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La mort comme vie supérieure

 

Une attitude courante vis-à-vis de la mort, soutenue le plus souvent par les croyances religieuses, consiste à déréaliser la mort en la pensant comme un passage vers une forme de vie supérieure et non comme le terme ultime de la vie. Certaines religions (le christianisme par exemple) voient dans la mort non un anéantissement, mais le commencement d’une nouvelle vie, éternelle – qui est la vraie vie – d’absolue félicité, l’âme y pouvant jouir de la vision beatifique de Dieu. Aussi, au regard de cette vie, la vie d’ici-bas, éphémère et malheureuse, ou du moins d’un bonheur toujours mêlé, apparaît-elle de peu de valeur.

Cette position se rapproche de celle de Platon, pour qui la mort signifie cependant avant tout un détachement de l’âme immortelle du corps périssable qui, l’enchaînant dans le monde du faux-semblant et de l’apparence, l’empêche de connaître le Vrai et le Bien : «Nous avons eu la preuve, explique Socrate dans le “Phédon“, que si nous devons jamais savoir purement quelque chose, il nous faudra nous séparer du corps et regarder avec lame en elle-même les choses en elle-mêmes. C’est alors, à ce qu’il semble, que nous appartiendra ce dont nous nous déclarons amoureux: la pensée; oui, alors que nous aurons trépassé, et non point durant notre vie ! » (“Phédon“, 66 d-e). Ainsi le philosophe doit-il, écrit Cicéron, «sortir avec joie de ces ténèbres, pour gagner le séjour de la lumière » (“Tusculanes“, 1,30), et le même Cicéron nous rappelle qu’après avoir lu l’ouvrage de Platon, Cléombrote d’Ambracie, dans sa hâte de jouir des félicités de l’autre monde, se jeta dans la mer du haut d’un rempart. Là encore, la mort, loin d’ajouter à la valeur de la vie, en offrant une perspective d’une vie meilleure et éternelle, déprécie cette vie dont elle est le terme.

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