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LA DISSERTATION PHILOSOPHIQUE

CONSEILS METHODOLOGIQUES : la dissertation philosophique.

Rédiger une dissertation, c’est essayer de bien penser ce qu’on écrit et de bien écrire ce qu’on pense.

  • 1) L’objectif à atteindre :

Comprendre une dissertation philosophique, c’est définir par là même un objectif précis à atteindre, afin d’éviter ce qui arrive trop souvent: un mélange des genres. Les dissertations sont trop fréquemment conçues comme des exposés (récitation passive de connaissances toutes faites) ou,
défaut inverse, comme des improvisations. Dans les deux cas, l’objectif fondamental de toute dissertation est perdu de vue; à savoir, le développement d’une réflexion en acte dans le mouvement d’analyse d’un problème. Toute dissertation a ce point de vue le côté actif d’une démarche réflexive. Elle est processus et non résultat. En tant que réalisation réflexive, elle désignerait plutôt le mouvement de réalisation active que le produit réalisé. Nous dirons que la réflexion en elle doit toujours être vivante, avoir le caractère d’une démarche. Ainsi, vous serez noté non sur ce que vous pensez mais sur ce qui vous amène à penser ce que vous pensez !

La dissertation philosophique est un exercice de réflexion à la fois personnelle et informée. Personnelle parce qu’il s’agit de réfléchir par soi-même dans le but de répondre à la question posée. Informée parce qu’il s’agit à partir de sa réflexion de retrouver des auteurs de philosophie, de nourrir ses propos de référence à des auteurs, c’est-à-dire à des éléments de doctrines.

Certes, une culture philosophique minimale est sans doute nécessaire pour stimuler et orienter sa réflexion, mais en aucun cas elle ne doit être restituée « en bloc». Le travail réel consiste bien plutôt à mettre en évidence le lien entre le point doctrinal, que l’on reprend à son compte, et le sujet tel qu’on le comprend. Lorsqu’on fait référence à une doctrine philosophique, toujours se poser la question : est-ce que le rapport entre ce que j’écris et le problème que je suis en train de traiter est clair, ou bien faut-il que je l’explicite davantage ?

Règle du «NI…NI»:

Ni trop «personnel»: Moi, je pense que…

Ni trop «impersonel»: Aristote pense que …

Que vous demande-t-on AU JUSTE ? Non pas d’apporter des solutions définitives aux problèmes éternels de la philosophie, ni même des vues originales, mais plus modestement de manifester un peu d’esprit philosophique. Qu’est-ce à dire? Simplement de montrer que vous êtes capable d’une part de faire preuve d’esprit critique (ce qui ne veut pas dire adopter une attitude forcément négative ou polémique, mais poser et analyser les éléments d’une question et les notions qu’elle met en jeu, découvrir les problèmes qui se cachent derrière de fausses évidences, ainsi que démasquer les faux problèmes), et d’autre part de mener une réflexion logique et cohérente (la logique et la cohérence de votre dissertation doivent devenir chez vous une véritable obsession).

  • 2) Comment organiser son temps ?

• Travail préparatoire (au brouillon): une heure.

• Conception et rédaction de l’introduction: début de la seconde heure.

• Mise au point et rédaction de la première partie du développement: fin de la deuxième heure.

• Mise au point et esquisse rédigée des transitions.

• Rédaction successive des parties suivantes du développement (3 et 4ième heure).

• Conception et rédaction de la conclusion: 20 dernières minutes.

• Relecture finale de l’ensemble : 5 minutes (impératif…).

  • 3) Le traitement du sujet & le travail préparatoire et ses étapes (à effectuer au brouillon) :

Dicton: Un sujet mal lu, c’est une dissertation ratée ! Il faut étudier activement le sujet, le déchiffrer.


L’analyse du sujet prépare la problématique et l’élaboration du plan.

Une fois, le sujet choisi (pas plus de 10 minutes de réflexion), commence le travail préparatoire, à effectuer au brouillon, et qui constitue, nous l’avons vu, un prologue capital à la rédaction proprement dite. Chaque phase de travail peut être définie et illustrée à la fois par une ou plusieurs questions, qui canalisent la recherche et lui fournissent des points de repère. On répondra à ces questions :

• Définir le plus précisément possible les termes du sujet: Réécrire le sujet au brouillon et définir les termes le plus précisément possible.

Exemple = Le travail est-il une contrainte ? Ne pas confondre travailler et s’exercer. Ne pas confondre contrainte et obligation.

• Se demander s’il n’y a pas plusieurs lectures possibles, de manière à ne pas laisser des aspects ou des problèmes sans réponse (cf. sujets avec: «Peut-on …», «Doit-on …», «Faut-il …»)

Exemple = «Pourquoi s’intéresser au passé ?»

«Pourquoi» = 2 sens possibles : Quelles sont les causes objectives qui font que… / Quelles sont les raisons subjectives qui font que… Pourquoi = Par quoi ? / En vue de quoi ? (pour quoi ?)

«S’intéresser au passé = concrètement l’intérêt de l’homme pour le passé s’exprime sous la forme de l’histoire.

• Chercher les présupposés et implications du sujet:

  • Les présupposés = ce qui est posé avant cad le CONTEXTE de la question. Ce qui permet de comprendre, d’éclairer le problème posé
  • Les raisons, non-formulées dans le sujet lui-même, qui font que le problème se pose tel qu’il se pose. D’où vient que la question se pose. C’est généralement un doute, une difficulté, une contradiction que l’on rencontre dans la réalité ou en réfléchissant sur elle. Il faut s’étonner de la question. Les causes qui font que l’on pense ce que l’on pense.
  • Les sous-entendus des termes et de la formulation du sujet. Ce qu’il suppose de connu, d’évident, d’acquis. Mais en philo, le bien-connu est souvent un mal-connu. Et le philosophe se méfie des évidences et de la doxa. Il veut montrer que la doxa (l’opinion commune) est PARADOXALE.

    Exemple des présupposés pour le sujet: «Faut-il oublier la mort ?»

    Question ouverte donc

    Thèse = Oui, il faut oublier/ ne pas penser à la mort. Pourquoi ?! Car elle est effrayante. Les hommes ont peur de la mort (1a). Car, en pensant à la mort, je peux oublier qu’il y a une vie avant la mort ! (1b) Car elle est impensable et indicible (1c).

    Antithèse = Non, il ne faut pas oublier / il faut penser à la mort. Pourquoi ?! Car la vie serait invivable sans la mort (2a). Car philosopher, c’est apprendre à mourir (2b). Car la mort est inéluctable et omnipotente (2c).

  • Les implications = L’ENJEU de la question. Les conséquences qui résultent des #tes réponses possibles au pb posé. Conséquences sur le plan théorique, pratique et moral.

