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Le sens traditionnel du travail

  • Une peine

L’étymologie du mot travail donne à penser qu’il s’agit d’une activité radicalement pénible. Le “tripalium désigne un supplice, un instrument de torture. Le travail serait pour l’essentiel, et au-delà des sentiments de chacun, une activité douloureuse à laquelle nous serions condamnés. Dans la “Genèse” et dans la tradition judéo-chrétienne qui la prolonge, le travail a un sens religieux. Il est la conséquence du péché originel des premiers hommes. Dieu condamne ceux qui ont transgressé sa volonté à cultiver une terre qui ne donne plus spontanément ce dont ils ont besoin pour subsister. La terre n est plus un jardin (le paradis terrestre). Elle ne produit que « des épines et des chardons » si l’homme ne la transforme pas « à la sueur de [son] front ».

  • Une activité servile

Le concept général de travail n’était pas pleinement constitué dans la Grèce antique, mais les différentes activités qui lui correspondent étaient dévalorisées. Le travailleur est un serviteur, voire un esclave, en ce sens qu’il n’est que ce par quoi un objet est réalisé: une sorte de cause efficiente, un peu au même titre que l’outil ou qu’une machine. Ce n’est pas le travailleur comme tel qui définit ce qui doit être fait mais le «consommateur». Celui qui sait pourquoi (cause finale) un travail doit être réalisé a autorité sur celui qui le réalise. L’activité est à elle-même sa propre fin, comme la contemplation est supérieure à l’activité du travailleur, dont le but lui reste extérieur.

Ensuite, une « assurance contre la dépression » : parce qu’il est un être conscient et intelligent, l’homme sait qu’il doit mourir; or, cette pensée de la mort est «désespérante » et propre « à ralentir chez l’homme le mouvement de la vie » (ibid.. p. 136). En affirmant la continuation de la vie après la mort, la religion apparaît « comme une réaction défensive de la nature contre la représentation, par l’intelligence, de l’inévitabilité de la mort » (ibid., p. 137).

Enfin, une « assurance contre l’imprévisibilité » : la religion vise à encourager l’homme dans ses entreprises en lui affirmant (notamment par les procédés de divination) qu’il peut se rendre maître de l’imprévisible, de prédire l’avenir. Les représentations religieuses apparaissent donc comme « des réactions défensives de la nature contre la représentation par l’intelligence, d’une marge décourageante d’imprévu entre l’initiative prise et l’effet souhaité » (ibid., p. 146).

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