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LA RELIGION

La religion

  1. De la mythologie à la philosophie
  2. Bellérophon, l’homme qui voulait être dieu

Bellérophon: petit-fils de Sisyphe. Mythe de l’hybris comme pour Sisyphe.

Le roi de Lycie, Iobatès confie à Bellérophon la tâche d’aller tuer la Chimère (monstre terrifiant, mi chèvre mi-lion mi-serpent, enfant de Typhon et Echidna, la femme vipère). Elle crachait le feu qui détruisait les récoltes et affamait les habitants de la Lycie.

Bellérophon prit conseil auprès d’un devin. Celui-ci lui dit qu’il ne pourrait vaincre que s’il avait comme monture Pégase, cheval libre et sauvage.

Pour cela, il dompte Pégase, le cheval volant, né du cou de la gorgone Méduse au moment même où Persée l’avait tranché). Athéna lui remet des rênes d’or, seules capables de dompter un cheval aussi fier que Pégase, et, une lance en plomb.

Bellérophon blesse la Chimère : «Bellérophon monta donc sur Pégase, qui était un cheval ailé né de Méduse et de Poséidon, il s’éleva dans les airs et, d’en haut, il abattit la Chimère à coups de flèches.» (Apollodore).

Bellérophon enfonce dans la gueule du monstre la lance plombée. Quand la Chimère crache ses flammes, le plomb se met à fondre et à couler dans sa gorge et son estomac. Mort atroce.

Iobatès lui donna la main de sa fille Philonoé et lui laissa son trône le jour de sa mort.

Bellérophon était maintenant considéré par tous comme un grand héros. On le louait, on vantait partout ses exploits en les exagérant à souhait.

Toutes ses louanges montèrent à la tête de Bellérophon, qui finit par croire qu’il était devenu l’égal d’un dieu. Tout fier de lui, Bellérophon s’imagina qu’il était quelque peu divin. Il commença à s’imaginer qu’il ne devait sa victoire sur la Chimère qu’à lui seul au lieu de rendre hommage à Athéna et à Pégase. Il veut montrer sur l’Olympe afin de siéger aux côtés des dieux. Lui, le simple mortel entend bien devenir ainsi, pourquoi pas, un immortel comme les autres !

Zeus doit punir l’arrogant: Pendant que Bellérophon se dirigeait vers le sommet de l’Olympe, il envoie un taon piquer Pégase tandis que Bellérophon le chevauche. Il fait une chute mortelle qui met un point final à son arrogance.

Le mythe se conclut sur ces mots lapidaires de Zeus : «Ainsi périssent ceux qui prétendent rivaliser avec les dieux !».

  1. JESUS : UNE PHILOSOPHIE DE L’AMOUR

Sur la vie de Jésus : https : //www.youtube.com/watch?v=E2zG0I_bMrk

Jésus : (araméen “Dieu sauve“)

Religion chrétienne va inventer une nouvelle définition du salut et de la vie bienheureuse. Religion chrétienne va apporter des réponses nouvelles aux questions du sens de la vie et du sens de la mort.

La religion chrétienne va l’emporter sur les sagesses grecques et romaines : épicurisme et surtout stoïcisme. Pendant 15 siècles, du Ve au XXe siècle, la culture chrétienne va l’emporter en Occident. Hégémonie idéologique qui pourra même dériver, dévier en fanatisme. Pourquoi le message de Jésus a-t-il dominé le monde ? Pourquoi est-il universel ? Le terme «catholique», «catholicisme» dérive du latin catholicus, issu du grec ancien «katholikós» (« général», «universel »). Pourquoi Jésus-Christ est-il LA super star planétaire, mieux que Michaël Jackson, David Bowie et Prince réunis ? Pourquoi sa parole est-elle toujours aussi incandescente et révolutionnaire ?

Distinguer le Jésus terrestre (le passé d’un homme) comme personnage historique et le Christ ou Messie en hébreu (le futur d’une religion) comme personnage conceptuel. Ce n’est pas Jésus qui créé le christianisme mais le christianisme qui invente Jésus-Christ. Mythe du Christ. Évangiles synoptiques (canoniques : MMLJ) et Évangiles apocryphes (Jésus végétarien, Jésus ressuscitant un coq, Jésus rit… un Jésus humain, trop humain, Jésus historique). Le «Jésus terrestre» était un séducteur charismatique, un révolutionnaire, un libérateur, un maître spirituel, un «Sauveur». «Forgerie chrétienne»: Jésus miraculeux naissant à partir d’une vierge, fils de Dieu (Christ), guéri les aveugles et les paralytiques, ressuscite les morts, reste 40 jours sans manger et sans boire dans le désert, transforme l’eau en vin (noces de Canaa), apaise une tempête, etc. Premier Évangile, celui de Marc (40 après… J.C. !)

Il a fallu 4 siècles, pour que l’Eglise reconnaisse quatre évangiles (les plus anciens ?). Choix arbitraire des évangiles. Construction du «Jésus-Dieu», l’homme qui devint Dieu.

Source romaine : Tacite, Suétone, Flavius Josèphe (Ier siècle).

Jésus n’est pas né un 25 décembre. Plutôt au printemps. IIIe siècle après J.C. (en 354 – règne de Constantin) que l’on fixera la date. Fête de Mithra (soleil renaissant, fête de la lumière). Constantin, empereur romain fait du christianisme une quasi-religion d’État. Unification des communautés chrétiennes. Concile de Nicée. 4 évangiles, les autres évangiles sont considérés comme hérétiques.

Né sous Hérode le Grand: entre -7 et + 7 ! L’année de sa naissance n’est pas certaine. Les rois-mages étaient des savants. La population attend un Messie qui les délivrera la Palestine des Romains.

Pour Mathieu = né à Bethléem.

Pour Luc = né Nazareth. Découverte archéologique d’une maison des temps de Jésus.

Jésus nait d’une vierge // Zarathoustra (semence divine). Joseph a 70 ans, Marie en a 20. Jésus, fils d’un des fils de Joseph ? Ou «fils de Dieu» ? Mystère. Aurait-il eu des frères, des sœurs ? Qu’a-t-il fait entre 7 ans et 30 ans ?

Thaumaturge ? Invention de Saint-Jean ? Il guérit un aveugle de naissance au bassin de Siloé. Ce lieu a existé du temps de Jésus. Archéologie = bassin de purification. Saint-Jean n’a pas tout inventé. Sauf peut-être le miracle. Le surnaturel est du naturel que l’on ne comprend pas.

Marie-Madeleine est-elle une seule et même personne ? Les orthodoxes distinguent 3 Marie différentes (Marie-Madeleine, Marie de Béthanie (sœur de Marc, parfum sur la tête de Jésus), une autre Marie qui lave les pieds de Jésus) et non une comme les catholiques (Sous Grégoire le Grand – 6ième siècle), Marie-Madeleine, pécheresse (femme aux 7 démons, prostituée ?) repentie. Les orthodoxes n’ont pas unifié les 3 Marie en une comme les catholiques (pape Grégoire le grand au Vie siècle).

Marie-Madeleine est l’antithèse de Marie, mère de Jésus. Première chrétienne. Elle compense la pureté de Marie. Elle finance Jésus grâce à la pêche. Jeanne, Suzanne autres femmes accompagnant Jésus.

Autre vérité ? Mais une supposition, une hypothèse non-vérifiée pour le moment.

Un homme, à l’époque où vivait Jésus, devait former un couple. Or, le Christ est célibataire.

Jésus, mari de Marie-Madeleine ? Marie-Madeleine, femme de Jésus ? Elle est omniprésente dans les Evangiles (19 fois).

Décembre 1945 découverte en Egypte : manuscrits de la mer morte. 13 manuscrits en langue copte. Evangiles ne figurant pas dans les 4 évangiles.

Evangile de Thomas : tension entre Marie-Madeleine et Pierre. Jésus aime plus Marie que les autres disciples. Nous ne savons pas où Jésus embrassait Marie-Madeleine !

Marie est la seule à assister au chemin de Croix de Jésus et à la Crucifixion (avec Jean ?)

Evangile de Philippe : couple missionnaire.

Evangile de Marie au XIX e= Marie, figure de proue du christianisme primitif. Femme âgée ?

Evangile de Judas (évangile apocryphe) – 1978 :

Histoire dans l’évangile de Jean: Symbole de la pire des trahisons pour 30 pièces d’argent. Perte de la foi en Jésus. Judas, premier disciple de Jésus ? C’est à lui que Jésus confie l’argent. Trésorier. La Cène, dernier repas du Christ qui identifie Judas comme le traître des 12 apôtres. Il embrasse Jésus pour le faire arrêter par les romains. Le baiser de Judas, le baiser du traître. Voleur et satanique.

Matthieu accuse Judas. Marc (premier évangile écrit 12 ans avant celui de Matthieu) n’accuse pas Judas de trahison. Chez Jean, il devient le mal incarné. Judas = figure du juif qui cristallisera l’antisémitisme.

Un paysan retrouve des manuscrits. Il trouve une boite en pierre. Il y trouve un codex. Texte condamné comme hérétique, il y a plus de 18 siècles par Irénée. Feuilles de papyrus en état de fragments.

Dans l’ «Enfer» de Dante, Judas est dévoré par Lucifer lui-même dans les tréfonds de l’enfer.

Nouvelle version: 25 feuilles de papyrus écrit en langue copte. Découvert en 1978, dans le désert égyptien. Trouvé, vendu, volé. Le manuscrit reste 20 ans dans un coffre-fort d’une banque ! Vendu 3 millions de dollars. Analyse de l’encre et du papier au carbone 14 (datation par la qualité de carbone dans le papyrus).

Le manuscrit donne une version différente des derniers jours du Christ. Relate la Cène. Jésus parle sous forme d’énigmes. Il rit. Judas comprend Jésus. Son acte n’est pas motivé par le lucre mais doit obéir à la volonté de Dieu. Mission sacrée : Jésus demande à Judas de le trahir pour accomplir son destin. Il remplit la mission de trahir Jésus. Judas, pas homme malveillant. Le traitre serait-il un héros ? Dans l’Evangile, Judas est le disciple privilégié de Jésus. Origine gnostique de l’évangile de Judas : dénonciation de l’Eglise. Pas besoin d’autorité. Importance du mysticisme et de la Révélation directe. Accès direct à Dieu. En soi, une étincelle de divin en soi. Evangile de Judas, évangile non des vainqueurs mais des vaincus.

L’évangile de Judas n’évoque pas la Résurrection. Le corps meurt, pas l’esprit.

Dans une autre traduction, il serait le mal absolu, le 13e démon.

Les apôtres apparaissent comme mauvais, ignorants y compris Judas. Ils commettent des actes méprisables. Jésus est trahi par Judas mais aussi par les autres apôtres qui vont trahir son message.

Saint Matthieu = Judas regrette mais ne se repend pas. Il se pend. Personnage tragique. Si on le voit comme un monstre, on perd notre humanité.

Evangile de Pierre (évangile perdu) – 1886 = Romains sympathiques. Jésus n’a pas souffert sur la croix. 3 hommes sortent du tombeau de la Résurrection. Jésus et les 2 hommes s’envolent vers le ciel. PAS AUTHENTIQUE. Evangile fabuleux. Une croix qui parle.

Evangile de Thomas (découvert en 1945) = Tout début de l’Église. Paroles de Jésus. Sans aucun miracle.

Evangile de Marie-Madeleine (découvert en 1896) = IIe siècle

Autre thèse – farfelue : Jésus aurait survécu à la crucifixion. Le mythe créé d’autres mythes.

Mais Jésus délivre un message d’amour, un message d’espoir universel: celui de s’aimer les uns les autres, d’aimer son ennemi, de pardonner les offenses, de séparer le politique du religieux, la non-violence, la justice, le partage, l’égale dignité de tous les hommes.

Pourquoi le message de Jésus est-il d’une telle modernité ? Son message est l’une des sources profondes des valeurs de liberté, d’égalité, de fraternité (de charité) et de laïcité.

3 axes fondamentaux de la doctrine chrétienne : axe théorique (= Dogme) (1) , axe pratique (= moral) (2) et axe sotériologique (= Salut) (3):

  1. Révolution théorique :

Le message du Christ rompt avec 4 points fondamentaux des philosophies anciennes :

  1. Personnification du divin. Evangile de Jean (écrite en grec). Homme-Dieu. Dieu qui s’est fait homme. Dieu-Personne.

    #
    Pour les grecs, le «théos» c’est le «cosmos» et le «logos». Panthéisme. Le divin est cosmique, le cosmos est divin et parfait (= stoïcisme). D’où la nécessité de l’aimer («amor fati»)

  2. Accès au divin ne passe plus par le logos mais pas la confiance. «Fidès» en latin = confiance et foi. L’accès au divin n’est plus faite par la raison mais par la croyance en la parole du Christ. Témoignage direct de Jésus. Les apôtres ont touché, connu, vu, entendu Jésus, partagé le pain avec lui. C’est la «bonne nouvelle». Croit-on aux paroles de Jésus de la résurrection des corps, du triomphe de l’amour sur la mort ? «Heureux ceux qui croit sans avoir vu» (à Saint-Thomas, juif de Galilée et un des douze apôtres de Jésus). «Credo quia
    absurdum
    » des Pères de l’Eglise = Jésus est ressuscité : cela est certain puisque c’est impossible. Cela n’est pas accessible à la raison humaine, la foi est le seul recours.
  3. Vertu c’est l’humilité. Du latin, «humus», sol. Saint Augustin fustige les prétentions de la raison. Il faut s’en remettre à l’humilité de la foi. Double humilité d’après Saint-Paul (Paul de Tarse (Ier siècle), apôtre de Jésus, pharisien et citoyen romain): 1) Humilité de Dieu, il s’est fait homme. Humilité du Christ qui a souffert, pleuré (à la mort de Lazare). Il n’a jamais ri. Rire est diabolique. Car il fait douter de la parole de Dieu. Le Diable, c’est le doute, le manque de foi (C.f. « Le Nom de la Rose »). Jésus fait l’épreuve de la solitude et de la mort. Dieu faible, souffrant la condition humaine. 2) Humilité des humains, des croyants qui s’en remettent à Dieu. Pascal = Vanité de la philosophie. «Le coeur a ses raisons que la raison ne connaît point…». “Les voies du Seigneur sont impénétrables.” (Psaume 139 – “Ancien Testament” et “Epîtres aux Romains” de Saint-Paul).
  4. La philosophie revient servante de la religion (“philosophia ancilla theologiae“): S’agissant des vérités révélées, seule la foi est opérante. Pascal: La raison ne disparaît pas : comprendre le monde, la nature. « Il est deux folies, celle d’exclure la raison, celle de n’admettre qu’elle. » B. Pascal, «Pensées». Religion a le monopole de la sagesse et de la vie bonne. Castration de la philosophie par la religion. Le Salut n’est plus laïc mais religieux. Rupture avec les sagesses grecques qui promettaient le salut, le bonheur ici-bas grâce à la vie philosophique. (Cf. l’épicurisme et le stoïcisme – cours sur le bonheur).
  5. Révolution morale (la parabole des talents):

Révolution par rapport aux éthiques aristocratiques des grecs. Aristote : hiérarchie des êtres. Il y a des bons et des mauvais par nature, comme il y a des hommes libres et des esclaves par nature. Platon était lui-même un aristocrate.

# Ethique égalitaire et démocratique du christianisme. Le Républicanisme est un héritage du christianisme. Christianisme sécularisé. Egalité des hommes devant Dieu = Egalité des citoyens devant la loi.

Révolution éthique dans la « parabole des talents » (évangile de Matthieu): Un seigneur, devant d’absenter de son royaume, confie à 3 de ses serviteurs : au premier il donne 5 talents, au 2ième 2 talents, et 1 talent au 3ième. A son retour, le premier serviteur en rend 10, le second 4 talents. Ils sont félicités par le maître. Les «talents» sont des pièces d’or. A partir de la parabole, ils désigneront aussi les dons, les qualités innées.

Le troisième serviteur en rend 1. Il a eu peur (il n’a pas eu la foi, manque de confiance), il a enterré l’argent. Le troisième serviteur est puni et chassé du royaume par le maître pour sa paresse. Fin du monde aristocratique, fin de la morale grecque.

Signification de la parabole :

La parabole illustre l’obligation pour les chrétiens de ne pas gâcher leurs dons reçus de Dieu et de s’engager, même s’il y a risque, à faire grandir le royaume de Dieu. Le mot de talent a pris son sens depuis cette parabole.

Ce qui fait la dignité morale d’un être, sa valeur qui mérite le respect (cf. Kant), ce n’est pas ce qu’il a reçu au départ (l’argent, les dons naturels, l’intelligence, la naissance). Ce qu’il a fait la valeur d’un homme, c’est ce qu’il a fait de ses «talents». Ce qui importe ce n’est pas la «nature» mais la «liberté». Le message de Jésus est plus existentialiste qu’essentialiste. Ce qui compte ce n’est pas ce qu’il a reçu au départ, mais ce qu’il va en faire. Comme la liberté chez Sartre : On peut toujours faire quelque chose de ce qu’on a fait de nous.

Lorsque Kant fait l’apologie de la bonne volonté qui seule fonde la morale d’une action, il reprend l’idée des «talents» de la parabole. Les «talents» (la force, la beauté, l’intelligence, la richesse) peuvent être mis au service du bien comme du mal. Vous pouvez utiliser votre intelligence, votre beauté pour nuire à autrui, lui mentir ou le tromper. «La corruption des meilleurs est la pire.», «Corruptio optimi pessima.» (Saint Thomas d’Aquin). Plus vous êtes intelligent, plus vous pouvez nuire. L’intelligence n’a aucune valeur morale. La raison est la putain du diable disait Luther // Diderot: «Mes pensées, ce sont mes catins».

Les «talents» n’ont aucune valeur intrinsèque.

Ce qui fait la valeur morale d’une action, c’est l’usage (extrinsèque) que l’on en fait: Vouloir le bien pour lui-même, parce que c’est le bien. Egalité juridique et morale au-delà de nos «talents», de notre «naissance», de notre «couleur». La morale ne reflète pas les inégalités naturelles.

La morale, c’est le devoir-être. Les fins morales ne sont plus dans l’être mais dans le devoir-être. La morale chrétienne fonctionne sous forme d’impératifs. Être moral, ce n’est plus accomplir sa nature, c’est lutter contre ses penchants. La nature, pour les chrétiens, est paresseuse et égoïste. La morale exige du travail, des efforts. L’oisiveté étant mère de tous les vices !

Un vieux professeur, hussard de la République préférera toujours un élève peu doué mais travailleur qu’un élève doué mais flémard !
Le «peut mieux faire» des instituteurs laïcs est un héritable de la «parabole des talents» !

Éloge du travail dans le christianisme et le républicanisme = Méritocratie. L’aristocrate (le citoyen grec, le noble) ne travaille pas. Travailler, c’est améliorer une nature. S’exercer, c’est actualiser des dispositions naturelles. Travailler, c’est transformer une nature rétive en la façonnant. On lutte contre sa/la nature. «Tripalium» = instrument de torture pour crucifier les premiers chrétiens ! Les moines vont travailler la terre, inventer le champagne ! Il faut cultiver ses talents/son jardin.

  1. Révolution sotériologique (touchant le salut, ce qui sauve) : L’amour est plus fort que la mort.

Salut personnel, de son corps et de son âme.

Si celui qui promet le salut est une personne (le divin chrétien n’est plus impersonnel et aveugle), il s’agit d’un salut personnel. On ne mourra jamais, on ne sera jamais seul, on retrouvera ceux que l’on a aimés. Pour Jésus-Christ, l’amour est plus fort que la mort.

