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LE DÉSIR (fiche de révision)

Distinguer Besoin: possède un caractère de nécessité (cf. les «besoins vitaux » : «j’ai besoin de boire » mais «je désire boire du champagne »).On peut distinguer de vrais et de faux besoins.Le besoin cesse lorsqu’il est satisfait.Désir: possède un caractère essentiellement lié à la liberté, tension vers un objet non déterminé à l’avance, qu’on imagine pouvoir être source de satisfaction ou de plaisir.On ne peut pas distinguer de vrais et de faux désirs.
Caractère du désir Ambiguïté: le désir veut et en même temps ne veut pas être satisfait, marque d’un manque.Réfléchie: le sujet se saisit comme conscience, il est conscient d’être conscient.
Le désir comme essence de l’homme Le désir est un appétit dont on a conscience, cf. Spinoza et le conatus.
Désir d’autrui Sartre : le désird’autrui comme chosification de l’autre. Hegel : le désir nécessaire de la reconnaissance de soi par autrui : dialectique du maître et de l’esclave.

 

• Le thème essentiel de cette fiche est celui de la signification ambiguë du désir. Il représente, dans notre existence, le manque par excellence, car nous ne désirons que ce qui nous manque, mais aussi une production effective de soi-même. Il est à la fois un creux au coeur de l’homme (§ 1, 2, 3) et une création authentique (§ 5 et 6). Si le désir est un manque perpétuel parce qu’il n’est jamais totalement satisfait, il est aussi le mouvement par lequel on peut accroître les perfections de son être.
• Distinguez bien le désir, tension vers un objet que j’imagine source de satisfaction, de la volonté, mouvement par lequel j’organise rationnellement des moyens en vue d’une fin (§ 1). Lisez, en même temps que cette fiche, celle consacrée à la volonté.
• Ne confondez pas le désir et le besoin, manque fondamentalement matériel, alors que le désir est déjà, en son essence, spirituel (§ 1).
• Dans le Banquet, Platon a bien montré que le désir est manque et pauvreté (§ 2. Mythe de la naissance d’Éros); mais la philosophie moderne, elle aussi, avec Sartre, souligne que le désir est manque (§ 3).
• Pour saisir la signification constructive du désir, il faut, avec Hegel, montrer qu’il est lié à la dimension de la «reconnaissance» (§ 4) et permet ainsi de se forger (§ 5). Lisez aussi la fiche consacrée à «autrui».
• Deleuze, philosophe contemporain, insiste sur l’aspect productif du désir (§ 6).
• Enfin, pour comprendre le rapport de la sagesse et du désir, c’est vers Épicure qu’il faut se tourner.



I — Désir – Volonté – Besoin

Le désir est ce mouvement qui me porte vers un objet que j’imagine source de satisfaction. Désir de fortune, de santé, etc. Le cycle du désir éternellement recommencé représente mon expérience la plus quotidienne et semble jalonner mon existence.
D’emblée, notons qu’il ne faut pas tirer le désir vers le haut : il ne se confond pas avec la volonté, organisation réfléchie de moyens en vue d’une fin. Vouloir effectivement réussir à un examen ne consiste pas seulement à le désirer, mais bien à organiser les moyens me permettant de parvenir à la fin poursuivie. Si la volonté est autre chose que la simple velléité, c’est qu’elle maîtrise rationnellement le désir qui est son moteur profond.
Mais il ne faut pas non plus tirer le désir vers le bas, c’est-à-dire vers le besoin, manque essentiellement matériel, alors que le désir est de l’ordre de l’existentiel : il me concerne dans mon existence profonde. Le besoin est un manque, d’essence physique, et, comme tel, tend toujours à se dissoudre. Dans le désir, au contraire, il semble que je tende vers une réalité fondamentale dont j’ai, en quelque sorte, la nostalgie. Ce dont le désir est désir, c’est peut-être finalement d’un Être inaccessible. Aussi, à la différence du besoin qui s’apaise lorsque nous lui donnons satisfaction, l’odyssée du désir ne s’arrête jamais.