Exemple des implications pour le sujet : « Faut-il oublier la mort ? »

Implication de la thèse : «Ou bien on médite sur la vie, et l’on croit devoir ajouter que la mort n’est rien.». L’homme vit sa vie comme un immortel. Vie inconsciente d’elle-même. On vit sans savoir qu’on a vécu. Optimisme qui oublie que la mort est l’effet secondaire de la vie.

Implication de l’antithèse : «ou bien on médite sur la mort, et cette pensée envahit tout, ôtant à la vie toute signification, rendant notre existence absurde.». Pessimisme qui veut mourir de son vivant ! Mourir avant d’avoir vécu.

SYNTHESE (réconciliation Th et AnTh) = Vivre cet instant comme si c’était le dernier. Primultimité: chaque nouvelle fois peut être aussi la dernière fois. Vie intensifiée par la mort. Mort comme grand stimulant de la vie. Vie intense et libre. Cf. dissertation d’exemple.

Par exemple, pour le sujet «L’histoire se répète-t-elle ?»

  • Présupposé: une certaine conception du temps : soit cyclique, soit linéaire.
  • Implications : soit négation, soit affirmation de la liberté humaine. Optimisme ou pessimisme anthropologique.

• Noter les idées, références, exemples (premier matériau de réflexion). Sur une feuille en orientation «paysage», faire un tableau avec autant de colonnes que de parties dans votre devoir et notez les éléments, références dans la bonne colonne.

SUJET EN TOUTES LETTRES

THESE : Donnez un titre

ANTITHESE : Donnez un titre

SYNTHESE :
Donnez un titre

1a)

2a)

3a)

1b)

2b)

3b)

1c)

2c)

3c)

TRANSITION:

TRANSITION:

CONCLUSION:

APRES LE TRAVAIL PREPARATOIRE A FAIRE AU BROUILLON, LA PROBLEMATIQUE ET LE PLAN DOIVENT CLAIREMENT SE DESSINER.

Il arrive qu’un énoncé puisse être légitimement interprété de plusieurs façons différentes (par exemple, tel sujet sur la liberté pourra être traité d’un point de vue métaphysique ou politique).

Dans ce cas il conviendra de ne pas mêler les problématiques et d’indiquer clairement dans l’introduction – quel qu’en soit le type – dans quel sens on entend le traiter.

  • 4) Concevoir et rédiger une introduction

    L’introduction doit être rédigée «à la fin», lorsque le travail d’analyse du sujet à faire au brouillon est réalisé

Le rôle rempli par l’introduction n’est pas celui d’une pure et simple présentation du sujet. L’introduction comporter 3 moments :

Une entrée en matière qui peut se faire à partir:

d’un fait remarquable emprunté à l’histoire ou à l’actualité. Ce fait peut être un événement historique important aussi bien qu’un fait divers, anodin en apparence, mais en réalité représentatif et significatif;

d’une pensée d’un auteur, d’un artiste, etc., ou de la « sagesse populaire », d’un mythe (cf. exemple ci-dessous : L’homme est-il la proie des passions?);

d’une situation concrète ordinaire (cf. exemple ci-dessous : Quels sont les obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ?) ;

d’un lieu commun, d’un stéréotype, d’une « idée toute faite », etc., pour le mettre en question (montrer que certaines évidences ne sont que de fausses évidences). Surtout, éviter absolument les formules générales, creuses ou grandiloquentes du genre : «Depuis le paléolithique jusqu’à l’Apocalypse…» «De tous temps, les hommes…» A l’issue de cette entrée en matière le sujet doit être exposé en toute lettre et en totalité. Si vous ne trouvez rien qui vaille, commencez directement par le sujet.

Présenter la problématique, le plus rapidement possible, mais le plus clairement possible. Dégager les enjeux du problème, c’est-à-dire ce qu’il met en jeu, ce qu’il en coûterait s’il n’était pas résolu. La problématique se doit de présenter le plan du devoir, ce qui peut se faire sous la forme de questions qui chacune à leur manière présente le problème ou un de ses aspects, mais de telle sorte que les parties ainsi annoncées soient effectivement des réponses aux questions posées et telles qu’elles le sont.

Veillez à ce que les directions de recherches annoncées dans l’introduction soient effectivement suivies dans le développement. Pour cela il vaut mieux rédiger l’introduction après avoir établi le plan définitif du devoir.

Annonce du plan du devoir: Facultative pour certains correcteurs, on pourra utiliser des formules du style : «Dans un premier temps/moment, il s’agira de montrer que … Ensuite, nous verrons que … Pour finir/ En troisième lieu, …»

Une intro de 4 lignes n’est pas une intro. Une intro d’une page ½ n’est plus une intro !

Exemple d’introduction partant d’une citation.


Sujet
: L’homme est-il la proie des passions ?

« Rien de grand ne s’est accompli dans le monde sans passion» nous dit Hegel. Selon lui, ce sont les passions qui feraient avancer l’histoire du monde en se servant de l’homme. Ce qui semble assuré, du moins, c’est que les passions emplissent le monde : elles sont partout, dans la vie publique comme dans la vie privée. Mais que doit-on mettre sous le mot de passion ? Que veut-on signifier lorsqu’on demande si l’homme est la proie des passions ? Le problème n’est-il pas de savoir si l’homme nourrit lui-même ses passions, si donc d’une certaine manière il en est responsable, ou s’il est la victime de passions qui lui seraient en quelque sorte étrangères, qui le dépasseraient ?


Exemple d’introduction partant d’une situation ordinaire.


Sujet
: Quels sont les obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ?

Lors de certaines réunions familiales, il n’est pas rare que les parents, grands-parents et autres membres d’une famille évoquent le passé, le «bon vieux temps ». Chacun y va de sa petite histoire, ponctuée des «Te souviens-tu? », «Tu te rappelles? ». Mais tous ne se rappellent pas, et quand bien même tous se souviennent, les souvenirs diffèrent et les polémiques font vite leur apparition. Pourtant ce passé objet de litige est commun : chacun l’a vécu, chacun devrait le connaître. D’où vient que cela n’est pas? Existe-t-il des obstacles essentiels à la connaissance de notre passé ?

  • 5) La problématique :

L’analyse au brouillon du sujet nous a livré des questions et des directions d’étude (plan), des éléments (arguments). La problématique les remet en ordre. IL FAUT LA REDIGER INTEGRALEMENT AU BROUILLON.

La problématique d’une dissertation philosophique est le jeu de questions, liées entre elles et tirées du sujet lui-même, auxquelles le développement va progressivement répondre. La problématique est donc un programme de questionnement élaboré à partir de la question posée par le sujet. Problématiser une question, c’est déployer cette question en questionnement.