Philosophie de l’amour : Amour en Dieu (Saint Augustin) = Seul Dieu peut satisfaire la soif d’amour. Promesse d’amour de Dieu, c’est la Résurrection des âmes mais aussi des corps. Dieu ne nous abandonnera pas, Il nous sauvera si nous avons été dignes de son amour.

Introduction

Universalité des religions : la croyance religieuse est présente dans toutes les sociétés humaines. Invariant anthropologique, mais qui connaît beaucoup de diversité (liste des religions). Trait caractéristique de la nature humaine => Besoin de croire ?

La religion est l’affirmation d’un Absolu qui nous dépasse, d’une Transcendance pour laquelle il éprouve des sentiments d’effroi et de vénération.

PRB: L’existence de cet Absolu est-elle démontrable par la simple raison ou, au contraire, nécessite-t-elle une profession de foi, irréductible au rationnel ? Mais si Dieu n’est pas prouvable rationnellement, la religion ne doit-elle pas être vue comme une illusion infantile que l’humanité devenue adulte se doit de dépasser ?


  1. Qu’est-ce que la religion ?

Il n’y a pas de groupe humain sans religion. Le sentiment religieux est lié aux institutions sociales mais aussi au sentiment individuel qui lie le croyant à Dieu. Toute religion a la nostalgie de l’origine, du parfait, et tente de mettre de l’ordre dans le désordre du monde.

  1. La triple étymologie (extrait d’annale du bac)

·    Le philosophe Roger Caillois rappelle que le terme latin «religio» désignait des noeuds de paille qui servaient à fixer, à relier les poutres des ponts entre elles. Le maître suprême de la religion s’appelait le pontifex, ce qui veut dire « le bâtisseur de ponts», le pontonnier. Ce pontifex avait pour fonction d’apaiser la colère des dieux lorsque les hommes transgressaient « l’ordre naturel des choses », notamment en construisant des ponts là où il n’y en avait pas naturellement. La religion est alors une question de techniques, de savoir-faire, de rites réservés à des spécialistes chargés d’assurer à la communauté la bienveillance divine.

·    Une autre étymologie est proposée par Cicéron : elle associe «religio» et «relegere», c’est-à-dire « recueillir, récolter scrupuleusement, sans erreur pour l’exercice du culte », à savoir l’intégrité, le scrupule à remplir ses devoirs. Il s’agit de respecter méticuleusement l’ordre originel et sacré des choses qui nous parle de la présence des dieux, de redoubler d’attention.

Ces deux premières étymologies montrent bien que la religion n’est pas séparée des autres domaines d’activité de la société. C’est une institution parmi d’autres, une affaire collective. D’où le danger que représentent les incroyants, associés tout de suite à des personnes qui veulent bouleverser l’ordre social. C’est bien ce pour quoi Socrate fut injustement condamné sa soi-disant impiété.

·    Le christianisme associe définitivement «religio» et «religare», «relier» : la religion est un lien qui relie l’homme à Dieu (verticalité) et les hommes entre eux (horizontalité). C’est en ce sens qu’aujourd’hui le pape s’appelle encore souverain pontife, l’intermédiaire entre les hommes et Dieu. Cette troisième étymologie aura des conséquences considérables en séparant le sacré du profane, cad des autres institutions humaines et en faisant de ce lien un domaine propre, individuel, personnel. Ainsi la nature est désacralisée — elle est instrumentalisée —, la société se sécularise et devient autonome.

// Jésus : «Rendez à César ce qui appartient à César, et à Dieu ce qui appartient à Dieu» (Marc, Matthieu, Luc) = Réponse de Jésus aux pharisiens qui lui demandaient s’il était conforme à la loi de payer les impôts romains. Question-piège : Si Jésus dit oui, il ne peut être le Messie (fils de Dieu), s’il doit non, ils le dénonceront à l’empereur. Précepte fondateur de l’Eglise et des premiers papes : la division entre «pouvoir temporel» (politique, profane) qui appartient au chef de l’Etat et «pouvoir spirituel» (religieux, sacré) qui lui appartient au Pape. Distinction entre la sphère publique et la sphère privée, religieuse et distinction entre le profane et le sacré.


=> Définition de la religion: A la lumière de ces hypothèses étymologiques, définir plus précisément la religion comme système de croyances et de pratiques qui, dans le respect et la vénération, relie des hommes entre eux et avec une ou des instance (s) non sensible(s), et donne sens à l’existence subjective.

Une religion se définit par :

* L’adhésion à un ensemble de croyances (formulées sous forme de doctrines ou de dogmes) en un monde surnaturel : la foi.

* Le respect d’une morale : la loi.

* La pratique de rites collectifs.

* L’appartenance à une communauté.

2. Distinctions et spécificités

Le phénomène religieux est la source principale de la culture humaine. L’interrogation religieuse (cad sur le sens de la vie et de la mort) est présente depuis les origines de la conscience. L’homme de Néandertal inhumait déjà ses morts. Pour Émile Durkheim, la religion est un ensemble de rites et de croyances par lesquels les hommes se rattachent à un ordre universel et supra-humain. Elle a donc une fonction sociale indéniable. Elle répond aussi à la question ultime des choses pourquoi existons-nous ? Quel est le sens de la vie? Qu’y a-t-il après la mort ? Toute religion distingue le sacré et le profane.

« Toutes les croyances religieuses connues présentent un même caractère commun : la division du monde en deux domaines comprenant, l’un tout ce qui est sacré, l’autre tout ce qui est profane, tel est le trait distinctif de la pensée religieuse. » (« Les formes élémentaires de la vie religieuse »).

Le «sacré» est ce qui a trait au culte et au divin, alors que le «profane» auquel on l’oppose est ce qui est devant le temple (et non à l’intérieur), ce qui est étranger au culte et au divin. Le sacré est l’objet de respect, de crainte et de fascination, il circonscrit le permis et le défendu (tabou). L’esprit religieux est dualiste (terre/ciel ; bien/mal). Peuvent être sacrés des êtres (dieux, ancêtres, rois) ; des choses (reliques) ; un espace (temple, église) ; le temps (fêtes, carême). Par exemple, le crâne d’un ancêtre en Mélanésie, est considéré comme sacré, car il met celui qui s’en approche en contact avec l’au-delà.

Le «profane» = du latin «pro», devant, hors et «fanum», temple. Tout ce qui est de l’ordre du quotidien, de la vie courante, séculière.

« On pourrait dire que l’histoire des religions, des plus primitives aux plus élaborées, est constituée par les manifestations des réalités sacrées. De la plus élémentaire hiérophanie : par exemple, la manifestation du sacré dans un objet quelconque, une pierre ou un arbre jusqu’à la hiérophanie suprême gui est, pour un chrétien, l’incarnation de Dieu dans J.C. C’est toujours le même acte mystérieux : la manifestation de quelque chose de « tout autre », d’une’ réalité qui n’appartient pas à notre monde, dans des objets qui font- partie intégrante de notre monde naturel, profane. » Mircéa Eliade.

https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/sacre-profane-mircea-eliade/

3 caractéristiques se dégagent à l’égard du rapport de l’homme au sacré:

  • La crainte devant la puissance infinie de Dieu: le sacré est une puissance d’un autre ordre que celle du monde empirique ou existentiel. Une existence d’une intensité absolue et permanente. Elle est force TOUTE PUISSANTE, à la fois diffuse, dangereuse, terrifiante, et incompréhensible, un «mysterium tremendum» (mystère qui fait trembler de crainte et d’effroi).
  • Le mystère de son inconcevabilité: Saint Paul in «Épître aux Romains» 11, 33 : « Quelle profondeur dans la richesse, la sagesse et la science de Dieu ! Ses décisions sont insondables, ses chemins sont impénétrables !
    »
  • La fascination / vénération devant l’Absolu: le sacré exerce une fascination. Un «mysterium fascinans».
  • Le théologien Rank Otto a forgé le terme “numineux” (du latin «numen», la «divinité») pour traduire cette ambivalence de l’émotion par rapport au sacré : crainte et vénération, respect.

La philosophie interroge la raison dans l’homme. Philosopher, c’est décider de poser un regard autre sur le monde, sans préjugés, sans a priori, débarrassé en quelque sorte de toutes croyances. Pas de foi aveugle pour qui philosophe, mais une liberté de penser et d’agir. Toute philosophie est une tentative de compréhension rationnelle du monde. La philosophie naît au moment où l’homme abandonne les mythes pour interroger et comprendre le monde par la raison, le logos grec.

Quant à la métaphysique, elle est une partie de la philosophie : «meta ta phusika», en grec, signifie ce qui est au-delà ou au-dessus du monde physique. Ce nom de «meta ta phusika» est le titre donné aux livres d’Aristote qui venaient après ses livres de Physique.

·    Le fait religieux est un principe universel d’explication. Auguste Comte voyait dans « l’âge théologique ou fictif », dominé par l’imagination, l’enfance de l’humanité sur le plan intellectuel : le premier état (il en distingue trois) de toutes nos connaissances. Le recours aux dieux est le moyen le plus simple et le plus naturel d’expliquer les phénomènes. Mais à toutes les étapes du développement de l’humanité, l’homme a eu recours à des références transcendantes. C’est pourquoi Comte instaure une religion de l’Humanité, un « positivisme religieux », considérée comme le grand-être social suprême qui nous dépasse infiniment car « L’humanité se compose de plus de morts que de vivants ». La science n’a pas évincé Dieu.

  1. Croyance, foi et raison.

La croyance est un assentiment (= acceptation) à des affirmations dont la démonstration ou la preuve est insuffisante. En revanche, dans la foi, la question de l’insuffisance des preuves ne se pose pas.

Dans le christianisme, la vérité révélée oblige à distinguer entre croyance ordinaire, croyance religieuse et foi. L’incertitude est balayée par la foi ; dans cette dernière, la confiance est absolue, et ce, sans recours aux arguments rationnels ou aux preuves.

Si la croyance religieuse est encore habitée par le doute, la foi l’évacue. Aussi peut-on distinguer le « croire que », du « croire a » et du « croire en ». Le « croire que » traduit-trahit une opinion, une conjecture. Le « croire a » exprime une implication plus personnelle. Et enfin, le « croire en » manifeste une conviction, une confiance absolue.

Il ne faut pas confondre la croyance et la foi. La première est un terme aux contours beaucoup plus flous que la seconde. On peut croire qu’il fera beau demain, qu’on gagnera à tel jeu de hasard ou que tel candidat sera élu à la présidentielle. En revanche, on a foi en quelqu’un, et plus fréquemment en Dieu. Ainsi, les motifs de la croyance sont assez incertains et parfois totalement infondés. La foi, en revanche, demeure certes intransmissible, mais procède d’une véritable expérience intime vécue au quotidien. Elle entraîne donc une certitude profonde dans l’esprit du fidèle que nul ne peut contester bien que cette certitude ne puisse être partagée.

REPERE : SAVOIR / CROIRE

Croire est un pari : nous adhérons à une thèse alors que nous n’en sommes pas absolument certains. On peut croire en la vie après la mort, en Dieu, en l’amitié, ou encore qu’il fera beau demain. Savoir, au contraire, se fonde sur des éléments de preuve : je sais que 2 et 2 font 4 ou que l’épreuve de philo est obligatoire. Parfois, les croyances sont battues en brèche par le savoir : je croyais qu’il ferait beau, or il pleut. D’autres sont invérifiables. Je sais alors que je ne peux pas le prouver, mais je décide de croire en Dieu ou en l’amitié.

Dans une perspective rationaliste, on peut dire que :

  • L’opinion ou la croyance (« croire que » / « croire à ») est subjectivement et objectivement insuffisante.
  • La foi (« croire en ») est subjectivement suffisante et objectivement insuffisante : « Quand la créance n’est suffisante que subjectivement, et qu’en même temps elle est tenue pour objectivement insuffisante, elle s’appelle foi. » («Critique de la raison pure», chapitre II, 3e section).
  • La science (savoir) est subjectivement et objectivement suffisante.

Quand on sait quelque chose, on n’a pas besoin d’y croire. Quand on croit, c’est que l’on ne peut pas savoir. Le lien qui existe entre le sujet et l’objet de sa croyance est beaucoup plus affectif qu’intellectuel, même si le “croyant”, dans n’importe quel domaine, essaie de le justifier intellectuellement. Dans la foi, l’intensité psychique que le sujet concentre et projette sur l’objet de sa foi lui donne une aura, un relief, une force qu’il assimile à une certitude, à une conviction donc à une “vérité”.

Dans cette perspective, il y aurait une insuffisance de la foi par rapport à la science. D’où, la nécessité pour le rationalisme croyant de tenter de prouver (par des arguments rationnels) l’existence de Dieu.

Qu’est-ce qui distingue la religion, de la philosophie, de la science ? Si philosophie et religion convergent sur quelques points (interrogation sur l’au-delà du sensible, immortalité de l’âme, destin de l’humanité et finalité de l’existence), elles ne se fondent pas sur les mêmes sources. La religion admet une Révélation, la philosophie soumet toute affirmation à la critique rationnelle. Aussi, ne faut-il pas confondre le révélé et l’avéré. La «Bible» n’est pas, pour la philosophie, parole d’Évangile !

MYTHE/RELIGION

PHILOSOPHIE

SCIENCE

Temps immémoriaux
Récits qui mettent en scène des dieux, demi-dieux, héros
surnaturels.

donnent des réponses sur  – les origines,
La fin du monde  =  (eschatologie)

Origine historique (Ve av. J.C.)
Discours rationnel

sur l’être humain.

 s’interroge sur le pourquoi des choses. = Le sens.

         XVII° (physique)
Discours

Sur le réel

qui explique le comment des choses. = Le fonctionnement des phénomènes.

Obéit à l’Imaginaire, féerique, Traduit les désirs des hommes.
Monde enchanté
Obéit à la raison, à ses lois logiques. Propose des hypothèses.
Obéit à la raison, à ses lois logiques. Propose des hypothèses.
Parle par symboles et par
images.
Parle le langage linguistique normal. S’exprime à l’aide d’un code logico-mathématique abstrait.
Objet: les liens entre l’homme et le monde surnaturel. Objet : L’homme dans le monde. Objet : le monde concret, la nature.
Rassure et enchante l’homme. Inquiète et angoisse l’homme. Satisfait la curiosité de l’homme.

Définition de la «Révélation»: Vérité religieuse consignée dans des textes sacrés ou transmise par la tradition orale, et qui n’est jamais remise en cause par le croyant.

Il convient de distinguer le Dieu des philosophes du Dieu de la foi chrétienne, « sensible au cœur » (Pascal) Ce Dieu est :

  • Annoncé par des prophéties dans les « Écritures ».
  • Accomplit des miracles.
  • Est prié et répond aux croyants.
  • Fait vivre le fidèle par son amour et sa grâce.
  • Les dogmes qui le concernent sont des mystères inaccessibles à la raison (Trinité, Eucharistie, Résurrection, virginité de Marie…).



  • THEISME :
    Dieu est omniscient, tout-puissant, saint, amour, droit, juste, miséricordieux, bon, patient, vrai, fidèle.

Aucune de ses cinq caractéristiques du Dieu chrétien ne peut être admise par un philosophe rationaliste. Celui-ci limitera son Dieu à quelques principes métaphysiques : existence, statut de créateur, régulateur du monde). Par exemple, Voltaire refusait la notion de Dieu-Providence pour ne retenir que celle d’un suprême architecte de l’univers, fondant par là même le déisme.
Voltaire est un déiste anticléricalEcrasez l’Infâme» cad l’Église, pas Dieu).

Définition:

  • Déisme = Position philosophique rationaliste qui affirme, sans prétendre le comprendre, l’existence d’un Être suprême unique (commun à tous les hommes), créateur et conservateur de l’ordre du monde, indépendamment de toute Révélation, de toute Eglise et de tout dogme.

On peut distinguer et qualifier trois « postures philosophiques » par rapport au problème religieux, et conséquemment par rapport aux liens entre foi et raison :

  • Le fidéisme où la foi est supérieure à la raison (= théisme). La raison est impuissance à nous faire connaître Dieu.
  • Le rationalisme où la raison est supérieure à la foi (= déisme). La raison permet de prouver la foi.
  • L’athéisme où la raison s’oppose à la foi.

Toute religion offre à l’homme la possibilité de se transformer, de modifier sa conscience. Croire, c’est faire confiance. La foi, dit Kierkegaard est un saut dans l’irrationnel. La croyance religieuse est un assentiment de l’esprit à une vérité sans justification rationnelle, d’un autre ordre, que l’on appelle transcendant et qui désigne généralement Dieu. Ne peut-on pas aimer Dieu intellectuellement ?

REPERE : TRANSCENDANT / IMMANENT
Le transcendant désigne ce qui se situe radicalement loin et au-dessus de nous. Il peut s’agir de divinités inatteignables comme de principes sublimes. Dans tous les cas, ils n’ont aucun rapport avec nous. L’immanent, au contraire, colle à notre vie terrestre. Dans certaines religions, les dieux sont ainsi immanents à la nature (animisme).

1) Le fidéisme (la foi échappe à la raison).

Définition de la «foi»: Latin «fides»= confiance, croyance.

Adhésion ferme de l’esprit à une vérité révélée, ou à une autre chose dépassant le simple domaine de l’expérience sensible ou commune.

Définition de la «Révélation»: Vérité religieuse consignée dans des textes sacrés ou transmise par la tradition orale, et qui n’est jamais remise en cause par le croyant.

·    La raison est le moyen d’appréhender le réel, la totalité du monde, de coïncider avec le réel. Tout ce qui fait partie du monde est représentable. Or Dieu n’est pas représentable, il échappe de ce fait à la raison, donc au monde : se pose le problème de la transcendance divine.

·    Comment dire avec raison ce qui échappe à la raison ? « N’y a-t-il pas au-delà de la rationalité une rationalité de la transcendance ? », demande Levinas. Même s’il est possible de penser Dieu, ce n’est pas en le ramenant dans le réel. La foi échappe à la raison et la foi est accessible à tous. Sans passer par la raison, la foi est efficace, non élitiste. Qui que l’on soit, il suffit d’y croire.

·    Toute la dignité de l’homme consiste bien en la pensée, mais Pascal (†1662) montre les limites de la raison humaine, inapte à comprendre par intuition. À cause du péché originel, la nature humaine est déchue. L’homme doit alors se tourner vers Dieu («convertere», en latin : se tourner vers, se convertir). La foi ne peut être donnée que par Dieu, être transcendant : inutile de prouver l’existence de Dieu par des preuves rationnelles comme le fait Descartes, sans y parvenir pour Pascal, il n’a besoin que de son coeur car «il y a loin de la connaissance de Dieu à l’aimer. » Dieu est une vérité inaccessible à la raison humaine, seul le coeur peut la connaître ou la sentir. « C’est le coeur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi. Dieu sensible au coeur, non à la raison. » Pascal rejette le Dieu des philosophes et des savants (celui de Descartes), et croit depuis sa « nuit de feu » (nuit mystique) au « Dieu d’Isaac, d’Abraham et de Jacob ».


