»Phénoménologie de l’esprit»). A l’EN règle «la guerre de tous contre tous» («Bellum omnium contra omnes»). L’état de nature est donc un état d’insécurité, d’angoisse, de peur et de mortTimor mortis»). A l’EN, maximum de liberté pour minimum de sécurité.

  • Recours à la violence.

L’anarchisme a inspiré les partisans de la «
propagande par le fait
», cad de l’action directe, de l’attentat et du terrorisme. Il s’agit de détruire la société par la violence : la Bande noire, Ravachol, Vaillant, Emile Henry, les nihilistes russes, puis Jules Bonnot et sa «bande».

Exemples d’actes violents :
assassinat de Sadi Carnot (4 juin 1894), du roi d’Italie Humbert 1er
(1900), du président des US McKinley (1901), du roi de Grèce Georges 1er (1913), etc. Sans oublier l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand en 1914 à Sarajevo.

Approfondissements :
https : //fr.wikipedia.org/wiki/Propagande_par_le_fait#Chronologie_de_la_propagande_par_le_fait

C. Marx et la critique du droit et de l’État bourgeois
(cf. cours droit et justice)

Le communisme est avant tout une théorie politique qui doit être distinguée des régimes mis en place qui déformeront l’idée première dans la confrontation à l’exercice du pouvoir. La théorie communiste repose sur la conception d’une société sans classes. Donc, l’organisation sociale équivaut à une abolition de l’État et se trouve fondée sur la possession commune des moyens de production. En libérant ces moyens de production, l’objectif du communisme est alors de suspendre la notion de propriété pour que chacun reçoive selon ses besoins.

« Constatons avant tout le fait que les « droits de l’homme » ne sont rien d’autre que les droits du membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire de l’homme égoïste, de l’homme séparé de l’homme et de la communauté. La Constitution la plus radicale, celle de 1793, a beau dire : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. ‘Art. 2. Ces droits (les droits naturels et imprescriptibles) sont: l’égalité, la liberté, la sûreté, la propriété. » En quoi consiste la « liberté »? ‘Art. 6. La liberté est le pouvoir qui appartient à l’homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d’autrui. » Ou encore, d’après la Déclaration des droits de l’homme de 1791 : « La liberté est donc le droit de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui. » Les limites dans lesquelles chacun peut se mouvoir sans nuire à autrui sont marquées par la loi, de même que la limite de deux champs est déterminée par un piquet. Il s’agit de la liberté de l’homme considéré comme monade isolée, repliée sur elle-même. […] L’application pratique du droit de liberté, c’est le droit de propriété privée. […] C’est le droit de jouir de sa fortune et d’en disposer « à son gré », sans se soucier des autres hommes, indépendamment de la société ; c’est le droit de l’égoïsme. […] Aucun des prétendus droits de l’homme ne dépasse donc l’homme égoïste, l’homme en tant que membre de la société bourgeoise, c’est-à-dire un individu séparé de la communauté, replié sur lui-même, uniquement préoccupé de son intérêt personnel. » MARX

Selon Marx, les droits de l’homme tels qu’ils sont définis par les diverses « déclarations des droits de l’homme et du citoyen », ne sont pas des normes ayant valeur absolue, mais représentent en réalité les intérêts de la classe dominante de la société dans laquelle ils sont reconnus. Les droits de l’homme ainsi définis ne sont qu’une idéologie (= «religieuse séculière») favorable aux intérêts de la bourgeoisie.

L’idéologie bourgeoise dont une page célèbre du «Manifeste communiste» dit qu’elle a noyé tout sentiment, toute solidarité « dans les eaux glacées du calcul égoïste».

Par exemple, dans la «DDH», on lit:

  • égalité «de droits» et non de fait.
  • «droit à la propriété privée» cad droit à l’ «exploitation de l’homme par l’homme».
  • «liberté de la presse» qui garantie et cautionne la diffusion de l’idéologie dominante.

Problématique

Marx considère que la distinction entre droit de l’homme et droit du citoyen n’est qu’idéologique : elle n’est pas fondée réellement car elle ne prend en compte que les intérêts de la classe bourgeoise. En effet, la liberté définie comme la possibilité de faire tout ce qui ne nuit pas à autrui n’est réelle dans une société bourgeoise que pour celui qui possède quelque chose dont il peut jouir égoïstement sans se soucier des intérêts de la communauté à laquelle il appartient. Celui qui ne possède rien n’a en effet que le droit théorique de se soumettre à la loi du marché du travail.

Enjeux

Peut-on fonder le droit d’une manière absolue ou bien n’est-ce qu’une valeur relative ? Si on ne peut le fonder que d’une manière relative, on doit admettre la pluralité des droits, et les contradictions qu’ils peuvent présenter avec celui en vigueur dans la société de l’observateur, ce qui n’est pas sans poser d’importants problèmes moraux (cas des mutilations prescrites pour la socialisation dans certaines sociétés).

(TES) Le socialisme : Le socialisme est la mainmise de l’État sur l’économie nationale, la suppression de la propriété privée, la remise à la collectivité des moyens de production (collectivisme). Son histoire remonte très loin. On trouve une forme de communisme intégral dans PlatonLa République»: Classe des guerriers) ; Thomas More demandait la suppression de la propriété privée (dans «Utopie» en 1516) ; on trouve des idées communistes chez Fénelon, et surtout chez Babeuf sous la Révolution de 1789, etc. On connaît surtout le socialisme utopique de Fourier (1772-1837) et le Saint-Simonisme, précurseur du Marxisme. Pour le socialisme collectiviste, l’U.R.S.S. jusqu’en 1989, les instruments de production, capitaux, terres, machines, industries sont propriété collective et la production est planifiée.

Dangers du socialisme :

  • Il remplace la concurrence par l’émulation socialiste : Stakhanovisme.
  • Il aboutit à un capitalisme d’État.
  • Il sacrifie le niveau de vie des citoyens.

IV) LA THÉORIE DE L’ÉTAT DE DROIT

Rappel :

(Thèse) Absolutisme (Platon, Machiavel, Hobbes) = + sécurité, – liberté.

(Antithèse) Anarchisme (Proudhon, Bakounine) = – sécurité, + liberté.

(Synthèse) Démocratie (Rousseau, Montesquieu) = + sécurité, + liberté.

= Les décisions prises par les autorités politiques le sont en vertu des lois existantes. Aucune décision arbitraire ne peut être prise par les autorités publiques.

Contre l’idée confuse de l’anti-étatisme (anarchisme et marxisme) selon laquelle tout État est, dans sa nature, despotique = État de Droit. Il propose une légitimation de l’autorité
politique et une juridification de cette autorité. But de l’Etat de droit = garantie, conservation de la liberté de ses membres. Refus de la Raison d’État (= autorité sans autorisation, l’État s’arroge le droit de bafouer la loi et la morale durant des crises).

3 idées résument cette théorie de l’État de droit:

  • les droits naturels de l’homme sont supérieurs au pouvoir de l’État.
  • Ces droits naturels sont toujours des limites à l’autorité politique.
  • L’État n’a d’autre fin et d’autre légitimité que de les sauvegarder ou de les installer positivement dans l’être. Il s’agit de protéger l’individu contre la violence de l’État.

Pour l’État de droit: la solution est politique. Critique étatiste de l’État. C’est par l’État qu’on se sauvera de l’État absolutiste.

Pour l’État totalitaire : l’État est une fin en soi.

#

Pour l’État de droit: l’État est le moyen de la liberté humaine. Garantie de l’égalité de chacun devant la loi. Rejet de l’autoritarisme. Respect des droits fondamentaux.

=> Illustration de l’Etat de droit : Démocratie chez Rousseau (A) et séparation des pouvoirs chez Montesquieu (B).

A. L’État, garant des libertés individuelles


Objet du « Contrat social » = « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et lesbiens de chaque associé et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même etreste aussi libre qu’auparavant» (Rousseau) Le Contrat Social propose une solution à ce difficile problème : Le souverain c’est l’ensemble des membres de lasociété. Chaque homme est donc à la fois législateur et sujet : il obéit à la loi qu’il a lui-même établie. Cela supposel’existence d’une volonté générale distincte de la somme des volontés particulières. Chaque homme a comme individuune volonté particulière qui le conduit à vouloir son intérêt particulier et qui en ce sens le conduit à s’opposer auxautres ; mais il a aussi comme citoyen une volonté générale qui lui fait vouloir le bien de l’ensemble dont il estmembre.

Rousseau (1712-1778)

Philosophe et écrivain français du XVIIIe siècle, ami de Diderot et contributeur de son Encyclopédie, Jean-Jacques Rousseau est pourtant à rebours de son temps : en plein siècle des Lumières, il met en doute l’idéal de progrès et soutient que la civilisation a corrompu les moeurs. Autodidacte de génie, « Newton du monde moral » pour Kant, Rousseau a laissé une oeuvre qui a durablement influencé la philosophie politique et de l’éducation.