II — Le Banquet de Platon : le désir est pauvreté

Platon a bien compris cette essence du désir. C’est dans le Banquet qu’il fonde la théorie du désir, qui informera tout notre savoir occidental. Le désir est, pour lui, manque essentiel, pénurie, pauvreté. Désir n’est point plénitude, mais, tout au contraire, incomplétude et détresse.
Dans le “Banquet“, Platon développe en effet un mythe, celui de la naissance d’Éros, l’Amour (qui est également le Désir). Le père d’Amour est Expédient, «Grands Moyens». Sa mère est Pauvreté (Pénia). Pauvreté, c’est la déficience de notre nature, le manque qui se trouve en elle. Aussi Amour-Désir est-il un entre-deux, un mixte. Il oscille sans cesse de Pauvreté à Richesse. Mais, bien souvent, il crie misère, il est en détresse : c’est un gueux que la misère ne lâche jamais. Le désir est, chez Platon, fondamentalement manque d’être. Il s’origine dans le manque car il est le fils d’une mendiante.
«Étant le fils de Grands Moyens et de Misère, voici la condition que le sort lui a imposée : d’abord, il crie toujours misère, et il s’en faut qu’il soit tendre et beau, comme on le croit généralement : il est dur, desséché, il va nu-pieds et n’a pas de maison; il couche par terre sans couverture, en plein air, au seuil des fermes et sur les routes : c’est qu’il a la nature de sa mère et que la misère ne le lâche pas». (Platon, le “Banquet“).
Mais Platon souligne également le caractère créateur du désir, qui m’oriente vers la plénitude de l’Idée.

III — Le désir comme manque et dépassement de son manque (Sartre)


Le désir est la conscience tout entière en tant qu’elle se dépasse perpétuellement vers des objets au-delà d’elle-même : il représente l’inquiétude existentielle d’une conscience qui n’est jamais en repos, il fait corps avec cette inquiétude (quies = repos) qui nous meut, qui excite notre industrie et notre activité, qui nous projette perpétuellement hors de nous-mêmes. Il est cette incomplétude qui voudrait bien être comblée, mais qui jamais n’y parviendra. Il est la transcendance elle-même.
«Si le désir doit pouvoir être à soi-même désir, il faut qu’il soit la transcendance elle-même, c’est-à-dire qu’il soit par nature échappement à soi vers l’objet désiré… Le désir est manque d’être, il est hanté en son être le plus intime par l’être dont il est désir. Ainsi témoigne-t-il de l’existence du manque dans l’être de la réalité humaine». (Sartre, “l’Être et le Néant“, Gallimard, 1957).

IV — Le désir comme altérité : la reconnaissance

Creusons maintenant la relation à autrui dans le désir. Car le désir n’est pas seulement désir amoureux. Dans ma relation à autrui, c’est bien souvent la dimension du conflit et de la «reconnaissance»’ (au sens hégélien) qui prédomine.
C’est cette étude de l’altérité que Hegel a remarquablement conduite dans la “Phénoménologie de l’esprit“. Les relations entre les consciences ne sont pas des relations de pur amour et de réciprocité. Quand deux consciences se rencontrent, elles tendent à entrer en conflit l’une avec l’autre. Chaque désir veut se faire reconnaître par l’autre désir. Il s’agit de faire reconnaître sa supériorité sur autrui. Chaque conscience n’existe qu’en tant qu’elle est reconnue. Les relations humaines sont des relations de pur prestige, une lutte à mort pour la reconnaissance de l’un par l’autre.
«La réalité humaine ne peut s’engendrer et se maintenir dans l’existence qu’en tant que réalité « reconnue». Ce n’est qu’en étant «reconnu» par un autre, par les autres, et — à la limite — par tous les autres, qu’un être humain est réellement humain : tant pour lui-même que pour les autres. Et ce n’est qu’en parlant d’une réalité humaine « reconnue» qu’on peut, en l’appelant humaine, énoncer une vérité au sens propre et fort du terme. Car c’est seulement dans ce cas qu’on peut révéler par son discours une réalité.» (A. Kojève, “Introduction à la lecture de Hegel“, NRF, 1947).