Prolongement biographique: Pascal et le jansénisme. C’est plutôt Dieu qui est revenu à Pascal. Malgré sa sympathie pour les milieux libertins, Pascal n’a jamais oublié les écrits des jansénistes qui l’avaient tellement touché. Et Dieu va se servir d’un événement-clé pour ramener Pascal à lui : fin 1654, à 31 ans, Pascal a un accident sur le pont de Neuilly. Les chevaux de son magnifique carrosse plongent par-dessus de parapet du pont et tout le carrosse est sur le point de tomber dans le vide. Au dernier moment, l’attelage se rompt, et le carrosse reste en équilibre sur le bord du pont. Pascal s’en sort sain et sauf, mais il est hypersensible et, terrifié par la proximité de la mort, il s’évanouit et ne revient à lui que 15 jours plus tard, le 23 novembre. Ce jour sera pour Pascal un nouveau départ avec Dieu. Le 23 novembre 1654, entre 10h et demie et minuit et demie, Pascal a une vision intense, il ressent la présence de Dieu sur lui et lui remet toute sa vie. Peut-être s’est-il déjà converti avant lors de sa lecture des écrits jansénistes, mais cette nuit, qu’il appelle la «Nuit de feu», devient le véritable nouveau départ de sa vie chrétienne. Lors de cette nuit mémorable, il griffonne rapidement quelques mots sur un bout de papier. Ce bout de papier, appelé le «Mémorial» de Pascal, ne le quittera plus jamais.

Suite à cette «Nuit de feu», Pascal s’engage tout entier à faire connaître le message du salut en Jésus-Christ. Les jansénistes, persécutés par l’Église catholique officielle, notamment les Jésuites, cherchaient depuis longtemps un défenseur, capable de répondre aux attaques de leurs adversaires par une argumentation sans faille. Ils l’ont trouvé en Pascal, qui publie ses «Provinciales», des lettres qui défendent le jansénisme et leur doctrine de la grâce face aux attaques du clergé, et s’attaquent à la morale laxiste “politiquement correct” de ses adversaires les Jésuites.

La foi n’est pas de l’ordre de la raison: «La foi ne peut être donnée que par Dieu» (Pascal). Pour le janséniste Pascal, le salut et la gloire étant prédestinés, il s’ensuit que la condamnation et la destruction le sont aussi. Saint-Augustin (que Jean Calvin lira): «La vie éternelle est prévue pour certains, la damnation éternelle pour d’autres.» («Institutions»). La fin dernière d’un individu est déterminée par un décret immuable de Dieu. «Prédestination» = Théorie selon laquelle Dieu aurait décidé, de toute éternité, du destin de l’humanité. Tout homme serait, dès sa naissance et par la volonté divine, vouée au Salut ou à la damnation. Le jansénisme, le calvinisme et le protestantisme croient à la prédestination. Elle sera rejetée par l’Église latine et catholique dès le concile d’Orange en + 529. Pour les jansénistes, la grâce n’est pas accordée à tous les hommes, et Dieu, dans sa toute-puissance, l’accorde à certains. Les protestants s’emparent au XVIe de la «prédestination» pour justifier la circulation de la Bible («libre-examen»), dénoncer les Indulgences et les guerres de religion. L’homme ne peut savoir s’il a été choisi par Dieu, son application à faire le bien sur Terre n’en prenant que plus de valeur.


RAPPEL – «Genèse», chapitre 22 = Selon la Bible, Dieu éprouve la foi, la fidélité d’Abraham en lui demandant le sacrifice de son fils unique et bien-aimé Isaac. Abraham obéit, prépare l’holocauste et lève le couteau sur son fils, il obéit à Dieu, lorsqu’un ange met fin à son épreuve.


// Kierkegaard (1813-1855) et le «stade religieux» = La foi, selon lui, est un saut dans le vide, un saut irrationnel dans l’Absolu. Abraham, le «chevalier de la foi» en est l’archétype. Sous l’angle de la raison et de la morale, la conduite d’Abraham parait celle d’un meurtrier. D’un point de vue moral, on dira d’Abraham qu’il a voulu tuer Isaac. D’un point de vue religieux, qu’il a voulu le sacrifier. Raison/Morale et foi ne se superposent pas : la foi est passion de l’Infini et la morale est raison du fini. L’homme qui, comme Abraham, opte pour la foi, par le rapport absolu avec l’Absolu répond à l’ordre divin au risque d’entrer en rupture avec les autres hommes et avec la morale. Le religieux est le domaine de la solitude. Celui qui a opté pour la foi est habité par les mêmes appréhensions qui animèrent Abraham durant son voyage vers la montagne du sacrifice. La foi n’est pas la condition du bien-être et du bonheur mais incertitude, « Crainte et tremblement », condition terrible du Christ souffrant sa « Passion »… La foi ne se prouve pas, elle s’éprouve dans l’épreuve sans que jamais on puisse savoir qu’il s’agit bien d’une épreuve. L’épreuve n’est rien d’autre que l’existence elle-même. Et puisqu’il n’y a pas d’existence sans croyance (en général), l’existence authentique est une croyance passionnée. L’expérience religieuse est la passion de l’intériorité comprise comme tension irréductible entre doute & foi. Alors que la théologie rationnelle tentait de surmonter le doute par une dialectique de la raison et de la foi, Kierkegaard place le doute au cœur de l’expérience religieuse en opposant la raison et la foi.

Prolongement: LES TROIS STADES DE L’EXISTENCE CHEZ KIERKEGAARD

  • Le «stade esthétique» : seulement préoccupée par la jouissance et la fantaisie, réfractaire à toute occupation suivie, l’existence s’y éparpille dans l’instant, oscillant de l’amusement à l’ennui. Kierkegaard, qui adorait le «Dom Juan» de Mozart, trouvait en lui l’incarnation parfaite de ce premier stade = «Le journal du Séducteur».

    «Ironie» = la plaisanterie derrière le sérieux, le rire derrière les larmes.

  • Le «stade éthique» : c’est celui du choix du devoir, de l’engagement moral, de l’effort accompli pour donner sens à son existence. Par le mariage notamment, l’homme se donne à lui-même un absolu dans l’espoir de réaliser son existence. Mais il ne s’agit que d’un espoir, et le caractère dérisoire des choses humaines et le désespoir existentiel finiront par en avoir raison.

    «Humour» = le sérieux derrière la plaisanterie, les larmes derrière le rire.

  • Le «stade religieux» : ce dernier stade est celui de l’apaisement paradoxal qu’offre le saut dans la foi. Car si la foi est l’objet d’une adhésion passionnée, elle est aussi un défi lancé à notre raison : du point de vue éthique, Abraham levant la main sur Isaac s’apprête à commettre un meurtre ; du point de vue religieux, il s’agit d’un sacrifice. La foi est donc aussi une expérience de grande solitude, car la morale et la foi ne se superposent pas : il y a des situations où il n’y a plus de devoir qu’envers Dieu.


//

«Credo quia absurdum» comme disaient les théologiens du Moyen-Age = Le mot fidéisme est forgé à partir du mot latin « fides » (= confiance, loyauté, croyance, et, en latin ecclésiastique, «foi religieuse ») d’où est venu aussi foi, fidèle et féal. Il désigne l’attitude de ceux qui estiment que la foi en Dieu n’a pas besoin de s’appuyer sur des preuves. Pour le penseur fidéiste, les problèmes touchant à la divinité sont incompréhensibles pour l’intelligence limitée de l’homme : «C’est le coeur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi: Dieu sensible au coeur, non à la raison.» Pensées », 278). Il faut donc croire sans discuter. « Je crois parce que c’est absurde» fait-on dire à Tertullien, théologien du IIe siècle, qui n’a pas vraiment écrit cette phrase. Le fidéisme aboutit à peu près à cette conclusion : je crois, sans discuter, à l’incompréhensible. Sur la question des rapports entre la raison et la foi, saint Thomas proclame que jamais la raison ne démontrera la foi. Ainsi, il contredit l’augustinisme en opposant philosophie et théologie. Pour lui, les vertus révélées (la Trinité, le péché originel) sont non seulement au-dessus de la raison, mais la dépassent. La foi se définit avant tout comme un acte soutenu par la volonté de Dieu. Quant à la raison, elle sert à réfuter les erreurs de la foi. Autrement dit, on ne peut comprendre qu’à condition de croire.

La raison connaît par démonstration et argumentation. Dieu échappe à ce mode de connaissance. C’est le cœur qui sent Dieu : « Le cœur a ses raisons que la raison n’entend point. » (« Pensées », 277). La foi est immédiate sans médiation. La raison peut néanmoins être mise au service de la foi de façon indirecte = le pari de Pascal visant à convertir les incroyants.

REPERE : IMMEDIAT / MEDIAT

L’immédiat se passe de tout intermédiaire. Il peut caractériser une intuition, une connaissance, un sentiment, une action. Il peut être trahi, mais également enrichi, par ce qu’on appelle les médiations : discours, images, échanges. Les hommes, pour leur malheur et leur bonheur, sont des êtres de médiation.

·    C’est pourquoi le célèbre pari ne veut pas donner de preuve de l’existence de Dieu. Il part au contraire de l’hypothèse qu’on ne peut démontrer ni que Dieu est ni qu’il n’est pas.
Pascal démontre alors qu’il serait suicidaire et irraisonnable de ne pas parier que Dieu est. Qui refuserait de parier une vie infinie lorsqu’on a tout à y gagner ? Le pari n’est pas un acte de foi mais un examen des probabilités de gain, et il nous faut tous parier puisque nous sommes tous « embarqués », c’est-à-dire que nés il nous faudra mourir. La question de l’éternité se pose à tous. « Oui, mais il faut parier. Cela n’est pas volontaire, vous êtes embarqués. » Si je gagne, je gagne tout : la vie éternelle; si je perds, je ne perds rien puisque ce sera de toute façon le néant.

LE PARI DE PASCAL

Dieu existe

Dieu n’existe pas

Vous croyez en Dieu

Vous allez au Paradis (+)

Vous retournez au néant.

Vous ne croyez pas en Dieu

Vous allez en Enfer (-∞)

Vous retournez au néant.

Avec ce «pari», Pascal essaie de convaincre les athées, les libres penseurs (libertins), adeptes des jeux de l’amour et du hasard. La vie est comme un jeu. Personne ne peut être indifférent à sa destinée. Croire ou ne pas croire n’est pas indifférent. Que faire ? De deux choses l’une :

– Soit vous pariez pour l’existence de Dieu (auquel cas vous devez vivre conformément à sa Loi).

– Soit vous pariez contre l’existence de Dieu.

A chaque fois, vous misez votre vie terrestre cad fini.

* Si Dieu existe = vous gagnez la vie éternelle dans un cas et la damnation éternelle dans l’autre.

* S’il n’existe pas = vous ne perdez qu’un bien fini, une vie de plaisirs impies.

Autrement dit, si l’on calcule le produit du gain possible (cad le Salut, l’infini, la vie éternelle) par la probabilité de l’obtenir (1 chance sur 2), on constate qu’il est infiniment supérieur à la mise (cad vivre en chrétien, ce qui est l’ordre du fini).

Pour Pascal, le choix est facile = si petite soit la chance que Dieu existe, on ne peut risquer la damnation éternelle et manquer la béatitude infinie. Il faut parier donc que Dieu existe. Croire en Dieu serait statistiquement plus avantageux.

Critique du pari pascalien

  • Critique logique : Si je choisis de croire en Dieu, je dois vivre en accord avec cette croyance pour gagner la vie éternelle, cela implique de renoncer à la vie terrestre. Si je gagne, je gagne tout, mais si je perds, cad si Dieu n’existe pas, la différence doit se faire entre ma vie vécue et le néant de la mort. Or entre la vie et le néant la différence est incommensurable cad infinie, si bien qu’en pariant sur l’existence de Dieu, j’ai perdu quelque chose d’inestimable. Mais si je vis en athée et que Dieu est, je perds aussi quelque chose d’inestimable, la béatitude éternelle. Dans les 2 cas, la perte et le gain sont infinis.

LE PARI DE PASCAL

Dieu existe

Dieu n’existe pas

Vous croyez en Dieu

Vous allez au Paradis (+)

Vous vivez en Enfer (-∞). Privation d’une vie vertueuse.

Vous ne croyez pas en Dieu

Vous allez en Enfer (-∞)

Vous vivez au Paradis (+). Plaisirs d’une vie libertine.

  • Critique morale : Jouer pour ou contre Dieu à pile ou face peut sembler une entreprise immorale et sacrilège. La question religieuse n’est-elle pas réduite ici à une question d’intérêt, de probabilité ? Voltaire estimait en ce sens le pari de Pascal « un peu indécent ».

Critique du fidéisme.

Reprise = La foi n’est pas affaire de conviction rationnelle mais une persuasion personnelle, subjective. Les vérités de la foi impliquent une confiance absolue dans les Ecritures (Ancien et Nouveau Testament, Coran, Torah). Il faut reconnaître des dogmes et non de les justifier rationnellement. Les « esprits forts », les libertins doivent renoncer à l’orgueil de la raison. Humilier la superbe de la raison, cette « putain du Diable » (Luther).

Documentaire sur Martin Luther: https : //www.youtube.com/watch?v=8GTnwIr63gQ

Critique = Pour le rationaliste (confiance dans le pouvoir de la raison), la religion de la foi (théologie révélée) restera suspecte :

  • Le politique verra dans le fidéisme : un ferment de fanatisme : Intégrisme religieux.
  • Le scientifique verra dans le fidéisme : un obscurantisme : Affaires Bruno, Galilée, de La Barre.
  • Le philosophe verra dans le fidéisme : une démission de la liberté et de l’esprit critique. Lecture à la lettre des textes sacrés. Fondamentalisme, djihadiste, croisades, Inquisition, ect. 

(TA) Métaphysique et religion. La religion est, de toute évidence, une réponse au problème métaphysique de l’origine du monde et du sens de la Création (ensemble du monde créé) ainsi qu’au problème contenu dans celui du sens de la création, à savoir le sens de la créature Homme dans cet ensemble qu’est le monde créé évoluant dans le Temps, dépassant de partout la créature et l’engloutissant dans la mort.

La réponse religieuse est un credo. Ainsi, dans le judaïsme et le christianisme, il est dit : Dieu créa le monde, et créa l’Homme à son image, ce qui aussitôt soulève quantité de questions pour la Raison, tels que Dieu est-il un modèle et de quel type ? Dieu ne s’affaiblit-il pas en se donnant une création à son image? Faut-il imputer à Dieu la responsabilité d’une création apparemment manquée où règne le mal?, etc.

Il est important de remarquer que si la religion est la première réponse que donnent les humains à ce problème métaphysique de l’origine du monde et du sens de l’existence (de tout ce qui existe et de l’existence elle-même), la métaphysique en tant que discours, système, conception, est une autre réponse que la religion au même problème.

Il est exact de dire que la métaphysique a des rapports avec la religion car toutes deux s’occupent des mêmes questions, mais la religion résout le problème du premier principe par des voies qui lui sont propres (existence d’un Dieu, foi, dogme, révélation…), alors que la métaphysique est toujours un système logique faisant appel uniquement à la raison et à l’expérience individuelle et pouvant s’organiser autour d’une négation de Dieu (exemples : David Hume, l’existentialisme athée, etc.) aussi bien qu’autour d’une affirmation de Dieu. Lorsqu’une métaphysique aboutit à poser l’existence d’un Dieu, cette attitude est purement intellectuelle et manque de l’aspect affectif et du rapport personnel que la fol seule établit. Pascal a opposé ainsi le “Dieu des philosophes et des savants“, au “Dieu de Jésus-Christ“. La foi religieuse peut couronner une métaphysique, mais elle n’en fait ni partie intégrante ni partie nécessaire.

2) Le rationalisme où la raison est supérieure à la foi (= déisme)

  1. Principes du déisme :
    La raison seule nous permet de connaître Dieu. L’homme doit se méfier d’une foi aveugle, qui l’écarterait de la vérité et le mènerait au fanatisme. Ni Révélation, ni dogmes (vérité incontestable d’une doctrine religieuse) n’ont le droit de cité. Cette voie pourrait sembler plus proche de la spéculation métaphysique que de la démarche religieuse. Ses auteurs (Descartes, Spinoza, Rousseau, Kant, Voltaire, etc.) la définissent cependant eux-mêmes comme une « religion philosophique » ou « religion naturelle » (conforme à la raison naturelle).

Exemple = Voltaire refusait le Dieu-Providence pour ne retenir que celle du Dieu-Architecte : « L’univers m’embarrasse et je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait point d’horloger.» (in «Les Cabales», 1772). C’est Dieu qui, par un plan divin, crée et organise toutes les manifestations de la matière vivante, avec l’homme, sa conscience et sa liberté comme fins ultimes. On qualifiera une telle position de DÉISTE.


Le Dieu-Nature de Spinoza.

·    Spinoza constate que la croyance religieuse ordinaire n’aide pas l’homme à se libérer des superstitions et de la crainte. « La foi du charbonnier » n’élève pas l’esprit parce que l’homme conçoit Dieu comme une projection de son propre comportement, soumis au bien et au mal. Spinoza ne condamne ni les passions, ni le désir (essence de l’homme) mais appelle l’homme à la connaissance véritable. Grand lecteur de Descartes, Spinoza utilise la méthode géométrique, mais au lieu de penser, comme Descartes, que l’on parviendra à la vérité à la fin de la démonstration philosophique, il postule qu’il faut partir de la vérité pour philosopher. Et cette vérité première est Dieu ou la Nature.

·    Dieu seul existe et agit par la seule nécessité de sa nature, et il n’y a rien en dehors de Dieu. On parle ici d’immanence — qui s’oppose à la transcendance. Cela signifie que Dieu n’est pas extérieur à l’univers mais réside en lui. Telle est la philosophie de Spinoza : il n’y a pas d’au-delà du monde. Pour lui, «Deus sive Natura», Dieu ou la nature. Le monde spinoziste est un système logique, structuré, de telle sorte que Dieu ou la Nature puisse effectivement rendre compte du réel. C’est aussi pourquoi « l’homme n’est pas un empire dans un empire ». Il n’oppose pas le temporel et l’éternité, mais l’ignorance et la connaissance. Il fait de la philosophie une méditation de la vie, non de la mort. C’est pourquoi il prône la joie, car elle est signe d’un succès de mon être. L’illusion religieuse et la métaphysique séparaient l’homme du monde. Spinoza les réconcilie. L’amour intellectuel de Dieu produit la joie. Hegel et Bergson seront fortement influencés par ce philosophe inclassable.

  1. Une preuve de l’existence de Dieu: l’argument ontologique.

Rationalisme = Toute-puissance de la raison qui peut prouver, ce que la foi ne fait que sentir.