Rousseau et la démocratie (conférence de Luc Ferry). A écouter pdt les vacances de Pâques 😉

https : //drive.google.com/open?id=18D40dbDVzYjiV92CJmGY4OnZdRx4SaZJ

B. La « volonté générale »

SUPPLEMENT = LE CONTRAT SOCIAL CHEZ ROUSSEAU

[Reprise Annales – ABC du BAC – Nathan]

  1. Le dessein de Rousseau

« L’homme est né libre, et partout il est dans les fers ». C’est par cette formule incisive que s’ouvre le «Contrat social» (1762) de Rousseau. L’auteur y recherche les conditions d’un état social qui serait légitime et qui préserverait la liberté caractéristique de l’homme à l’état de nature (c’est-à-dire dans cet état fictif qui précède la réunion des hommes en société civile). « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun, s’unissant à tous, n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant. Tel est le problème fondamental dont le contrat social donne la solution. »

  1. Les termes du contrat

A la différence du pacte que proposait Hobbes, lequel était conclu entre les citoyens et leur chef, le contrat social de Rousseau lie chaque citoyen à tout le corps social, c’est-à-dire au peuple, en tant qu’il exerce désormais la souveraineté politique.

  1. La loi, expression de la volonté générale

Si ce contrat exige la soumission, ce n’est donc plus la soumission au «Prince» (et à ses caprices), mais la soumission à la volonté générale, qui est la volonté même du peuple. La volonté générale n’est pourtant pas la somme des volontés particulières ; elle est la volonté qu’a tout citoyen lorsqu’il fait abstraction de ses passions et de ses intérêts particuliers pour ne se soucier que du bien commun. L’objet de la volonté générale est la loi, qui ne doit jamais concerner le particulier, mais toujours l’universel. Il appartient au peuple souverain, inaliénable et indivisible, de faire la loi. Ainsi le citoyen, parce qu’il participe à la loi qui le gouverne, demeure libre : « L’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite est liberté ».

Notons que la volonté générale n’est pas la majorité ni même l’unanimité quand celle-ci est constituée d’un assemblage de volontés particulières. La volonté générale est la volonté du bien commun et s’exprime directement en chaque homme sous la forme de la raison.

Critique de la conception rousseauiste (1): si l’unanimité n’est pas réalisée, il faut accepter la loi de la majorité, (50% des voies + 1). Risque de voir triompher les intérêts de classe est inévitable : la démocratie ne serait-elle pas une “tyrannie de la majorité” sur la minorité ?

Critique de la conception rousseauiste (2): La démocratie = « le pouvoir du/par/pour peuple », repose sur l’assentiment donné par le plus grand nombre. Mais la foule manque de connaissances précises dans l’optique de déterminer ses choix électoraux. Aussi, elle peut être tentée de choisir le discours le plus séduisant, celui qui semble avoir raison par l’habileté de son langage. Ainsi, le règne démocratique s’accompagne du pouvoir de l’image qui peut faire craindre son pouvoir qui au final n’est qu’illusoire. Danger du populisme et de la démagogie (critique platonicienne de la démocratie).

C. Pouvoir et liberté

Compte tenu de la nature de l’homme (égoïsme, insociabilité), l’instauration d’une véritable démocratie ne relève-t-elle pas de l’utopie ?

Montesquieu = Admirateur du système parlementaire britannique (mis en place en 1689). Libéralisme.

Prolongement: https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/separation-des-pouvoirs-montesquieu/

Montesquieu, qui était inquiet de la montée de l’absolutisme dans le royaume de France, a proposé, dans «De l’esprit des lois», la solution que représente la division des pouvoirs à ce problème inhérent au pouvoir.

Si les hommes ne sont pas toujours vertueux (faire prévaloir l’intérêt particulier sur l’intérêt général), alors, il faut mettre en place des institutions vertueuses, qui contraindront les citoyens à l’être même si ce comportement vertueux ne correspond pas à leurs dispositions naturelles et intérieures.

Tout pouvoir tend par nature à l’excès de pouvoir. Tout pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument. Or, seul le pouvoir peut arrêter le pouvoir. Donc, tout pouvoir doit se voir opposé un contre-pouvoir, non pour l’empêcher de s’exercer mais pour en contrôler le bien-fondé. Tous les pouvoirs ne doivent pas se retrouver dans les mêmes mains, comme ce fut le cas sous la monarchie absolue.

-> Nécessité d’instaurer la «séparation des pouvoirs»: pouvoir exécutif, pouvoir législatif et pouvoir judiciaire.

Par exemple, la justice doit être souveraine, sans qu’aucune autre autorité ne puisse remettre en cause ses jugements (pas d’instrumentalisation de la justice à des fins politiques…)

C’est ainsi, par exemple, que les membres du gouvernement, où se situe le vrai pouvoir, ne pourront pas faire n’importe quoi ni décider arbitrairement de la vie communautaire : ces membres devront exécuter les décisions du pouvoir législatif. Le pouvoir judiciaire veillera aussi à ce que les membres du gouvernement n’abusent pas de leur pouvoir. Il est possible que les juges, qui dénoncent les abus de tel ou tel homme politique et le mettent en examen, ne soient pas plus vertueux que les hommes politiques qu’ils surveillent et dénoncent, il est possible que l’envie et le ressentiment soient la motivation des juges et non la vertu indignée, mais peu importe, si les juges eux-mêmes sont surveillés et limités dans leurs actions de surveillance et de limitation du pouvoir. Ce qui compte, c’est le résultat. Les hommes qui possèdent le pouvoir politique ne peuvent plus faire n’importe quoi, dès lors qu’il y a en face d’eux d’autres formes de pouvoirs.


« L’Esprit des lois » de Montesquieu

«Il est vrai que, dans les démocraties, le peuple paraît faire ce qu’il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un Etat, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.

Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir.

[Les démocraties] (…) ne sont point des États libres par leur nature. La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. Mais elle n’est pas toujours dans les États modérés ; elle n’y est que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! La vertu même a besoin de limites.

Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir ».

Pour Montesquieu = ne pas confondre liberté et indépendance. Pour la société comme pour l’individu (être libre, ce n’est pas n’être soumis à aucune contrainte et faire ce que l’on désire, mais c’est vouloir notre bien ou, au niveau politique, vouloir le bien commun).

Etre libre en société, ce n’est pas agir selon son bon-vouloir, sans se
soucier des lois dont la finalité est le bien commun à savoir les limites mutuelles de nos actes. La démocratie ne doit pas être confondue avec la licence, aux caprices de l’opinion, à la versatilité des passions // Platon = critique de la démocratie comme tyrannie des imbéciles.

Liberté politique authentique dans un gouvernement «modéré». Modération des gouvernants (limiter le pouvoir par un contre-pouvoir). Grâce aux institutions politiques empêcher l’abus de pouvoir.

// Démocratie contemporaine = développement des contre-pouvoirs (média = 4e pouvoir), syndicats, religions, lobbys économiques, vedettes, star, réseaux a-sociaux !).

// La séparation des pouvoirs se trouve généralisée à plusieurs domaines, y compris le domaine économique, puisque les lois internationales interdisent à une entreprise d’avoir le monopole d’un produit afin d’éviter qu’elle possède une emprise exclusive sur le marché.

Également contre-pouvoir institutionnel, au sein même de l’État et qui le contrôle.

Exemple = droits fondamentaux, libertés inaliénables préalablement définis, protégeant l’ensemble des citoyens, et auxquels les lois devront se soumettre.

Modération prônée par Montesquieu. Sans quoi la démocratie ne serait qu’une « dictature » provisoire d’une majorité sur une ou des minorités nationales, religieuses, politiques.

Mais également dans l’organisation d’élections libres et d’alternance politique. Dans cet esprit de la division des pouvoirs, d’autres solutions peuvent être trouvées et l’ont été historiquement en particulier dans les États de type démocratique. La consultation électorale régulière et suffisamment fréquente en est une, puisqu’elle permet la limitation dans le temps de l’exercice d’un pouvoir politique. Le pluripartisme en est une autre, chaque parti de l’opposition étant toujours en état de vigilance à l’égard de celui qui est au pouvoir, et chaque parti représentant des intérêts et des personnes différents. Le bon fonctionnement de la démocratie exige, en outre, l’existence et le fonctionnement légal de ce que l’on appelle les contre-pouvoirs : l’existence de médias privés et la liberté de la presse en sont des exemples essentiels, mais aussi celle des groupes de pression, le droit de manifestation, etc. C’est finalement à travers une multitude de moyens d’expression du citoyen que l’équilibre difficile de la démocratie se maintient en place et que les excès possibles du pouvoir sont limités, voire empêchés. Nous voyons ces contre-pouvoirs en jeu tous les jours dans les pays où règnent des démocraties. Avec les nombreux scandales qui éclaboussent les hommes politiques à propos des abus de biens sociaux par exemple, il y a une alliance très clairement régulatrice entre les organes de presse et le pouvoir judiciaire contre les abus des représentants du pouvoir législatif et exécutif.