En fait, le travail philosophique commence par le doute; et douter, c’est se poser des questions, les bonnes questions. Problématiser une question, c’est se poser des questions auxquelles il faut répondre afin de pouvoir conclure. La problématique est donc un doute organisé. (cf. le doute cartésien – cours sur la conscience).

En tant que programme de traitement du sujet, la problématique fixe les grandes lignes du développement de la dissertation. Problématiser un sujet, c’est préparer le plan de progression de la réflexion.

Le pb est implicite dans le sujet. Il faut l’exposer, l’expliciter.

Par exemple : La culture peut-elle être porteuse de valeurs universelles? Comment ce qui est seulement particuliers pourrait-il contenir de l’universel?

  • 6) Élaborer un plan

L’organisation et la structuration de la dissertation ne peuvent préexister à une analyse approfondie du sujet, dont elles ne sont que la synthèse dynamique. Il ne s’agit pas de plaquer sur des idées disparates, mais de dégager un principe d’ordre susceptible d’intégrer les lignes directrices au sein d’une démarche cohérente. Ce travail n’est pas dissociable de la mise en place de la problématique. Il s’agit de lier deux exigences pour “programmer” efficacement le cheminement de la dissertation.

Les grands types de plans et la manière dont les traiter. En aucun cas, il ne s’agit de proposer ici des plans “passe-partout“. Chaque dissertation requiert un plan uniquement conçu pour elle, et adéquat de ce fait à la spécificité de l’énoncé sur lequel elle se développe.

LE PLAN DOIT ETRE SPECIFIQUE (adapté), ORGANIQUE (progressif) ET CRITIQUE (disputatif, argumentatif).

Un plan se compose de parties : deux au minimum. Rarement plus de trois. Chaque partie se subdivise à son tour et sa structure interne doit être elle aussi logique.

> Ne pas multiplier les paragraphes, ni les exemples. Cela donne l’impression que la copie ne progresse pas dans l’analyse. En outre, un exemple, s’il peut infirmer une règle ou aider à la formuler, ne saurait tenir lieu de preuve. Multiplier les exemples, c’est le plus souvent faire l’aveu du fait qu’ils ont été mal choisis, voire de son incapacité à décoller du niveau descriptif, bref, de son inaptitude à penser. Garder donc en tête cette vieille règle des rédactions d’autrefois : une idée par paragraphe, un paragraphe par idée ; un exemple par idée , une idée dégagée de l’analyse de chaque exemple !

A) Le plan progressif et le plan analytique + un exemple

=> Le plan progressif (Rarement en terminale): Il s’agit qu’une structuration visant à une progression par approfondissement de l’analyse des notions.

Ce plan peut être très fréquemment utilisé car il a l’avantage, comme le plan dialectique, de correspondre à une progression naturelle et non artificielle de la pensée et de la démarche intellectuelle. Il consiste à fournir plusieurs définitions successives de la notion considérée, non point selon un plan de pur hasard, mais en progressant dans l’analyse des notions, en soulignant leur enrichissement. Il permet d’aller de l’immédiat à l’universel selon un ordre progressif. C’est un plan qui met en valeur la richesse des notions.

Type de questions où il faut un plan progressif: «Qu’est-ce que…»
(Rarement en terminale).

Exemple : “Qu’est-ce que la transcendance ?”

• La transcendance comme dépassement au sens psychologique du terme : Etymologiquement, transcender signifie “aller au-delà”, dépasser. Tel est le caractère de la conscience humaine. Elle se dépasse perpétuellement (pour-soi), à l’inverse des choses ou “en-soi”, qui sont toujours égales à elles-mêmes. L’homme, au contraire, peut se faire autre qu’il n’est; il est transcendance (cf. l’existentialisme sartrien). Cette dernière est le caractère psychologique de la conscience en tant qu’activité de dépassement.

• Activité de transcendance au sens moral du terme : L’homme est aussi un créateur de valeurs. A ce niveau, la transcendance apparaît comme cette activité par laquelle l’homme se dépasse, tente d’aller au-delà de lui-même et crée des valeurs morales.

• La transcendance métaphysique et religieuse : Enfin, le moi individuel peut tenter de monter vers le Transcendant divin, peut s’efforcer d’atteindre l’existence d’un Etre autre que lui-même. La transcendance devient ici le mouvement de dépassement métaphysique et religieux (cf. cours sur la religion à venir). Ainsi, de degré en degré, l’activité de transcendance s’enrichit en progressant de l’aspect psychologique simple vers les notions les plus idéales, celles qui appartiennent à la sphère métaphysique et religieuse.

=> Le plan analytique : Les sujets où le plan analytique s’impose exigent plusieurs réponses qui se complètent sans se contredire. Par exemple : «A quoi reconnaît-on une œuvre d’art/une science ?», «A quelles conditions une loi est-elle juste ?», «Qu’est-ce qui caractérise la pensée religieuse ?». Pour ces sujets, la qualité première attendue est l’exhaustivité des réponses. Un plan analytique aura 2, 3 ou 4 parties rangées par ordre d’importance : il s’agit de partir des idées les plus évidentes aux moins connues.

Type de questions où il faut un plan analytique : «Pourquoi … ?», «Quel(le)(s) … ?», «En quoi … ?», «Qu’est-ce qui … ?», «En quel(s) sens… ? », «où… ?», «Qui… ?», «Comment… ?», «A quelles conditions… ?.

Exemple : «Pourquoi travailler ?»

Pour ce type de sujet, plusieurs réponses sont demandées. On partira du plus «concret» au plus «abstrait».

N.B.:Le «pourquoi» interroge : la causalité et la finalité (cf. ci-dessous):

I) L’homme travaille avant tout pour des raisons purement économiques et matérielles

o Le Travail, avant tout synonyme de « métier »

o Le travail, activité nécessaire pour survivre

TRANSITION: Une telle conception du travail n’est-elle pas restrictive ?

II) Le travail comme activité humaine, appartenant à l’essence même de l’homme

o Le travail comme activité non pas seulement utile mais bonne en elle-même, pour elle-même : point de vue moral

o La justification religieuse du travail

TRANSITION: Mais le travail peut-il n’être qu’une succession d’activité dans lesquelles l’homme ne trouverait aucun intérêt ?

III) L’homme travaille parce qu’il y trouve l’occasion de s’améliorer

o Le travail comme effort pousse l’homme à se dépasser. Le travail rend libre.

o Le travail comme moyen de se construire et s’imposer face à l’autre. La dialectique du maître et de l’esclave chez Hegel

o Le travail libéré (#travail aliéné) confère une dignité.

