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LA SOCIÉTÉ – LE DROIT (synthèse de cours)

L’homme n’est rien sans la société

Aristote : l’homme est un «animal politique»

«A l’évidence, la cité fait partie des choses naturelles, et l’homme est par nature un animal politique ; si bien que celui qui vit hors cité, naturellement bien sûr et non par le hasard des circonstances, est soit un être dégradé, soit un être sur-humain. […] Car un tel homme […] est comme une pièce isolée au jeu de tric-trac» (Aristote, La Politique, I, 2).

Comte : c’est l’individu, et non pas la société, qui est une abstraction

Il n’y a pas d’individu autonome, qui puisse se concevoir et exister hors de tout rapport social. C’est en se sens qu’Auguste Comte écrivait : «l’homme proprement dit n’existe pas, il ne peut exister que l’Humanité, puisque tout notre développement est dû à la société sous quelque rapport qu’on l’envisage. Si l’idée de société semble être une abstraction de notre intelligence, […] c’est à l’idée d’individu qu’appartient un tel caractère, du moins dans notre espèce» (Discours sur l’esprit positif, 1844).

Les théoriciens du droit naturel

Pas de pouvoir légitime sans contrat

«Comme tous les hommes ont naturellement une égale liberté, il est injuste de prétendre les assujettir à quoi que ce soit, sans un consentement de leur part, soit exprès, soit tacite», écrit Samuel Pufendorf (1632-1694), dans son Droit de la nature et des gens (liv. III, ch. II, § 8). Cela signifie que tous les membres d’une société sont, selon les théoriciens du droit naturel, primitivement égaux : seules des conventions, des contrats peuvent introduire entre eux une hiérarchie sociale.

Dans l’état de nature, la liberté est illimitée, mais peu sûre

«Hors de la société civile, chacun a un droit sur toutes choses, si bien qu’il ne peut néanmoins jouir d’aucune. Dans une société civile, par contre, chacun jouit en sécurité d’un droit limité» (Hobbes, Le Citoyen, chap. X, § 1 – 1642). Dans l’état de nature, «chacun est regardé comme égal à tout autre» (Pufendorf, Devoirs de l’homme et du citoyen, liv. II, ch. I, § 8), mais personne ne me garantit contre un attentat visant mes biens ou ma propre vie.

Dans l’état de société, la liberté est limitée, mais sûre

C’est pourquoi la société repose sur ce contrat, au moins tacite : la plupart (les sujets) ont échangé une part de leur liberté naturelle contre une garantie de sécurité que leur assure celui ou ceux qu’ils ont investi de l’autorité.

Mais Rousseau (1712-1778), plus radical que ses prédécesseurs, estime que le peuple ne peut être ni gouverné par des chefs ni même représenté par des députés, et il ne conçoit donc pas le contrat social comme un troc au moyen duquel on se dépouillerait de sa liberté en échange de la sécurité. La liberté, affirme-t-il, est «inaliénable» (Du Contrat social, II, 1 – 1762). Le contrat n’est pas passé entre futurs sujets et futurs chefs, mais entre, d’une part, chaque personne particulière et, d’autre part, elle-même considérée comme partie du souverain, c’est-à-dire… du peuple (principe de la souveraineté populaire).

Kant : l’insociable sociabilité

L’homme veut la concorde, la nature préfère la discorde

Kant croit déceler dans l’histoire du monde une sorte de ruse de la Providence : guerres et autres rivalités sociales semblent avoir été nécessaires pour que l’homme fasse des progrès. «L’homme veut la concorde, mais la nature sait mieux que lui ce qui est bon pour son espèce : elle veut la discorde. Il veut vivre commodément et à son aise ; mais la nature veut qu’il soit obligé de sortir de son inertie et de sa satisfaction passive, de se jeter dans le travail et dans la peine pour trouver en retour les moyens de s’en libérer sagement» (Idée d’une histoire universelle au point de vue cosmopolitique, 1784).

L’antagonisme au sein de la société est, en fin de compte, la cause de l’ordonnance régulière de la société

Cette «insociable sociabilité», comme la nomme Kant, rendrait selon lui plausible l’hypothèse selon laquelle c’est un «sage créateur» autrement dit, un Dieu — qui préside aux destinées de la société humaine (ibid). «Remercions donc la nature pour cette humeur peu conciliante, pour la vanité rivalisant dans l’envie, pour l’appétit insatiable de possession ou même de domination. Sans cela toutes les dispositions naturelles excellentes de l’humanité seraient étouffées dans un éternel sommeil» (ibid).

Résumé : La société constitue le seul cadre dans lequel l’individu humain peut se développer et réaliser ses potentialités. L’idée de l’égalité juridique de tous les humains est récente : elle ne date guère que de deux siècles. Certains, comme Kant, ont voulu découvrir un sens aux antagonismes sociaux, qui seraient, paradoxalement, les principaux facteurs du progrès de la société.•

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