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Les voyages dans l’Antiquité

voyages. Les Grecs ont toujours été de grands voyageurs, poussés par leur exceptionnelle curiosité autant que par diverses nécessités. Les raisons des voyages étaient des plus diverses : pour commercer on allait à travers tout le monde grec à la recherche de marchandises et de marchés ; pour des raisons politiques, les bannis, les ostracisés se réfugiaient dans des cités parfois assez éloignées ; pour des raisons politico-économiques, on allait fonder des colonies en terres lointaines ou on allait s’établir dans des colonies déjà existantes. La piété faisait que rares étaient les Grecs qui ne voulaient pas, au moins une fois dans leur vie, faire le pèlerinage aux grands jeux de Delphes ou d’Olympie. Pour des raisons médicales, on allait chercher la guérison dans quelque asclêpieion, à moins qu’un médecin n’ait prescrit un changement de climat pour le rétablissement de la santé ; pour des raisons officielles, on était envoyé en ambassade dans une cité alliée, dans une colonie ou auprès d’anciens adversaires pour signer une paix ; pour des raisons professionnelles, les acteurs allaient de ville en ville jouer des pièces, des prêtres ambulants sillonnaient la Grèce en mendiant, comme les métragyrtes, des sophistes parcouraient le monde pour s’instruire et dispenser leurs leçons. On voyageait encore pour aller consulter un oracle important, parfois lointain, pour visiter des parents, pour prendre possession d’une clérouquie…
Dans l’histoire grecque, on voit un grand nombre de médecins allant exercer leur métier au loin, jusqu’à la cour du roi des Perses, des artistes quittant leur patrie pour travailler dans les ateliers de maîtres réputés, d’autres venant exercer leur talent dans des cités opulentes ou auprès de princes puissants. Dès l’époque archaïque, on rencontre des hommes comme Pythagore, Solon, le Spartiate Lycurgue qui voyagent dans les pays riverains de la Méditerranée orientale, des historiens comme Hécatée de Milet ou Hérodote qui sont en même temps d’infatigables voyageurs, comme le furent plus tard Strabon et Pausanias. À l’époque hellénistique, les ambassades comme celle de Mégasthènes ou encore celle de Déimaque auprès d’Allitochade, fils de Sandracottos, étaient des prétextes à de longs voyages d’exploration au cœur de l’Inde. Enfin, aux époques hellénistique et romaine, le tourisme se développa considérablement; l’Égypte et le Proche-Orient étaient pour les Grecs les grandes régions touristiques.
S’ils n’employaient pas les voies maritimes, les Grecs voyageaient généralement à pied, parfois à cheval ou à mulet, exceptionnellement en char. En Grèce même, la rareté des routes carrossables rendait impossible tout long voyage sur un véhicule à roues. Le voyageur s’équipait de solides brodequins, coiffait le pétase —► vêtements et s’enveloppait dans un épais manteau pour affronter les pluies et la fraîcheur des nuits. On allait seul, armé d’un coutelas, d’un solide bâton, un maigre bagage enfermé dans un chiffon lié à un bâton porté sur l’épaule, à moins qu’on ne confiât ce mince fardeau à un esclave. Un Grec pieux ne manquait jamais, avant de partir en voyage, d’offrir un sacrifice aux dieux pour obtenir leur protection et trouver des signes favorables. On se mettait en route de bon matin et on allait sans hâte, en admirant le paysage, en jouissant de la douceur du jour, en parlant avec les paysans rencontrés sur la route ou en se joignant à d’autres voyageurs. Les sources ombragées étaient un lieu de halte idéal et on y prenait un repas emporté dans un sac et consistant en olives, oignons et figues, avec une part de maza (galette d’orge). La nuit pouvait se passer à la belle étoile ou dans des villes, sous quelque portique. Cependant, c’était là une chose rare, car l’hospitalité était d’un usage trop répandu pour que le voyageur ne trouvât pas dans une ferme isolée, dans un village ou dans une ville un hôte bienveillant qui lui donnât « le feu et le sel ». Il arrivait souvent que le voyageur eût dans de nombreuses cités un hôte héréditaire ; il lui restait encore la solution, dans une cité étrangère, de s’adresser à son proxène, qui se chargeait de le loger. Cependant, dès l’époque d’Aristophane, on trouvait des auberges (pandokion, katagôgion), dont le nombre se développa aux périodes suivantes ; il est vrai qu’elles étaient en général médiocres et assez mal famées, au point que les gens de la bonne société se refusaient à y descendre; néanmoins, dans les cités, on trouvait des auberges fort convenables.
On n’avait pas besoin de passeport, mais, en revanche, des droits de douane
étaient perçus sur l’entrée des marchandises ; chaque fois qu’il traversait une cité, le voyageur subissait la visite des douaniers, qui, si l’on en croit Plutarque, retournaient ballots et bagages pour chercher des objets cachés et semblaient fort importuns aux voyageurs antiques. À part cela, les voyageurs étaient bien reçus dans les cités, et les États démocratiques encouragèrent l’établissement chez eux des étrangers —► métèques. Cependant, on a reproché à Sparte sa xénélasie (bannissement des étrangers) ; il faut préciser que c’est contre des étrangers qui, par leurs mœurs, risquaient de porter préjudice aux lois de Lycurgue que s’exerçait la xénophobie Spartiate, car on voit que de nombreux étrangers envoyaient à Sparte leurs enfants pour y être élevés à la manière des enfants lacédémoniens, et la cité dorienne a souvent accueilli des artistes et des poètes, même après la promulgation des lois de Lycurgue. En définitive, il semble que, malgré l’insécurité des routes terrestres et maritimes (on parle souvent des brigands et des pirates, mais surtout dans les romans de basse époque), on ait largement et aisément voyagé à travers tout le monde antique et bien au-delà des frontières du monde hellénique puisque, peu après les guerres Médiques, chez les Perses, considérés comme des ennemis, Hérodote fit son grand voyage qui le conduisit à Babylone et à Memphis.

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