Enfin, «la délégation de souveraineté» = représentation indirecte. Pas tous les citoyens qui votent toutes les lois mais systèmes de représentants librement élus. Confier les affaires publiques aux spécialistes, aux experts, à l’abri des passions du moment nourries par la tyrannie de l’émotion, le préjugé voire de l’ignorance. Exemple = Abolition de la peine de mort en 1981.

# Rousseau et la démocratie directe. Le peuple n’aura pas de députés (cf. «Du Contrat social», livre III, chap. 15 : « le peuple anglais pense être libre, il se trompe fort : il ne l’est que durant l’élection des membres du Parlement ; sitôt qu’ils sont élus, il est esclave, il n’est rien.»).

N.B., la république française telle que nous la connaissons n’incarne en rien les principes de Rousseau ! La souveraineté du peuple est délégué à des “représentants” (les parlementaires).

Monstesquieu fonde le libéralisme politique :
Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique, né dans l’Europe des Lumières. Il part de l’affirmation que le régime politique doit respecter les principes de liberté et de responsabilité individuelle. Son fondement repose sur le postulat que chaque être humain possède des droits fondamentaux inviolables. En conséquence, les libéraux veulent limiter les obligations imposées à la société et aux individus par l’État ou par d’autres formes de pouvoir, de manière à favoriser le libre choix de chacun. Ainsi, le libéralisme tend à prôner la réduction de l’interventionnisme de l’État et de la contrainte faite aux citoyens.

Critique de Montesquieu et de l’État libéral:

Problème de la représentativité: On appelle « représentativité » le moyen par lequel on représente les choix populaires exprimés par le processus électoral. Les élus sont censés incarner les choix du peuple, mais la complexité des scrutins laisse parfois apparaître un écart entre les suffrages exprimés et l’aspect définitif de la chambre élue. Cela s’explique par le jeu des alliances entre les partis, entre les candidats, par le report des voix et par tout un ensemble de choix propres à chaque élection où l’on favorise le scrutin majoritaire ou proportionnel. C’est pourquoi la représentativité s’avère un exercice difficile dans les démocraties. Exemple, l’Assemblée nationale française en 2019 ne contient que 3 % d’ouvriers !

Limite de la pensée montesquienne : Avec les «contre-pouvoirs», risque d’un État impuissant et d’une société bloquée ? «Séparation des pouvoirs» = organisation de l’impuissance d’État comme la monarchie parlementaire anglaise qu’admirait tant Montesquieu où le Roi n’a aucun pouvoir et où le parlement n’a pas le pouvoir de destituer le Roi.

Rappel sur le «libéralisme». Mot équivoque. 2 sens distincts mais complémentaire : * Doctrine économique voyant dans le libre jeu du marché et de la concurrence une régulation naturelle de la vie sociale et économique, une «main invisible» (Smith). * Conception politique, une théorie de l’État qui propose une juridification de l’État, autorité de l’État soumise à l’autorité supérieure du droit. Le politique est subordonné au droit. Maintien des libertés individuelles. Les droits naturels (conscience, expression, etc.) sont la limite que l’État ne saurait franchir sous peine de perdre sa légitimité. Institutionnalisation des droits (naturels) de l’EN où l’homme (historique) était libre. L’Etat n’est plus au-dessus des lois comme chez Hobbes mais il y est soumis.

Pour Locke, les institutions politiques doivent permettre la sauvegarde des avantages essentiels qui sont ceux de l’homme dans un état de nature qu’il décrit comme fondamentalement heureux (contrairement à Hobbes) : la liberté et la propriété. Dans leur condition naturelle, celle de l’état de nature, les hommes sont libres, égaux et indépendants. La paix est la règle, la guerre l’exception dont les passions et l’argent sont responsables. Le passage à l’état civil s’opère par la convention volontaire d’un contrat qui ne rompt pas avec l’état de nature, mais permet au contraire de cultiver la paix qui y régnait déjà. Il ne peut procéder que du libre consentement du peuple qui, en confiant le soin de sa sauvegarde à la réglementation des lois, n’abandonne que son droit de punir et conserve son droit de résistance : s’il juge que le souverain ne remplit pas son rôle, il peut le révoquer. Locke considère que l’État est fait pour les individus et que le droit n’a pas pour fin d’abolir la liberté de chacun, ni de l’entraver, mais de la conserver et de l’accroître : il est le fondateur du libéralisme.

(TES) Note sur le libéralisme économique : Il se fonde sur une conception du droit romain qui fait de la propriété un droit sans limites (droit d’user, de jouir, de disposer sans contrôle du bien dont il est propriétaire, de le laisser improductif ou même de le détruire), exclusif, et transmissible par héritage. Pour le libéralisme économique, la propriété est non seulement la base naturelle de l’ordre humain, mais encore le stimulant irremplaçable du travail et de la production. Les lois économiques fondamentales sont celles de l’offre et de la demande, et celles de la libre concurrence. Soutenu depuis Adam SmithEnquête sur la nature et les causes de la prospérité des nations», 1776), par Jean-Baplisle Say (1803), le libéralisme politique est la théorie du capitalisme. Le capitalisme est le régime politico-social dans lequel les capitaux, c’est-à-dire le capital-argent et le capital- outillage, sont privés, c’est-à-dire appartiennent à des particuliers; ces particuliers – les capitalistes – ont la propriété absolue des moyens de production et des produits. Pour passer des moyens de production aux produits fabriqués, il faut le travail. Les capitalistes achètent le travail en louant des travailleurs qu’ils rétribuent (soit par convention personnelle entre eux et les travailleurs, soit conformément aux lois et conventions collectives) en ayant le droit d’embaucher et de licencier en fonction de leurs intérêts.

[TES] A voir sur Adam Smith: https : //www.youtube.com/watch?v=ZYlu7xxQogA / https : //www.youtube.com/watch?v=azNw7Vx1R8o

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/main-invisible-adam-smith/

Les méfaits du capitalisme (= relgion monothéiste universelle du profit):

  • Il est responsable du chômage.
  • Il est responsable de crises économiques.
  • Il aboutit à l’impérialisme capitaliste.

Conclusion sur l’ «État de droit» démocratique :

  • La démocratie, plus seulement un régime politique fondé sur la loi de la majorité, c’est également « un système de valeurs ».
  • Etre démocrate implique beaucoup de vertu, à savoir: parfois aller contre son intérêt privé pour le sacrifier sur l’autel du Bien de tous, accepter la modération du contre-pouvoir, tolérer d’autres opinions que la sienne. La tolérance s’appliquant précisément à ceux qui ne pensent pas comme moi…
    Tolérance = supporter ce que l’on ne peut pas combattre. Accepter, ce qui nous combat.
  • L’Etat est porteur d’un projet de rationalité dans les rapports humains et demande à l’individu de viser autre chose que ses intérêts égoïstes et d’accéder à une dimension universelle de son existence, celle précisément de la loi, cad de la «volonté générale».

V) POLITIQUE ET ETHIQUE

La politique peut-elle avoir pour objectif de faire le bonheur des citoyens et son action peut-elle et doit-elle se plier aux exigences de la morale ?

1) Bonheur et politique

Distinction entre le bien et le bonheur = Un enfant diabétique qui refuse une sucrerie fait son bien, mais pas son bonheur.

Idem pour l’Etat qui peut être amené à prendre des décisions impopulaires pour servir le bien public. Exemple = circulation alternée lors des pics de pollution, dispositions fiscales pour lutter contre le réchauffement climatique, etc.

  • L’action politique sert le bien commun et pas le bonheur des citoyens. Elle n’est pas responsable de notre beauté, de notre santé, de notre intelligence, de nos échecs professionnels ou affectifs, etc.

    Certes, l’action politique n’est pas étrangère à nos conditions de vie : sécurité, libertés, instruction, santé, travail. L’État peut contribuer au bien-être, assurer des conditions matérielles d’existence décentes.

    Mais, l’État ne peut garantir le bonheur de ses citoyens. Bonheur entendu comme cet état subjectif d’épanouissement. Le bonheur dépend de la qualité de notre vie intérieure, de l’appréciation subjective que nous nous faisons de notre existence.

    Le bonheur n’est pas quantifiable, mesurable. Il est de l’ordre de l’être et non de l’avoir. Le bonheur s’éprouve dans un sentiment de plénitude.

    Le bonheur individuel ne peut être un objectif raisonnable de l’action politique. Notez d’ailleurs que c’est au nom du «bonheur» du peuple que tous les totalitarismes ont exterminé leur population !

