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Les échanges (fiche)

1. L’ECHANGE COMME PRESTATION TOTALE

Le don dans les sociétés primitives.
a) Dans l’échange archaïque, l’élément économique est pris dans un plus vaste ensemble de relations sociales.
b) Le don, dans les sociétés primitives est, selon Marcel Mauss (1872/1950) un fait social total. Il ne porte pas seulement sur des biens et des produits ; il est également juridique, moral, religieux, etc. : il est l’occasion de fêtes, de danses, de festins, dans lesquels s’échangent des services, des femmes, des noms, etc. (cf. “Essai sur le don“, 1925).

Le potlatch.
a) « Potlatch « est un mot chinook (= langue de certains Indiens du nord-est du Canada) qui signifie : « nourrir «, « consommer «.
b) A la complémentarité de l’échange, le potlatch ajoute la rivalité dans l’échange. Obligation de donner, obligation de recevoir et obligation de rendre dignement y sont impératives : encore une fois, les phénomènes économiques ne sont pas séparables dans de telles sociétés des autres aspects de la vie sociale.
c) Certaines de nos coutumes (cadeaux, réceptions, etc.) ne vont pas sans rappeler, en quelque mesure, le potlatch.

2. L’ECHANGE COMME TRANSACTION

L’échange mercantile.
La société industrielle moderne est ainsi organisée que l’aspect économique de l’échange y prévaut sur tous les autres.
« Partout où elle a conquis le pouvoir, écrivent Marx et Engels, (la bourgeoisie) a détruit les relations féodales, patriarcales et idylliques (…) pour ne laisser subsister d’autre lien entre l’homme et l’homme que le froid intérêt, que les dures exigences du paiement au comptant « (“Manifeste du parti communiste“, 1848).

L’homo oeconomicus.
Éternisant la forme de circulation des marchandises qu’ils avaient sous les yeux, les économistes classiques (A. Smith, notamment) ont prêté à l’homme une disposition naturelle « à trafiquer et à échanger « (Smith, “Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations“, livre I, chap. 2 , 1776) ; c’est ce penchant inné qui aurait poussé à la division du travail : car chacun étant habile à un ouvrage plutôt qu’à d’autres, chacun envisage d’échanger sa propre surproduction contre celle du voisin.

3. L’ECHANGE COMME ALIÉNATION

La « surproduction raffinée « (Marx).
On trouve, dans les oeuvres de jeunesse de K. Marx (1818/1883) une analyse faisant dériver la perversion des relations interhumaines dans l’échange de la division du travail.
Chacun s’étant spécialisé peu à peu dans l’activité pour laquelle il est le plus habile, le travail a donné lieu à une « surproduction raffinée « (“Manuscrits de 1844“) : dès lors, mon travail ne m’intéresse plus que dans la mesure où il représente un équivalent anticipé, une pré-jouissance du produit d’autrui.

L’égoïsme comme instinct (Smith).
Ce que Marx dénonce comme perversion de l’essence humaine, Smith (1723/1790) et les économistes classiques y voyaient, au contraire, une donnée naturelle.
« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du marchand de bière ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. Nous ne nous adressons pas à leur humanité mais à leur égoïsme «, écrivait Smith (“Recherche sur la nature et les causes de la richesse des nations“, LI, ch. 2 , 1776).

LISEZ !

• Aristote, Ethique à Nicomaque, livre V, chap. 8 et 9, Garnier-Flammarion (n° 43).
• Smith, Recherches sur la nature et les causes de la richesse des nations, livre V, chap. 4 à 10, Gallimard, Coll. Idées « (n° 318).

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