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LES SCIENCES DE L'HOMME

Introduction.


Les sciences morales ou sciences des faits humains (psychologie, histoire, sociologie) sont celles qui se sont constituées le plus tardivement. On a cru longtemps en effet que les méthodes employées dans les sciences de la matière ne pouvaient convenir pour l’étude de l’homme. Sans parler des difficultés que rencontrent ici l’observation et l’expérimentation, il faut remarquer qu’il est difficile de concilier la notion de liberté humaine avec l’idée d’une science de l’homme parce que toute science suppose le déterminisme. Les psychologues, les historiens et les sociologues modernes écartent ce problème et s’efforcent de constituer une science de l’homme sur le modèle des sciences de la nature en considérant que, selon un mot de Spinoza, « l’homme n’est pas un empire dans un empire ›, et qu’il doit obéir à des lois comme toute chose dans la nature.

LA PSYCHOLOGIE


Introduction.


Confondue d’abord avec la philosophie, la psychologie s’est efforcée de devenir une science autonome au début du XIXe siècle, et n’a cessé de prendre un caractère de plus en plus scientifique. D’une façon générale, la psychologie est la connaissance de l’homme considéré comme un être doué de sensibilité, d’activité et d’intelligence. Mais les psychologues ne parviennent pas à se mettre d’accord sur une définition précise de leur discipline.


I. DIFFÉRENTES CONCEPTIONS


— A — De l’introspection à l’intuition : le point de vue subjectif.


On appelle conscience « l’intuition (plus ou moins claire, plus ou moins complète) qu’a l’esprit de ses états et de ses actes » (Lalande). Le fait de conscience se distingue des faits physiques ou physiologiques parce qu’il est non spatial, non mesurable et subjectif. La vie de la conscience ou vie intérieure a été d’abord l’objet de la psychologie, dont la méthode était alors soit l’analyse idéologique inspirée de l’associationnisme, soit l’introspection ou observation intérieure de l’âme et de ses facultés (école éclectique : Jouffroy, Cousin, Garnier). Trouvant artificiel « l’atomisme psychologique » et conscient des faiblesses de l’introspection dénoncées par Comte, Bergson proposa d’étudier la vie intérieure ou vie spirituelle ou « durée concrète » au moyen de l’intuition. — Mais la psychologie s’évanouit alors dans la métaphysique.

— B — Du parallélisme à l’épiphénoménisme : le point de vue objectif.


Reprenant l’idée cartésienne d’un parallélisme entre les états de l’âme et ceux du corps, Cabanis avait étudié « les rapports du physique et du moral de l’homme » (1802) et insisté particulièrement sur l’influence exercée par le corps sur l’esprit. Dans le même sens on cherchera au XIXe siècle à faire de la psychologie une science objective en étudiant les conditions physiques ou physiologiques des phénomènes de conscience (psycho-physique de Weber et Fechner, psycho-physiologie de Wundt et Ribot). L’attention se portant ainsi sur l’aspect objectif du psychisme, on en vint à considérer la conscience comme un phénomène secondaire (épiphénoménisme : « l’homme est un automate conscient » Th. Huxley) et même à n’en plus parler du tout (Behaviourisme : « la psychologie est la science des comportements humains objectivement observables » Watson). La psychologie devient ainsi « l’étude de l’adaptation de l’organisme humain au milieu extérieur » ( Watson) et s’évanouit dans la biologie.


— C — La psychologie mixte, science de l’être total.


La plupart des psychologues contemporains refusent de confondre ainsi la psychologie soit avec la métaphysique, soit avec la biologie. Ils la considèrent comme une science autonome dont l’objet est le comportement humain considéré dans sa totalité, i.e. aussi bien du point de vue subjectif que du point de vue objectif. On ne saurait, en effet, se contenter des données objectives en psychologie car ces données n’ont vraiment de sens pour nous que si nous les interprétons en termes de conscience. L’introspection est donc nécessaire, mais elle n’est évidemment pas suffisante, même si l’on s’efforce de la pratiquer scientifiquement : « Sans elle, disait Ribot, rien ne commence ; avec elle, rien ne s’achève ». On cherche donc à la compléter par tous les procédés de l’observation externe. Aussi la psychologie contemporaine emploie-t-elle des méthodes de caractère scientifique (d’où le rôle de la mesure et des statistiques). — Cependant cela ne suffit pas pour en faire une science : il y a dans la psychologie une part de subjectivité, ou intériorité, et de liberté dont aucune connaissance scientifique n’est possible.


II. DE QUELQUES MÉTHODES PARTICULIÈRES


— A — Méthode des tests.


Binet et Simon ont mis au point, au début du siècle, une série d’épreuves destinées à déterminer l’âge mental des enfants et leur quotient intellectuel. L’établissement de ces tests repose sur la loi des grands nombres : on considère qu’un test est caractéristique d’un certain âge quand il est réussi par 75 % des enfants de cet âge. D’autres psychologues établirent des tests destinés à révéler les aptitudes d’un sujet, ou son caractère. Les tests sont de plus en plus employés aujourd’hui (v.g. mesure des temps de réaction au chronoscope d’Arsonval, test du double barrage de Zazzo, test caractériel de Rorschach, etc.). On peut ainsi, grâce à la méthode des tests, réaliser des mesures qui sont d’ailleurs plutôt des classements. — On peut reprocher à cette méthode d’être trop mathématique et de ne pas tenir compte suffisamment de ce fait que l’homme est un être « ondoyant et divers » (Montaigne).


— B — La psychanalyse.


En étudiant les maladies mentales, Freud fut amené à supposer qu’il existait un psychisme inconscient. Selon lui, seule une petite partie de notre vie psychologique nous est connue. La plupart de nos tendances ou « pulsions « demeurent dans l’inconscient, où elles vivent d’une vie autonome, et viennent parfois troubler la vie consciente. En effet il y a une « censure « d’ordre moral qui nous interdit de prendre conscience de certaines tendances (notamment des tendances sexuelles). Mais les tendances ainsi refoulées dans l’Inconscient réapparaissent quelquefois, soit dans les rêves, sous forme déguisée, soit dans les « actes manqués » (lapsus), soit dans les névroses (conflit entre Conscient et Inconscient). La psychanalyse est précisément une méthode d’exploration de l’inconscient par analyse des rêves, par confession spontanée ou par narco-analyse, qui a pour but de délivrer l’individu de ses « complexes » (association de tendances inconscientes) en lui en faisant prendre conscience. — On peut faire des réserves sur la notion de psychisme inconscient et sur l’importance accordée par Freud à la sexualité. L’hypothèse psychanalytique est obscure, gratuite, inutile et dangereuse.


— C — Psychologie comparative et génétique.


La psychologie classique étudiait l’homme adulte, sain d’esprit et civilisé. Aujourd’hui on étudie aussi l’animal (Köhler, Guillaume), l’enfant (Piaget, Claparède), le fou (Blondel) et le primitif (Lévy-Bruhl). Ces études sont surtout intéressantes en ceci qu’elles permettent de mieux connaître te fonctionnement du psychisme humain grâce à l’emploi de la méthode comparative qui remplace l’expérimentation impossible. D’autre part elles permettent de faire dans une certaine mesure la genèse des fonctions mentales et de les expliquer par là.


CONCLUSION


Malgré ses prétentions, la psychologie ne peut être considérée comme une vraie science, dans l’impossibilité où elle est de déterminer rigoureusement des faits et de les prévoir précisément. C’est par la littérature plutôt que par la psychologie que l’on apprend à connaître l’homme.

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