Descartes, «Méditations métaphysiques»: « Si de cela seul que je puis tirer de ma pensée l’idée de quelque chose, il s’ensuit que tout ce que je reconnais clairement et distinctement appartenir à cette chose, lui appartient en effet, ne puis-je pas tirer de ceci un argument et une preuve démonstrative de l’existence de Dieu ? Il est certain que je ne trouve pas moins en moi son idée, cad l’idée d’un être souverainement parfait, que celle de quelque figure ou de quelque nombre que ce soit. Et je ne connais pas moins clairement et distinctement qu’une actuelle et éternelle existence appartient à sa nature, que je connais que tout ce que je puis démontrer de quelque figure ou de quelque nombre, appartient véritablement à la nature de cette figure ou de ce nombre. Et partant, encore que tout ce que j’ai conclu dans les Méditations précédentes ne se trouvât point véritable, l’existence de Dieu doit passer en mon esprit au moins pour aussi certaine, que j’ai estimé jusques ici toutes les vérités des mathématiques, qui ne regardent que les nombres et les figures : bien qu’à la vérité cela ne paraisse pas d’abord entièrement manifeste, mais semble avoir quelque apparence de sophisme. Car ayant accoutumé dans toutes les autres choses de faire distinction entre l’existence et l’essence, je me persuade aisément que l’existence peut être séparée de l’essence de Dieu, et qu’ainsi on peut concevoir Dieu comme n’étant pas actuellement. Mais néanmoins, lorsque j’y pense avec plus d’attention, je trouve manifestement que l’existence ne peut non plus être séparée de l’essence de Dieu, que de l’essence d’un triangle rectiligne la grandeur de ses trois angles égaux à deux droits, ou bien de l’ idée d’une montagne l’idée d’une vallée ; en sorte qu’il n’y a pas moins de répugnance de concevoir un Dieu (cad un être souverainement parfait) auquel manque l’existence (cad auquel manque quelque perfection), que de concevoir une montagne qui n’ait point de vallée. […] De cela seul que je ne puis concevoir Dieu sans existence, il s’ensuit que l’existence est inséparable de lui, et partant qu’il existe véritablement : non pas que ma pensée puisse faire que cela soit de la sorte, et qu’elle impose aux choses aucune nécessité ; mais, au contraire, parce que la nécessité de la chose même, à savoir de l’existence de Dieu, détermine ma pensée à le concevoir de cette façon. Car il n’est pas en ma liberté de concevoir un Dieu sans existence (cad un être souverainement parfait sans une souveraine perfection), comme il m’est libre d’imaginer un cheval sans ailes ou avec des ailes.
»

  • RAPPEL: Descartes avait tout d’abord, dans son « Discours de la méthode », montré que les idées que nous con
    Parmi les idées innées, se trouvent les nombres et figures mathématiques, mais aussi l’idée de Dieu, que l’auteur définit comme « un être souverainement parfait et infini ». cevons clairement et distinctement, qui s’imposent donc à nous avec évidence, sont innées (antérieures à notre propre naissance) et vraies (auxquelles par conséquent nous pouvons nous fier). Par la suite, dans les « Méditations métaphysiques », l’auteur avait avancé un argument a posteriori de l’existence de Dieu : j’ai en moi l’idée (claire et distincte) de parfait ; moi qui suis un être imparfait, je ne peux l’avoir posée en moi-même ; seul un être parfait peut donc être la cause de la présence en moi de cette idée de parfait (« Méditation troisième ») => preuve par l’idée de parfait: cette idée de parfait ne peut provenir que d’une cause qui soit à sa mesure, et cette cause ne peut être que l’Être parfait lui-même Dieu. Autrement dit, l’idée d’un Être parfait lui-même ou Dieu est en l’homme une idée innée dont Dieu seul peut être l’origine.

Dans le présent texte (« Méditation cinquième »), Descartes double cet argument a posteriori d’un argument ontologique, a priori. On parle d’idées innées pour désigner les idées de l’esprit qui préexistent à toute expérience. Il peut aussi bien s’agir du mode de fonctionnement de la conscience que des principes moraux qui sont présents dans l’âme de manière naturelle selon certaines philosophies. L’inné s’oppose à l’acquis qui est fourni par l’expérience. Ainsi, la théorie de l’idée innée refuse de considérer l’esprit comme une tablette vide que la confrontation au monde viendrait à remplir.

[LOCKE (1632-1704) # DESCARTES († 1650) : CRITIQUE DES IDÉES INNÉES ET EMPIRISME]

Locke réfute les théories qui fondent la connaissance sur des idées innées, c’est-à-dire qui seraient présentes en nous avant l’expérience, comme celle de Dieu ou de la causalité. L’âme est une table vierge et vide qui ne forge ses idées que par le biais de l’expérience, que ce soit par la voie extérieure de la sensation, ou par la voie intérieure qui est celle de la réflexion et des opérations de l’esprit. Locke distingue ainsi les idées simples, passivement reçues à l’occasion des perceptions, et les idées complexes qui supposent une intervention de l’esprit analysant et liant entre elles les idées simples. Le degré de certitude de la connaissance dépend ainsi de la fidélité des idées à la réalité, et la connaissance consiste dans « la perception de la liaison et de la convenance ou de l’opposition et de la disconvenance entre deux de nos idées ». Pure propriété de l’esprit, elle est donc relative et ne nous permet pas d’accéder à l’essence des choses.

A partir de cette définition, Descartes développe sa version de l’argument ontologique : il déduit l’existence de Dieu de son essence même. En effet, Dieu est par définition doté de toutes les perfections ; or l’existence est une perfection : l’existence en tant que perfection fait partie de sa définition. Dieu ne peut donc pas ne pas exister. La distinction entre essence et existence ne convient pas au sujet de Dieu.

Pour Descartes, la première vérité est l’existence de ma conscience («cogito») (*). C’est donc à l’intérieur même de la pensée qu’il faut rechercher l’effet qui postule Dieu comme cause. La première preuve avancée par Descartes est la suivante :

  • Majeure : Dieu est un être parfait.
  • Mineure : L’existence est une perfection.
  • Conclusion: Dieu existe

Ou

  • Majeure : Il est de l’essence de Dieu d’être parfait ;
  • Mineure : or il serait imparfait s’il n’existait pas ;
  • Conclusion : donc il existe

Discours de la méthode », IV et « Méditations métaphysiques », III).

(*) RAPPEL: LE COGITO CHEZ DESCARTES

Dans l’exercice du doute méthodique, Descartes découvre une première évidence : s’il y a bien une chose dont le doute ne saurait avoir raison, c’est de ma puissance de douter elle-même. Dès lors que je doute, je sais que je doute et que je pense, et donc, que j’existe. Le Cogito cartésien est ainsi la prise de, conscience de mon existence comme sujet de doute et par là même de la pensée : « Je pense, j’existe ».

3. Critique de l’argument ontologique de Descartes.


Cette preuve est, au fond, la formulation originale de l’argument ontologique de Saint Anselme (XI ième siècle). Elle avait été critiquée par Gaunilon. Kant
la critique aussi dans la « Critique de la raison pure ». Pour Kant, les preuves de l’existence de Dieu sont des niaiseries. Il n’est pas possible de prouver l’existence d’un être transcendant. Il est impossible de connaître un être qui nous dépasse. Dans l’argument ontologique, le premier concept, ce n’est pas Dieu mais l’idée de Dieu. Si nous disons Dieu, nous supposons qu’il existe avant même de le démontrer.

  • L’idée de Dieu est l’idée d’un être qui possède toutes les perfections.
  • Or, un être parfait est un être qui existe,
  • donc l’idée de Dieu existe.

Autrement dit: Dieu est, par définition, parfait. Puisqu’il est parfait, le concept de son existence est contenu dans sa définition, car un dieu qui n’existerait pas serait moins parfait que celui qui existe.

REPERE : ANALYSE / SYNTHESE

L’analyse consiste à décomposer un ensemble en ses éléments constitutifs. À l’inverse, la synthèse vise à rassembler des éléments épars afin d’en avoir une vue d’ensemble. L’analyse permet de découvrir des choses ignorées lors d’une simple vue d’ensemble. Mais la synthèse n’est pas uniquement la somme de ses composants et permet de dégager des informations nouvelles. On peut donc combiner les deux démarches.

Il s’agit pour Kant d’un jugement analytique du type : un «tri-angle» a trois angles. Un tel jugement n’ajoute rien à l’idée de triangle. Le prédicat est contenu dans le sujet. Les propriétés du triangle sont contenues dans le concept même de triangle. L’argumentation de Descartes reste donc au niveau des idées. La preuve ontologique n’est qu’une misérable tautologie.

Jugement analytique = C’est lorsque le prédicat B appartient au sujet A comme quelque chose qui est contenu implicitement dans ce concept A, lorsque la liaison du prédicat au sujet y est pensée par identité. Les jugements analytiques n’accroissent pas ma connaissance.

Exemple : «Tous les corps sont étendus», c’est un jugement analytique car je n’ai pas besoin de sortir du concept que je lie au mot «corps» pour y trouver l’étendue. Autres exemples : «Un triangle est une figure géométrique à 3 angles», «ma grand-mère est la mère de ma mère/mon père», «Tous les chats sont des félins.», etc.

Les jugements analytiques sont a priori et nécessaires.

Tautologie = Proposition nécessairement vraies a priori («Tous les célibataires sont célibataires»). Elle est fondée sur le principe d’identité («A = A»). Purement formelle, la tautologie ne dit rien sur le monde, elle est vide de sens.

Exemple = Lorsque je dis «Demain, il pleuvra ou il ne pleuvra pas», je ne sais rien sur le temps qui fera. La tautologie a un sens péjoratif, elle signifie «redite», «pléonasme».

Dans la preuve cartésienne, le passage à l’existence, du Logique à l’Ontologique est indu. Le concept est toujours possible quand il n’est pas contradictoire.
On ne peut pas, comme le dit Kant, légitimement déduire une existence d’une essence, fût-elle celle de la perfection. L’existence relève en effet de la seule expérience. Seule cette dernière permet de dire si quelque chose existe ou non. Dans le monde des idées, comme nous l’avons vu, tout est possible, à partir du moment où ce qui est pensé est cohérent et non contradictoire. Mais ce n’est pas parce qu’une chose est cohérente, vraie formellement, qu’elle est vraie matériellement et qu’elle existe dans la réalité objective. La preuve ontologique, comme le montre Kant, n’est donc pas une preuve.

REPERE : FORMEL / MATERIEL

La philosophie distingue la forme et la matière. Sans contenu matériel, une pure forme demeure vide et dénuée de signification. Il faut toutefois préciser que certaines disciplines sont purement formelles, comme la logique ou les mathématiques. Elles évoluent dans le domaine du concept et n’exigent que la rigueur de la construction rationnelle. Par ailleurs, la matière sans forme n’exprime rien non plus de déterminé : c’est le sculpteur qui donnera une forme à la matière du marbre qu’il travaille et la transformera en statue. C’est pour cette raison que certains philosophes, comme Aristote, accordent une sorte de prééminence à la forme sur la matière, même si, dans le réel, le marbre précède la réalisation de la statue.

Ainsi, pour Kant, l’existence ne peut se constater que par la voie empirique (expérience) et non par la Raison. L’existence est une position absolue, extérieure au concept (ici de Dieu), l’existence n’est pas une perfection, un attribut parmi et comme les autres. Entre l’idée, le concept de 100 thalers/euros dans ma tête et la réalité sonnante et trébuchante de cette somme dans ma poche, il y a une différence radicale ! L’existence de Dieu n’est pas davantage contenue dans son essence que celle des thalers dans la pure notion de thaler. Toute existence s’éprouve et ne se prouve pas. Pour Kant, elle ne peut que se montrer, s’éprouver, et non se démontrer a priori. Elle doit faire l’objet d’une perception, ou, selon ses termes, d’une intuition sensible. Il faut distinguer le niveau des idées de celui de la vie. L’existence de Dieu n’est pas davantage contenue dans son essence que celle des thalers dans la pure notion de thaler. Dieu en acte est tout autre que l’idée de Dieu, de même qu’il y a une distance infinie entre la fortune en idée et la fortune en acte : cette distance infinie, c’est celle qu’introduit l’existence! Kant a infiniment raison, contre Descartes
et contre les philosophes essentialistes : il y a une spécificité de l’existence. Existe-t-il un Dieu réel ? Nous ne pouvons pas répondre en nous appuyant sur les principes de la Raison. Pour Kant, je ne peux savoir si quelque chose existe avant d’y être aller voir !

  • CSQ 1:
    Reste à faire de Dieu, un objet, non de raison, mais de foi, cad une croyance subjectivement suffisante mais objectivement insuffisante (dont les preuves font défaut).
    Kant met simplement fin aux prétentions scientifiques et rationnelles de la métaphysique. La relation de l’homme à la métaphysique a toujours existé et existera toujours, parce qu’elle comble une soif que les autres sciences, cantonnées à l’expérience, ne peuvent combler. Cette soif est celle de l’inconditionné et de l’infinitude par quoi l’homme signe son humanité plus encore sans doute que par l’existence en lui d’une rationalité. Simplement, à partir de lui, la métaphysique ne peut plus prétendre à autre chose qu’à la croyance. L’existence de Dieu, de l’âme humaine, d’une vie après la vie, etc., relève de l’hypothèse personnelle qu’est la croyance, et non d’une connaissance certifiée par la raison. Elles sont cependant des croyances postulées par la raison pratique selon Kant, car l’homme, comme vous le verrez dans le cours sur le devoir et le bonheur, a subjectivement besoin des objets de la foi pour ne pas accomplir un devoir désespéré. Le postulat de l’existence de Dieu et celui de l’existence d’une âme immortelle correspondent à l’exigence d’un Souverain Bien où la vertu et le bonheur sont réconciliés, et à l’exigence d’un effort vers la vertu et la raison qui doit pouvoir un jour aboutir.
  • CSQ 2:
    Approfondissement sur la «Critique de la raison pure» («Dialectique transcendantale») de Kant:

Ce qui nous montre Kant, dans sa critique des usages illégitimes de la raison, c’est que les objets métaphysiques ne peuvent pas être des objets de connaissance, et que la métaphysique ne peut pas être une science, car ce qui peut être connu appartient à ce monde, temporellement et spatialement situé. Ce qui est hors du monde, hors des phénomènes naturels, tout ce qui est, au sens étymologique, extra-naturel, hors du temps et de l’espace ne peut être connu.

Limitation des pouvoirs de la Raison qui laisse une place à la croyance. Le domaine de la foi touche ce qui est au-delà de la réalité mondaine, naturelle et physique que nous connaissons, l’absolu, l’éternité, par exemple. De cet au-delà, nous ne pouvons ne rien savoir avec certitude, mais nous pouvons y croire : «J’ai donc dû supprimer le savoir pour lui substituer la croyance.»(«CRPure» La croyance n’est pas une illusion, ni une erreur, mais il faut qu’elle s’accepte comme relative et subjective. La croyance est un besoin métaphysique de l’homme, un besoin qui ne peut pas être satisfait autrement que par des productions métaphysiques.
La « Dialectique transcendantale » est donc cette partie de la « Critique de la raison pure » où Kant examine comment la raison se contredit elle-même lorsqu’elle veut connaître au-delà de l’expérience. LA THEOLOGIE EST UNE SCIENCE SANS OBJET.

  • CSQ 3 :
    Si l’existence de Dieu n’est pas prouvable. L’inexistence de Dieu ne l’est pas davantage. L’agnosticisme (*) est dès lors peut-être la meilleure posture à l’égard de Dieu.

    (*) Rappel vocabulaire : Agnosticisme. En grec, « agnostos » signifie « inconnu », « inconnaissable ». Le fait d’être agnostique revient à écarter les spéculations métaphysiques et plus particulièrement religieuses. En matière d’option spirituelle concernant l’existence ou non d’un principe transcendant que l’on appelle le plus souvent Dieu, on a fréquemment tendance à tout limiter à une alternative : la foi ou l’athéisme. La foi désigne la croyance en un principe surnaturel à l’origine du monde, croyance qui s’exprime à travers une religion. L’athéisme est au contraire une position de refus radical en ce qui concerne la question de l’existence de Dieu. Pourtant, il y a une troisième attitude intellectuelle qui se refuse à prendre parti pour l’un ou l’autre des choix précédents et ceci, au nom de la limitation nécessaire de notre pouvoir de connaître.

    La raison étant incapable d’apporter une solution empirique ou logique aux problèmes excédant l’expérience possible, elle se reconnaît tout simplement incompétente pour y émettre un jugement qui validerait ou invaliderait l’existence d’un Dieu ou d’un quelconque principe transcendant. L’agnostique s’interdit donc de croire en ce qui déborde le champ de son savoir et se contente de ce à quoi sa raison lui permet d’accéder légitimement.

  1. Critiques de la religion

À côté des penseurs et philosophes qui voient dans la religion soit une nécessité sociale, soit une valeur supérieure à la raison, une transcendance, d’autres critiquent la religion, instrument de pouvoir qui interdit la véritable liberté.

Le moyen-âge était théisme = Dieu personnifié, anthropomorphique.

Le XVIIIe était déiste = Le dieu déiste n’a pas forme humaine, pas d’anthropomorphisme.

Le XIXe siècle était athée = intention subversive de chercher scientifiquement la genèse cachée des représentations religieuses. La philosophie du soupçon dépasse l’anticléricalisme (Voltaire, Sade, Rousseau, Diderot) du XVIIIe.

La religion sera vue comme pathologie, une maladie dont il faut guérir l’humanité. La religion ne sait pas ce qu’elle dit (le sens de sa parole lui échappe), elle ne sait pas ce qu’elle voit (ses représentations sont illusoires et hallucinatoire), elle ne sait pas ce qu’elle fait (elle sert toujours un pouvoir).

Marx, Nietzsche
Freud et Sartre peuvent être considérés comme des auteurs matérialistes, cad qui ne conçoivent d’autre réalité que la matière sensible et expliquent le supérieur par de l’inférieur (aliénation, instincts, pulsions).

La religion, qui proclame l’existence d’une réalité non sensible au-delà de la matière est donc une production purement humaine, un opium (Marx), une invention des faibles (Nietzsche), une illusion issue du désir (Freud) ou une entrave à la liberté de l’homme (Sartre).

Il s’agit là des critiques les plus radicales, qui visent à déconstruire ou à détruire la religion.

  • Freud (psychanalyse de la religion) = Religion comme compensation illusoire de la misère psychologique. La religion comme NÉVROSE.
  • Marx (sociologie de la religion) = Religion comme compensation illusoire de la misère économique. La religion comme NARCOSE.
  • Nietzsche (généalogie de la religion) = Religion comme compensation illusoire de la misère ontologique. La religion comme NÉCROSE.
  1. Le criticisme kantien

·    Pour Kant, l’homme, comme phénomène, est soumis à la causalité, aux lois de la nature et de l’expérience; comme sujet moral, il exerce la liberté de se déterminer lui-même par sa raison. Connaissance et croyance sont deux dimensions humaines irréductibles. La métaphysique, puisqu’elle s’intéresse au domaine nouménal et non aux phénomènes, reste inaccessible.

Par exemple, la théologie rationnelle qui entretient l’illusion de preuves de l’existence de Dieu, preuves que Kant démonte une à une, montrant leur valeur purement spéculative. Il n’y a pas de solution aux problèmes métaphysiques. On ne peut savoir si l’âme existe, si l’homme est libre ou non, si Dieu existe ou non. Je peux certes croire en Dieu, en la liberté et en l’immortalité mais, je ne peux le savoir, cad le démontrer rationnellement.

·    La religion est pour Kant « la connaissance de tous nos devoirs comme commandements divins ». Elle est donc subordonnée à la morale. Contrairement à Pascal, rien ni personne ne peut exiger de la raison qu’elle s’incline. Lucidité et foi coexistent. Les philosophes des Lumières mènent une analyse critique envers la religion qu’ils examinent par la raison. Leur scepticisme envers la tradition et l’autorité en général a pour conséquence une grande tolérance vis-à-vis de toutes les religions.

2. C’est l’homme qui fait Dieu

·    La croyance est-elle indéracinable ? se demandaient Épicure et Lucrèce. L’épicurisme s’attaquait déjà à la superstition religieuse née de l’ignorance de l’homme face à la nature et née de la crainte de l’homme devant la mort. Il n’y pas de projet divin pour l’homme. Il faut donc libérer les hommes de la croyance aux dieux de la foule qui, comme les désirs, sont des tyrans. Si les dieux existent, ils se désintéressent des hommes. Notre destin étant de les imiter en vivant «comme un dieu parmi les hommes».

·    Pour
Feuerbach, l’homme accorde à Dieu les attributs humains
. Dans la religion, l’homme est donc aliéné, c’est-à-dire dépossédé de sa propre essence, dépouillé de son être pour l’attribuer à Dieu. Il y a du divin, le savoir et l’amour sont choses divines, mais il n’y a pas de Dieu. L’homme doit ainsi réaliser son essence humaine, ce qui est affaire de politique et non de religion.
Dieu est une création des hommes. Dieu est l’image désaliéné de l’homme. Reflet inversé de la condition humaine. L’inverse des impuissances humaines. Les hommes fantasment, subliment leurs impuissances en puissances. Dieu, hypostase des impuissances de l’homme.