B) Le plan dialectique + un exemple

PRECISION: Le terme de dialectique est un terme galvaudé. Pour saisir la signification du plan dialectique, il faut revenir au sens fondamental de cette notion. On appelle dialectique (en particulier chez Hegel) une démarche qui procède par contradictions surmontées, c’est-à-dire en allant de la thèse à l’antithèse, puis la synthèse. La méthode dialectique est un mouvement dans lequel la contradiction appelle un dépassement. Cela signifie que les contradictions sont intégrées et dépassées dans le mouvement total, que toute contradiction va tendre à se résoudre dans la synthèse de la thèse et de l’antithèse. Pensez à la graine qui deviendra arbre et enfin fruit… Il y a une part de vérité dans la thèse. Il y a une part de vérité dans l’ «antithèse». La «synthèse» réconcilie l’une avec l’autre. La «synthèse» réalise leur union et leur dépassement. L’amour ne réconcilie-t-il pas l’âme et le corps ? Le fruit n’est-il pas «évolution» et «résultat» de la graine et de l’arbre ?

Exemple de plan dialectique pour le sujet: «L’homme est-il mauvais par nature ?» (Corrigé distribué en classe)

La grande majorité des sujets actuels exigent un plan dialectique. Ces sujets invitent à poser un «pour» ou un «oui» et un «contre» ou un «non» ! L’idéal est de réaliser ensuite une synthèse.

La synthèse se définit comme une démarche visant à recomposer ou reconstituer un nouvel ensemble à partir d’éléments : par conséquent, vous ne devrez jamais la considérer comme le retour à la thèse antérieurement émise. Il ne s’agirait pas ici d’une synthèse au sens fort et spécifique du terme. Enfin, la conciliation pure et simple de la thèse et de l’antithèse est également à proscrire. Ne dites pas, dans votre prétendue synthèse : «il y a du vrai dans les deux opinions». Cet amalgame faussement conciliant n’est pas une synthèse (plan café au lait !).

Vous voyez que le plan dialectique ne doit pas verser dans la réponse de Normand!: «P’etre bien que oui, p’etre bien que non !» ou «ça dépend des cas / des personnes / du temps qu’il fait» ! Rien n’est plus antiphilosophique qu’une argumentation platement relativiste. On ne vous demande pas, dans le cadre d’une dissertation philosophique, d’être faussement conciliant ou mollement tolérant.

La synthèse doit procéder d’une réalité spirituelle plus haute. Elle doit dépasser l’opposition entre la thèse et l’antithèse. Elle doit trouver une solution qui réconcilie les deux points de vue et qui les dépasse.

Si vous ne parvenez pas à trouver la synthèse, reportez-vous à la section «Trucs et Astuces» ci-dessous !

Type de questions où il faut un plan dialectique : «Peut-on … ?», «Faut-il … ?», «Doit-on … ?», «Existe-t-il … ?», «Y a-t-il … ?».

La philo se demande tjrs ce qu’on peut dire, ce qu’on doit faire, ce qu’on a ou non le droit de penser, de faire, d’affirmer.

Exemple 1: La raison peut-elle avoir raison du mythe ?

Introduction : le passage du mythe à la raison a-t-il vraiment valeur de rupture épistémologique ?

I. Faiblesse explicative du mythe

a. Le mythe n’obéit pas au principe de non-contradiction

b. Il pervertit la causalité en fatalisme ou miracle

c. Il introduit une finalité dans la nature

Transition : le mythe révèle l’impuissance de l’homme

II. Le triomphe de la raison

a. La science libère les hommes du mythe

b. La raison contraint à démontrer ce qu’on affirme

c. La religion reconnaît le caractère allégorique de ses récits

Transition : Ne pas surestimer le pouvoir de la raison

III. Limites du pouvoir de la raison

a. Le scientisme = La raison peut s’illusionner sur elle-même.

b. Il ne suffit pas d’avoir raison pour convaincre

c. Le mythe répond à une fonction fabulatrice

Conclusion : Si les mythes persistent c’est qu’ils relèvent moins de l’erreur que de l’illusion.

…/…

QUESTIONS OUVERTES ET QUESTIONS FERMEES

Les questions ouvertes n’indiquent de réponses. Libre à vous de trancher le problème. Par exemple de questions ouvertes : Suis-je le jouet de mon inconscient ? L’histoire a-t-elle un sens ? La politique est-elle l’affaire de tous ? L’art est-il une imitation de la nature ?

Les questions fermées attendent au contraire une réponse précise. Voici les types de sujet qui appellent une réponse attendue :

  1. Les questions avec restriction («ne … que» ? «…Seulement…» ?): «Le langage n’est-il qu’un moyen de communication ?», «Ne travaille-t-on que pour l’argent ?»  «L’homme n’est-il qu’un animal ?»: Dans ce type de sujet, la réponse attendue est NEGATIVE (NON). Donc, vous argumentez le «OUI» dans la première partie.

Par exemple pour le sujet: «L’homme n’est-il qu’un animal ?». Première partie (thèse / OUI): L’homme est issu de l’évolution naturelle. Il est un animal évolué. Instincts, pulsions, passions : voilà la racine animale de l’homme ! Deuxième partie (antithèse / NON): L’homme est culture ! L’acquis prime sur l’inné. L’homme est raison. Il n’est plus tout à fait animal car il est rationnel (V/F) et raisonnable (B/M). Nécessité de l’éducation, etc… Troisième partie (synthèse): L’homme est un animal métaphysique. L’homme est le seul animal qui pense ce qu’il pense. Le roseau pensant de Pascal, Idée de Dieu, d’Absolu, de transcendance, d’Universel. Angoisse de la mort, etc…

  1. Les questions avec alternative («ou…» «…ou bien…): «L’art est-il imitation ou création ?»,  «L’homme est-il bon ou méchant ?». Après l’analyse des 2 réponses contraires (alternative 1 et alternative 2), il faut essayer de sortir de cette opposition, dans une troisième partie de synthèse ou… en conclusion…

    Par exemple pour le sujet: «L’homme est-il bon ou méchant ?». Première partie/alternative : L’homme est né bon mais la société l’a corrompu ! Mythe du «bon sauvage». Le sentiment de pitié inné. Altruisme, amour, etc. Deuxième alternative/partie : Homo homini lupus ! L’homme est un loup pour l’homme. L’état de nature chez Hobbes. La lutte des classes (Marx), les guerres (Machiavel), etc… SYNTHESE : Pas de nature humaine. La perfectibilité morale de l’homme. Liberté de l’homme face au choix du B ou du M. L’homme sera ce qu’il décidera d’être. Pas de destin, de fatalité, l’homme est condamné à la libre ! Hegel: l’histoire n’est que l’avènement de la liberté.

    RAPPEL DE LA « LUTTE DES CLASSES » chez MARX : Une classe est un groupe d’individus ayant une même situation économique au sein des rapports de production (les prolétaires qui ne possèdent que leur force de travail / la bourgeoisie qui détient les moyens de production ou capital). La lutte des classes désigne dès lors l’antagonisme qui oppose des classes et des consciences de classe dont les intérêts sont contradictoires. En économie capitaliste, elle prend la forme d’une domination complète du prolétariat par la bourgeoisie :

    ·    Économique, par la domination du capital.

