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Le projet d'une technique libératrice

Le développement technique

La figure de l’homme déterminante est celle de l’ “Homo faber“: être qui fabrique des outils. Cette définition rappelle que la technique n’est pas un phénomène récent. Elle semble en effet contemporaine de l’apparition et du développement de l’humanité. Elle désigne des procédés, outils, instruments, savoir-faire, par lesquels s’accomplit un certain travail, une modification ou une transformation consciente de la nature. Mais le « développement technique » ne désigne pas, d’ordinaire, les lentes évolutions des techniques artisanales au cours des siècles. Il renvoie essentiellement à l’extension considérable du machinisme depuis le XVIIIe siècle, et l’application croissante des sciences aux techniques par lesquelles s’effectue la transformation de la réalité, application autorisée à partir du XVIIe siècle par la naissance du mécanisme et le développement de la science expérimentale. On parle alors d’un progrès parallèle des sciences et des techniques, c’est-à-dire d’une amélioration indéfinie des connaissances de type scientifique et des applications techniques qu’il est possible d’en tirer.

Un intérêt manifeste : acquérir « des connaissances fort utiles »

C’est un aspect bien connu qui justifie, semble-t-il, l’acquisition de connaissances scientifiques, à savoir, l’utilité. « Sitôt que j’eus acquis quelques notions générales touchant la physique […], j’ai remarqué jusques où elles peuvent conduire […]. Elles m ont fait voir qu’il est possible de parvenir à des connaissances qui soient fort utiles à la vie ; et qu’au lieu de cette philosophie spéculative qu’on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force des actions du feu, de l’eau, de l’air, des astres, des cieux et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature» (“Discours delà méthode“, 1637, 6e partie). On voit que Descartes prend acte de la naissance des sciences expérimentales, et conscience des applications pratiques qu’elles autorisent. Il annonce la possibilité d’une technique dont le développement, loin d’être une fatalité pour l’homme, devrait libérer l’humanité, et la libérer en particulier, de la souffrance du travail.

…et libérer l’homme …

Certaines inventions techniques « feraient qu’on jouirait, sans aucune peine, des fruits de la terre et de toutes les commodités qui s’y trouvent». Cette libération est aussi une libération de la maladie, voire du vieillissement lui-même : le progrès des techniques devrait permettre d’assurer un jour « la conservation de la santé, laquelle est sans doute le premier bien et le fondement de tous les autres biens de cette vie». C’est, enfin une libération vis-à-vis de la nature en général, de cette puissance dont nous sommes les jouets malheureux tant que nous n’avons pas conquis sur elle le pouvoir que donne le savoir. Puisque l’on nomme « Dieu », traditionnellement, le maître de la nature, le projet cartésien nous promet de participer quelque peu à la puissance divine. Il est remarquable que Descartes ait affirmé que le développement de la technique passe par la substitution des «forces et actions du feu, de l’eau, de l’air», aux forces musculaires des hommes ou des animaux et qu’il ait en ce sens annoncé les révolutions industrielles des siècles suivants. Mais celles-ci ont-elles bien réalisé le projet libérateur annoncé par Descartes ?

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