Feuerbach (1804 -1872) = Penseur du pré-marxisme. Humaniste post-hégélien. Chaînon manquant entre Hegel et Marx ? Un hégélien de gauche. Chaînon manquant entre Hegel et Marx !
Première formulation de l’athéisme : dénonciation de l’illusion de Dieu et de l’immortalité de l’âme. A cause de son athéisme, il est renvoyé de l’université. Il épouse une héritière riche (fabrique de porcelaine). Il vit en propriétaire, gentleman-farmer. Pour Dans «L’essence du christianisme» (1841), son ouvrage majeur, Feuerbach dénonce la religion comme un conte, une «histoire de nounou» ! L’anthropologie est le secret de la théologie. Les discours que l’on fait sur Dieu sont des discours que l’on fait sur l’homme. Les hommes ont créé Dieu à leur image inversée. Inversion de la proposition chrétienne : «Dieu a créé l’homme à son image». Processus d’inversion. Promotion d’une religion de l’humanité. L’homme doit prendre la place de Dieu = anthropothéisme. L’athéisme a existé avant 1841 chez Sade, mais, athéisme paradoxal de l’auteur des «Cent-vingt journées de Sodome» = besoin de Dieu pour pouvoir l’insulter et le nier. Feuerbach = démontage, déconstruction du mécanisme religieux:
ce que l’on nomme Dieu est une fiction dont on peut comprendre les mécanismes. Quels sont les mécanismes de sa constitution du divin ? Les hommes fabriquent un Dieu à partir de leur désir. Ce qu’ils n’ont pas, ce qu’ils ne sont pas, ils vont l’investir, le transférer (Freud) dans la figure de Dieu. Pas de religion chez les animaux, pas de Dieu, pas de sacré, pas de transcendance dans le règne animal. Donc,
religion = création, fabrication humaine. // Spinoza = Si le cercle se faisait une image de Dieu, il s’en ferait une image circulaire ! Anthropomorphisme. Pour Feuerbach, Dieu est une projection imaginaire, fictive de l’essence de l’homme. L’image que nous nous faisons de Dieu est humaine. Logique du miroir, de l’image inversée. Les hommes adorent en Dieu, ce qui leur fait défaut: «Dieu est le miroir de l’homme.». Plus Dieu est, moins les hommes sont. Logique des vases-communicants : la religion est la conscience de soi inversée. Ce que l’on donne à Dieu, on se l’interdit pour soi-même. Les hommes sont limités dans le temps, Dieu n’est pas soumis au temps. Les hommes sont engendrés, Dieu est incréé. Les hommes sont mortels, Dieu est éternel. Les hommes sont finis dans l’espace (pas de don d’ubiquité), Dieu est partout et nulle part. Les hommes sont limités dans le savoir (la somme de ce que nous savons est inférieur à la somme de ce que nous ignorons), Dieu est omniscient. Les hommes sont limités dans leur pouvoir, Dieu est omnipotent, etc. L’homme s’aliène en Dieu, se dépossède de lui-même. Les impuissances de l’homme font les puissances de Dieu. Dieu est noble, l’homme est ignoble. L’homme est peccable, Dieu est impeccable. Autrement dit, ce ne sont jamais que ses propres perfections et ses propres attributs que l’homme adore en Dieu. L’homme s’est ainsi dépouillé de son être pour l’attribuer à une réalité étrangère, Dieu : « Pour enrichir Dieu, l’homme doit s’appauvrir : pour que Dieu soit tout, l’homme doit n’être rien » (« L’essence du christianisme »). La mort de Dieu annonce, la naissance des hommes. Le christianisme, écrit-il, « est nié », « nié dans l’esprit et le cœur, dans la science et la vie, dans l’art et l’industrie, radicalement, sans appel ni retour » : « L’incroyance a remplacé la foi, la raison la Bible, la politique la religion et l’Eglise, la terre a remplacé le ciel, le travail la prière, la misère matérielle l’enfer, l’homme a remplacé le chrétien ». Et, ajoute Feuerbach, « si dans la pratique l’homme a remplacé le chrétien, il faut alors que dans la théorie aussi l’être humain remplace l’être divin ». Ce qui signifie que la philosophie doit cesser d’être « théologie » pour devenir « anthropologie ». Un homme post-chrétien. Monde profane. La religion de l’Humanité sans Dieu. L’homme doit adorer en lui-même les qualités de l’espèce humaine. Réaliser l’essence humaine est affaire de politique mais pas de religion ou de théologie : «Il faut que la politique devienne notre religion.»

A la mort de Feuerbach, les ouvriers de la fabrique accompagnent sa dépouille. Patron de gauche, progressiste. Parti social-démocrate. Sur la statue érigée en son hommage, deux phrases qui résument son œuvre : «Fais le bien pour l’amour des hommes», «L’homme a créé Dieu à son image». Quand les nazis arrivent au pouvoir, le monument est détruit.

« L’opposition du divin et de l’humain est une opposition illusoire, elle n’est, autrement dit rien d’autre que l’opposition entre l’essence humaine et l’individu humain, et par suite l’objet et le contenu de la religion chrétienne sont eux aussi humains de part en part.

La religion, du moins la religion chrétienne, est le rapport de l’homme avec lui-même, ou plus exactement avec son être, mais un rapport avec son être qui se présente comme un être autre que lui. L’être divin n’est rien d’autre que l’être humain, ou plutôt, que l’être de l’homme, débarrassé des bornes de l’homme individuel, cad réel et corporel, puis objectivé, cad contemplé et adoré comme un être propre, mais autre que lui et distinct de lui : c’est pourquoi toutes les déterminations de l’être divin sont des déterminations de l’être humain ». Feuerbach, « L’essence du christianisme ».

Feuerbach développe une critique matérialiste du christianisme, et par-delà, de toute religion pourvue d’un ou plusieurs Dieux : le divin n’existe pas hors de l’humain, il n’est que la projection imaginaire que l’homme fait de sa propre espèce. Tout Dieu est anthropomorphe, car c’est l’homme qui l’a créé à son image. En Dieu l’homme se reproduit, enrichi des attributs de perfection et d’infini : « La conscience de Dieu est la conscience de soi de l’homme », mais de cela il n’en a pas conscience. Il croit en ce Dieu illusoire. Sa conscience est donc aliénée, cad dépossédée au profit d’un autre être, d’ailleurs imaginaire. L’homme se pense lui-même, mais comme un être autre que lui. Le christianisme est la plus aliénante et la dernière des religions : la religion la plus aliénante car la notion inédite de l’homme-Dieu dépouille totalement l’homme de la conscience de son statut réel, au profit d’une représentation imaginaire de lui-même ; et la dernière des religions, parce qu’elle annonce la mise au jour de la vraie nature de la religion : une nature purement et strictement humaine. Tels sont les principes du matérialisme athée.

3. Opium du peuple ou mort de Dieu ?

  1. La religion comme «opium du peuple» (narcose)

·    Cette critique de Feuerbach va influencer Marx. Mais il lui reproche de négliger les réalités économiques dans lesquelles vivent concrètement/matériellement les hommes. La religion est le produit, le symptôme de ces maux. Les hommes se réfugient dans l’imaginaire pour échapper à cette douloureuse réalité de l’exploitation capitaliste, c’est pourquoi lutter contre la religion, c’est « lutter contre ce monde-là dont la religion est l’arôme spirituel ». Seule la transformation révolutionnaire du monde peut aider l’homme. Révolution prolétarienne visant à l’abolition de la propriété privée pour une organisation économique de type communiste.

Si Marx reconnaît avec Feuerbach que la critique de la religion est la présupposition de toute critique, il reproche toutefois à ce dernier sa conception abstraite de l’homme. Feuerbach manque la réalité de l’homme concret. L’homme doit être conçu dans son existence réelle. L’homme pour Marx, n’est pas « une essence abstraite, blottie hors du mode ». L’homme, c’est avant tout « le monde des hommes », « l’Etat », « la société » : « Feuerbach résout l’essence religieuse en essence humaine. Mais l’essence de l’homme n’est pas une abstraction inhérente à l’individu isolé. Dans sa réalité, elle est l’ensemble des rapports sociaux » (« Thèse VI sur Feuerbach »). C’est pourquoi Feuerbach « ne voit pas que l’esprit religieux est lui-même un produit social ».

Dans la « Critique de la philosophie du droit de Hegel », Marx montre que la religion est « la conscience inversée du monde », parce que le monde de l’homme, l’Etat, la société sont eux-mêmes « un monde à l’envers ». Si la religion est « la réalisation fantastique de l’être humain », c’est parce que « l’être humain ne possède pas de vraie réalité ». Autrement dit, l’aliénation religieuse est le produit de la pauvreté effective de l’homme : « La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». Aliéné économiquement, exploité socialement, l’homme réalise de manière fantastique son essence dans un monde imaginaire. C’est pourquoi lutter contre la religion, c’est « indirectement lutter contre ce monde-là dont la religion est l’arôme spirituel ». Ainsi, à travers la critique de la religion, la critique doit atteindre la situation réelle de l’homme : « L’abolition de la religion en tant que bonheur illusoire du peuple est l’exigence que formule son bonheur réel. Exiger qu’il renonce aux illusions sur sa situation, c’est exiger qu’il renonce à une situation qui a besoin d’illusions. La critique de la religion est donc en germe la critique de cette vallée de larmes dont la religion est l’auréole. »

Supprimer l’illusion religieuse, c’est donc exiger le bonheur réel. Dépouiller « les chaînes des fleurs imaginaires », c’est du même coup inviter l’homme à rejeter « les chaînes » et cueillir « les fleurs vivantes ». Plus fondamentalement, détruire les illusions de l’homme c’est le rendre à sa vraie réalité « pour qu’il pense, agisse, façonne sa réalité comme un homme sans illusions parvenu à l’âge de raison, pour qu’il gravite autour de lui-même, cad de son soleil réel ». C’est donc d’une véritable « révolution copernicienne » qu’il s’agit : passer de la religion, « soleil illusoire qui gravite autour de l’homme » à l’homme qui gravite « autour de lui-même ».

Pour Marx, il s’agit donc d’aller plus loin que la simple critique de la religion à laquelle Feuerbach s’arrêtait : il faut aller jusqu’à la critique pratique du monde réel, cad jusqu’à la transformation révolutionnaire de la société.

Marx et la philosophie de l’Histoire :

https : //drive.google.com/open?id=1XHVf4mRnsCVUU0SdycpSLfKKe6S5RdOQ

LA RELIGION EST «L’OPIUM DU PEUPLE» (MARX)

« La détresse religieuse est, pour une part, l’expression de la détresse réelle et, pour une autre, la protestation contre la détresse réelle. La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit de conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple ». « Critique de la philosophie du droit de Hegel », Marx.

Dire que la religion est l’opium du peuple, c’est dire qu’elle a un rôle ambigu, car elle endort le peuple et en même temps, elle soulage ses souffrances. Il faut se débarrasser de la religion pour voir la réalité telle qu’elle est. Sans religion, l’homme n’aura plus de consolation de sa misère mais c’est justement pour cela qu’il cessera d’accepter cette misère et sa révoltera contre ses conditions et ceux qui en profitent. Cette soumission s’obtient à l’aide de formules telles que : “Bienheureux les pauvres, le royaume des cieux est à eux“, ou encore, “Esclaves, demeurez soumis à vos maîtres car toute autorité vient de Dieu.Paul, «Épître aux Corinthiens».

RAPPEL

Infrastructure
= base matérielle. Tout ce qui est relatif à la production cad:

  • Condition de production (climat, ressources naturelles) ;
  • Forces productives (outils, machines)
  • Les rapports de production (classe sociale, domination, aliénation).

Superstructure = ensemble des idées d’une société, ses productions non matérielles, spirituelles :

  • Institutions politiques,
  • Lois / Droit,
  • Religion,
  • Morale,
  • Philosophie.

Marx établit un rapport de détermination: La révolution industrielle a contribué à transformer la société féodale en une société industrielle. C’est l’évolution de l’infrastructure économique (mécanisation, industrialisation, prolétarisation) qui a causé une révolution idéologique (protestantisme, rationalisme, libéralisme).

En tant qu’illusion, la religion est en soi intellectuellement aliénante. Mais elle est de plus matériellement aliénante parce qu’elle est une «superstructure» idéologique
[*]
qui masque l’ «infrastructure» économique dont elle émane et qu’elle cautionne. La religion en faisant miroiter aux hommes le bonheur dans un autre monde permet de faire durer l’exploitation de l’homme par l’homme dans ce monde-çi. La religion est le reflet d’un monde à l’envers. La religion est le négatif du monde. La religion est une consolation et une protestation qui permet à l’homme de supporter son aliénation et sa misère économique. L’homme rêve d’un au-delà paradisiaque pour mieux supporter l’enfer de l’ici-bas.

[*] Dans la philosophie marxiste, l’idéologie est un rapport faussé avec le réel, dépendant d’une transposition des rapports sociaux de production dans le champ des valeurs et des institutions. Par exemple, la conception bourgeoise de la liberté et du droit n’est que l’expression d’une infrastructure économique ancrée sur le libéralisme et la propriété privée. Ainsi, ce sont les classes sociales dominantes qui déterminent idéologiquement les lois, les valeurs en les posant faussement comme des normes absolues et indépendantes. (=> http://www.devoir-de-philosophie.com/bio/ideologie.htm ).

La religion n’est donc pas le véritable ennemi de Marx ; à travers elle, c’est le mode de production du capitalisme qu’il vise à détruire. La lutte contre la religion se doit d’être la lutte contre le monde réel, dont la religion n’est que l’expression, « l’arôme ».

// https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/ethique-protestante-max-weber/

  1. La mort de Dieu – La religion comme nécrose.

    // Rimbaud à 16 ans (1870) écrira « Mort à Dieu » (ou « Merde à Dieu ») sur les murs de Charleville. Mystique païen, cosmique, « à l’état sauvage » (Claudel).

    // Nietzsche (et Schopenhauer) & Rimbaud = une relation toxique avec leur mère et l’absence de leur père. Tous 3 mourront en « vieux » célibataires sans enfant !


Texte de Nietzsche dans «Le Gai Savoir» – «L’Insensé»: https : //drive.google.com/open?id=1wrCbtg92cURJQr4vWRAv59WF-B7khQPk

·    Nietzsche sonne la mort de Dieu qui est un effondrement de toutes les valeurs et de la culture. Les hommes n’ont plus besoin de Dieu pour pouvoir vivre. Dieu est devenu, avec la démocratie, le scientisme, une hypothèse dont on peut se passer. Cet « événement énorme » oblige les hommes désormais à se dépasser, à devenir des esprits libres. Nietzsche pourfend « la foi dans la science», tout comme il pourfend la pensée gréco-judéo-chrétienne : en fait, toute philosophie, pensée, religion qui rêve de parvenir à des vérités définitives dans un autre monde et qui oublie la vie bien vivante dans laquelle chacun est plongé, ici et maintenant. Il n’est pas question de nier « ce monde, le nôtre ». II reproche au christianisme d’amollir l’homme, de le consoler de la vie au lieu de la lui faire vivre pleinement, et de l’intoxiquer en quelque sorte par une morale du ressentiment.


Le religieux dévalue le terrestre au profit du céleste, l’homme au profit de Dieu. Pourquoi un tel dénigrement de la vie et le refuge dans des «arrières-mondes», cad des mondes imaginaires grâce auxquels le religieux évalue et dévalue la réalité ?
Nietzsche comprend tout cela comme signe de décadence, de faiblesse. Le religieux est un faible, un décadent (*) qui souffre de la réalité, qui manque de force vitale. Donc, il va faire l’apologie des valeurs (nihilistes) de passivité, d’adaptation, de résignation, d’intériorisation. Contre cette «morale des esclaves» («homme-chameau»), Nietzsche propose et oppose une morale aristocratique, du surhomme (créateur, artiste, législateur, héros, guerrier) défendant les valeurs affirmatives, d’activité, de conquêtes, d’extériorisation de soi.

(*) Pour Nietzsche, désigne tout ce qui affaiblit la vie au lieu de la servir. // Rimbaud: «La morale est la faiblesse de la cervelle.» ( in « Une saison en enfer » (1873), Délires II) ou encore Jésus, ce «voleur des énergies» ≠ le poète, ce «voleur de feu».

Nietzsche dans « Ecce Homo » attaque vigoureusement les penseurs qui, acceptant le principe universel de Darwin «la vie est une lutte dans laquelle les plus aptes subsistent », n’ont pas été assez courageux pour en tirer cette règle morale que dans ce cas la force est la vertu suprême, la faiblesse est une faute. Il écrit : « Le secret aiguillon des libres-penseurs français, de Voltaire à Auguste Comte, fut de ne point rester en arrière de l’idéal chrétien, mais de surenchérir sur lui… alors que dans cette bataille qu’est la Vie, ce qu’il nous faut, ce n’est pas la bonté, mais la force ; ce n’est pas l’humilité, c’est la volonté de puissance… et que l’égalité et la démocratie sont contraires à la sélection et à la survivance du plus apte.».

Deleuze a commenté remarquablement Nietzsche en faisant valoir que si la morale aristocratique (dont Nietzsche se réclame) s’énonce « je suis bon donc tu es méchant », la morale des esclaves et des décadents se délivre par « tu es méchant donc je suis bon ».

La morale, telle que la tradition chrétienne nous la transmet, avec sa valorisation de l’ascétisme, de la chasteté, de l’humilité, de l’altruisme, ne serait donc que le résultat de ce travail de l’envie et du ressentiment sur ceux qui se sentent en état d’infériorité, travail qui opère un véritable retournement des valeurs, valorisant ainsi ce qui précédemment, dans l’éthique première et spontanée des hommes, était méprisé, et dévalorisant au contraire ce qui était apprécié.

Le faible se dit « bon » et dit que l’autre, celui qui, originellement, est bon, est «le méchant ». Il est méchant, puisqu’il a l’insidieuse cruauté d’être tel qu’il blesse les autres, ceux qui ne sont pas semblables à lui. Il a le tort d’être le bon, le fort, le beau, l’aimé des dieux, puisque cela fait souffrir ceux qui ne sont pas comme lui et donc il doit en être puni. Inversement, les faibles, ceux qui ne font envie à personne sont forcément bons. Ils sont gentils. La morale telle que la tradition occidentale l’a créée est donc, aux yeux de Nietzsche, une vengeance des impuissants, une invention des faibles- contre les puissants de la vie. Cette vengeance est sourde, souterraine, minant peu à peu les forces vives de la vie, en inventant le «sentiment de culpabilité» et «l’idéal ascétique », faisant douter celui qui est heureux du bien-fondé de son bonheur.

Nous voyons comment un « renversement des valeurs » est par excellence le produit du travail de l’envie et du ressentiment. Les envieux minent la position supérieure de l’autre par petites touches, et apparemment sans y toucher, apparemment même par affection, cachant la haine violente qu’ils éprouvent sous le masque d’une bonne volonté affichée, et parfois vont jusqu’à réussir à faire douter le bon de ce qu’il est, et de son bon droit à l’être : «Et si c’était effectivement mal d’être bien-portant, d’être vigoureux, d’avoir une vie sexuelle épanouie, d’aimer l’amour, d’aimer la vie, la bonne chère, etc. ? »

La première formule débute par une pleine affirmation de soi, une auto exaltation, dont le « tu es méchant » n’est que la conséquence. Les esclaves, les faibles se reconnaissent à ce qu’ils ré-agissent, sont des hommes du ressentiment et de la vengeance. Pour parvenir à se supporter eux-mêmes, ils ont besoin de s’opposer à d’autres. Ainsi, ils commencent par poser l’autre comme « méchant », et c’est parce qu’ils ne supporter pas l’autre qu’ils se nomment « bons ». Le caractère de « bon » n’est pas ici une affirmation de soi, mais une réaction, la marque du ressentiment, de la vengeance, devant autrui.

