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LA RELIGION (synthèse des auteurs)

«Si les bœufs et les chevaux et les lions, écrivait Xénophane (VIe siècle av. J.-C.), avaient aussi des mains, et si avec ces mains, ils savaient dessiner, et savaient modeler les oeuvres qu’avec art seuls les hommes façonnent, les chevaux forgeraient des dieux chevalins, et les bœufs donneraient aux dieux forme bovine».

Vérités de raison, vérités du cœur

Pascal: le coeur et la raison

«C’est le cœur qui sent Dieu, et non la raison. Voilà ce que c’est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison» (Pensées, 278, éd. Brunschvig).

Leibniz : l’existence de la pensée suppose celle de la divinité

«Ce n’est donc pas une chose naturelle à la matière de sentir et de penser, et cela ne peut arriver chez elle que de deux façons, dont l’une sera que Dieu y joigne une substance, à qui il soit naturel de penser, et l’autre que Dieu y mette la pensée par miracle» (Leibniz, Nouveaux Essais sur l’entendement humain, 1704).

Les matérialistes du XVIIIe siècle : pourquoi la matière ne penserait-elle pas ?

«Je crois la pensée si peu incompatible avec la matière organisée qu’elle semble en être une propriété, telle que l’électricité, la faculté motrice, l’impénétrabilité, l’étendue, etc.» (La Mettrie, L’Homme- Machine, 1748).

Psychologie de l’homme religieux

Religion et peur des dieux

«Il y a des gens dont il ne faut pas dire qu’ils craignent Dieu, mais bien qu’ils en ont peur» (Diderot, Pensées philosophiques, 1746).

Le problème du mal

On peut certes considérer, avec Kant (1724-1804), que c’est dans le mauvais usage de la liberté humaine qu’il faut rechercher l’«origine du mal» {La Religion dans les limites de la simple raison, I, 4 – 1793).

Mais comment, demandera-t-on, un Dieu tout-puissant et omniscient peut-il tolérer le mal, dans la nature, et le triomphe des méchants, dans la société ? C’est là un mystère, qui dépasse les bornes de l’humaine raison. Car, comme le demande plaisamment à Jésus, un Pierrot qu’a mis en scène Jules Laforgue (1860-1887), dans sa Complainte du libre-arbitre : «Pourriez-vous m’concilier un peu / Comment l’homme est libre et responsableu, / Si tout c’qui s’fait est prévu d’Dieu ?».

Feuerbach : l’aliénation religieuse

«La religion, écrit Feuerbach, est la scission de l’homme d’avec lui-même : il pose en face de lui Dieu comme être opposé à lui». Ce Dieu est arbitrairement posé comme étant «l’absolument positif, la somme de toutes les réalités» ; dans la religion chrétienne, «l’homme est absolument négatif, la somme de toutes les nullités» (L’Essence du christianisme, 1841). Le sentiment religieux est donc auto-aliénation ; c’est une sorte de «rêve les yeux ouverts», ajoute Feuerbach (ibid).

Marx, Nietzsche, Freud : trois approches critiques de la religion

Marx : la religion, «opium du peuple»

Marx (1818-1883) emprunte à Feuerbach sa critique de l’aliénation religieuse, de la projection par l’homme de ses meilleures qualités en un Autre (= alienus), fantastique et transcendant (Cf. la Contribution à la philosophie du droit de Hegel [1843], où Marx déclare que la religion est «l’opium du peuple», c’est-à-dire le narcotique qui endort ses velléités de rébellion). «La suppression de la religion comme bonheur illusoire du peuple est une exigence de son bonheur réel, l’exigence de renoncer à une condition qui a besoin d’illusions» {ibid).

Nietzsche : la religion, maladie de la civilisation

Nietzsche (1844-1900) dénonce dans la religion un effet de la «cruauté rentrée» qui torture «l’homme de la mauvaise conscience», c’est-à-dire l’animal malade qui a transformé en «dette» inexpiable envers Dieu ses propres instincts naturels {Généalogie de la morale, II, 22). Les grandes religions ont pu prendre naissance du fait d’une «extraodinaire anémie de la volonté» (Le Gai savoir, § 347), accompagnée d’un pesant sentiment de culpabilité.

Freud : la religion, maladie de croissance de l’humanité

Freud, enfin, compare la religion à une forme de névrose : «le dieu personnel n’est rien autre chose, psychologiquement, qu’un père transfiguré», écrit-il. Issue du complexe parental, la religion – l’illusion religieuse, selon Freud – constituerait donc «la névrose obsessionnelle universelle de l’humanité», qui, comme celle de l’enfant, dérive du complexe d’Œdipe, «des rapports de l’enfant au père» (L’Avenir d’une illusion, 1927).

Résumé : Foi religieuse et raison démonstrative sont souvent difficilement conciliables. Les philosophes chrétiens ont dû, notamment, faire effort pour concilier avec leur croyance en l’existence d’un Dieu tout-puissant la réalité du mal dans le monde. •

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