2) Morale et politique

L’action politique peut-elle à la fois servir le bien commun tout en observant les valeurs morales ? En politique, la fin justifie-t-elle les moyens ? Faut-il politiser la morale (Machiavel, Hobbes) ou moraliser la politique (Kant) ? La politique est-elle le lieu de l’impératif catégorique (traiter la personne d’autrui comme fin en soi et non seulement comme moyen) ou des impératifs hypothétiques (la fin justifie les moyens, action comme nécessaire pour parvenir à une certaine fin) ?

En politique, ne règne-t-il que la raison d’État ?

Définition de la raison d’État = Permission au pouvoir politique de déroger aux lois si l’utilité publique l’exige. Principe en vertu duquel l’intérêt de l’État prime sur tout y compris le droit et la morale. Une injustice est préférable à un désordre.

On définit la raison d’État comme une notion par laquelle un État justifie ses actions lorsqu’il poursuit son intérêt national aux dépens de la morale, du droit ou d’autres impératifs. Ainsi, le pouvoir s’autorise à ignorer les lois qu’il a lui-même édictées, les principes moraux auxquels il est censé adhérer et qu’il est censé garantir pour parvenir à ses fins en matière de bien commun. Il peut ainsi sembler refuser les règles de justice au profit de la stabilité de l’État. Pour couvrir un acte commis par ses représentants, celui-ci peut être décrété secret d’État. Ainsi, la raison d’État laisse apparaître la tension qui existe entre règles de justice et exercice du pouvoir.

  1. La politique est étrangère à la morale.

Fonction première de l’État = créer des lois pour rendre la société viable. Pour ce faire, l’homme d’État doit parfois prendre des décisions sans tenir compte de considérations morales. Le but de l’action politique est l’efficacité, le pragmatisme. La fin de son action (stabilité et pérennité de l’État) justifie les moyens. En politique, il importe d’être efficace cad de choisir les meilleurs moyens pour atteindre une fin sans s’embarrasser de considérations morales. Pas de cynisme ou d’immoralisme mais du réalisme.

# Cicéron: la gloire du chef reposait sur une bonne gestion et une conduite vertueuse.

# Platon: « Tant que les philosophes ne seront pas rois dans les cités, ou que ceux qu’on appelle aujourd’hui rois et souverains ne seront pas vraiment et sérieusement philosophes ; tant que la puissance politique et la philosophie ne se rencontreront pas dans le même sujet ; tant que les nombreuses natures qui poursuivent actuellement l’un ou l’autre de ces buts de façon exclusive ne seront pas mises dans l’impossibilité d’agir ainsi, il n’y aura de cesse, mon cher Glaucon, aux maux des cités, ni, ce me semble, à ceux du genre humain, et jamais la cité que nous avons décrite tantôt ne sera réalisée, autant qu’elle peut l’être, et ne verra la lumière du jour. » [Platon – «La République», V, 474 a]

  • Le réalisme en politique (Machiavel)




Renversement dans la philosophie politique, une révolution copernicienne. Refus de l’idéalisme politique («spéculations», des «imaginations» dit Machiavel). Choix du réalisme (il faut prendre les hommes tels qu’ils sont et non tels qu’ils devraient être) et du pragmatisme (efficacité). Machiavel est lui-même un praticien de la politique (consul, conseillé, diplomate).

NOTE : Relève de l’idéalisme en philosophie politique, la pensée qui construit une vision du fait politique à partir d’une idée de l’homme comme bon ou pouvant être amélioré. Relève au contraire du réalisme le courant qui part d’une conception de l’homme tel qu’il est, ambivalent et plutôt égoïste qu’altruiste, déraisonnable et en proie aux passions plutôt que raisonnable.

Le réalisme politique est une approche du rapport au pouvoir privilégiant le pragmatisme. En effet, le réalisme rejette l’application de normes morales universelles, car il considère que le réel présente des situations toujours nouvelles dans lesquelles il faut savoir manœuvrer pour son bien et pour celui des gouvernés. De ce fait, il fait primer l’efficacité au risque de sacrifier toute dimension morale. On considère Machiavel comme l’un des représentants du réalisme politique, voire son fondateur.

Comment un régime politique (un Prince) peut-il prendre le pouvoir et le garder ?

On appelle “prince” celui qui effectivement exerce le pouvoir (roi, empereur, président de la république).

Machiavel montre que force et ruse font plus que douceur et vertu. Pour lui, la sphère de la politique n’est pas nécessairement immorale (la terreur, la tyrannie n’est pas forcément la solution) ; mais elle est amorale, elle se situe ailleurs, au-delà ou en deçà des valeurs éthiques. Non-pertinence des jugements de valeur en politique.

Le but du Prince n’est pas d’être vertueux, ni de rendre ses sujets vertueux (# humanisme, moralisme), c’est d’assurer son pouvoir et la stabilité de la société civile.

«Aussi est-il nécessaire au prince qui se veut conserver qu’il apprenne à pouvoir n’être pas bon.» («Le Prince», chapitre XV) = précepte de la raison d’Etat.

Si les hommes étaient bons, le Prince pourrait toujours suivre les principes de la morale. Mais, force est de constater que les hommes sont bêtes et méchants (anthropologie négative et pessimiste). Les hommes, dit Machiavel, sont «ingrats, inconstants, simulateurs, dissimulateurs, avides de gains». Les humains sont naturellement méchants ; les humains ne font le bien que s’ils y sont contraints.

Le Prince sera vertueux, si le contexte politique le permet, et, il ne le sera pas, si la situation le lui impose. En cas de nécessité, le prince pourra faire des entorses aux grands principes de la morale, à savoir ne pas respecter la parole donnée, bafouer les droits élémentaires de l’homme, agir contre la religion, etc.

«Il faut donc savoir qu’il y a deux manières de combattre, l’une par des lois, l’autre par la force ; la première forme est propre aux hommes ; comme la première bien souvent ne suffit pas, il faut recourir à la seconde. Ce pourquoi est nécessaire au Prince de savoir bien pratiquer la bête et l’homme.»

Bref, la fin justifie bien les moyens !

  • La nature du Prince.

Machiavel pense que l’on peut tirer des leçons de l’histoire (# Hegel). En étudiant le comportement des grands hommes on peut comprendre les causes de leurs échecs et de leurs réussites. La conclusion de Machiavel est claire : on ne fait pas de politique avec de bons sentiments.

Le prince doit avoir la ruse du renard (simuler et dissimuler) «pour connaître les filets» et la force du lion «pour faire peur aux loups».

Exemple = Le crime de Romulus pour fonder Rome n’est pas de grande importance. Ce qui compte, ce n’est pas moralité pure de son acte (un fratricide) mais ses conséquences, ses effets politiques => Conséquentialisme politique : «Une guerre est juste quand elle est nécessaire» lit-on dans «Le Prince». Éthique de l’agir politique.

Vidéo sur le conséquentialisme :
https : //www.youtube.com/watch?v=3hCffvguLTQ


«Ce pourquoi il est nécessaire au prince de savoir bien pratiquer la bête et l’homme.»

Dualité du Prince // Chiron (mythologie grecque). Centaure très sage et très fort à qui on confiait l’éducation des héros comme Asclépios, Pélée, Jason ou Achille.

Rappel sur Achille = Sa mère le plonge dans le Styx. Il apprend la guerre, la musique et la médecine grâce à Chiron. Achille tue Hector et trouve la mort, atteint par la cheville par une flèche de Paris, le Troyen.

Exemple = César Borgia (seigneur italien de la Renaissance), pour faire régner l’ordre en Romagne donna tous les pouvoirs à un de ses lieutenant cruel et expéditif. Une fois, l’ordre établit pour éviter que l’opprobre ne s’attache à sa propre personne, il fit exécuter l’officier de confiance et exposé son corps coupé en deux sur la place publique !

Le « Prince » ne se soucie donc pas de ce qu’exige la morale, mais il veillera à manipuler l’opinion pour asseoir sa réputation.

«Il est beaucoup plus sûr d’être craint que d’être aimé.» = la peur est plus contrôlable que l’amour. Mais Machiavel dit «craint» et pas «haï» (cad, pour lui, ne pas toucher aux biens et à la femme des citoyens !). Gouverner par la peur, pas la terreur // Hobbes (cf. cours sur le droit)

Certes, la finalité du «Prince» est de conserver le pouvoir et servir votre ambition personnelle. Les gouvernants sont aussi des hommes malgré tou!… Mais, le « Prince » vise avant tout à assurer la stabilité de l’Etat, la paix civile (la cohésion de l’Italie concernant Machiavel lui-même).

«Le Prince» est dédié, dédicacé à Laurent II de Médicis. Ouvrage appelant à la réunification de l’Italie et à l’avènement d’une réelle République.

Bel exemple de duplicité et de détermination. Borgia (que Machiavel cite en exemple) possédait cette qualité propre au politique = la «virtù».