V — Désir et construction de soi-même

Mais quel est le sens de cette lutte à mort pour la reconnaissance de l’un par l’autre? Dans cette lutte à mort de pur prestige, deux consciences se manifestent : celle du maître et celle de l’esclave. Le maître risque sa vie pour affirmer sa supériorité. L’esclave ne veut rien risquer. Il préfère, au risque de mort, une vie humiliante et animale. Ainsi, c’est seulement par le risque de sa vie qu’on conserve sa liberté et que l’on construit sa conscience. Le terme du désir, c’est la vérité du moi se forgeant, c’est l’unité de la conscience avec elle-même. La conscience se conquiert dans ce mouvement de la reconnaissance et de la lutte. Elle ne parvient vraiment à exister et à s’atteindre elle-même que par un affrontement avec une autre conscience de soi. Je ne puis prouver que je suis une conscience de soi autonome que si je le prouve aux autres : ainsi, je mets ma vie en jeu, m’élevant au-dessus de la nature, alors que l’esclave ne renonce pas à cette vie organique et immédiate.
Quel est le noyau de cette dialectique si fameuse ? Le désir me met sur la voie de l’humanité. C’est par lui que la conscience aboutit au sentiment d’elle-même et que l’homme se pose véritablement en tant qu’homme. Le désir est manque, mais il est aussi production : production de soi-même comme être autonome. La rencontre d’autrui est un cruel combat où se forgent ma conscience et mon humanité.


VI — Le désir comme production

Ainsi, l’analyse du désir conduit à souligner deux choses : le désir est « béance », manque, vide, puisqu’il n’est jamais totalement satisfait, mais il est aussi production de soi-même et création de la conscience. S’il est fils de Pauvreté comme le veut Platon, il engendre aussi pleinement l’être humain. Notons que la philosophie contemporaine souligne cet aspect producteur du désir. Ainsi, dans l’ “Anti-OEdipe” (1972), Deleuze montre que le désir étreint la vie avec la plus grande puissance productrice. Désirer, c’est avant tout produire du réel, de la vie. Deleuze, à  la suite de Spinoza, voit dans le désir l’essence de l’homme, le mouvement par lequel nous nous efforçons de persévérer dans notre être et d’accroître ce qui, en nous, est bon.


VII — Désir et sagesse : Épicure

Si le désir est l’essence de l’homme, s’il constitue le mouvement même de la vie, il semble nécessaire, pour élaborer une sagesse, de prendre en compte le désir, manifestation vitale par excellence. Toute vraie sagesse se fonde sur le désir.
Néanmoins, comme l’a montré Épicure (IIIe siècle av. J.-C.), il convient d’établir une hiérarchie des désirs. Tout désir, en effet, n’est pas souhaitable. Ainsi distinguerons-nous les désirs naturels et nécessaires (désirer boire pour apaiser la soif), les désirs naturels et non nécessaires (ainsi le désir de mets délicats; ici, il convient déjà de prendre garde aux excès) et enfin les désirs qui ne sont ni naturels ni nécessaires (par exemple, le désir d’immortalité, qui est absurde car la mort ne nous concerne en rien, ni vivants ni morts, puisque alors nous ne sommes plus).
Avec cette hiérarchie des désirs, Épicure fonde une sagesse prenant en compte le corps, mais permettant cependant à l’être humain de sauvegarder sa liberté intérieure. Nul abandon aux vains désirs ! La sagesse d’Épicure est très exigeante.
« Il faut se rendre compte que, parmi nos désirs, les uns sont naturels, les autres vains, et que, parmi les premiers, il y en a qui sont nécessaires et d’autres qui sont naturels seulement. Parmi les nécessaires, il y en a qui le sont pour le bonheur, d’autres pour la tranquillité continue du corps, d’autres enfin pour la vie même. Une théorie non erronée de ces désirs sait en effet rapporter toute préférence et toute aversion à la santé du corps et à la tranquillité de l’âme, c’est là la perfection même de la vie heureuse.» (Épicure, “Lettre à Ménécée“).