Prolongements : https : //www.youtube.com/watch?v=4kRY6vp99iY, https : //www.youtube.com/watch?v=XAaPkiiUTeI.

Dans « Le Gai Savoir », Nietzsche affirme que les temps modernes vivent un « événement énorme » : la « mort de Dieu ». Affirmer que Dieu est mort peut sembler paradoxal, si l’on considère que l’immortalité est l’un des attributs de Dieu. N’est-ce pas plutôt la croyance des hommes en Dieu qui a disparu, étant donné que Dieu n’existerait que par notre foi ? Mais, Nietzsche ne se contente pas du constat sociologique de cette désaffection des hommes envers la religion : il rend ceux-ci déicides, cad auteurs responsables de leur nouvelle condition. Cet événement est une action de l’homme, un véritable assassinat : « Où est allé Dieu […] Je vais vous le dire. Nous l’avons tué – vous & moi ! Nous tous, nous sommes ses assassins ! » La mort de Dieu ouvre une nouvelle phase de l’histoire de l’homme, celle du « surhomme » : « Ce que le monde a possédé jusqu’à présent de plus sacré et de plus puissant a perdu son sang sous nos couteau – qui effacera de nous ce sang ? Avec quelle eau nous purifierons-nous ? Quelles expiations, quels jeux sacrés nous faudra-t-il désormais inventer ? La grandeur de cet acte n’est-elle pas trop grande pour nous ? Ne sommes-nous pas forcés de devenir nous-mêmes des Dieux pour du moins paraître dignes d’eux ?
» La nécessité incombe aux hommes de devenir acteurs d’un destin sans Dieu.

Pour Nietzsche, « il n’y eut jamais acte plus grandiose » que l’assassinat de Dieu et ceux qui naîtront après « appartiendront, à cause de cet acte, à une histoire plus élevée que ne le fut jamais toute histoire ! » Mais ce dépassement de l’homme par l’homme signifie surtout pour Nietzsche que l’homme doit dominer l’homme. Le surhomme doit venir pour balayer la tourbe de l’humanité commune. Le règne des maîtres doit permettre d’effacer aussi bien Socrate et Jésus que le danger d’une révolution démocratique et socialiste.

Projet de Nietzsche : Il n’agit pas que d’une critique des « arrières-mondes » et de la religion. Il s’agit aussi de « transmuer les valeurs », d’effacer le mouvement chrétien qui fait de toute valeur une non-valeur, de favoriser les forces actives, la puissance, l’expansion de la vie. Tandis que les vertus chrétiennes ne servaient qu’à la survie des faibles et des malades, les nouvelles valeurs à naître (« par-delà le bien & le mal ») doivent être celles du «surhomme» : l’affirmation de soi (et non plus le renoncement ascétique ou l’abandon), l’auto-dépassement de l’homme qui surmonte sa propre humanité et ses aspirations et désirs « humains trop humains ». Les hommes sont appelés à devenir des maîtres, non au sens politique de « dominateurs » (le surhomme n’est pas superman) mais au sens moral d’ « hommes supérieurs », riches de leurs potentialités créatrices.

En ce sens le « surhomme » n’est pas la caricature qu’on en a fait, mais ce qui doit dépasser l’homme moderne, fatigué et décadent, créer d’autres valeurs, non pas « négatrices » de la vie ou dévalorisantes, mais servant l’acceptation de l’existence.

Le surhomme selon Nietzsche n’est pas l’homme violent qui impose ses vues ou qui détruit, c’est celui qui est lui-même, unifié et victorieux de lui-même et qui a compris «le sens de la Terre», qui est «par-delà le Bien et le Mal» parce qu’il est créateur et non pas juge ni critique. Sa morale est une apologie de la force d’âme, plutôt que de la force tout court.

4. Freud et la religion comme névrose.

Le besoin de croire n’est-il pas lié à une satisfaction imaginaire ou sublimée du désir ?

Marx a mis l’accent sur la misère économique et sociale de l’homme qui se réfugie dans la religion. Freud voit dans la religion une compensation à la misère psychologique. Elle dérive des désirs humains frustrés et de l’enfance. La religion est une «illusion» qui apaise l’angoisse humaine en proposant une Providence bienveillante. À cette fonction consolatrice de la religion, Freud ajoute le besoin protecteur d’un père aimant. Toutes les religions nous promettent la vie éternelle.

Note :
L’illusion comme désir: Freud

L’analyse de Freud va dans le même sens que celle de Nietzsche. Au fond, l’illusion est d’ordre affectif. C’est une croyance qui se rattache à un désir. L’illusion n’est pas une erreur à redresser, mais bel et bien une croyance fondée sur l’affectivité. Freud déchiffre remarquablement le rapport existant entre le désir et l’illusion : ce qui caractérise l’illusion, c’est d’être dérivée de désirs humains. La religion, par exemple, est une illusion en ce sens que ce qui motive la croyance en Dieu, c’est le désir de retrouver un pèrela mort du père est la naissance de Dieu »). L’explication de Freud est très profondément anthropologique. C’est dans le coeur de l’homme, dans ses souhaits, son existence d’être incarné que réside le secret de l’illusion.

« … c’était une illusion de la part de Christophe Colomb de croire qu’il avait trouvé une nouvelle route maritime des Indes. La part de désir que comportait cette erreur est manifeste.» (Freud, «L’avenir d’une illusion»).

// Don Quichotte croit voir des chevaliers errants là où Sancho Pança ne voit que des moulins à vent.

// Illusion ethnocentrique : ils voient dans leur propre culture l’unique point de repère et rejettent hors de l’humanité les autres formes culturelles. Cette illusion si puissante recèle de grands dangers : n’est-ce point le refus de l’Autre qu’elle véhicule? Au contraire, l’ethnologue sait que les cultures, plurielles, ne sont susceptibles d’aucune hiérarchisation.

L’illusion peut même se réaliser

Dans ces conditions, si l’illusion est une croyance fondée sur la réalisation d’un désir, s’il faut rapporter son déchiffrage à une économie du désir, non seulement elle ne se confond pas avec l’erreur, mais il peut arriver qu’elle se réalise. Quand la réalisation d’un désir est prévalente, l’illusion est susceptible de retrouver le réel.

«L’idée délirante est essentiellement — nous soulignons ce caractère — en contradiction avec la réalité; l’illusion n’est pas nécessairement fausse, c’est-à-dire irréalisable ou en contradiction avec la réalité. Une jeune fille de condition modeste peut, par exemple, se créer l’illusion qu’un prince charmant va venir la chercher pour l’épouser. Or cela est possible; quelques cas de ce genre se sont réellement présentés. Que le Messie vienne et fonde un âge d’or, voilà qui est beaucoup moins vraisemblable.» (Freud, op. cit.)

·    L’illusion n’est pas nécessairement fausse ni irréalisable (la transmutation des métaux affirmée par les alchimistes était une illusion, bien que la science ait montré qu’elle est possible), mais elle refuse de se confronter avec la réalité en se réfugiant dans l’univers du désir. Elle est la prédominance du principe de plaisir sur le principe de réalité.

« Représentons-nous la vie psychique du petit enfant. […] La libido suit la voie des besoins narcissiques et s’attache aux objets qui assurent leur satisfaction. Ainsi la mère, qui satisfait la faim, devient le premier objet d’amour et certes de plus la première protection contre tous les dangers indéterminés qui menacent l’enfant dans le monde extérieur ; elle devient, peut-on dire, la première protection contre l’angoisse.

La mère est bientôt remplacée dans ce rôle par le père plus fort, et ce rôle reste dévolu au père durant tout le cours de l’enfance. Cependant la relation au père est affectée d’une ambivalence particulière. Le père constituait lui-même un danger, peut-être en vertu de la relation primitive à la mère. Aussi inspire-t-il autant de crainte que de nostalgie et d’admiration. Les signes de cette ambivalence marquent profondément toutes les religions […]. Et quand l’enfant, en grandissant, voit qu’il est destiné à rester à jamais un enfant, qu’il ne pourra jamais se passer de protection contre des puissances souveraines et inconnues, alors il prête à celles-ci les traits de la figure paternelle, il se crée des Dieux, dont il a peur, qu’il cherche à se rendre propices et auxquels il attribue cependant la tâche de le protéger. Ainsi la nostalgie qu’a de son père l’enfant coïncide avec le besoin de protection qu’il éprouve en vertu de la faiblesse humaine ; la réaction défensive de l’enfant contre son sentiment de détresse prête à la réaction au sentiment de détresse que l’adulte éprouve à son tour, et qui engendre la religion, ses traits caractéristiques. » Freud.

La religion n’est pas l’objet central de l’investigation Freudienne : l’auteur étend à ce champ du réel les conséquences de son interprétation des maladies psychiques et du fonctionnement de l’inconscient. C’est ainsi que la religion se trouve englobée dans sa théorie du déterminisme psychique.

Freud lui consacre tout de même trois ouvrages, dont deux, « Totem & Tabou » et « Moise & le monothéisme », développent une hypothèse, aujourd’hui fort contestée, de la genèse du phénomène religieux : à l’origine de l’humanité, le meurtre du père par ses fils aurait fait naître chez ceux-ci un sentiment de culpabilité, qui n’aurait trouvé d’issue que dans le culte voué au père défunt, et divinisé. Le troisième livre de Freud, « L’avenir d’une illusion », porte, comme son titre l’indique, un double regard, synchronique et diachronique, sur la nature de la religion, et sur son destin historique.

Freud conçoit la religion comme une illusion, cad comme une croyance fondée sur la réalisation d’un désir (et non sur la connaissance objective de la réalité). Elle est une réponse à une situation de détresse : lorsque l’enfant constate que ses parents, qu’il croyait parfaits, s’avèrent faillibles, son désarroi l’incite à projeter dans l’au-delà les attributs de toute-puissance et de toute-tendresse qu’il désirait (et donc croyait) les voir assumer jusqu’alors. La religion a donc pour effet de reproduire à l’échelle sociale les relations de l’enfant à l’autorité parentale, dans leur double fonction de protection et de répression.
Passage du père terreste, géniteur au Père céleste, créateur.

Plus précisément, Freud assimile la religion à une névrose
obsessionnelle
, cad à l’expression symbolique d’un conflit psychique, en l’occurrence à un mécanisme de défense contre l’angoisse par la pratique répétée de rites et de prières. Les symptômes névrotiques sont repérables dans les rites. Comme les actes compulsionnels les actes religieux rituels doivent être scrupuleusement observés. Tout manquement provoquant remords et anxiété. L’homme pieux se sent un grand pécheur et appréhende le châtiment divin tout comme le névrosé souffre d’un sentiment de culpabilité inconscient. L’un et l’autre se défendent par des mesures protectrices, des rituels ou du cérémonial obsessionnel. C’est ainsi que le psychisme gère ses propres tensions internes, nées de la déception, de la culpabilité et de la souffrance. La religion permet au croyant de sublimer la figure du père. La «sublimation» est un travestissement et un détournement de pulsions moralement inacceptables (et donc censurées) vers des activités socialement valorisées : art, travail, effort intellectuel ou physique, religion, etc. La pulsion orientée vers le père, double désir inconscient de le supprimer et d’en prolonger la présence protectrice au-delà de l’enfance, n’est ici ni satisfaite ni refoulée, mais se trouve transfigurée et canalisée dans un cadre que légitime la conscience morale (le surmoi) : le Père divin se substitue au père humain.

Quant au destin de cette illusion religieuse, il consiste à s’effacer devant les progrès de l’humanité et son accession à l’âge adulte : l’humanité doit pouvoir surmonter sa détresse infantile et assumer la réalité de sa condition.

Freud et la nostalgie du père :

https : //drive.google.com/open?id=1g5CjaJNZbgXG7jwVNV7Cz9Toaib4uhJB

2 idées à retenir:

  • Analogie entre la religion et la névrose obsessionnelle : La religion est une sorte de névrose collective. Le névrosé obsessionnel est un être angoissé par la vie et qui tâche de réduire son angoisse grâce à un ensemble de manie, de rituels (TOC). Les symptômes du névrosé sont symboliques et répétitifs comme le sont les rites religieux du croyant (prières, contritions, offrandes, sacrifices).
  • Représentation imaginaire des figures parentales : Dieu-Père, Déesse-Mère sont la projection dans l’au-delà de l’image des deux parents. Représentation fantasmatique. Dieu est l’héritier du Père idéal (toute-puissance). Déesse ou Vierge est l’héritière de la Mère idéale (toute-amour et vierge car l’enfant est incapable d’assimiler psychologiquement la sexualité de sa mère).

·    L’homme doit apprendre à affronter la réalité afin de se libérer et d’être heureux ici-bas. Telle est en quelque sorte la « leçon » que l’on peut tirer de ces diverses analyses. Et l’on ne peut qu’encourager chacun à exercer sa raison et à s’interroger sur ses propres croyances et leur origine. Mais tant qu’il y aura des hommes, il y aura des questions métaphysiques.

« Ainsi je suis en contradiction avec vous lorsque, poursuivant vos déductions, vous dites que l’homme ne saurait absolument pas se passer de la consolation que lui apporte l’illusion religieuse, que, sans, elle, il ne supporterait pas le poids de la vie, la réalité cruelle. // Oui, cela est vrai de l’homme à qui vous avez instillé dès l’enfance le; doux -ou le doux et amer- poison. Mais de l’autre, qui a été élevé dans la sobriété? // Peut-être celui qui ne souffre d’aucune névrose n’a-t-il pas besoin d’ivresse pour étourdir celle-ci. Sans aucun doute l’homme alors se trouvera dans une situation difficile; il sera contraint de s’avouer toute sa détresse, sa petitesse dans l’ensemble de l’univers; il ne sera plus le centre de la création, l’objet des tendres soins d’une providence bénévole. Il se trouvera dans la même situation qu’un enfant qui a quitté la maison paternelle, où il se sentait si bien et où il avait chaud. //
Mais le stade de l’infantilisme n’est-il pas destiné à être dépassé? L’homme ne peut pas éternellement demeurer un enfant, il lui faut enfin s’aventurer dans l’univers hostile. On peut appeler cela « l’éducation en vue de la réalité »; ai-je besoin de vous dire que mon unique dessein, en écrivant cette étude, est d’attirer l’attention sur la nécessité qui s’impose de réaliser ce progrès? » FREUD.

Commentaire :
http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/68162.pdf

Le croyant n’est en effet, aux yeux de Freud, qu’un être immature, semblable à l’enfant, qui ne pourrait pas supporter le monde laissé à lui-même, autrement dit sans providence et sans finalité. Il s’inventerait alors un Dieu (ou des dieux), pour prendre soin du monde et plus particulièrement de lui. Les dieux, en punissant les méchants et en récompensant les bons par exemple, permettraient d’instaurer une justice là où les réalités du monde semblent insupportablement arbitraires et aléatoires. La providence divine veillerait sur chacun, comme le ferait un père bienveillant. Cette croyance en un Dieu paternel et protecteur donne lieu, en outre, lorsqu’elle est partagée dans une communauté, à un tissage social, qui permet à l’individu de se sentir comme dans une grande famille. Selon Freud, la croyance religieuse est donc fondée sur le sentiment d’insécurité de l’individu, sur son besoin égocentrique et infantile d’être au coeur de l’univers, et l’objet d’une attention toute particulière d’un Père tout-puissant et bienveillant. Cette production illusoire de l’imagination humaine a beau être consolatrice, elle doit cependant, selon Freud, être éradiquée car elle maintient l’homme dans une immaturité nuisible à son développement personnel, et nuisible à l’évolution de la société.

IV) La religion réhabilitée.

  1. Critique des critiques de la religion.

La trinité du soupçon se retrouve sur l’appréciation du caractère pathologique (Marx, narcose ; Nietzsche, nécrose ; Freud, névrose) de la religion, mais elle se sépare sur le diagnostic et la thérapeutique (ou la solution). Résumons cela :

CRITIQUES DE LA RELIGION:

NIETZSCHE : LA RELIGION COMME NECROSE («Dieu est mort »)

MARX: LA RELIGION COMME NARCOSE (la religion est l’ «opium du peuple»)

FREUD: LA RELIGION COMME NEVROSE (la religion est la «névrose obsessionnelle de l’humanité»)

Cause / Diagnostic

Misère ontologique, décadence. Esprit grégaire. Volonté de puissance négative. La religion est une invention des faibles. Elle dévalue le terrestre au profit du céleste. Le religieux est un faible qui souffre de la réalité. Donc, il va faire l’apologie des «valeurs» (nihilistes) de passivité, d’adaptation, de résignation, d’intériorisation. La religion contre la vie.

Misère économico-sociale. Exploitation, aliénation* de l’homme par l’homme = Kalisme*. La religion est un «opium», cad elle endort et soulage le peuple. La religion est une superstructure idéologique qui masque l’infrastructure économique dont elle émane et qu’elle cautionne. La religion en faisant miroiter aux hommes le bonheur dans l’au-delà permet de faire durer l’exploitation de l’homme par l’homme dans ce monde-ci.

Regard médical. Misère psychologique. Infantilisme, complexe d’Œdipe* non surmonté, névrose. La religion comme névrose obsessionnelle* de l’humanité. La religion est une pathologie. Dieu comme substitut symbolique du père. Dieu-Père et Déesse-Mère sont la projection dans l’au-delà de l’image parentale. Dieu le Père est au croyant, ce que le père biologique est à l’enfant.

Remède / Thérapeutique

Débarrasser l’Europe du nihilisme*. Régénération morale de l’homme par le Surhomme. Redonner au mythe dionysiaque* toute sa force. Intensifier la vie, mettre de la vie dans la vie. Création artistique= extérioriser sa puissance créatrice. Inventer un nouveau monde, de nouvelles valeurs. Affirmation de la volonté de puissance* positive. Réalisation de soi. Amor fati, amour du destin. Faire de sa vie une œuvre d’art. Réaliser sa propre essence. Devenir celui que l’on est. Transvaluation des valeurs = Ne plus insulter la Terre au profit du céleste, ne plus contempteur le corps au profit de l’âme.

Révolution prolétarienne. Mode de production collectiviste (cad la fin de la propriété privée des moyens de production) = fin de l’exploitation Kaliste de l’homme par l’homme. Substitution de la science marxiste à la mythologie capitaliste. Aboutissement, fin de l’Histoire. Le communisme (cad liberté et égalité réelle de tous) fera tomber la religion dans les reliques de l’histoire.

Progrès économique et «éducation en vue de la réalité». Freud pense que la psychanalyse contribue à la démystification de la religion dans la mesure où elle en explique scientifiquement les mécanismes inconscients. Le progrès des conditions de vie résultant du développement rationnel et raisonnable de l’économie de marché sonnera le glas de la religion en éloignant les angoissantes infantiles ancestrales. Maturité de l’homme.

Critique des critiques de la religion

La critique nietzschéenne n’est pas réellement irréligieuse. Nietzsche se veut plutôt être le prophète d’une nouvelle religion dont l’idole serait Zarathoustra*, figure de l’Antéchrist. «Ainsi parlait Zarathoustra» est, pour Nietzsche, le 5ième évangile, susceptible de balayer les 4 autres et l’interprétation chrétienne de l’existence. Une religion d’après la religion.

