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L'ART (synthèse de la notion)

Platon : l’artiste est un illusionniste

Futilité de l’imitation

Le peintre, déclare Socrate, dans “La République” de Platon (X, 598 c) «nous représentera un cordonnier, un charpentier ou tout autre artisan sans avoir aucune connaissance de leur métier ; et cependant, s’il est bon peintre, ayant représenté un charpentier et le montrant de loin, il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu’il aura donné à sa peinture l’apparence d’un charpentier véritable».

Cet art, qui, au dire de Platon, est tout entier voué à l’imitation, n’est donc «qu’une espèce de jeu d’enfant dénué de sérieux» [“La République“, X, 602 c).

L’artiste imite d’ailleurs… des imitations

Il y a trois sortes de lits, dit Platon (“La République“, X, 597 a sq.) : le lit «réel», ou lit-en-soi, qui n’est autre, selon lui, que… l’idée du lit, le modèle intelligible sur lequel se règle le menuisier, lorsqu’il fabrique un lit sensible, lequel n’est donc que la copie du lit aperçu par la seule pensée. Or que fait l’artiste ? Il recopie la copie elle-même ; et l’œuvre d’art, par conséquent, est deux fois éloignée de la vérité.

Kant : L’«universalité subjective» du jugement de goût

Le jugement de goût prétend à l’universalité…

On parle du beau, en effet, «comme si la beauté était une propriété des choses» (voyez les discussions entre les critiques de cinéma, par exemple).

… mais à une universalité subjective

Cette prétention en vertu de laquelle ce que nous jugeons beau doit être beau aux yeux de tous est liée, cependant, à la «conscience d’être dégagé de tout intérêt» concernant l’existence de l’œuvre d’art dont on parle (# intérêt pour la vérité dans le jugement logique ; # intérêt pour le bien moral dans le jugement pratique).

Aussi, chacun est, tout compte fait, «assez modeste» pour comprendre qu’il ne pourra jamais exiger cet assentiment chez autrui (cf. “Critique de la faculté de juger“, § 7 et 8).

Hegel : l’art ne se borne pas à imiter les apparences

Le beau n’est pas la simple re-présentation du réel

«Zeuxis peignait des raisins qui avaient une apparence tellement naturelle que des pigeons s’y trompaient et venaient les picorer. […] On connaît plus d’une de ces histoires d’illusions créées par l’art».

En présence de tels exemples, poursuit Hegel, «on devrait du moins comprendre qu’au lieu de louer des œuvres d’art, parce qu’elles ont réussi à tromper des pigeons ou des singes, on devrait plutôt blâmer ceux qui croient exalter la valeur d’une oeuvre d’art en faisant ressortir ces banales curiosités et en voyant dans celle-ci l’expression la plus élevée de l’art» (Hegel, “Introduction à l’esthétique“, 1820-1829).

Beauté esthétique et beauté naturelle

Mille exemples pourraient confirmer que des choses fort laides en elles-mêmes peuvent être transfigurées par l’art et être belles en tant qu’objets esthétiques (voyez les sorcières de Goya, la misère ouvrière décrite par Émile Zola…). «Il n’est point de serpent, ni de monstre odieux qui, par l’art imité ne puisse plaire aux yeux», déclarait Boileau, dans “L’Art poétique” (1674).

Art, psychanalyse, société

Freud : l’art comme satisfaction imaginative de désirs inconscients

«L’artiste, comme le névropathe, écrit Freud, s’est retiré loin de la réalité insatisfaisante dans le monde imaginaire, mais à l’inverse du névropathe, il s’entend à trouver le chemin du retour et à reprendre pied dans la réalité. Ses créations, les œuvres d’art, sont des satisfactions imaginatives de désirs inconscients» (“Ma vie et la psychanalyse“, 1925).

Marx : l’art du passé n’est pas dépassé

Tout art, certes, est l’art d’une époque déterminée de l’histoire humaine, d’un peuple qui avait telles croyances et tel mode de vie. Pourtant, l’art a ceci d’original qu’il paraît transcender l’histoire : l’art du passé nous plaît encore. Il nous touche. Aussi, «la difficulté, comme l’écrit Marx, n’est pas de comprendre que l’art grec et l’épopée sont liés à certaines formes du développement social. La difficulté réside dans le fait qu’ils nous procurent encore une jouissance esthétique et qu’ils ont encore pour nous, à certains égards, la valeur de normes et de modèles inaccessibles» (“Contribution à la critique de l’économie politique“, 1859).

Résumé : L’art ne se confond pas avec le naturalisme, c’est-à-dire avec l’effort tendant à conférer au spectateur d’un tableau ou à l’auditeur d’une musique l’illusion qu’il se trouve en présence de la réalité elle-même. «L’art ne veut pas la représentation d’une chose belle mais la belle représentation d’une chose» ( Kant, “Critique de la faculté de juger“, 1790).•

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