Conclusion

Ainsi, le désir est à la fois manque et production, «béance» et force positive. Il peut seul nous orienter vers des buts pleinement humains. Aussi toute vraie sagesse s’enracine-t-elle en lui.

SUJETS DE BACCALAURÉAT

— Pourquoi le désir ne se ramène-t-il pas au besoin?
— La libération du désir peut-elle constituer un idéal moral?
— Le désir est-il seulement créateur d’illusion?
— Est-il raisonnable d’aimer?
— Pourquoi l’homme désire-t-il être reconnu par les autres?
— Doit-on souhaiter satisfaire tous ses désirs?
— Le désir n’est-il que l’expression d’un manque?
— Pourquoi désirer l’impossible?

Toutes les notions expliquées et rédigées.

Le désir est le propre de l’homme et la marque de sa finitude : l’animal n’a que des besoins, aisément satisfaits ; un être parfait n’aurait rien à désirer ; l’homme tend toujours vers quelque chose qu’il ressent comme un manque (cf. Pradines: «L’amour est cette force qui nous pousse hors de nous vers nous »). On peut donc rattacher le désir, en un sens large, aux différentes tendances de l’homme que nous définirons en nous inspirant de Platon.

I. LES TENDANCES DE LA NATURE HUMAINE

– A – Les appétits. L’homme est un animal et en tant que tel il a des besoins dont la satisfaction conditionne son existence même. Ces besoins se traduisent par des désirs que l’on peut rattacher à une «âme concupiscible» («épithumia»), située au-dessous du diaphragme, comparable à une bête multiforme et polycéphale, et qui portent l’homme vers les plaisirs du boire, du manger, de l’amour, etc… L’ivrogne, le glouton, le débauché sont les types d’homme qui seraient dominés par cette âme concupiscible, mais ils sont finalement assez rares, car si l’homme ne peut vivre qu’en satisfaisant ses appétits, il ne vit pas essentiellement pour les satisfaire. Plus communément on rencontre l’homme intéressé, qui cherche la richesse comme moyen de satisfaire ses désirs (à la différence de l’avare).

– B – Le cœur. En réalité, l’homme est un «fier animal», comme aimait à dire Alain, en ce sens qu’il désire toujours se prouver et prouver aux autres qu’il est autre chose qu’un animal. Il y a en lui un besoin de se dévouer, de se sacrifier à une grande cause, que l’on peut rattacher à ce que Platon nomme le «thumos», source de colère et de courage, qui siège dans le cœur, qui pousse l’homme à rechercher les honneurs ou à défendre l’idée qu’il se fait de son honneur. Mais le cœur, c’est aussi l’affection, c’est-à-dire le désir d’aimer et d’être aimé. Le saint et le héros sont les types d’homme dont l’action est essentiellement inspirée par le cœur, mais chez tout homme l’amour et l’orgueil – dont la vanité est une sorte de synthèse affadie – sont des ressorts puissants.

– C – La raison. «L’ordre, disait Bossuet, est ami de la raison et son propre objet». Le désir de connaître et de comprendre traduit ce besoin qu’éprouve l’homme de mettre de l’ordre dans ses représentations, et l’esprit de système et le fanatisme (la passion d’avoir raison) sont les excès propres de la raison spéculative. Mais la raison, c’est aussi le désir d’être raisonnable, c’est-à-dire le souci de l’équilibre et de la juste mesure qui caractérise le sage, résistant à la fois aux entraînements des appétits et aux impulsions du cœur. Et c’est à la raison aussi qu’il faut rattacher ce «désir d’éternité» (Ferdinand Alquié) par lequel l’homme, en refusant le temps, affirme sa condition spirituelle.