Scientisme* du marxisme. L’adhésion sans réserve à la science n’est pas plus rationnelle que ne l’est la foi religieuse. Disparition de la religion en conséquence de la révolution. Or, le scientisme* n’est-il pas autre infantilisme* ? Scientificité douteuse (Popper). Marx n’en finit pas avec l’esprit religieux. Dimension eschatologique* et messianique* des œuvres du jeune Marx (le prolétariat étant assimilé au Messie, au Sauveur). Foi dans le Prolétariat (mythe typique qui fait du Prolétariat et de sa conscience de classe le moteur de l’Histoire vers la réalisation de l’Humanité parfaite ou communisme). Religion du communisme dont le Livre Saint, la Révélation serait: le «Kal»*. Orthodoxie, dissidence (Sakharov, Soljenitsyne) et excommunication (Goulag*, camps de travail). La croyance religieuse est-elle soluble dans le communisme* ?

Scientisme*. L’adhésion sans réserve à la science (psychanalyse) n’est pas plus rationnelle que ne l’est la foi religieuse. Si la maturité consiste à savoir vivre avec des incertitudes alors le scientisme est encore de l’infantilisme. Disparition de la religion en conséquence du progrès économique et scientifique. Scientificité douteuse (Popper et la «falsifiabilité»*). Doute concernant l’efficacité de la méthode psychanalytique. Religiosité de l’ «analyse»: le psychanalyste n’est-il pas pour son patient comme un Dieu ? (transfert). La croyance religieuse est-elle soluble dans le progrès économique ? La psychanalyse* a généré une idolâtrie laïque, celle de Freud, le Père avec un culte, celui de la liturgie de l’analyse. Le psychanalyste ne remplit-il pas le rôle du prêtre. Sectarisme = «groupe du mercredi» (1902): Adler* (rompt avec Freud en 1915), Rank, Jung** (rompt avec Freud en 1911), Reich***. Tous excommuniés par Freud lui-même.

* Adler se sépare de Freud par ceci que, selon lui, le complexe essentiel qui habite l’inconscient est le «complexe d’infériorité», par lequel s’expliquent l’agressivité, la volonté de puissance, etc.

** Jung distingue, à côté de l’inconscient individuel décrit par Freud et plus profond que lui, un « inconscient collectif », constitué « d’archétypes » (transpersonnels) qui sont des structures communes à tous les hommes, inspirant leur conduite et expliquant notamment les productions de leur imagination.

C.G. Jung, constatant que les récits religieux et mythologiques, les légendes de tous les folklores et les contes populaires, ont des thèmes communs, chercha à isoler et à définir ces données communes de l’imaginaire universel. Il y découvrit des structures complexes comportant des situations humaines typiques (séduire, se mettre à l’abri, implorer, défier, etc…), des sentiments humains universels (peur de la mort, désir sexuel, jalousie, triomphe, etc…), et des aspirations ou des espérances de tous les temps et de tous les lieux. Il les appelle des archétypes, résumés en «des images symboliques primordiales, des relations humaines les plus anciennes et les plus profondes avec le Monde, la Terre, les rythmes biologiques et cosmiques, les animaux, les autres humains de l’un et l’autre sexe».

La chute dans les Ténèbres, dans la Nuit, dans la Mort, dans les Enfers souterrains, développée en images par quantité de mythes et récits, exprime l’angoisse humaine du Temps. L’archétype inverse de l’ascension vers la Lumière, vers le Ciel, vers la Connaissance et la Joie, expriment la confiance en l’avenir, l’héroïsme du combat contre les difficultés, la communion avec des forces cosmiques de Vie. Le jour et la nuit, le Soleil et les ombres, le Bien et le Mal participent directement à ces expressions imaginaires.

***LE FREUDO-MARXISME :
Wilhelm Reich et à Herbert Marcuse : allant jusqu’au bout de l’hypothèse freudienne, ces auteurs concluent que toute morale et toute société sont répressives et que la vraie libération, celle des instincts et spécialement de la sexualité, doit accompagner la révolution sociale (destruction de toute structure, de toute règle imposée et de toute discipline). Marcuse (dans “Éros et la Civilisation“, 1970) en conclut d’abord que “le programme du principe de plaisir est d’être heureux“; voilà la vérité de base, le constat psychologique absolu, et c’est d’autant plus réjouissant qu’Il y là une source il la fois profonde, naturelle et intarissable, puisqu’il s’agit des “Instincts“.

Le bonheur est la totale libération de la sexualité, et pour atteindre ce but, Il faut passer par la Révolution politique, destruction de la société. Marcuse pense d’abord à la destruction de la société occidentale, mais, dans la logique de son raisonnement, toute forme de société et de culture qu’il faut détruire.

Constatons cependant que la relation entre bonheur et sexualité permanente est décevante, ne serait-ce que par la limitation de cette activité.

Aliénation: Pour Marx, processus par lequel les hommes, asservis à un travail qui leur est imposé de l’extérieur, se retrouvent coupés de leur liberté et d’eux-mêmes.

Communisme : Le communisme dont parle Marx n’a, historiquement, jamais existé. La politique appliquée dans l’ancienne URSS n’a fait que reprendre quelques idées socialistes, telles que la planification de l’économie, la propriété collective des moyens de production. Mais, alors que Marx prévoyait la disparition de l’État, le régime «communiste» soviétique n’a cessé d’en renforcer le pouvoir.

Complexe d’Œdipe : Concept freudien qui désigne la phase capitale de l’évolution psychoaffective de l’enfant au cours de laquelle le garçon désire sa mère et la fille son père. Normalement, ce complexe doit pouvoir être surmonté. S’il ne l’est pas, il entraîne un certain nombre de troubles psychiques.

Détresse infantile : État du nourrisson qui dépend entièrement d’autrui pour satisfaire ses besoins vitaux.

Dionysiaque :
Nietzsche distingue deux principes opposés dans le monde : un principe dionysiaque et un principe apollinien. Le principe dionysiaque (d’après Dionysos, dieu grec du vin et de l’extase) est un principe de chaos, de désordre, d’ivresse, de pulsion. Le principe apollinien (d’après Apollon, dieu grec de la lumière), est un principe d’intelligibilité et de clarté.

Dionysos : Dieu grec de la vigne, du vin et du délire extatique. Fils de Zeus et de Perséphone, il fut livré enfant par Héra aux Titans qui le déchirèrent. Athéna ramassa son cœur et l’apporta à Zeus, qui en féconda Sémélé (Dionysos signifie en effet «né deux fois»). Les hommes, eux, sont nés des cendres des Titans foudroyés par Zeus : ils ont donc en eux à la fois un élément bestial et une parcelle de divinité.

Eschatologique : Se dit des doctrines selon lesquelles l’humanité, l’histoire ont une fin. Le christianisme, ainsi que de nombreuses religions, sont des doctrines eschatologiques. Doctrine des fins ultimes de l’homme et du monde.

Falsifiabilité: Critère imaginé par Popper pour distinguer les sciences des non-sciences. Il peut sembler paradoxal que le critère de la scientificité d’une théorie soit qu’elle peut être falsifiée. En effet, si une théorie est fausse, n’est-ce pas qu’elle n’est pas scientifique? C’est oublier que, pour Popper, la science est en constante évolution, la vérité ne peut jamais être atteinte mais seulement approchée. Les théories scientifiques sont ainsi provisoires, amenées à être révisées, complétées ou remplacées à mesure que les connaissances progressent. En fait, l’objectif de Popper est de discréditer les dogmes, c’est-à-dire les affirmations qui ne tolèrent pas la critique.

Goulag: Camp de travail forcé où les autorités soviétiques confinaient les dissidents.

Idéologie : On appelle idéologie toute représentation du monde qui se veut objective et qui n’est en fait que le reflet de préjugés et d’intérêts de nature politique. Pour Marx, système de productions culturelles (artistiques, philosophiques, religieuses, juridiques) par lesquelles une classe sociale (en l’occurrence la bourgeoisie) justifie et occulte sa domination économique sur une autre.

Le Capital: Trois livres composent cet ouvrage. Seul le premier, «Critique de l’économie politique», sera publié du vivant de Marx, en 1867. Le deuxième, «Le Procès de la distribution du capital», paraîtra en 1885, et le troisième, «Le Procès d’ensemble de la production capitaliste», en 1894. C’est Friedrich Engels, le grand ami de Marx, qui assurera ces publications.

MESSIANISME : Croyance en la venue d’un libérateur ou sauveur qui mettra fin à un ordre présent considéré comme mauvais et instaurera un ordre nouveau dans la justice et le bonheur.

Névrose obsessionnelle : Affection mentale se traduisant par des obsessions, des luttes contre les pensées indésirables, des scrupules permanents et des rites conjuratoires entraînant des actions répétitives.

Positivisme : Doctrine d’Auguste Comte et de ses disciples, selon laquelle l’esprit «positif» doit se borner à observer des faits et à rechercher des lois, sans se préoccuper du pourquoi ou de l’essence des choses. La connaissance est donc scientifique, et elle s’appelle «sociologie» (mot inventé par Comte) lorsqu’elle s’applique à la société. Philosophie d’Auguste Comte et, par extension, toute philosophie qui privilégie la connaissance scientifique et combat la métaphysique.

Psychiatrie, psychologie, psychanalyse : Ces trois disciplines désignent trois différents modes d’approches de la maladie mentale. La psychiatrie a une approche médicale la folie est une maladie dont la cause est à chercher parmi des facteurs organiques, tels que lésions, hérédité, dysfonctionnements du système nerveux, etc. La psychologie met l’accent sur le comportement et sur le développement intellectuel, tandis que la psychanalyse prend en compte la vie affective consciente et inconsciente.

SCIENTISME : Théorie philosophique qui consiste à affirmer: 1) qu’il n’y a pas d’autre connaissance valable que celle de la science expérimentale. 2) que la science est capable de résoudre tous les problèmes de l’humanité. Ce terme est souvent employé en un sens péjoratif. Doctrine liant la vérité d’une connaissance à la démarche scientifique. La science serait donc suffisante pour tout comprendre et pour répondre à toutes les aspirations. Attitude de pensée selon laquelle les problèmes philosophiques doivent être expliqués à partir des conclusions de la connaissance scientifique, en particulier la physique et la chimie. Doctrine selon laquelle seules les sciences nous fournissent des connaissances véritables. La philosophie d’Auguste Comte, si elle n’est pas purement scientiste, se fonde néanmoins sur l’idée que la réforme de la société doit dériver d’un savoir «positif», c’est-à-dire scientifique.

Volonté de puissance : A ne pas confondre avec une simple volonté de domination. La «volonté de puissance» est pour Nietzsche la manifestation des forces vitales auxquelles le monde, qu’il soit naturel, animal ou humain, est soumis. La notion de «volonté de puissance» n’a, dans la philosophie de Nietzsche, aucune connotation militaire, belliqueuse. Celui qui est puissant est celui qui a le courage et la force de réaliser ce que la vie lui demande de réaliser.

Zarathoustra: Autrement orthographié: Zoroastre. Prophète qui vit le jour dans une communauté du nord-est de l’Iran aux alentours du VIIe siècle avant J.-C. On peut le comparer au Bouddha, au Christ. Nietzsche «récupère» son nom pour en faire le porte-parole de sa propre philosophie.

  1. La religion est-elle une illusion ? ou le besoin de croire.

[ La vie est-elle viable sans… filtre ?]

Peut-être faut-il finir cette notion en revenant sur l’exemple par lequel on l’a ouvert, et reposer la question qu’ont cru trancher de façon définitive les philosophes du soupçon : la foi religieuse repose-t-elle vraiment sur l’illusion ?

Correspond-elle seulement à une forme de conscience primitive naïvement animiste (Dieu est toute chose et en toute chose), que l’être humain serait nécessairement amené à rejeter au fur et à mesure qu’il gagnerait en savoir et en maturité ? Il est certain qu’à la lecture de Marx, de Nietzsche, de Freud, de Sartre semble inviter à une telle conclusion. Mais il n’est pas moins évident que ces analyses destructrices n’ont pas entraîné, comme on a cru jadis qu’elles le feraient, la disparition de la religion, et que celle-ci reste d’une étonnante vitalité : même dans les pays les plus développés et les plus sceptiques, où elle a connu une crise indiscutable, qui l’a fortement marginalisée, son rôle a été redéfini (s’intégrant sans trop de heurts dans un cadre politico-philosophique fondamentalement laïque) plus qu’il n’a disparu. Et c’est en fait l’athéisme radical qui parait aujourd’hui daté, et qui a cessé d’apparaître comme une position intellectuelle avancée : l’influence notamment de l’anthropologie, qui montre dans le fait religieux
une des formes les plus universelles de la culture, a souvent conduit à sa relégitimation intellectuelle même par ceux qui se déclarent personnellement incroyants.

Ce dont on a d’abord pris conscience, c’est de l’erreur qu’il y avait à traiter la foi religieuse comme une sorte de concurrente maladroite de la science : s’il est illégitime de la considérer comme une illusion, c’est qu’elle ne se veut pas une connaissance du monde tel qu’il est. Il est plus pertinent de voir en elle une façon de structurer activement la vie humaine et de l’arracher au non-sens : cela à la fois par la pratique de certains rites, et par l’adhésion à des dogmes et des mythes visant à exprimer et à affirmer, dans un langage symbolique, une certaine conception de la vocation spirituelle de l’être humain et du sens de sa destinée —sens dont aucun discours cognitif ne peut et ne veut par principe parler. Quelle est cette conception ? Au coeur de toute conscience religieuse, on retrouve, semble-t-il, un certain nombre de convictions communes : celle que l’homme est d’abord un être éthique, confronté à des devoirs qu’il ne peut modifier à sa guise, et qui renvoient donc à une loi absolue et indépendante de lui ; celle qu’il est un être fini, voué à la souffrance et à la mort, que la recherche exclusive du bonheur terrestre condamne donc nécessairement au désespoir ; celle qu’il est aussi un être faillible, capable de l’erreur et du mal, qui plutôt que de s’enorgueillir de lui-même doit s’efforcer dans l’humilité de se perfectionner et de se purifier ; celle du coup qu’il ne peut atteindre la sérénité qu’en se décentrant, en reconnaissant sa totale dépendance par rapport à une réalité qui le dépasse infiniment, en éprouvant de l’émerveillement et de la gratitude devant le fait que la vie lui soit donnée, en cherchant à accepter l’ordre du monde et à s’y adapter au lieu de le dominer, celle enfin qu’il n’est pas de vie existentiellement lucide qui ne soit fondée sur la conscience de la différence entre le relatif et l’absolu, entre les événements internes au monde visible, et ce qui donne sens à la vie — et n’appartient précisément pas à ce monde-, auquel on donne le nom de Dieu. On voit que du coup pour le croyant la question n’est pas au fond de savoir « si Dieu existe » : mais si l’existence humaine ne gagne pas en richesse et en profondeur lorsqu’elle se décentre et se situe en relation à « Dieu ». Que Dieu soit une création de l’homme, et n’ait pas l’objectivité des pierres ou des étoiles, ne fait guère de doute : mais le problème est de savoir si la religion n’est précisément pas le meilleur — c’est en tout cas à coup sûr le plus ancien et le plus universel- moyen trouvé par l’homme pour « humaniser » voire moraliser sa vie, et lui donner du sens.

J. Monod, dans «Le Hasard et la nécessité», explique ce caractère universel de la religion par la sélection. Un peuple religieux est animé d’une foi qui donne un sens à sa vie. La foi éradique son angoisse et dynamise ses énergies. Il a donc nécessairement plus de courage, de force et plus de cohésion qu’un peuple sans religion. Il résiste mieux dans le combat pour la vie. Ce sont les peuples religieux qui ont triomphé dans l’évolution historique.

Faut-il en conclure, comme le disait déjà Willian James, dans “La volonte de croire“, que les hommes ne peuvent pas ne pas croire, qu’ils ont besoin de donner un sens transcendant à leur action, qu’il leur faut une foi pour entreprendre?

A quels besoins la religion répond-elle ? A quelles nécessités la religion répond-elle ? Quelles peuvent être les fonctions de la religion ? (Mais attention, ce n’est pas parce qu’on a besoin de quelque chose, que ce quelque chose est vrai).

  • Le besoin de comprendre : La religion donne du sens à la réalité de l’homme. La religion donne des réponses aux questions métaphysiques (vie, mort, amour, douleur).

    La religion est du domaine des «pourquoi», de la finalité. La science est du domaine des «comment» (causalité).

  • Le besoin de vivre ensemble : Religion, ensemble de pratiques collectives. Liens entre les fidèles («oumma» dans le monde musulman) d’une même collectivité. Etymologie « religare » = « relier ».
  • Le besoin d’être rassuré: Mort, peur de toutes les peurs. La religion promet la «mort de la mort», la vie éternelle. Dépasser la négativité par l’amour.

Il faut ajouter que si la façon dont la religion affirme que la vie a un sens — en confrontant l’homme à un être et à une loi cosmique qui s’imposent à lui de l’extérieur- est d’un objectivisme qui peut paraître naïf, il n’est pas sûr que s’imaginer se passer complètement de toute foi ne soit pas une autre forme de naïveté. On a remplacé la foi en Dieu par la foi en la science, la foi dans le Progrès, la foi dans l’Humanité. Le «Capital» de Marx, les œuvres de Freud connaissent des exégètes, des interprètes, des sectes s’opposent sur des «lectures» différentes comme jadis la Bible était sujette à controverses entre Catholiques, les Protestants, les Orthodoxes ! Il y a pour fonder une vie bien des formes de croyances possibles (le progrès, la science, l’art, ou l’amour), qui jamais ne reposent sur la connaissance ni sur la raison, et toutes révèlent un certain écart entre ce que nous savons du monde et les postulats subjectifs qui nous permettent de vivre en lui. En rendant cet écart manifeste, et en le poussant à l’extrême, en ancrant nos aspirations morales et spirituelles sur des mythes totalement arbitraires d’un point de vue cognitif la religion dévoile en fait franchement (au lieu de la dissimuler, comme on le fait aujourd’hui trop souvent) et assume une contradiction qui est peut-être au coeur de toute existence. En ce sens, Hegel et Feuerbach avaient bien raison de considérer qu’elle est la forme la plus originaire et la plus exemplaire de la conscience par l’homme de son humanité. En elle se révèle bien le paradoxe central d’une telle conscience : il n’est sans doute pas possible qu’une existence ne soit, dans son coeur le plus intime, subjectivement fondée sur des croyances qui, d’un point de vue objectif semblent dénuées de tout fondement, et que la recherche de la spiritualité la plus haute ne prenne pas aussi parfois, pour celui qui l’observe « de l’extérieur », le visage d’une automystification.

Cette réfutation des arguments naïfs qui déclarent la religion « fausse » parce qu’elle serait « en contradiction avec les données de la science » n’implique pas pour autant que la foi religieuse ait aujourd’hui, dans une culture avancée, la même nécessité qu’à l’époque où elle était le seul moyen pour l’homme d’exprimer le sentiment métaphysique de son existence. Bien des raisons expliquent que tout en restant sans doute indispensable dans nos cultures — ne serait-ce qu’en tant que dépositaire des traditions les plus anciennes et les plus fondamentales par lesquelles s’est définie l’humanité —, elle ne soit plus pour chaque individu qu’une option parmi d’autres, et que son influence collective ait donc connu un recul : la difficulté d’adhérer à des mythes dont la relativité culturelle est évidente, la méfiance, chez beaucoup de nos contemporains, à l’égard du principe même d’une adhésion sans distance critique, l’intérêt qu’ils portent à la connaissance et à la transformation rationnelles du monde, que la foi religieuse tend souvent à juger insignifiantes et sans valeur, la gêne qu’ils ressentent à l’égard d’un discours théologique suspect d’être emphatique et inadéquat à son objet, qu’il tend toujours à réifier, le sentiment enfin que les métaphysiques religieuses manquent parfois de complexité par rapport à celles plus inquiètes que produit (par exemple dans le domaine littéraire) la culture moderne, en sont quelques-unes. Une chose est néanmoins sûre : croire que la religion se réduit à une superstition et que sa disparition est la condition de la désaliénation de l’homme est aujourd’hui devenu une naïveté et un signe d’inculture.

