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La méthodologie de l'historien


Deux questions se posent : celle de la méthodologie et de la possibilité d’une connaissance historique. Comment procède l’historien ?


1. L’historien construit l’histoire


Comme dans toutes les autres sciences, l’historien construit son objet : « Le fait historique n’est pas plus donné que les autres », écrit Lévi-Strauss (La Pensée sauvage). Il n’existe pas de faits historiques donnés. La réalité vécue par les hommes du passé n’est pas l’histoire de l’historien. L’histoire est une science particulière puisqu’elle a pour objet les hommes et leurs actions, et que l’expérimentation est impossible.
 

L’historien va s’intéresser aux événements qui ont une répercussion sur la vie des hommes, une incidence sur l’évolution de la société. Il va ainsi fabriquer les faits à l’aide d’observations, de documents comparatifs, d’hypothèses et de conjectures. Disposant aujourd’hui d’archives et de moyens d’investigations considérables, il peut faire apparaître toute la complexité du fait qu’il étudie. Par exemple, étudier l’assassinat du roi Henri IV par Ravaillac, c’est étudier les circonstances de lieu, de temps, les données politiques, religieuses, économiques, psychologiques des protagonistes. L’historien doit expliquer comment ce fait est le résultat de tout un ensemble de facteurs enchevêtrés. C’est en ce sens que l’historien construit l’histoire.


2. Sélection et subjectivité


L’historien procède par sélection de documents, de témoignages, retenant ceux qui lui semblent les plus significatifs. Mais qui dit choix dit subjectivité. Cette subjectivité intervient dans l’intérêt que porte l’historien à certaines périodes du passé. « La sympathie propre à l’historien », dont parle Paul Ricœur dans Histoire et Vérité, joue toujours un rôle dans la manière dont il traite l’information historique.
 

Mais l’historien doit ensuite s’essayer à l’objectivité en soumettant documents et témoignages à la critique comparative. L’historien n’est pas un « chiffonnier » à la recherche de nouvelles trouvailles, mais un chercheur à part entière qui explore et enquête sur le passé, avec des questions et une hypothèse à vérifier, comme tout scientifique : comme lui, il crée les objets de son observation. C’est pourquoi Lucien Febvre écrit dans Combats pour l’histoire : « Décrire ce qu’on voit, passe encore ; voir ce qu’il faut décrire, voilà le difficile. »

3. « Les silences de l’histoire » (Jacques Le Goff)

Que dire des trous de mémoire de l’histoire, des documents perdus, inexistants, voire falsifiés, toute une partie muette du passé humain ? Par exemple, nous n’avons presque aucun document sur l’esclavage dans l’Antiquité.

Cependant, il existait bien et de manière importante. On sait également que chaque époque projette nécessairement ses propres préoccupations sur les événements du passé, et ce passé s’explique alors à travers le prisme de ces préoccupations contemporaines. On peut se demander dans quelle mesure l’histoire nous dit la vérité sur le passé des hommes. Pour toutes ces raisons, l’histoire n’est pas une science dans l’acception classique.

4. La connaissance historique est-elle possible ?

Malgré tout, l’historien va essayer de rendre intelligible une réalité historique : hypothèses, analyse critique des documents, synthèse des informations doivent permettre de comprendre et de faire comprendre ce qu’ont vécu d’autres hommes. L’historien recherche les causes pour reconstituer, dans l’idéal, l’intégralité du passé humain, horizon qu’il ne peut atteindre.

Attention : la notion de cause, c’est-à-dire de loi, de relation constante entre causes et effets, n’a pas le même sens en histoire que dans les sciences physiques. Les actions humaines comportent toujours une marge de liberté, donc d’incertitude. Si l’histoire explique, elle ne peut ni déduire ni prévoir. Seul un système hypothético-déductif peut le faire.

Doit-on alors renoncer à toute explication, à toute connaissance historique ? Non. L’histoire n’est pas le lieu de l’irrationnel. Certes, elle n’est pas une science exacte, mais ce n’est pas non plus un savoir approximatif. L’explication rationnelle est possible et le discours historique ne se confond pas avec une pure et simple description de ce qui a été. L’histoire n’est pas un roman. La vérité historique affirme d’abord des existences à la différence de la vérité scientifique qui affirme des faits. L’histoire n’est pas une science exacte mais une science humaine.


Mots clés/Mots repères


Mémoire ; critique comparative ; cause.
Analyse/Synthèse ; Objectif/Subjectif; Expliquer/Comprendre.

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