    ·    Politique, car la bourgeoisie contrôle les appareils d’État dont elle se sert pour consolider les rapports de production dont elle bénéficie.

    ·    Idéologique, car la conscience de la classe pauvre elle-même est aliénée par l’idéologie dominante

  2. Les questions avec adverbe («toujours», «jamais», «tout/s», «nécessairement», «obligatoirement», «absolument», etc…): Tout ce qui est naturel est-il normal ? Tout ce qui est techniquement possible est-il légitime ? Il faudra traiter le OUI dans la première partie.

Par exemple, pour le sujet: «Tout ce qui est possible techniquement… ?». Première partie «oui»: on n’arrête pas le progrès ! L’homme est un homo faber, le progrès est bénéfique, etc. Seconde partie «NON»: Le progrès peut être maléfiques, il n’est qu’un moyen et non une fin en soi, la technique moderne est prométhéenne, elle pose des problèmes moraux (euthanasie, clonage), etc. Troisième partie «SYNTHESE»: Nécessité d’une réglementation éthique. Principe de précaution et de responsabilité. CCNE (Comité Consultatif National d’Éthique), Hans Jonas, etc…

C) Le plan notionnel + un exemple (très rarement en terminale)

Ce plan est consacré à l’analyse d’une notion. Il consiste à poser successivement le problème de la nature de la notion envisagée, puis celui de l’existence, enfin celui de la valeur de cette notion.

Ce plan a l’avantage de diriger l’esprit vers l’idée complexe de valeur, de permettre d’en envisager les différentes facettes (morale, esthétique).

Exemple : “L’idée de liberté”.

• Nature : Liberté = négativité = pouvoir qu’à l’esprit de pulvériser ou de néantiser toutes les données (Hegel)

• Existence : La liberté existe-t-elle? Oui, c’est le mode d’être qui caractérise toute la conscience humaine. L’existence précède l’essence.

• Valeur: Non seulement elle existe, mais elle a une valeur sur le plan moral. Sans liberté, nulle possibilité d’un acte moral (Kant).

D) La comparaison entre notions + un exemple (très rarement en terminale)

Enfin, vous pouvez avoir à établir les relations, les ressemblances et les différences existant entre deux ou plusieurs notions. Il y a ici un écueil majeur à éviter: celui de juxtaposer deux dissertations, l’une consacrée au premier concept, l’autre au second. Par exemple, on ne pourra pas transformer « Savoir et pouvoir » en « Qu’est-ce que savoir et pouvoir? », mais en : « Quels sont les rapports entre le savoir et le pouvoir? », ou : « Faut-il savoir pour pouvoir? » ou encore : « Tout savoir est-il un pouvoir? » .

Nous suggérons de procéder ainsi :

• caractériser et conceptualisation de chaque notion.

• souligner, éventuellement, leur différence, voire leur opposition.

• montrer l’unité de ces deux notions.

Remarque : l’établissement de la différence ou de l’unité dépend profondément des notions envisagées. Elle peut donc être établie selon le cas en deuxième ou troisième partie.

Exemple : “Orgueil et vanité”.

• Essai de caractérisation: La vanité est sociale. Elle se caractérise par l’importance que nous attribuons au jugement d’autrui. Elle est besoin d’approbation, désir de paraître entièrement relatif au jugement de l’autre.

L’orgueil isole; il se caractérise par l’importance que nous attachons à notre propre jugement.

• Opposition: La vanité s’appuie sur l’opinion, l’orgueil sur la force personnelle. La première a rapport au social, le second a rapport à la liberté individuelle elle-même.

• Unité: Plus voisins qu’il n’y parait au premier abord, orgueil et vanité sont quête de soi, de cet être que la conscience tente d’atteindre sans jamais y parvenir.

E) Les sujets-citations.

Difficultés de l’exercice :

  • Problème d’interprétation, d’élucidation, de compréhension.
  • Exigence de connaître l’auteur ou le contexte philosophique.

Dans tous les cas de figure, la dissertation devra comprendre une partie analyse (ou partie explication): la formule proposée est alors l’équivalent d’un court texte à commenter. De même qu’on ne peut mener une réflexion critique judicieuse sur un commentaire que si l’on a d’abord bien compris le sens du texte, de même une réflexion personnelle (originale) sur une citation ne sera pertinente si l’adage en question a été préalablement élucidé.

Il s’agit d’adopter un plan en deux parties :

• explication ou interprétation de la formule à partir de l’analyse littérale; et justification par application/illustration sur quelques cas qui la concrétisent.

• réflexion personnelle sur les problèmes soulevés par la formule qui pourra aboutir soit à un renforcement soit à un critique précise et bien argumentée, conduisant à la relativiser.

Par exemple, «Paul KLEE disait: «L’art ne reproduit pas le visible, il rend visible». Qu’en pensez-vous ?», «Dostoïevski disait: «Si Dieu est mort, tout est permis». Qu’en pensez-vous ?».

Explication: Dieu est le garant du B et du M. 10 commandements. Si les hommes apprenaient que Dieu est mort, ils seraient comme des enfants livrés à eux-mêmes. Dieu institue des interdits, édicte des lois. Les hommes se conforment aux lois divines par peur du Châtiment.

RAPPEL: l’explication théologique du devoir

·    Pour la conscience religieuse, le devoir trouve sa source en Dieu, ce qui explique son caractère transcendant: le devoir est un commandement divin (cf. les dix commandements de la Bible).

·    Cette conception religieuse se retrouve dans la tradition philosophique d’inspiration platonicienne identifiant Dieu au Bien: le devoir est la cons-cience du Bien.

·    A cette tradition se rattache celle qui fait du devoir un instinct. Cf. Rousseau : « Il est au fond des âmes un principe inné de justice et de vertu … C’est à ce principe que je donne le nom de conscience ! Instinct divin, immortelle et céleste voix.»

Relativisation: L’athée n’est pas forcément pécheur ! L’homme peut grâce à son cœur ou à sa raison édicter des principes moraux valant pour tous (DDH). Raison morale : Impératif catégorique (Kant). Morale laïque. Autonomie. Respect de la dignité humaine.

  • 7) La conclusion

La conclusion est décisive. Elle doit être rédigée intégralement au brouillon comme l’introduction et la problématique. Votre note est un nombre élastique qui va se fixer au moment de la conclusion.

Fonction de la conclusion :

Nous avons défini la dissertation comme une réflexion en acte, comme un cheminement où l’argumentation s’approfondit de façon progressive.