  • «Virtù» et «Fortuna».

Le Prince doit faire preuve de «virtù» pour s’adapter aux aléas de la «fortuna».

«Fortuna» = «La fortune est femme et il est nécessaire à qui veut la soumettre de la battre et de la rudoyer». Hasard, destin, cours de monde. «Mon étoile» disait Napoléon. + 50 % dit Machiavel: «Le hasard gouverne un peu plus de la moitié de nos actions, et nous dirigeons le reste».

La fortune n’est pas impossible à maîtriser si le Prince dispose de la «virtù» nécessaire, cad le flair de l’animal politique, sa virilité, son audaceDe l’audace, toujours de l’audace» – Danton), son intelligence ou son instinct du moment présent (le «kaïros» chez les grecs).


https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/fortune-machiavel/


Exemple de la métaphore du fleuve en crue : Force naturelle, brute que l’on peut maitriser par des digues. De même, le «Prince» doit-il prévoir («Gouverner, c’est prévoir»), aménager comme aux échecs d’avoir un coup d’avance : «Non si abbandonare mai»Ne jamais se laisser-aller»). En politique, laisser-aller c’est se condamner à disparaître.

Part de risque, d’audace, d’aventure que contient toute action politique. Il n’y a pas d’impuissance en politique, il n’y a que des impuissants. Machiavel récuse cette totale impuissance du politique face aux états de faits, à l’état des choses.

Mais, pas de science politique à proprement parler (# Hobbes qui fonde la science politique). Si l’audace et la prise de risque sont nécessaires. Rien ne nous assure de la réussite. Coefficient d’indécidabilité. Le «Prince» en politique serait l’équivalent du «génie» en art.

    • Conclusion sur la politique de Machiavel = En politique, Machiavel est un Pascal sans Dieu. Laïcisation de l’Etat. Politique sans Dieu. Pas d’immoralisme mais un amoralisme. Machiavel n’est pas un «apôtre du mal» et «Le Prince» n’est pas un «bréviaire pour tyran». Dans son «Discours sur la première décade de Tite-Live», Machiavel appelle même de ses vœux l’unité de l’Italie de son époque.

      La politique est le lieu des «impératifs hypothétiques» (= «Agis de telle sorte que tu puisses garder le pouvoir ou le conquérir»).

      RAPPEL SUR KANT: l’impératif hypothétique nous représente une action comme nécessaire pour parvenir à une certaine fin. Tels sont les impératifs de l’habileté ou de la prudence. L’impératif hypothétique nous dit «faites ceci, si vous voulez obtenir cela» («si vis pacem, para bellum», par exemple).

      Mussolini dira du «Prince» qu’il est «LE livre du politique». Tout doit être fait pour le bien du royaume que cela soit bien ou mal. C’est le peuple qui devrait lire le «Prince» pour se prémunir des ruses des gouvernants : «En feignant de donner des leçons aux rois, il en a donné de grandes aux peuples. Le Prince de Machiavel est le livre des républicains.»dira, à propos, Jean-Jacques RousseauDu contrat social», Livre III, Chapitre 6).

  • RÉSUMÉ : LE PRINCE DE MACHIAVEL (résumé d’annale)

Le Prince doit, pour gouverner correctement, réunir en lui la virtu et la fortuna. La première est un ensemble de qualités : audace et ruse, sagacité, énergie dans la conception et rapidité dans l’exécution constituent le génie en politique, c’est-à-dire l’art de choisir les moyens en fonction des circonstances. La fortuna désigne quant à elle les circonstances indépendantes de la volonté du Prince, qu’il doit exploiter au bon moment et saisir comme autant d’opportunités de gouverner. Le Prince doit également avoir une opinion réaliste de la nature humaine : les hommes étant ingrats et changeants, il ne doit pas avoir peur de faire preuve de méchanceté si cela lui semble nécessaire. Il ne doit jamais croire aux sentiments de fidélité ou d’amour désintéressés de ses sujets et la crainte qu’il doit inspirer est le meilleur garant de la sécurité du pouvoir. Pour Machiavel, les hommes n’agissant honnêtement que s’ils y sont contraints, il ne peut y avoir de morale là où il n’y a pas d’État, et cela justifie que les moyens employés par le Prince soient parfois immoraux, d’autant qu’il ne doit y recourir que lorsque l’existence ou la survie de l’État est enjeu.

b. La démocratie est d’essence morale.

Démocraties fondées sur une valeur sacralisée = respect de la personne humaine.

En démocratie, la fin (intérêt général) comme les moyens doivent œuvrer au respect de la dignité humaine (liberté, égalité). Tous les moyens ne sont pas bons.

Comme le rappelle Kant: « La vraie politique ne peut donc pas faire un pas sans avoir auparavant rendu hommage à la morale; et si la politique est par elle-même un art difficile, l’union de la politique avec la morale n’est pas du tout un art: la morale tranche le noeud que la politique ne peut délier, aussitôt qu’elles ne sont pas d’accord.
» Kant, «Essai philosophique sur la paix perpétuelle» (1795).

Kant affirme la subordination / soumission de la politique à la morale. L’opposition entre les deux n’est pas vraiment objective, elle est seulement subjective : l’égoïsme des hommes les amène à ressentir ce qui est bon pour eux comme différent de ce qui est bon pour la collectivité.

Trop de crimes, dit Kant, sont commis au nom de l’intérêt «supérieur» de l’État. II faut donc distinguer entre le «moraliste politique», «qui se forge une morale à la convenance de l’homme d’État» et qui est une simple fiction, car une telle morale spéciale n’existe pas : et le «politique moral», qui est certes un idéal difficile à atteindre, mais qui est concevable, dans la mesure où il est celui qui se sert de la morale comme critère de décision politique.

# Dictature, totalitarisme qui dissocient une fin (sacralisée, idéologisée) et les moyens. L’idéologie (communiste, nationale-socialiste voire mondialiste) devient la fin exclusive au service de laquelle tous les moyens doivent être mis en œuvre, au service de laquelle tout doit être sacrifié (y compris les opposants): goulags, déportations, génocides, exterminations de masse, etc…

« La vraie politique […] ne peut faire aucun pas sans rendre d’abord hommage à la morale ; et bien qu’en soi la politique soit un art difficile, ce n’en est pas un cependant de la réunir à la morale, car celle-ci tranche le nœud que la politique ne peut trancher dès qu’elles sont en conflit. Le droit de l’homme doit être tenu pour sacré, dût-il en coûter de gros sacrifices à la puissance souveraine. On ne peut ici user d’une cote mal taillée et inventer le moyen terme d’un droit pragmatiquement conditionné (qui tiendrait le milieu entre le droit et l’intérêt) ; bien au contraire, la politique doit plier le genou devant le droit ; mais elle peut espérer en revanche parvenir, lentement il est vrai, à un degré où elle brillera avec éclat d’une manière constante. » KANT

Analyse :
http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/68914.pdf

PROLONGEMENT: Kant (in «Vers la paix perpétuelle de Kant»)
, cherchant les conditions de possibilité d’une paix perpétuelle entre les Souverainetés, montrera que c’est dans la conclusion entre les États d’une association politique instituant un pouvoir commun que l’on doit rechercher les conditions d’une paix qui ne soit plus partielle et ponctuelle mais universelle et permanente. — Société des Nations, Nations Unies ou autres sont d’inspiration kantienne.

c. La démocratie est le moins m    auvais des régimes politiques [Reprise d’Annales]

La communauté politique peut être plus ou moins propice au déploiement de ces essences individuelles que sont les hommes. Le meilleur régime politique, s’il existait, serait celui où les particuliers s’épanouissent spontanément dans une obéissance et une adhésion intérieure aux décisions de l’ensemble de la nation, en tant que cet ensemble ne peut vouloir que le bien de tous. S’il existait, ce régime serait la communauté des sages, qui est à peine un régime politique. À défaut du meilleur régime, qui est plutôt un idéal régulateur qu’une réalité, le moins mauvais de tous est la démocratie. Ce régime est le plus souhaitable pour Spinoza, non pas parce qu’il serait le régime le plus durable, car du point de vue de la durabilité, le régime tyrannique est insurpassable, mais parce qu’il est celui qui dure tout en étant le moins oppressif possible, en laissant le plus d’espace possible au déploiement des essences humaines. Il a pour condition que ses membres agissent avec une certaine vertu, un certain niveau de moralité, et donc qu’il y ait un déploiement correct ou suffisant de la raison en chacun. Ce régime qu’est la démocratie n’est donc possible que parce que ses membres sont relativement vertueux et raisonnables.

