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L’AMITIÉ

L’amitié est une communion des âmes

La véritable amitié, nous dit Montaigne, n’est pas un commerce entre deux personnes séparées, car dans l’amitié, il n’y a plus de séparation (d’esprit, sinon de corps) entre les amis : dans la véritable amitié, les âmes des amis ne « s’entretiennent » pas, elles « se mêlent et confondent l’une en l’autre, d’un mélange si universel, qu’elles effacent et ne retrouvent plus la couture qui les a jointes ».

C’est dans cette fusion même des âmes que «l’amitié se nourrit de communication », et celle-ci est communication réciproque des plus «secrètes pensées». Évoquant La Boétie, Montaigne nous explique : « Aucune de ses actions ne me saurait être présentée, quelque visage qu’elle eût, que je n’en trouvasse incontinent le ressort. Nos âmes ont charrié si uniment ensemble, elles se sont considérées d’une si ardente affection, et de pareilles affections découvertes jusques au fin fond des entrailles l’une de l’autre, que, non seulement je connaissais la sienne comme la mienne, mais je me fusse certainement plus volontiers fié à lui de moi qu’à moi. »

Une affinité mystérieuse

Mais encore une fois nous retrouvons la même question fondamentale : est-ce parce que je connais déjà autrui que je l’aime ou est-ce parce que je l’aime que je le connais ?

Montaigne ne pense pas que l’amitié résulte d’une connaissance discursive d’autrui, mais la croit due à quelque « force fatale ». L’amitié est quelque chose d’inexplicable : parlant toujours de son ami La Boétie, Montaigne observe : « Si on me presse de dire pourquoi je l’aimais, je sens que cela ne se peut exprimer qu’en répondant : parce que c’était lui ; parce que c’était moi. » L’amitié naît d’une attirance réciproque entre les êtres, d’une affinité élective, qu’Aristote nommait sympathie. Cette sympathie est- elle donc une forme de la connaissance d’autrui ?

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