Le but et la finalité réelle de la conclusion sont de faire le point, de dresser le bilan de la réflexion. Pour cela, on dégage les propositions établies au long du devoir, en les formulant de façon concise au sein d’une synthèse frappante articulée sur une reprise    allusive du sujet. De plus, ouvrir le devoir sur d’autres champs de la réflexion ou d’autres types d’approche.

Le bilan de la réflexion comporte donc deux aspects complémentaires :

• Dresser le bilan du développement: recensement synthétique des conclusions partielles établies au cours de la dissertation.

• Apporter une réponse claire à la question posée.

FACULTATIF !!! Éclairage différentiel de ce bilan-synthèse par la mobilisation de références qui relativisent le devoir et l’ouvrent sur d’autres perspectives. Cad, vous pouvez « ouvrir » la ccl, poser un nouveau Pb. Mais attention ! Ce nouveau Pb ne doit pas reconduire à celui que vous aviez à traiter.

La conclusion étant responsable de la dernière impression que vous laisserez sur le correcteur, il convient d’en soigner tout particulièrement le style. En ce sens, efforcez-vous de la clore sur une formule heureuse, bien frappée ou poétique, ou encore sur une belle citation, mais à la condition
expresse que celle-ci s’accorde exactement avec le sujet, qu’elle s’insère naturellement et harmonieusement dans le mouvement de votre pensée. Veillez cependant à ne pas sombrer dans un lyrisme de bazar, dans les formules grandiloquentes, mais creuses. Pour conclure, ne vous en référez pas au Jugement Dernier, à l’Apocalypse ou à la Révolution !

Évitez à tout prix de faire de votre conclusion un fourre-tout dans lequel vous jetteriez toutes les idées qui vous viennent au dernier moment et que vous ne pouvez plus placer dans votre développement.

> Ne jamais signer sa copie ! C’est une cause de nullité de la copie, anonymat oblige !

…/…

Les sujets de type «Faut-il ?», «Peut-on ?», «Pourquoi… ?», etc.

A) «Faut-il… ?», «Doit-on… ?»

“Faut-il ?” est une question qui peut se poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en deux parties :

• la nécessité logique/physique/matérielle/naturelle/économique/sociale, c’est-à-dire la contrainte des choses.

Exemple : «Faut-il travailler ?»

1ière partie : «OUI»: Nécessité naturelle (satisfaire les besoins fondamentaux de l’espèce), la nécessité économique et sociale (satisfaire les besoins sociaux mais aussi les désirs de l’individu vivant en société et nécessité de faire fonctionner et de reproduire la machine économique, le système des moyens de production); et même nécessité biologique (la nature de l’homme est de travailler).

2ième partie : «NON»: Exploitation et aliénation du travail. Le travail est une torture («tripalium»). Les grecs et les romains méprisaient le travail pour lui préférer le «loisir»

• l’obligation morale, le devoir.

3ième partie : Que le travail soit ou non une nécessité naturelle, matérielle, il correspond à une obligation morale (envers autrui mais envers soi-même : le travail n’aliène pas l’homme mais le réalise dans le monde, le fait exister à ses propres yeux comme aux yeux d’autrui). Obligation morale qui peut s’articuler à la nécessité: devoir moral d’agir, mais aussi parce que c’est un besoin psychologique : ne pas subir passivement la vie mais la vivre.

B) «Peut-on ?»

(Rappel de l’anecdote de Sacha Guitry)

“Peut-on ?” est également une question qui peut se poser à deux niveaux et donner lieu à un plan en deux parties :

• la possibilité factuelle/pratique/technique ou la capacité, la faculté: Est-ce possible de ?

Exemple : “Peut-on être esclave de soi-même?”

1ière partie : On cherchera une situation où l’homme serait esclave de lui-même : la passion. On se demandera alors si cette éventualité correspond à une possibilité réelle : si l’homme est libre,
comment peut-il s’aliéner lui-même? On verra que esclavage-aliénation de la passion est dépendance à l’égard de l’objet de la passion, donc d’autre chose que de soi.

2ième partie : Mais, on verra aussi que, si on cède à la passion, alors qu’on est en principe libre de disposer de soi, c’est qu’on est en quelque sorte capable de s’aliéner soi-même. Mais s’agit-il d’un esclavage? Être son propre esclave signifie qu’on reste, au moins virtuellement, son propre maître, qu’on a pouvoir sur ce soi-esclave de sa passion. La question posée est d’abord une question ou un problème de possibilité.

• La possibilité morale, ou le droit: A-t-on le droit de ?,  Est-il permis de ?

3ième partie : Ce que je fais n’engage pas que moi mais engage aussi l’homme, “l’humanité tout entière” (Sartre – cf. « l’existentialisme »). Mon acte se propose comme exemple-modèle d’acte. Etre esclave de soi-même, c’est alors présenter auto-aliénation (l’abandon de soi aux passions) comme modèle de conduite. Du reste, le passionné ne se fait pas faute de se justifier aux yeux des autres : s’il se justifie, c’est qu’il se pense comme coupable, alors je n’ai pas le droit de présenter de moi-même l’image d’un être-esclave-de-soi. A supposer que je puisse être esclave de moi-même, il reste que je n’ai pas le droit de l’être. Ce qui fait rebondir le problème. Car, si je n’ai pas le droit de l’être, c’est que j’ai ou que j’avais la possibilité de ne pas l’être, qu’il ne dépend ou ne dépendait que de moi de ne pas céder.

C) «Pourquoi… ?»

Pour ce type de sujet, plusieurs réponses sont demandées (au moins 2).

Attention: le terme «pourquoi» peut se poser à deux niveaux:

  • En amont cad la ou les causes
  • En aval cad la ou les finalités
REPERE : CAUSE / FIN
La question « pourquoi » peut signifier deux choses bien différentes : quelle est la cause qui fait advenir telle ou telle chose ? Mais cela signifie également «pour quoi », c’est-à-dire le but, la finalité. Dans une action, on peut considérer également les deux : le fondement rationnel et le but poursuivi.

D) «Quel… ?», «Qu’est-ce qui/que… ? En quoi… ?»

Pour les sujets de ce type, on adopte un plan analytique.

Astuce : Si l’on vous demande, par exemple, «qu’est-ce qu’une théorie scientifique ?», posez-vous la question de savoir ce qu’est une théorie non-scientifique ?»: Théorie religieuse, psychanalytique, etc… Bref, PRENEZ LE SUJET A REBROUSSE-POIL !

…/…

  • 8) CONSEILS GÉNÉRAUX
  • La longueur d’une dissertation en Terminale : Pas de norme quantitative, mais qualitative. Cas de figure courant: 6 pages (1 feuille-double + 1 intercalaire recto-verso) sur copie classique / 5 pages pour copie du baccalauréat. Concrètement:

– Intro: ½ page

– 2 pages par partie (si plan en deux parties), plus courtes (1 pages ½, si 3 ou 4 parties).