Frédéric Lenoir, historien des religions, étudie le lien entre nos valeurs modernes et le christianisme : «L’avènement moderne de la laïcité, des droits de l’homme, de la liberté de conscience s’est produit par un recours implicite ou explicite au message des Evangiles.»

L’Etat-Providence a été, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, construit comme une religion séculière, comme un substitut de l’Eglise. La modernité démocratique n’offre finalement qu’une version laïque et sécularisée de l’héritage chrétien. Filiation entre l’idée républicaine et l’héritage chrétien, l’égalité devant Dieu se trouvant simplement transposée en égalité devant la loi.

Christianisme = Religion la moins sacrale, la plus douce et la plus humaine, elle aurait débouché, à partir du XVIIIe, sur une morale sans Dieu, une nouvelle religion des droits humains identifiée à la construction de l’idéal démocratique. Sécularisation et esprit démocratique, économie capitaliste et rationalisation du réel.

La philosophie du Christ se résume en 7 valeurs : égalité des hommes, liberté de l’individu, émancipation de la femme, justice sociale, séparation des pouvoirs, pardon, amour du prochain.

Philosophie du Christ

Valeurs démocratiques

Égalité des hommes (*)

Égalité devant la loi

Liberté des hommes

Liberté civile

Émancipation des femmes

Féminisme

Justice divine – Dieu-Providence

Etat-Providence

Séparation des pouvoirs temporels et spirituels

Laïcité

Pardon

Punition légale (pas vengeance)

Amour du prochain

Fraternité

(*) C’est surtout avec le christianisme que tout change : en effet, si les conditions sociales varient, les âmes immortelles sont absolument égales devant Dieu. Le christianisme a donc opéré une révolution morale considérable, en mettant en évidence l’égalité en droit des personnes humaines, pour lesquelles le Christ s’est sacrifié et dont il a obtenu le salut possible. Dès lors, l’âme d’un roi est virtuellement égale à celle de son serviteur situé tout en bas de la hiérarchie sociale. Ainsi naît l’idée de l’égalité des personnes, centre même de la justice à notre époque.

Mais, nous rétorquera-t-on, cette idée de la justice comme égalité des personnes est rigoureusement absurde et contraire à l’expérience, car les individus diffèrent profondément tant par leurs aptitudes et leurs dons que par les conditions historiques et sociales qui sont leurs.

Cette critique nous permet de dissiper une équivoque. Le moraliste ou le philosophe qui mettent au centre de leurs analyses l’idée de justice n’affirment nullement une égalité de fait, mais bien une égalité de droit tous les hommes sont égaux en droit, tous ont droit au même traitement dans la cité, à l’éducation, à l’instruction, au savoir, même si les intelligences ou les dons sont inégalement partagés et répartis. Cette égalité civique, qui se réfère sans le dire à l’égalité chrétienne des âmes et des personnes, a précisément pour but de pallier les inégalités qui règnent de facto dans la société.

La justice représente, par conséquent, l’idée d’une certaine égalité, au moins virtuelle. Le démocrate est celui qui tend à organiser une politique en fonction de cette égalité virtuelle et de droit, se référant aux personnes.


Conclusion: Comment se définir par rapport à Dieu ? (Une voie possible… la mienne !).

Nul ne peut savoir si Dieu existe ou non. Aucune preuve que Dieu existe ou n’existe pas (c.f. Kant et la critique de la preuve ontologique).

Athée, non-dogmatique, fidèle et laïc.


  • Athée : Je crois qu’il n’existe pas. Pas agnostique qui lui n’a pas d’opinion sur la question de Dieu, refuse de se prononcer. J’ai une conviction, voire des arguments, mais pas de peuvre. Donc, possibilité d’accepter la foi des autres dans la mesure où ils respectent mon athéisme. Pas de liberté aux ennemis de la liberté. Pas de démocratie pour les ennemis de la démocratie. Pas de liberté religieuse pour les intégristes. Pas de tolérance pour les intolérants. Faire de djihad aux djihadistes. Ne pas confondre l’esprit de tolérance et le « tolérantisme » qui aboutit à la négation de ses propres valeurs au nom de celle des autres.

  • Non-dogmatique : On ne sait pas si Dieu existe ou pas. L’athéisme n’est pas un savoir, il est une croyance. Il est absurde de dire « je sais que Dieu n’existe pas ». Il est tout aussi absurde de dire « je sais que Dieu existe ». Ne pas prendre sa foi pour un savoir. Ne pas prendre sa croyance pour un dogme incontestable.

  • Fidèle = aux valeurs humanistes de la culture chrétienne. Héritage des valeurs millénaires de notre culture que la religion a pu véhiculer à des moments de l’Histoire. Pas de haine de soi et de sa propre culture. Pas d’ethnomasochisme, ni ethnocentrisme.

  • Laïc = l’État n’exerçe aucun pouvoir religieux et les
    Églises aucun pouvoir politique. La laïcité, ce n’est pas l’exposition voire l’exhibition de « sa » religion. La laïcité demande à ce que chacun cache sa religion dans la sphère publique. La religiosité est une affaire privée. Notre seule religion devrait être la démocratie et notre seul Eglise, la République.

    4 grands principes de la laïcité à la française :

    – pas d’instruction religieuse

    – signes extérieurs à des fins de prosélytisme (religieux ou politique) interdits

    – activités d’endoctrinement interdites

    – principe de neutralité.

    La laïcité ne signifie pas que l’on peut croire ce que bon nous semble. Nos croyances religieuses doivent être compatibles et subordonnées aux droits de l’Homme (égalité homme/femme, liberté de choisir sa sexualité, de changer de religion (apostasie), respect de l’intégrité corporelle, ect.

Prolongement : Sectarisme, fondamentalisme et intégrisme.

  • Secte : mouvement religieux qui se détache d’un autre. Une religion fille s’émancipe d’une religion mère.

Exemple : le christianisme par rapport au judaïsme. Le bouddhisme par rapport à l’hindouisme. Le protestantisme par rapport au christianisme.

Une religion, c’est une secte qui a réussi !

Sens contemporain plus péjoratif: mouvement religieux dont les pratiques portent atteinte aux «droits de l’homme», à la législation concernant la protection des individus.

Critères : séduction, gourou, rupture sociale, déstabilisation mentale, exigences financières, asservissement (contrainte, pression psychologique), embrigadement, abus sexuels.

SOURCE :
http://www.philo-bac.eu/cours/croyance.html

Les sectes : l’exploitation commerciale des croyances

Au départ toute religion apparaît comme une secte. Puis, elle se socialise et s’institutionnalise.

Aujourd’hui, des hommes ont compris qu’ils pouvaient vendre du sacré et de la spiritualité de bazar. Le terme de secte s’est diabolisé. Il existe des milliers de sectes, certaines sont de simples communautés spirituelles, d’autres sont dangereuses.

Une “secte” est suspecte quand son “gourou”, se prétendant mandaté par le divin, exige de ses adeptes : le sacrifice leur liberté, leur argent, leur soumission sexuelle, voire leur vie (suicides collectifs).

Les méthodes de recrutement utilisent des discours très persuasifs et efficaces dont les thèmes sont les suivants :

1. Le gourou a vu Dieu ou a été appelé par lui ou bien il a été en contact avec des extra-terrestres. Des secrets très importants lui ont été confiés.

2. La fin du monde “Apocalypse” est toute proche. Cette “révélation” engendre de la crainte, de l’angoisse voire de la terreur, à partir desquelles il est facile de manipuler le sujet.

3. Quelques “Elus” vont être sauvés. Justement le sujet en question ! Ces techniques flattent son orgueil et le rassurent.

4. Tous ces êtres supérieurs aux autres, (ceux de la secte), sont incompris, opprimés, attaqués, persécutés par une société décadente, diabolique et perdue. Création d’un sentiment de paranoïa.

5. Il faut donc s’isoler du monde (couper tout contact avec la famille, la société, les médias), et se serrer les coudes.

6. Il faut renoncer à ses habitudes négatives et se soumettre parfaitement à une discipline de fer, qui est en réalité un conditionnement :

– Très peu de sommeil, pour résister à la paresse.

– Jeûnes très fréquents pour purifier le corps.

– Pratiquer les rites, souvent empruntés à des cultes religieux traditionnels et mettant en scène des symboles comme l’eau, le feu, le soleil… Appel au sacré.

– Apprentissage d’un vocabulaire ésotérique et répétition constante des mêmes formules.

– Aucune lecture personnelle. Tout ce qui vient de l’extérieur est faux et dangereux.

– Silence. Il faut se taire.

7. Dépendance économique : il faut donner son argent, tout sacrifier à la secte, ce sacrifice sera récompensé au centuple.

8. Soumission totale au gourou.

Fascination pour le “Maître”, auquel on doit TOUT offrir : sa confiance absolue, ses services, son corps, son sexe, sa vie, sa mort… (Voir la secte de Gilbert Bourdin au Mandarom, dans le sud-est. Jim Jones aux U.S.A. 923 “suicidés, en 1978 etc., plus récemment l’affaire du “temple du soleil”).

Les “faux gourous” font un profit personnel avec le désarroi et l’angoisse existentielle des hommes.

Une secte, # d’une religion, ne constitue plus un lien social mais devient un facteur de dislocation sociale.

Dérive religieuse = refus de faire usage de la raison.

  • Fondamentalisme = interprétation des textes sacrés à la lettre en méconnaissant leur caractère symbolique.

Exemple : Courants religieux américains (forme de protestantisme) qui mettent en concurrence le créationnisme de la « Genèse» et les théories scientifiques de Darwin. Méconnaissance de la nature symbolique du langage religieux et confusion des fonctions de la science et de la religion. La science répond au «comment ?». La religion répond au «pourquoi ?».


  • Intégrisme veut s’imposer à toute la société. Moyens violents, coercition drastique.

Exemple : Islam en Arabie saoudite ou en Iran.

  • Concordisme = trouver des concordances entre textes sacrés et résultats scientifiques ou historiques. Ou de faire concorder notre présent avec des textes sacrés.

Le concordisme tend à nier le caractère symbolique des textes concernés, pour leur accorder une vérité historique fidèle et une ambition d’objectivité.

Exemple : «Apocalypse» de Saint-Jean, livre le plus controversé des Évangiles. Dernier livre de la «Bible» qui prévoit la fin du monde après une série de catastrophes. Les forces du Bien et du Mal s’affrontent en Terre Sainte (à Armageddon). Dernière bataille de l’humanité contre l’ «Antéchrist» à la tête de l’armée des ténèbres.

Saint-Jean: surnommé: le disciple que Jésus aimait. Témoin de la Crucifixion de Jésus (avec Marie-Madeleine).

7 ans de «Tribulations», de catastrophes = séismes, déluges de feu, un fou charismatique prendra le pouvoir, il forcera l’humanité toute entière à porter sa marque, la marque du diable : «666». Grâce à ses chiffres, il sera le maître du monde : «Nul ne pourra acheter ou vendre s’il n’est pas marqué du chiffre de la bête.» (Chapitre XIII).

La «Bête» = Antéchrist qui déclenchera l’ultime combat entre le Bien et le Mal. La plupart des habitants de la planète périront. Fin du monde tel que nous le connaissons.

4 cavaliers de l’ «Apocalypse» qui sèment la misère, la maladie et la mort = Blanc (conquête), Rouge (guerre), Noir (Famine), Gris (mort).

Pour les «chrétiens évangéliques»: Scénario de la fin des temps. Ce scénario se déroule sous nos yeux. Dieu disant l’histoire avant qu’elle n’arrive. Confirmation dans la réalité = climat déréglé, épidémies, catastrophes naturelles ou nucléaires, armes dévastatrices, terrorisme, crises économiques, etc.

MAIS

Le texte parle du monde romain de Saint-Jean. Pas un texte prédictif, mais un texte métaphorique, symbolique qui donc se prête à toutes les interprétations.

MAIS encore

Guerres, famines, épidémies ne sont pas une nouveauté dans l’histoire des hommes, hélas.

FIN => Un monde informé par la rationalité scientifique et technique, où domine la recherche de la rentabilité et du profit à tout prix, ne peut satisfaire le besoin de sens de l’être humain. Le progrès dans quel but? Quelle humanité voulons-nous ? Quel type de société serait vraiment souhaitable ? S’agit-il simplement de progresser pour survivre ? Il y a et il y aura toujours une place pour la croyance religieuse. Et celle-ci peut être donatrice de sens à condition qu’elle ne tourne pas à l’obscurantisme et au fanatisme.

Lorsque Malraux, incroyant, affirmait : «Le XXI° sera religieux ou ne sera pas», il voulait mettre l’accent sur la nécessité de trouver une valeur universelle qui permette aux hommes de se relier entre eux, à travers un idéal qui ait la force du sacré. Il prêchait pour un humanisme qui ait valeur de religion.

On pourrait même rêver que la religion revient servante de la philosophie (theologia ancilla philosophiae).

Pour résumer

·    Historiquement, la religion est une institution parmi d’autres fondées sur un système de croyances, avec rites, cultes. C’est une affaire collective qui cimente la société.

·    Avec le christianisme, la religion se sépare des autres institutions désormais, il y a un pouvoir temporel et un pouvoir spirituel, domaine du sacré, organisé sous forme de clergé. La religion devient une affaire personnelle.

1. Dieu transcendant

·    Pascal distingue le Dieu des philosophes et des savants du Dieu sensible au coeur qui se révèle aux hommes dans la foi et non dans des preuves rationnelles.

RAPPEL: LA RAISON ET LE CŒUR

Pascal distingue :

·    La raison, ou esprit géométrique, qui est l’ordre de la démonstration et de la preuve rationnelle.

·    Le coeur, ou esprit de finesse, qui est de l’ordre de l’intuition et qui saisit les réalités concrètes de façon instantanée et immédiate.

L’esprit géométrique est confronté à de l’indéfinissable (l’espace, le temps, le mouvement) et à de l’indémontrable. La raison ne peut dès lors connaître les principes premiers, qui sont saisis par la lumière naturelle, le coeur. Confrontée au seuil d’un ordre qui la dépasse, elle est amenée par son cheminement naturel à une prise de conscience de ses limites et à une soumission à la foi.

·    Le pari pascalien oblige l’homme à parier sur l’existence de Dieu : quel joueur refuserait de parier sur l’infini quand il n’y a rien à perdre ?


2. Dieu immanent

·    Spinoza refuse l’ignorance engendrée par la foi aveugle qui ne guérit pas les hommes des craintes et superstitions seule la connaissance véritable permet le salut. Cette vérité est celle de Dieu ou la Nature, c’est-à-dire d’un Dieu qui se confond avec le tout, sans au-delà possible. L’amour intellectuel de Dieu ouvre sur la joie et la béatitude et nous libère de nos illusions.

·    Peut-on encore parler d’un Dieu au sens biblique ? On parle d’une « spiritualité matérialiste ‘ ou d’une « mystique sans mystère » au sujet de la pensée spinoziste.

3. Les critiques envers la religion

À partir du XIXe siècle, les philosophes cherchent à comprendre ce qui se joue vraiment dans la religion, quels sont les enjeux sous-jacents à ce besoin humain.


·    Feuerbach affirme qu’il n’y a pas de dieu puisque c’est l’homme qui fait dieu. Mais il n’est pas athée : du sacré existe.

·    Pour Marx, il s’agit de s’intéresser à l’homme concret qui oublie sa condition misérable dans cette drogue qu’est la religion. Drogue encouragée par le pouvoir en place puisqu’elle permet de garder le pouvoir et de décourager les velléités révolutionnaires. La religion est l’expression de la détresse humaine. Marx veut réveiller la conscience révolutionnaire en désintoxiquant les hommes.

Si Dieu est mort, c’est pour donner naissance à un homme totalement libre et Libéré, dit Nietzsche. Mais qui sera assez grand pour relever le défi de reconstruire et d’exalter les valeurs positives de la joie, de l’enthousiasme, et tourner le dos aux valeurs du ressentiment ? La religion amollit les hommes et les fait vivre en troupeau résigné.

·    Freud pense que l’illusion religieuse permet à l’homme de se consoler de sa misère psychologique et de trouver un père fictif mais aimant et protecteur.

Depuis Weber et son « désenchantement du monde » («Entzauberung») les sociologues pensaient que les religions mourraient peu à peu. Quelle place occupe Dieu aujourd’hui ? Le phénomène religieux reprend de la vigueur jusqu’à devenir, redevenir, un enjeu politique et social dans de nombreux pays. En dehors de sa fonction sociale et civique indéniable, la relation personnelle de l’homme, croyant ou incroyant, à une transcendance ne peut disparaître. Les questions existentielles font partie de l’homme.

Quelques auteurs

·    Ludwig Feuerbach (1804-1872). Philosophe allemand, disciple de Hegel, il publie son oeuvre maîtresse «L’Essence du christianisme» en 1841. Il considère l’aliénation religieuse comme un moment de l’histoire humaine, nécessaire mais à dépasser. L’humanisme matérialiste de Feuerbach est repris et commenté par Marx et Engels.

·    Auguste Comte (1798-1857). Ce philosophe français initia une nouvelle explication de l’humanité fondée sur la science : le positivisme. Il veut réconcilier ordre et progrès. L’humanité est passée par trois états : théologique, métaphysique et positif. Dans ce dernier état, l’homme ne cherche plus le pourquoi des choses mais le comment. Comte fonde la sociologie qui s’appelait physique sociale. Sous l’influence de son grand amour platonique, Clotilde de Vaux, sa philosophie évolue vers un positivisme religieux. La société et L’État positivistes auront leur religion, le Grand Être de l’Humanité, et leur morale dont la devise est : « L’Amour pour principe; l’Ordre pour base; le progrès pour but». «Catéchisme positiviste» (1852).

·    Émile Durkheim (1857-1917). Ce philosophe et sociologue français fut l’un des fondateurs de la sociologie moderne. La religion est le reflet de l’ordre social. Cette expérience émotionnelle est fondatrice. Par quoi remplacer le lien social généré par les religions si elles disparaissent ? Par la laïcité affirme-t-il avec force. «Les Formes élémentaires de la vie religieuse» (1912).

·    Max Weber (1864-1920). Ce sociologue allemand analyse les effets économiques des croyances religieuses. Il met en évidence la relation entre la morale puritaine du protestantisme – qui voit dans la réussite matérielle un signe d’élection divine – et la rationalisation économique du capitalisme. La religion est « une espèce particulière de façon d’agir en communauté » sur cette Terre. Ce n’est pas un phénomène irrationnel. Il n’est pas très optimiste sur l’avenir du monde : désenchanté, bureaucratisé. Il invite à développer une attitude éthique : soit de conviction, soit de responsabilité, les deux n’étant pas inconciliables, puisque la véritable action devrait mettre le sens de la responsabilité au service de l’action. Il s’intéresse également aux types de domination et d’activités sociales. « L’Éthique protestante et l’Esprit du capitalisme » (1905).


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