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L'argent et la valeur

1. ORIGINE ET FONCTION DE L’ARGENT

  • Du troc à l’échange monétaire.

a. Les objets du troc n’étant pas toujours aisément transportables, la nécessité de l’échange monétaire dut apparaître dès que le troc eut dépassé le cadre étroit des petites communautés autarciques.

b. Pour qu’elles soient effectivement échangées, « il faut alors que toutes les choses échangeables puissent être comparées entre elles d’un certain point de vue » (Aristote, IVe siècle av. J.-C. ; “Ethique à Nicomaque“, livre V, chap. 8). Ainsi est apparu l’usage de la monnaie.

  • L’argent, équivalent général.

L’argent « est comme un moyen terme, puisqu’il mesure tout », écrit Aristote (“La Politique“, livre I). C’est un « représentant conventionnel » de ce qui est, selon lui, source de la valeur : l’utilité (“Ethique à Nicomaque“, livre V, chap. 8).

Avec l’apparition de l’argent, tout objet a désormais deux usages, « l’un conforme aux propriétés de la chose et l’autre non : par exemple, une sandale peut servir de chaussure ou d’objet d’échange », poursuit Aristote (Ibid.).

Les économistes classiques (XVIIIe/XIXe siècle) ont appelé respectivement valeur d’usage et valeur d’échange ces deux qualités de l’objet.

2. LA THEORIE DE LA VALEUR-TRAVAIL

Le travail, source de la valeur. Selon les économistes classiques (Smith, Ricardo, etc.) et selon Marx, ce n’est ni leur utilité ni leur rareté qui fait la valeur des objets : c’est la quantité de travail qui y est incorporée.

  • Le travail, mesure de la valeur.

« Le travail, écrit Adam Smith (1723/1790), est la seule mesure universelle, aussi bien que la seule exacte, des valeurs, le seul étalon qui puisse nous. servir à comparer les valeurs de différentes marchandises à toutes les époques et dans tous les lieux » (“Sur la richesse des nations“, chap. 5, 1776).

N.B. : L’argent ne rend donc pas les marchandises commensurables entre elles : il n’est que le symbole d’une commensurabilité qu’elles ont déjà en tant que produits du travail.

  • Pas de travail, pas de valeur.

C’est pourquoi certains biens d’usage restent gratuits, pour autant qu’ils n’ont pas été procurés par le travail humain : « tels sont l’air des prairies naturelles, un sol vierge, etc. » (Marx, “Le Capital“, livre I, chap. 1, 1867).

3. POUVOIR DE L’ARGENT

  • Maudite soif de l’or !

Maints auteurs ont dénoncé la sacra auri fames ( = la « maudite soif de l’or », dont parle Virgile, 1er siècle av. J.-C.).

Pensez au type de l’avare, tel qu’il est représenté au théâtre (Harpagon) ou dans la littérature (le père Grandet).

  • Le Dieu-argent.

a. « Entremetteur universel » (Shakespeare, “Timon d’Athènes“, 1605-1606), l’argent fait fraterniser les contraires ; il peut acheter l’amour, la considération : il est, disait déjà Sophocle (Ve siècle av. J.-C.), le « maître corrupteur », le «fléau des humains » (Antigone).

b. L’argent a le pouvoir de transformer les désirs de son possesseur en réalités : il est le « dieu réel», écrit Marx ; il est « la puissance vraie du monde aliéné » (“Manuscrits de 1844“).

« Quiconque a des écus naviguera par bon vent et réglera son sort comme il l’entendra », disait déjà Pétrone (…) « Ce que tu veux, souhaite-le à beaux deniers comptants : cela viendra. Un coffre-fort enferme Jupiter même. » (“Le Satiricon“).

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