– Conclusion = ½ page.

  • Règles de présentation: On souligne les titres d’œuvre. On ne souligne ni le nom des auteurs, ni les citations. On n’écrit en majuscules ni le nom des auteurs, ni les citations.
  • Présentation formelle : Sautez au moins 2 lignes entre l’intro et le développement et au moins 1 lignes entre chacune de vos parties. A chacun début de paragraphes (= idées), sautez au moins deux carreaux. Sautez au moins 2 lignes entre la fin du développement (corps du devoir) et la conclusion.
  • Assurez-vous constamment de la cohérence de votre devoir.
    Il est absolument nécessaire que vos idées soient regroupées et enchaînées entre elles de manière logique. On ne saurait trop insister sur ce point : ce n’est pas d’un manque d’idées que souffrent la plupart des devoirs, mais de leur traitement incohérent et désordonné, ce qui nuit évidemment à leur exploitation.
  • Évitez les affirmations gratuites et les pétitions de principe, c’est-à-dire de poser pour vrai ce qu’il s’agit précisément de démontrer.
  • Efforcez-vous donc de justifier ce que vous avancez.

Lorsque vous sentez que vos assertions sont contestables, n’hésitez pas (sans toutefois en abuser) à employer la forme interrogative ou des tournures prudentes comme « il semble(rait) que » « il n’est pas impossible que », « peut-être », « en un sens », « d’une certaine manière », etc.

Ainsi plutôt que : Aujourd’hui l’homme a perdu le sens de la nature et oublié les vraies valeurs. Il est prisonnier d’une civilisation technique qui va le mener à sa perte.

Il vaut mieux écrire :

Aujourd’hui l’homme n’a-t-il pas perdu le sens de la nature et oublié les vraies valeurs? N’est-il pas prisonnier d’une civilisation technique qui risque de le mener à sa perte ?

  • Gardez un ton mesuré dans vos jugements, aussi bien dans vos approbations que dans vos critiques. Dispensez-vous des appréciations du genre : « Freud, ce penseur génial, » ou « Bergson n’a rien compris à la théorie de la relativité ». Faites preuve de modestie voire de prudence. Évitez les professions de foi religieuses et politiques. On vous demande de penser par vous-même, pas de réciter un bréviaire ou d’écrire un manifeste.  Ne jouez pas au barbare nazi qui veut liquider les impotents parce qu’ils sont improductifs et font honte à la race. Ne jouez pas non plus au seigneur chevaleresque, défenseur du pauvre, de la veuve et de l’orpheline ! On ne fait pas de philosophie avec de bons sentiments.
  • Prenez garde aux banalités, aux lieux communs et aux stéréotypes.

Les banalités ne sont pas toujours évitables. On peut alors marquer que l’on est conscient du manque d’originalité de son propos en soulignant précisément sa banalité.

Ainsi plutôt que :

«Le travail à la chaîne transforme les hommes en robots».

On pourra écrire :

«C’est un lieu commun que de dire que le travail à la chaîne transforme les hommes en robots. Mais pour être commune, cette idée n’est reste pas moins vraie.»

  • N’hésitez pas à vous référer aux grands auteurs, qu’ils soient ou non philosophes : Baudelaire ou Proust peuvent très bien côtoyer Spinoza ou Kant. Faites appel à toute votre culture, mais naturellement à bon escient et sans en faire étalage.

Prenez garde de ne renvoyer qu’à des auteurs ou des doctrines que vous connaissez bien : il est toujours préférable de se taire plutôt que de montrer son ignorance ou des connaissances confuses. Une bonne connaissance des doctrines et des oeuvres des grands philosophes sera pour vous un atout important. Si l’on peut faire un excellent devoir sans se référer à aucun auteur, des références judicieuses, témoignant d’une certaine culture philosophique seront toujours appréciées par le correcteur et pourront sauver un devoir médiocre.

  • Ne jamais commencer un paragraphe par des formules du type :


«Kant dit bien dans La Critique de la Raison pure… »; «Descartes répond à la question… ». Cela donne la désastreuse impression que le candidat procède «par auteurs», qu’il substitue à la démarche personnelle la liste des opinions des philosophes illustres. Faire une doxographie ne saurait tenir lieu de dissertation ! Il faut donc toujours avancer l’idée que l’on compte développer en premier lieu, et introduire ensuite, si nécessaire, la référence philosophique susceptible de venir étayer et étoffer l’idée que l’on avance. Cela peut se faire rhétoriquement avec des expressions du type : « c’est bien ce qu’avance Descartes lorsqu’il dit… ». Ce n’est pas un simple conseil formel, cela oblige le candidat à faire un travail d’adaptation de ses connaissances philosophiques au sujet spécifique qu’il traite.

  • Ne citez pas le dernier chanteur à la mode, la BD, les séries, les médias, la pub, une vidéo sur You… Tube, la parapsychologie, les OVNI, les Illuminati, les complots, les reptiliens ! = IDENTIFICATION IMMATURE et pauvreté intellectuelle. N’oubliez jamais que vos gouts peuvent vous définir mais aussi vous trahir… Le sociologue Bourdieu appelle cela: la «distinction».

  • Conseils avant, pendant et … après l’épreuve ! Le bac, cet «affreux petit examen» disait Anatole France ! Le jour de l’épreuve = Ne vous réveillez pas à 7h 45, ni à 5 heures du mat’. Ne vous couchez pas à 3 heures. Petit-déjeunez ! Ayez une montre, des stylos et des cartouches en rab. Au début de l’épreuve = Remplissez les bordereaux de 2 copies. En cours d’épreuve = Restez dans les temps. Ne changez pas de sujet au bout d’une heure. Si vous pensez être mal engagé, retravaillez le sujet. Ne mélangez pas les 3 sujets proposés. NE CITEZ JAMAIS LE TEXTE DE L’EXPLICATION.

PS : Évitez de vous référer aux 4H: Hitler, Holocauste, Hiroshima, Haschisch.

  • Empruntez des exemples au patrimoine de l’humanité, c’est-à-dire à l’histoire, à la littérature, à l’art, aux mythes, etc., plutôt qu’à votre vie personnelle. Mieux vaut parler des amours de Tristan et Yseult ou de Roméo et Juliette que des vôtres !

Rappelons qu’un exemple ne sert pas à prouver une thèse, mais à l’illustrer. En revanche, même isolé, il peut suffire à réfuter un argument.