II. DÉSIR ET PHILOSOPHIE

– A – Le désir. Au sens strict, on entend seulement par désirs les tendances qui relèvent des appétits. C’est ainsi que chez les Grecs Éros est le symbole du désir et que dans le langage courant le mot désir, employé absolument, désigne le désir sexuel. En d’autres termes, la notion de désir apparaît comme liée essentiellement aux puissances vitales et la philosophie contemporaine oppose volontiers, à la suite de Nietzsche, l’ivresse dionysiaque, qui est exaltation de la vie, à la sagesse apollinienne, considérée comme négation de la vie. De même, les disciples de Freud reprochent à la civilisation classique et moderne d’étouffer les «instincts de vie» en obligeant l’homme à refouler la plupart de ses désirs. de la raison spéculative. Mais la raison, c’est aussi le désir d’être raisonnable, c’est-à-dire le souci de l’équilibre et de la juste mesure qui caractérise le sage, résistant à la fois aux entraînements des appétits et aux impulsions du cœur. Et c’est à la raison aussi qu’il faut rattacher ce «désir d’éternité» (Ferdinand Alquié) par lequel l’homme, en refusant le temps, affirme sa condition spirituelle.

II. DÉSIR ET PHILOSOPHIE

– A – Le désir. Au sens strict, on entend seulement par désirs les tendances qui relèvent des appétits. C’est ainsi que chez les Grecs Éros est le symbole du désir et que dans le langage courant le mot désir, employé absolument, désigne le désir sexuel. En d’autres termes, la notion de désir apparaît comme liée essentiellement aux puissances vitales et la philosophie contemporaine oppose volontiers, à la suite de Nietzsche, l’ivresse dionysiaque, qui est exaltation de la vie, à la sagesse apollinienne, considérée comme négation de la vie. De même, les disciples de Freud reprochent à la civilisation classique et moderne d’étouffer les «instincts de vie» en obligeant l’homme à refouler la plupart de ses désirs.

– B – L’homme-désir. Déjà les philosophes cyrénaïques (Aristippe) faisaient de la salis faction des désirs le but suprême de l’existence. Calliclès, qui est leur porte-parole dans le “Gorgias” de Platon, oppose aux conventions humaines et à la loi les exigences de la nature, affirmant que seule vaut la peine d’être vécue une vie consacrée à la satisfaction des désirs c’est-à-dire aux plaisirs: «La vie facile, l’intempérance, la licence, quand elles sont favorisées, font la vertu et le bonheur», dit-il. Plus prudents, les Épicuriens distinguent des plaisirs purs et des plaisirs impurs selon que les désirs satisfaits sont plus ou moins naturels et nécessaires. Mais lu recherche des plaisirs purs – ceux qui correspondent aux seuls désirs naturels et nécessaires – les conduit à un véritable ascétisme.

– C – Désir et sagesse. C’est que, par une sorte de mouvement dialectique, le désir renaît plus puissant après avoir été satisfait. “Désir, vieil arbre à qui le plaisir sert d’engrais.” disait Baudelaire, constatant que l’homme s’épuise à la recherche d’une satisfaction inaccessible et que la mort est l’aboutissement logique de cette recherche douloureuse (cf. “Le voyage“). Toutefois, Socrate lui-même reconnaît, dans le “Philèbe“, que la satisfaction des désirs est indispensable au bonheur de l’homme, même si elle n’occupe qu’une place subordonnée dans la hiérarchie des biens. Et Alain disait que «c’est une partie de la sagesse, et trop méprisée, de suivre le désir». En effet, ajoutait-il, «il y a un remède aux passions, qui est le plaisir; c’est un meilleur tyran et de court règne».

CONCLUSION L’homme, certes, est un être de désir. Mais la nature humaine est complexe et dans ce sac de peau qui enferme, selon Platon, une hydre (les appétits), un lion (le cœur) et un sage (la raison), le problème est de réaliser un équilibre viable car «tout homme passe l’eau avec toute sa charge» (Alain).

SUJETS SUR LE DÉSIR:

Spécificité du désir par rapport au besoin

– Les hommes ne désirent-ils rien d’autre que ce dont iis ont besoin? (Montpellier, B, 1992).

– Peut-on distinguer de vrais et faux besoins ? (Orléans-Tours, A, 1982).

Signification profonde du désir (évasion de la prison du moi, quête de l’Autrement, de l’Absolu)

– Le désir humain peut-il prendre la forme d’un désir d’éternité ? (Amérique du Sud, B, 1981).

