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La notion de justice se situe à la frontière de l'éthique et du politique.

La notion de justice se situe à la frontière de l’éthique et du politique.

1. NATURE ET LOI

Les Sophistes (Ve siècle av. J.-C.), tels que Platon (Ve/IVe siècle av. J.-C.) les met en scène dans ses dialogues, opposaient la nature à la loi.

Le Thrasymaque du livre I de la République, et le Calliclès du Gorgias proclament, non sans véhémence, que « les lois sont faites pour les faibles et par le grand nombre « (Gorgias, 483 b et c). Et « pour effrayer les plus forts, ceux qui sont capables d’avoir l’avantage sur eux, pour les empêcher de l’obtenir, ils disent qu’il est honteux et injuste d’ambitionner plus que sa part et que c’est en cela que consiste l’injustice « (Ibid.). La nature veut l’inégalité ; mais, par le jeu des lois, la foule tâche d’imposer l’égalité.

Plus près de nous, Nietzsche (1844/1900) propose une vision similaire de la société : les institutions constitueraient bien souvent des canaux, des ruses par où le « troupeau « parvient à circonvenir la force et à la tenir en bride : « les faibles finissent toujours par se rendre maîtres des forts — c’est parce qu’ils ont le grand nombre ; ils sont aussi plus rusés « (Le Crépuscule des idoles, 1888).

2. LA JUSTICE PRECEDE-T-ELLE LA LOI ?

Selon Aristote (IVe siècle av. J.-C.), « il y a une justice et une injustice dont tous les hommes ont comme une divination et dont le sentiment leur est naturel et commun, même quand il n’existe entre eux aucune communauté ni contrat « (Rhétorique, 1373 b).
Il y a d’une part le droit positif qui interdit à Créon d’ensevelir un ennemi dans l’enceinte de Thèbes, et d’autre part la voix de la conscience qui pousse Antigone à demander une sépulture pour son frère défunt (cf. l’Antigone de Sophocle).

Aux XVIIe/XVIIIe siècles, la plupart des théoriciens du droit naturel (notamment : Pufendorf, Locke et Rousseau) considéreront de même qu’il existe « au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu « (Rousseau, Profession de foi du vicaire savoyard, 1762), à l’aune duquel on peut mesurer la justice ou l’injustice des actions et des lois positives.

«La justice n’existe pas en soi «, écrit au contraire Épicure (IIIe siècle av. J.-C.) ; « mais elle est déterminée dans les rapports des hommes entre eux, et en quelque pays que ce soit, par un contrat réciproque passé en vue de ne point se nuire mutuellement « (Maxime fondamentale, XXXIII).

Hobbes (1588/1679), ainsi que Spinoza (1632/1677) — quoiqu’ils adoptent la problématique du droit naturel — considèrent de même que le juste et l’injuste sont définis par la loi civile : au lieu que le droit de nature se réduit selon ces deux philosophes, à un droit de chacun sur toutes choses, c’est-à-dire à la loi du plus fort ; « la justice et l’injustice, entendues en toute rigueur ne sauraient se concevoir que dans un Etat « (SpinozaTraité politique, § 23, 1677).

La relativité des coutumes régnant parmi les hommes plaide en faveur de la thèse de la relativité de la justice : « Plaisante justice qu’une rivière borne ! Vérité au-deçà des Pyrénées, erreur au-delà «, écrit Pascal (Pensées, 1669).

3. LA JUSTICE, EFFET DE LA CONTRAINTE ?

Dans le livre II de la République de Platon, Glaucon soutient — contre l’avis de Socrate — qu’« on n’est pas juste par choix, mais par contrainte « ; car « on ne regarde pas la justice comme un bien individuel, puisque partout où l’on croit pouvoir être injuste on ne s’en fait pas faute «.
Il évoque à ce propos la légende du berger Gygès, qui pouvait se rendre invisible à volonté en tournant vers l’intérieur le chaton d’un certain anneau : quel juste resterait donc « fidèle à la justice « s’il pouvait — comme Gygès — agir impunément ?

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