  • Adoptez un style simple, clair et classique :
    être profond n’est pas être obscur. L’usage souvent nécessaire du vocabulaire technique de la philosophie ne doit pas conduire à un jargon incompréhensible. En outre, ce vocabulaire doit être parfaitement maîtrisé pour être employé. Évitez les néologismes.
  • Soignez votre orthographe et, chose trop fréquemment négligée, la ponctuation, dont dépend souvent l’intelligence du texte. Veillez à écrire correctement les noms propres, en particulier ceux des auteurs au programme (N.I.E.T.Z.S.C.H.E, par exemple !).
9) PRÉSENTATION DE LA COPIE

On ne saurait trop répéter que la présentation de votre copie a une grande importance : une copie bien présentée suscite d’emblée chez le correcteur un préjugé favorable.

  • Soignez votre écriture
    qui doit être très lisible. Evitez les pattes de mouche ou les calligraphie byzantine ! Au baccalauréat, chaque correcteur a environ 100 copies et une dizaine de jours pour les corriger…
  • Évitez les ratures
    (vous pouvez employer pour cela des stylos dont l’encre peut s’effacer).
  • Matérialisez le plan de votre dissertation, et donc votre raisonnement, de la manière suivante :

— Sautez deux lignes entre l’introduction et le développement ainsi qu’entre ce dernier et la conclusion. À l’intérieur du développement, laissez une ligne entre chaque partie.

Pour l’introduction, la conclusion et les parties du développement, commencez au milieu de la ligne.

Subdivisez vos parties en paragraphes, sans toutefois en
abuser (entre 2 et 4 sous-parties) : chaque paragraphe doit marquer une étape nouvelle de votre réflexion. Pour ces paragraphes, laisser un espace d’environ deux centimètres entre la marge et le premier mot.

  • 10) TRUCS ET ASTUCES :
  • DU BON USAGE DES CITATIONS : En philosophie, une courte citation vient renforcer votre argumentation et donner du relief à vos connaissances. il vous faut choisir un auteur qui fasse autorité en la matière, comme Hegel sur l’histoire, ou Kant sur la morale. Mais la citation ne se suffit pas à elle-même. Elle doit être analysée et expliquée : il faut la reformuler avec vos mots pour montrer que vous l’avez bien comprise. Ensuite, il faut montrer où est son rapport avec la notion traitée par le sujet : est-ce un paradoxe qui contredit un préjugé ? S’oppose-t-elle à la thèse d’un autre philosophe? À quelle question répond-elle? Quelles en sont les conséquences ? Comment peut-elle être reliée avec d’autres notions ou d’autres questions?

Une citation n’est pas un argument d’autorité; elle est un apport dans une discussion. Elle peut faire l’objet de réserves, de critiques ou d’objections. La citation d’un philosophe vous donne l’occasion d’entrer en conversation avec un grand esprit du passé. L’originalité de votre analyse ne fait pas table rase du passé, et l’exercice de la pensée suppose ce dialogue avec ceux qui ont pensé avant vous.

La citation est utile :

  • Pour introduire (début de l’intro ou début de partie)
  • Pour conclure (fin de conclusion ou fin de partie du développement)
  • Pour mettre en relief, une idée, donner du corps à la pensée.

Assurez-vous de l’exactitude de la citation. Si vous n’êtes pas certain€, citez «en substance» au moyen d’une formulation comme : Selon XXX… / Pour YYY…

  • DU BON USAGE DES AUTEURS (ET DU COURS !): Une dissertation n’est pas une récitation passive de doctrines. Servez-vous des auteurs mais n’en soyez pas servile ! Un auteur est un renfort à votre argumentation, pas un paravent qui vous dispenserait de toute analyse.

    RAPPEL
      sur les conjonctions de coordination:
  • Mais = fct oppositive/adversative.
  • Ou = fct disjonctive/alternative.
  • Et = fct additive/connective.
  • Donc = fct conclusive/consécutive.
  • Or = fct transitive/disputative (objection).
  • Ni = fct négative/exclusive
  • Car = fct explicative/justificative (=en effet)
  • EN MANQUE DE SYNTHESE : Vous avez beau chercher, vous creuser la tête, rien à faire, la synthèse de votre plan dialectique reste introuvable. Comment faire ? En première partie, vous développez et argumenter la thèse avec laquelle vous n’êtes pas d’accord, vous commencez par l’  «antithèse». En deuxième partie, vous dressez les objections et réfutations de cette thèse adverse. En troisième partie, vous défendez VOTRE thèse, à savoir la thèse qui vous paraît être rationnellement et /ou raisonnablement la meilleure.

…/…


11) CORRECTION ET NOTATION

Les dernières épreuves écrites terminées, c’est une véritable course contre la montre qui s’engage. L’objectif : corriger et noter vos copies suffisamment vite pour vous convoquer, éventuellement, à l’oral de rattrapage… ou vous envoyer en vacances.

  • Première étape : les concepteurs du sujet remettent à tous leurs collègues, en plus de l’énoncé de l’épreuve, des indications de correction et des propositions de barèmes si c’est nécessaire. Armée de ces indications-là, une centaine de milliers de correcteurs va s’attaquer aux quatre millions de copies à noter…
  • Problème : même avec des indications précises, les notes peuvent varier considérablement d’un correcteur à l’autre. À chaque fois que l’on a fait des tests, en faisant subir à une même copie une double correction par deux professeurs différents, on s’est rendu compte qu’il y avait des variations importantes… Depuis 1995, l’Éducation nationale a donc mis en place un système qui tente d’attribuer les notes de la façon la plus « égalitaire » possible, tout en ne touchant pas au sacro-saint principe du jury souverain. Immédiatement après les épreuves, une réunion d’entente par discipline est convoquée au sein de chaque centre d’examen. Objectif : rappeler les principes de notation, et tenter d’harmoniser par avance les critères de tous les correcteurs.
  • Seconde étape : la commission d’harmonisation, qui se tient suffisamment tôt pour réviser éventuellement les notes. On y compare les résultats, les copies à problème, etc. L’harmonisation des notes se fait en fonction des statistiques de chaque correcteur (moyenne des copies corrigées).

12) Eviter le pire !

¤ Les copies hors-sujet = il faut LIRE et COMPRENDRE le sujet avant de le traiter. Ne pas plaquer des connaissances «toutes-faites». ADAPTEZ-LES.

¤ Les copies informes = il faut un peu de méthode et de structures.

¤ Les copies délirantes = il faut du bon sens.

¤ Les copies idéologiques = il faut penser par soi-même sans dogmatisme.

¤ Les copies superficielles / infraphilosophiques = il faut un peu de profondeur.

¤ Les copies-défilés de doctrines = Si une copie superficielle est vide. Le défilé de doctrines (récitation de cours, de manuel) donne lieu à une copie trop pleine d’un catalogues de doctrines fraîchement acquises, ficelées «à la va vite» et surtout mal articulées au sujet. Patchwork. Il faut vous servir des auteurs et ne pas vous laissez asservir par eux.

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