– Y a-t-il en chacun de nous un désir d’obéir? (Étranger I, A, 1981).

– Comment expliquez-vous le désir de « remonter aux origines » ? (Orléans-Tours, B, 1982).

1

QCM SUR LE DÉSIR ET LES PASSIONS

1 / 25

Le plaisir et la douleur sont:

2 / 25

Entre la douleur physique et la douleur morale, la différence est que la douleur physique est liée à l'espace, la douleur morale au temps ?

3 / 25

Qui a dit: "Le plaisir s'ajoute à l'acte, comme à la jeunesse sa fleur" ?

4 / 25

La douleur est un avertissement utile ?

5 / 25

Pour Schopenhauer, le plaisir n'est que l'absence de douleur ?

6 / 25

La joie est une somme de plaisir ?

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Un homme désespéré peut cependant éprouver:

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Épicure est un philosophe:

9 / 25

On a écrit plus de livres sur la douleur que sur le plaisir ?

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"La joie est le passage d'une moindre à une plus grande perfection". Cette formule se trouve dans:

11 / 25

Pour Aristophane, le désir est la marque:

12 / 25

Pour les bouddhistes, il faut supprimer tout désir jusqu'au désir fondamental d'exister:

13 / 25

En décrivant la passion comme un phénomène de 'cristallisation', Stendhal y voit une illusion ?

14 / 25

La passion est:

15 / 25

La passion peut-elle être bonne ?

16 / 25

Y a-t-il une différence entre un motif et un mobile ?

17 / 25

La frustration est:

18 / 25

Qui a dit des tendances qu'elles se ramenaient toutes à l'amour de soi-même ?

19 / 25

La théorie de la bonté fondamentale de l'homme a été soutenue par:

20 / 25

Doit-on penser qu'il existe des actes totalement désintéressés ?

21 / 25

Qui a dit que le désir est 'l'essence de l'homme' ?

22 / 25

Pour Épicure, quels sont les désirs qu'il ne nous faut absolument pas satisfaire ?

23 / 25

Pour les stoïciens, les désirs et les passions dépend-ils de moi ?

24 / 25

Qui pense que le désir est désir de la reconnaissance d'autrui ?

25 / 25

Qui a dit que le désir est manque de son objet ?

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2 comments on LE DÉSIR (fiche de révision)

  1. ÇA PEUT TOUJOURS SERVIR
    En littérature: le mythe de Don Juan et ses développements littéraires (la pièce de Molière, l’opéra de Mozart); les œuvres de Sade, de G. Bataille (L’Érotisme), de M. Proust [À la recherche du temps perdu).
    Peinture: la tradition des représentations picturales de la tentation de Saint Antoine, les tableaux de J. Bosch (Le Jardin des délices notamment).
    Cinéma : K. T. Dreyer, Jour de colère {Dies irae), 1943 ; W. Wendcrs. Les Ailes du désir, 1987.
    Indications de lecture
    Platon, Le Banquet.
    Épicure, Lettre à Ménécée.
    Spinoza. Éthique, III, IV, V.
    S. Freud, Trois essais sur la théorie de la sexualité, rééd. Gallimard, 1985.
    F. Alquié. Le Désir d’éternité, 10e éd., PUF. 1987.
    R. Girard. La Violence et le Sacré, 1972, rééd. Hachette-Pluriel. 1980.
    N. Grimaldi. Le Désir et le Temps.