Il est aussi le régime qui développe le plus la raison. Non pas dans la masse populaire, car celle-ci reste ce qu’elle est, selon Spinoza, une entité dirigée par les sentiments et les passions. Il est le régime qui n’entrave pas la progression individuelle des hommes vers la raison, contrairement à la monarchie, comme le montre longuement le Traité théologico-politique, et dans une moindre mesure l’aristocratie. Cette progression individuelle des hommes vers la raison, dès lors qu’elle n’est pas entravée par la superstition qui est le fondement de la monarchie (de droit divin), est le produit naturel de la pression du regard de l’autre et de la participation active des citoyens aux affaires de la nation. Ce n’est qu’en développant la conscience civique, ce que seule la démocratie engendre, que le particulier pourra prendre la pleine mesure de son appartenance à un corps universel. C’est pourquoi, alors que la monarchie tend naturellement à se dégrader en état de nature ou en tyrannie, la démocratie, qui implique les citoyens dans leur citoyenneté, tend vers cet idéal que constitue la communauté des sages.

La démocratie n’est pas cependant la communauté des sages et c’est pourquoi elle est le lieu d’un équilibre et d’une limitation mutuelle des forces politiques. Les forces de la démocratie sont en effet en partie limitées les unes par les autres, ce qui la distingue de la communauté idéale des sages, où les forces au lieu de se limiter et de s’annuler mutuellement s’additionnent dans un but absolument commun et raisonnable, celui de l’épanouissement de tous et de chacun. Cependant, ces forces politiques ne s’annulent pas complètement les unes les autres, car elles se caractérisent aussi par une recherche du bien commun, qui limite leur développement mutuel dans une forme de civilité qui laisse à chacune des formations politiques un espace de liberté et d’expression. La démocratie, qui est donc le moins mauvais des régimes, est le plus acceptable de tous, non seulement parce que c’est le seul régime qui admet la liberté de penser et permet à l’individu de s’épanouir dans son essence et au philosophe de vivre sa philosophie, mais aussi parce que c’est le seul régime qui n’est pas en contradiction avec la raison.

Winston Churchill dira: “La démocratie est un mauvais système, mais elle est le moins mauvais de tous les systèmes.

3) Le droit à la révolte.

  1. Les dangers du pouvoir politique [TES]

«C’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser» –Montesquieu. Le pouvoir est «vénéneux» dira Jankélévitch.

  • La solitude/ la folie du Prince : le pouvoir absolu “corrompt“, “rend fou“, c’est la théorie de Platon. Identifié avec le divin par le peuple, il se prend pour un Dieu. Il finit par prendre sa volonté pour celle de Dieu. Le moi s’hypertrophie et perd toute notion de limite. Louis XIV : ” L’État c’est moi “.
  • Le danger : Combats, luttes à mort, trahisons, affaires, «boules puantes». Le pouvoir est le “lieu”, où se focalisent le plus de désirs, de jalousie, d’ambitions, de violence. Pensez aux nombreux assassinats de chefs d’Etat de César à Yitzhak Rabin (†1995) en passant par John Fitzgerald Kennedy, etc.
  • L’immoralité: Machiavel (1469-1527), «Le Prince» = techniques pour prendre et garder le pouvoir. Ses conseils : pratiquer l’audace, l’opportunisme, la duplicité, le mensonge, la trahison, du crime politique, savoir jouer, tricher, se battre, rester le plus fort pour rester au pouvoir.
  • La corruption/délit d’intitié/conflit d’intérêts.
  • La violence : Toute possession d’une puissance se repère à la capacité de surmonter des obstacles, voire d’exercer une opposition. Politiquement, le souverain, légitime ou non, détient la puissance de vie et de mort sur les citoyens. Il peut exercer des violences physiques et morales sur chaque individu. C’est même celui qui détient le pouvoir de dire qui est l’ennemi – contre qui on doit exercer une violence – qui est détenteur du pouvoir politique.
  1. Un droit à la révolte ?
A-T-ON LE DROIT DE SE REVOLTER ?
«Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ; ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression.» Déclaration des droits de l’homme et du citoyen
THESE : Le droit ne peut autoriser la révolte sans se contredire. Si la révolte est un droit, alors il n’y a plus de moyens de faire respecter le droit. En effet, n’importe qui pourrait se révolter contre le droit, même quand celui-ci est juste.

ANTITHESE : Les droits naturels de l’homme sont supérieurs au droit positif d’un État. Tout homme a le droit (et même le devoir) de se révolter dès lors qu’on utilise la loi pour le priver de liberté.

SYNTHESE : Le citoyen contre les pouvoirs.

(cf. Conclusion ci-dessous)

1a) La révolte contredit le droit. La révolte n’est légitime que lorsqu’elle permet de combattre l’injustice. Le droit à la révolte ne peut cependant pas être un droit absolu, car cela permettrait à n’importe qui de se révolter, même sans justification valable, contre le droit et l’autorité. Faire de la révolte un droit, c’est donner la possibilité aux citoyens de contester gratuitement le droit.

>>> Cf. Le positivisme juridique – cours sur « Droit et Justice)

2a) La résistance est un droit de l’homme
Le droit à la révolte est un droit naturel et inaliénable de l’homme. Tout individu a, par nature, le droit de se révolter contre celui qui tente de l’asservir. Le droit à la révolte est d’ailleurs inclus dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, qui cite, parmi les droits fondamentaux, celui de «la résistance à l’oppression».

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1b) L’État ne peut autoriser la révolte. La révolte peut être une exigence morale dans certains cas, mais elle ne saurait être un droit positif, objet d’une norme écrite. Aucun État établi ne peut se permettre de garantir aux citoyens le droit de remettre en question son autorité. Ceux qui prônent le droit à la révolte sont ceux qui contestent sa légitimité, comme ce fut le cas des révolutionnaires en 1789.

2b) Le droit à la révolte préserve le droit.
Le droit à la révolte garantit le respect du droit. En effet, il arrive parfois que des gouvernements iniques accaparent l’État et détournent les lois à leur profit. Dans ces cas-là, se révolter est non seulement un droit, mais un devoir. La conscience des citoyens et leur aptitude à se soulever contre ceux qui violent l’État de droit sont les meilleurs garde-fous contre la tyrannie.

1c) La révolte est un droit révolutionnaire. Le problème de la révolte est un problème politique. Il transcende donc le simple droit dans la mesure où celui-ci est l’expression d’un certain régime politique. La révolte ne peut être considérée comme un droit que si l’on se situe à l’extérieur du système juridique et si on conteste sa légitimité. En ce cas, elle devient révolution.

2c)
Il faut se révolter contre l’injustice. «Je me révolte, donc nous sommes», dit Camus dans L’Homme révolté. Face à l’absurdité et au mal dans ce monde, la révolte, individuelle et collective, est la seule manière de défendre les idéaux de justice. La révolte est donc le moyen par excellence à travers lequel l’homme manifeste sa liberté.

CONCLUSION:

La révolte peut être un droit moral, mais il est difficile de concevoir qu’elle puisse être un droit positif. L’une des fonctions du droit est d’assurer l’ordre et la paix civils. Garantir le droit à la révolte mettrait en péril cette mission. Il justifierait la «lutte armée» de certains groupes terroristes, les soulèvements et les manifestations violentes. En un sens, la révolte s’oppose au droit, qui prévoit le règlement rationnel et pacifique des différends. Cela dit, la révolte reste une exigence morale quand elle est un moyen légitime de défendre la liberté, un recours de l’individu pour combattre les pouvoirs trop oppressifs. Les révoltes estudiantines de Mai 68, la révolte de gens comme José Bové contre le «nouvel ordre économique mondial» sont des phénomènes salutaires en ce qu’ils expriment une réaction d’individus sans pouvoir contre les pouvoirs abusifs, qu’ils soient politiques, économiques, moraux.

TRANSITION:

TRANSITION:

Il est contradictoire, pour un système juridique, de garantir le droit à la révolte, car, ce faisant, il minerait son autorité du dedans.

Le droit à la révolte est l’un des droits naturels et inaliénables de l’homme. Tout homme a le droit de se révolter contre ceux qui bafouent le droit et la justice.

  • Prolongement: La désobéissance civile chez Thoreau.

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/desobeissance-civile-thoreau/

L’œuvre de David-Henry (puis Henry-David !) Thoreau (1817 -1862) est essentiellement connue voire réduite à deux concepts essentiels : La « désobéissance civile » ou le « droit à la révolte » (1) et la non-violence (2).

NOTE : Influencé par le romantisme anglais et la philosophie européenne (Kant, Rousseau), l’un des pères de l’écologie. De 1845 à 1847 (2ans, 2 mois et 2 jours !), il vit en autarcie (ermite !) dans une cabane dans les bois près de Concord (Massachusetts – Boston) pour vivre en harmonie avec la nature et en végétarien (nourriture sacralisée, symbolique) ! Il racontera son expérience rude et authentique dans « Walden ou la vie dans les bois » avec des accents rousseauistes : recherche d’une existence plus authentique, art de vivre fondé sur l’écoute de soi et le respect de la nature. Amour mystique de la nature. Divinisation de la Nature = panthéisme. Toute philosophie est pour lui une mise en œuvre existentielle. Pas de distinction entre théorie et pratique. Valorisation des grands espaces, vie simple, proche de la Nature vécue et expérimentée comme poète et scientifique. Le « poète-naturaliste ». Contemplation/Respect (Rousseau/écophilie) et observation (Darwin/écologie).

