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LA VALEUR DE LA SCIENCE

Le XIXe siècle avait fondé de grands espoirs sur la science que l’on croyait capable de résoudre tous les problèmes tant pratiques que théoriques (scientisme). Mais dès la fin du siècle on parle d’une « faillite de la science » (Brunetière).


I. L’ESPRIT SCIENTIFIQUE

— A — Caractères généraux de la science.

La science, selon Lalande, poursuit un triple effort d’assimilation : des choses entre elles, des choses à l’esprit et des esprits entre eux. Cela revient à dire que la science vise à nous donner du monde une représentation rationnelle en soumettant les apparences aux exigences de la raison (unité, identité, nécessité). Cet effort suppose chez le savant des qualités correspondant aux différents moments de la méthode expérimentale : esprit d’observation, esprit d’invention, esprit de géométrie, esprit de finesse et esprit critique. En un mot le savant doit être rationaliste parce que son oeuvre est une tentative de rationalisation.


— B — Les principes de la connaissance scientifique.

L’attitude scientifique repose essentiellement sur trois principes :
1 — Le déterminisme : c’est « le principe absolu des sciences expérimentales » (Claude Bernard), en ce sens que la recherche scientifique suppose que tout phénomène a une cause et que les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets ;
2 — Le matérialisme : le savant donne, des phénomènes, des explications positives ; il ne fait intervenir ni âme ni puissances cachées ; il considère que tout est extérieur à tout, c’est-à-dire qu’il n’y a point d’intérieur dans les choses ;
3 — Le relativisme : le savant ne prétend pas atteindre l’absolu ; il sait que « la science est un système de relations » (Poincaré), c’est-à-dire que toute connaissance est relative parce que tous les phénomènes de la nature sont liés les uns aux autres (Cf. Alain : « Exister c’est dépendre »).


— C — Les tendances mathématiques de la science.


La connaissance scientifique tend aux mathématiques comme à son idéal. Les mathématiques présentent en effet un haut degré d’intelligibilité grâce au caractère strictement rationnel de leur objet et de leur méthode. Aussi le savant cherche-t-il toujours à déterminer quantitativement son objet et à donner à la science une forme déductive. Les mathématiques fournissent au physicien « la seule langue qu’il puisse parler » (Poincaré) et les savants et les philosophes ont toujours rêvé d’une « mathématique universelle » (Descartes). Cette tendance se marque essentiellement à la place que les procédés de mesure occupent dans toutes les sciences. — Mais précisément on peut se demander si cet aspect mathématique de la science n’est pas la preuve de son impuissance à atteindre le réel.


II. LA SCIENCE ET LE RÉEL


— A — La critique nominaliste de la science.


La réduction du multiple à l’un et du divers à l’identique n’est-elle pas un appauvrissement du réel ? La nécessité que la science découvre dans les choses n’est-elle pas à la fois artificielle et insuffisante ? C’est ce que soutiennent certains auteurs (Le Roy, Milhaud, Duhem), généralement inspirés de Bergson, pour qui la science n’est qu’une construction superficielle et artificielle, parce qu’elle est l’oeuvre de l’intelligence qui est incapable de saisir le fond des choses. Tout serait abstrait, conventionnel dans la science qui n’aurait d’autre valeur que pratique; seule nous découvrirait la réalité la connaissance intuitive de la philosophie. — Cependant on voit mal comment la science aurait cette valeur pratique et permettrait la prévision si elle était dépourvue de toute valeur théorique.


— B — Le rationalisme et la science.


A moins d’admettre une identité parfaite entre le réel et le rationnel (Descartes en un sens, Hegel en un autre) on ne peut accorder à la science une valeur absolue. En effet, la connaissance scientifique saisit le monde à travers les formes a priori de l’entendement et, par suite, cette connaissance est relative à la structure même de l’esprit humain. Elle ne nous permet pas d’atteindre les réalités nouménales, les choses en soi, mais celles-ci sont inaccessibles à toute espèce de connaissance. De l’absolu on peut « penser « ce que l’on veut, mais on ne peut le « connaître ». Le réel pour nous n’est autre chose que « le contenu de la représentation qu’élabore l’esprit dans son effort pour comprendre » (Mouy). C’est la connaissance scientifique qui définit la réalité du monde : l’esprit positif invente le monde tel qu’il est.


— C — Les limites de la science : science, art et philosophie.


La connaissance scientifique ne suffit pourtant pas à l’homme. D’abord parce que, ne s’attachant qu’à l’aspect objectif, mesurable, déterminé du réel, elle laisse échapper ce qu’il y a d’unique, d’original, d’indéterminable dans notre vision de l’univers ; l’artiste seul peut nous restituer l’image de la nature telle qu’elle nous apparaît, en nous en donnant une vision naïve et désintéressée. Ensuite parce que les problèmes humains qui sont les plus importants pour l’homme (destinée, liberté, conduite, etc.) relèvent non de la science mais de la philosophie. Enfin, il ne faut pas oublier que « l’étude scientifique est moralement dangereuse quand on n’y voit pas un simple moyen et qu’on veut l’ériger en but » (Comte).


CONCLUSION


La connaissance scientifique du monde exprime la nature du sujet connaissant aussi bien que celle de l’objet connu, mais seule elle permet de s’y retrouver : « L’esprit rêvait, le monde était son rêve » (Lagneau).

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