  2. LES PASSIONS
    La passion, «émotion à l’état chronique»
    I L’émotion, signe extérieur de la passion
    L’émotion s’empare fréquemment des âmes passionnées, et trahit ainsi au-dehors les sentiments qui s’y agitent. Pensons à l’émoi que Phèdre avoue ressentir à la vue de son beau-fils, Hippolyte :
    «Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue :
    Un trouble s’éleva dans mon âme éperdue :
    Mes yeux ne voyaient plus, je ne pouvais parler :
    Je sentis tout mon corps et transir et brûler.»
    (Racine, Phèdre, acte I, scène 3 – 1677).
    Ribot : la passion comme «émotion à l’état chronique»
    Certains, tel le psychologue Théodule Ribot (1839-1916), nont même voulu voir entre passion et émotion qu une différence de degré : la passion serait une «émotion prolongée», une «émotion à l’état chronique» (Essai sur les passions, 1907).
    Lucrèce, Proust : la passion comme illusion
    Irrationalité de la passion
    Proust a souligné combien les passions les plus intenses sont parfois suscitées par des êtres entr’aperçus dont on ne connaît presque rien. «Que connaissais-je d’Albertine ? un ou deux profils sur la mer, on aime sur un sourire, sur un regard, sur une épaule. Cela suffit ; alors dans les grandes heures d’espérance ou de tristesse on fabrique une personne, on compose un caractère» (A la recherche du temps perdu -Albertine disparue, 1913-1927).
    Monomanie du passionné
    L’amoureux ne connaît qu’un seul thème de rêverie. «Je verrais périr tout l’univers sans y prendre intérêt, déclare l’amant de Manon Lescaut. Pourquoi ? Parce que je n’ai plus d’affection de reste» (Abbé Prévost, Manon Lescaut, 1731).
    Valorisation de l’objet par la passion
    Les passions, comme le remarque Descartes, «font paraître presque toujours, tant les biens que les maux quelles représentent, beaucoup plus grands et plus importants qu’ils ne sont» (Traité des Passions, art. 138).
    Lucrèce (Ier siècle av. J.-C.) notait pareillement que l’aveuglement passionnel pousse, d’ordinaire, les amoureux à «attribuer à celles qu’ils aiment des mérites quelles n’ont pas» (De la nature, chant IV).
    Kant, Platon, les Stoïciens : la raison contre les passions
    Platon, les Stoïciens : la passion comme démesure
    «C’est une citadelle que l’intelligence libérée des passions», s’exclame Marc-Aurèle, l’empereur philosophe (Pensées pour moi-même, VIII, 48 ; IIe siècle ap. J.-C.). La morale stoïcienne préconise donc l’éradication, l’extirpation pure et simple de la passion : ce n’est qu’en procédant de la sorte que le sage pourra accéder à l’impassibilité.
    Kant : la passion est un «délire»
    «Être soumis aux émotions et aux passions est toujours une maladie de l’âme, puisque toutes deux excluent la maîtrise de la raison» (Kant, Anthropologie au point de vue pragmatique, § 74 – 1798).
    Descartes, Rousseau, Hegel : on ne peut pas censurer les passions
    Les passions, sel de notre vie
    C’est, somme toute, des passions – et d’elles seules – que dépend «tout le bien et le mal de cette vie», écrit Descartes ( Traité des Passions, art. 212 – 1649). L’âme, poursuit-il, «peut avoir ses plaisirs à part ; mais pour ceux qui lui sont communs avec le corps, ils dépendent entièrement des passions : en sorte que les hommes qu elles peuvent le plus émouvoir sont capables de goûter le plus de douceur en cette vie» [ibid).
    Rousseau : les passions, gages de la perfectibilité de l’homme
    «Quoi qu’en disent les moralistes, l’entendement humain doit beaucoup aux passions qui, d’un commun aveu, lui doivent beaucoup aussi. C’est par leur activité que notre raison se perfectionne ; nous ne cherchons à connaître que parce que nous désirons de jouir ; et il n’est pas possible de concevoir pourquoi celui qui n’aurait ni désirs ni craintes se donnerait la peine de raisonner» (Discours sur l’inégalité, 1755).
    Hegel : les passions, forces motrices de l’histoire
    «Rien de grand dans le monde ne s’est accompli sans passion» (La Raison dans l’histoire, 1830).
    Résumé : La passion, parfois tyrannique, généralement motivée par un objet insignifiant, et toujours génératrice d’illusions, a été considérée -par les Anciens, notamment — comme une véritable maladie de l’âme, dont il convient de se guérir. Les modernes, sans attendre le romantisme, l’ont en quelque façon réhabilitée : ils ont souligné quelle tient inévitablement un rôle dans les conduites humaines et quelle est cela même qui empêche notre vie de sombrer dans l’ennui. •

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