Dans le film « Into the wild », on voit le héros apprend la botanique et sa mort par empoisonnement sera due à une ignorance de la Nature. Ironie de l’histoire ?!

Pour le transcendantalisme, l’homme est naturellement bon et divin mais ne doit pas s’éloigner des enseignements de la Nature qui « est le symbole de la moralité ». L’individualisme (*) est également une autre valeur essentielle. En effet, aussi bien Thoreau qu’Emerson considèrent que la contemplation de la Nature et sa compréhension nécessite d’être seul. Mais la solitude n’est pas une fin en soi, elle permet de se retrouver soi-même, l’amitié et la solidarité. L’homme de l’Ouest courageux, solitaire, individualiste, faisant sa justice personnelle n’est-il pas l’archétype de l’homme transcendantaliste ?!

(*) Individualisme # égoïsme. Si l’altruiste met son idéal dans le dévouement à autrui ; l’égoïste ne tient compte que de soi, il est fermé aux autres. A la différence de l’égoïsme, l’individualisme place la valeur suprême dans l’individu en soi comme en autrui.

Dans le film « Into the wild », le héros Christopher Mcandless, rejette les principes de la société moderne et part sur les routes des États-Unis. Refuge dans un autobus. L’accès à la Vérité demande une ascèse « into the wild », en pleine nature. Il y passera 5 mois de solitude, de compréhension de la nature et de paix intérieure. Mysticisme naturaliste. Il s’agit de se guérir de la culture en retournant à la nature (// Diogène). « Devenir liberté » disait Nietzsche. Idéaliste et panthéiste, Chris. veut rompre le contrat social pour retourner au monde sauvage. Refus de l’hypocrisie social, du luxe, des valeurs, des idoles de la modernité (// Rousseau: «Ou le luxe est l’effet des richesses, ou il les rend nécessaires ; il corrompt à la fois le riche et le pauvre, l’un par la possession, l’autre par la convoitise» (in «Du contrat social», livre 3).

(1) La désobéissance civile est le refus assumé et public de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent, tout en faisant de ce refus une arme de combat pacifique. Le terme fut créé par l’américain Henry David Thoreau dans son essai «La Désobéissance Civile», publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique. Si la désobéissance civile est une forme de révolte ou de résistance, elle se distingue pourtant de la révolte au sens classique. La révolte classique oppose la violence à la violence. La désobéissance civile est plus subtile : elle refuse d’être complice d’un pouvoir illégitime et de nourrir ce pouvoir par sa propre coopération. Le principe même du pouvoir politique pourrait rendre possible l’efficacité de cette action.

On associe le nom de Thoreau à la notion de « désobéissance civile » suite à la parution en 1849 d’un célèbre essai ayant pour titre : « Résistance au gouvernement civil ». En effet, afin de protester contre l’esclavage, Thoreau met en place une forme pratique de « désobéissance civile » en refusant de s’acquitter de ses impôts ! Il ne s’agit pas ici d’une protestation ou d’une indignation ponctuelle face à une loi jugée injuste, mais il s’agit bien d’une résistance ferme et farouche face à l’État. Pour Thoreau, le gouvernement porte atteinte à la liberté de l’individu, il affirme la liberté individuelle contre les abus de l’État.

Pour ce fait d’armes, Thoreau sera d’ailleurs emprisonné une nuit, mais relâché le lendemain parce que quelqu’un a payé pour lui sa caution de libération ! Cet épisode de la vie de Thoreau participe à la mise en place/scène d’un personnage solitaire et farouche pourchassé par les institutions politiques et sociales qui ne veulent pas que l’on vive à part et différemment. Thoreau nous rappelle l’exigence de la conscience morale et des vertus de l’individualisme radical. Pour lui, il importe de rester en accord avec « les lois plus élevées », de faire triompher le Bien contre le Mal. D’inspiration transcendantaliste, Thoreau croit en la toute-puissance de l’individualité, sanctifie l’autonomie (morale) de l’individu (perfectionnisme moral). Comme Emerson et son concept de « Self-Reliance », Thoreau méprise « ceux dont l’esprit est macadamisé » et marchandisé. A la « vie mesquine et sans rêve », il oppose à la « vie sublime », au plus près de la nature. Anticonformisme et refus du matérialisme marchand qui deviendra notre société de consommation. Thoreau est également un anti-moderne, qui lutte contre l’engouement suscité par le progrès technologique (critique de la mécanisation). Thème de la décroissance (critique de la surconsommation, du gaspillage, limitation des besoins, frugalité, éloge de la vie indienne). Il refuse également le consumérisme. Il voit derrière la prospérité économique, une faillite morale, une déshumanisation capitaliste de l’homme.

Thoreau indexe la liberté sur l’être plutôt que sur l’avoir. Cette forte liberté devant éviter toutes formes engagements aliénants (mariage, enfants, emploi stable, etc…)

Dans « Into the wild »: Chris brule ses dollars, cite Thoreau pour justifier son geste : « Rather than love, than money, than faith, than fame, than fairness… give me truth » – « Plutôt que l’amour, que l’argent, que la foi, que la célébrité, que la justice… donnez-moi la vérité ». Nietzsche dira : « Ce qui s’achète et de peu de valeur ». Or, la vérité ne s’achète pas, elle n’a pas de prix mais une valeur.

Résistant perpétuel, Thoreau n’en finit pas d’être notre contemporain : la résistance est un mode d’expression et d’action contre des décisions politiques qui vont à rencontre des principes moraux et des missions publiques : délation des chômeurs, fichage des enfants, expulsions d’enfants et des jeunes majeurs sans papier scolarisés, dénonciation des sans- papiers, OGM, nucléaire.

Mais Thoreau est un curieux résistant, un révolutionnaire apolitique, plus soucieux de la perfection de sa conscience individuelle que des actions collectives.

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/discours-lincoln-memorial-de-martin-luther-king/

Le nom de Thoreau est rapproché de ceux de Gandhi (a) et de Martin-Luther King (b). L’essai de Thoreau leur a donné une caution intellectuelle et morale pour refuser d’obéir à une loi contraire à la conscience personnelle. Une objection de conscience, bien plus, un « droit à la révolte ». Pour Thoreau, aucune vie ne vaut qu’on y sacrifie une autre vie (non-violence) et seule la conscience individuelle est un guide valable (droit à la résistance).

(a)    Gandhi a lu, en prison, le livre «La Désobéissance civile» de Thoreau. Pratique de l’ascétisme de Gandhi inspirée de Henry David Thoreau. Renoncement au style de vie occidental

(b)    Pour Martin Luther King, une guérilla comme celle de Che Guevara est une « illusion romantique ». Il préfère la discipline de la désobéissance civile qu’il définit non seulement comme un droit mais aussi un hommage à une énergie démocratique inexploitée. La non- violence est non seulement juste mais indispensable, car aussi juste que soit la cause d’origine, la violence signifie l’échec et le cycle de vengeance de la loi du talion.

LA NON-VIOLENCE : La loi n’est pas un absolu. Elle n’est qu’un pis-aller, une expression voire une oppression de la majorité sur les minorités. Anarchisme ? Oui, mais conçu comme stade supérieur de la responsabilité individuelle et invention permanente d’une solidarité authentique (Tolstoï s’en souviendra à Poliana, communautés transcendantalistes). Thoreau mène une critique du principe de démocratie, vache sacrée de notre civilisation occidentale. De même, il distingue légalité et légitimité, montrant par là comme l’antique « Antigone » de Sophocle, que l’obéissance aux lois ne constitue pas tout le civisme. La résistance à l’oppression est un devoir envers soi-même mais aussi un devoir civique.

Thoreau annonce Gandhi et ses principes non-violents. Pour lui, le libertaire voire le libertarien, « le meilleur gouvernement est celui qui gouverne le moins », plus loin « le meilleur gouvernement est celui qui ne gouverne pas du tout. » (in « Résistance au gouvernement civil »). Mais comment concrètement lutter contre la violence du pouvoir politique ? Face à l’abus de la force de l’Etat, il ne sert de rien de s’insurger contre lui, d’ailleurs à quoi bon combattre ce qui est plus fort que nous ? Résistance passive au pouvoir politique : il suffit de lui retirer cette soumission à son autorité. « Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres » disait déjà La Boétie dans son « Discours de la servitude volontaire ». Gandhi, ayant lu Thoreau, dira : « Quand le sujet cesse de craindre la force du despote, le pouvoir de celui-ci prend fin » (Young India).

Discours de la servitude volontaire» de La Boétie (texte intégral lu): https : //drive.google.com/open?id=0B4nRPzoUP3kTbW1INm5WVnRsS0U ]

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/servitude-volontaire-boetie/

LE DROIT DE RESISTANCE : Abolitionniste, Thoreau, comme Emerson, pense qu’il est temps de faire entendre le point de vue de la m orale face à des décisions politiques injustes. Selon lui, la chasse des esclaves en fuite, préconisée par les Etats esclavagistes (1850), sème le discrédit sur les valeurs américaines.

Plutôt que d’accorder son allégeance et sa soumission à un gouvernement incapable et inique, Thoreau revendique le droit de lui résister. Cette posture de résistance n’est pas que négative puisqu’elle affirme la possibilité de créer un gouvernement et une société meilleurs. Pour vivre en homme de principe, maître de soi, il est indispensable d’être non-conformiste, de ne pas faire allégeance inconditionnellement et de ne pas déléguer sa voix à un représentant qui parlerait en son nom (critique de la démocratie représentative). Bref, être à l’écoute de sa conscience, indépendant de l’opinion publique, du sens commun et des idées reçues. Critique de la res-publica, Thoreau recommande aux États-Unis de prendre la défense de la res-privata, cad qu’ils protègent la liberté et l’autonomie individuelle. Anarchisme de droite.

Toutefois, il est à noter que la « résistance » de Thoreau est plus individualiste et anarchiste ; elle n’envisage pas d’organiser un mouvement de masse, comme pour la libération de l’Inde (Gandhi) ou pour la lutte en faveur des droits civiques aux États-Unis (Luther King).

Principes transcendantalistes :

  • Dieu existe = panthéisme.
  • Connaissance intuitive = poésie, aphorisme, corps. Mystère du monde, nature = esprit universel, du monde. Sympathie, empathie.
  • Vire à l’écart des foules = plutôt la médiation, la vérité est élitiste. Solitude.
  • La confiance en soi = titre d’un ouvrage d’Emerson. // Prédestination dans le jansénisme. Ce que Dieu veut pour nous ne peut pas être que mauvais. Confiance en son destin. Protestantisme, orgueil, assurance de soi. Etre, comme Antigone, sûr de son bon droit. Droit dans ses bottes de cowboy l’ami Thoreau !
  • Non-conformisme = être authentique, contre la mode, se moquer du jugement d’autrui. Forme de dandysme. Seul compte le Jugement de Dieu.
  • Jouissance et contemplation de la nature = Contre le dolorisme chrétien. Sensualisme.
  • Contemplation mystique de la nature. Percer le mystère du monde. Fragment de la divinité.
  • Construction de sa propre subjectivité. Sculpture de soi. Réforme individuelle, transformation de soi. Ne rien attendre du gouvernement. Soyez vous-même. Réalisez-vous. Soyez-vous car les autres sont déjà pris ! // Nietzsche : « Deviens ce que tu es ». Sculpture de soi.

CONCLUSION / SYNTHESE : Le citoyen contre les pouvoirs.

PRB: «Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons.» Paul Valéry († 1945).

Le devoir d’obéissance. La première fonction du pouvoir est une fonction d’ordre et l’ordre est la condition de toute vie sociale, de toute liberté et de tout progrès. L’agent de police qui règle la circulation à un carrefour est un bon symbole du pouvoir. Il entre, sans doute, dans son action, une part d’arbitraire et d’injustice, mais il ne fait finalement que tenir compte de certaines données sur lesquelles il ne peut rien et, sans son intervention, la circulation deviendrait vite impossible. En ce sens, le pouvoir est «le héraut et le serviteur de la nécessité» et il faut bien lui obéir. La désobéissance aux pouvoirs est d’ailleurs ordinairement source de désordres, et par suite d’injustices, et a souvent pour effet de les renforcer.

… MAIS AUSSI

Le devoir de résistance. Le pouvoir, toutefois, tend toujours à l’abus, c’est-à-dire qu’il tend toujours à imposer aux citoyens plus qu’il n’est nécessaire. Il y a, en effet, chez ceux qui gouvernent, une ivresse du pouvoir (Tacite – historien et politique romain – disait : «libido regnandi») qui les rend incapables de mesure, et, chez les gouvernés, une tendance à admirer les chefs, qui en fait une proie facile pour la tyrannie. Aussi est-il de la prudence pour les citoyens d’opposer à tout pouvoir une résistance d’opinion et d’abord un ferme mépris, car «l’ordre est bas» et «nécessité veut précaution, mais non respect». Il en résulte que ceux qui veulent servir le peuple doivent refuser de passer du côté des gouvernants : «Il faut refuser tout pouvoir».

Exemple d’une résistance à l’État: Gandhi et la résistance passive de la non-violence.

Bouddhistes ont montré l’importance de la non-violence. Valorisation de la compassion. La pratique de la violence accroît le “karma“. Bouddha: compassion et bienveillance universelles qui nous amènent vers la paix intérieure et le «Nirvana».

Idem Socrate : Il vaut mieux selon lui subir l’injustice et la violence plutôt que de les commettre.

Idem Jésus : Aimez vos ennemis, faites le bien et prêtez sans rien attendre en retour“, paroles du Christ. “Si l’on vous frappe sur la joue droite, tendez encore la gauche.” Sermon sur la montagne.

Gandhi (Mahatma) † 1948: Formé au bouddhisme et au christianisme. La non-violence comme moyen en politique pour défendre la démocratie et la paix. Faire de la non-violence un instrument de combat politique : non-collaboration, résistance passive, grèves de la faim, etc. Pour lui, la non-violence n’est pas une résignation, une lâcheté mais un acte militant, une désobéissance et un droit imprescriptible. La discipline de soi, l’abandon de tout esprit de violence, de toute haine et de toute vengeance constitue, selon Gandhi, une force extraordinaire, qu’il employa dans sa politique de non-coopération. Il appliqua la tactique du «Satyagraha» (refus de l’obéissance civile avec acceptation passive des sanctions).
Ce n’est pas avec le mal mais avec le bien qu’on arrête le mal.

La non-violence, pas plus que la non-coopération, n’est passive. Les campagnes victorieuses de Gandhi en Afrique du Sud et aux Indes montrent quelle force extraordinaire peut représenter une armée de combattants non-violents tombant sans murmurer sous les coups de la police jusqu’à ce que les adversaires, étonnés et bouleversés eux-mêmes, prennent peur devant ce calme héroïque et abandonnent la lutte. Gandhi éveilla d’abord chez les ennemis le respect, puis, au-delà du respect, il éveilla le sens de la justice jusqu’à en convertir à sa Cause.

(Limite de la non-violence): cette force est sans effet face à un être sans conscience, une machine, un animal ou un «barbare» (= déni de l’humanité de l’autre).

  • Obéissance et résistance à l’État. L’important n’est donc pas, pour les citoyens, de changer de maîtres en substituant un pouvoir à un autre pouvoir, mais seulement d’exercer sur tout pouvoir un contrôle vigilant. Alain croit, en effet, avec Auguste Comte, que nul ne peut gouverner contre une opinion publique clairement exprimée. En d’autres termes, le pouvoir temporel et l’emploi de la force ne peuvent rien contre le pouvoir spirituel et l’affirmation du droit (cf. Napoléon: «A la longue, le sabre est toujours battu par l’esprit»). La liberté de pensée et d’expression apparaît ainsi comme le fondement de toutes les libertés publiques, et l’arme la plus efficace dont dispose le citoyen pour se défendre contre les abus auxquels tendent toujours ces maux nécessaires que sont les pouvoirs.

« Résistance et obéissance sont les deux vertus du citoyen » (Alain)

«Résistance et obéissance, voilà les deux vertus du citoyen. Par l’obéissance, il assure l’ordre ; par la résistance il assure la liberté. Et il est bien clair que l’ordre et la liberté ne sont point séparables, car le jeu des forces, c’est-à-dire la guerre privée, à toute minute, n’enferme aucune liberté ; c’est une vie animale, livrée à tous les hasards. Donc les deux termes, ordre et liberté, sont bien loin d’être opposés ; j’aime mieux dire qu’ils sont corrélatifs. La liberté ne va pas sans l’ordre ; l’ordre ne vaut rien sans la liberté. Obéir en résistant, c’est tout le secret. Ce qui détruit l’obéissance est anarchie ; ce qui détruit la résistance est tyrannie. Ces deux maux s’appellent, car la tyrannie employant la force contre les opinions, les opinions, en retour, emploient la force contre la tyrannie ; et inversement, quand la résistance devient désobéissance, les pouvoirs ont beau jeu pour écraser la résistance, et ainsi deviennent tyranniques. Dès qu’un pouvoir use de force pour tuer la critique, il est tyrannique.» Alain

Prolongement: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/107780.pdf

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