Rechercher dans 206397 documents

JANSÉNISME

JANSÉNISME. n. m. Doctrine de Jansénius, nom latin de l’évêque d’Ypres, exposée dans son ouvrage sur Saint-Augustin, l’ “Augustinus“, paru en 1640. Mouvement religieux inspiré de cette doctrine, qui suscita une vive querelle morale et politique en France, dans la seconde moitié du XVII° siècle.
Au point de vue théologique, le jansénisme met l’accent sur la toute puissance de Dieu et de sa grâce (voir ce mot). Il en résulte que seule la grâce peut sauver l’homme pécheur, mais aussi que Dieu n’est pas « obligé » de sauver automatiquement tout homme qui le désirerait. D’où un glissement vers la thèse de la prédestination (la grâce serait accordée aux uns et refusée aux autres dès la naissance), ce qui suscita une polémique entre jansénistes du couvent de Port-Royal et jésuites.
Au point de vue moral, le jansénisme est extrêmement exigeant. Dieu n’étant pas tenu d’accorder sa grâce à tout pécheur, il faut tout faire pour la mériter. La pratique de la vertu, l’austérité de la vie sont nécessaires au salut. À l’inverse, une morale relâchée ou trop commode (celle que les jésuites répandent en pratiquant leur casuistique, voir ce mot) est le plus sûr moyen de s’éloigner de Dieu et de courir à la damnation.
Au point de vue politique, l’attitude janséniste s’explique par sa résistance au «monde» (c’est-à-dire le monde du pouvoir — les Grands, l’ordre royal, aussi bien que les lieux de la vie mondaine), monde marqué par le péché et la superficialité de l’existence. D’où une attitude d’intransigeance à l’égard du pouvoir (dans la querelle de Port-Royal) et leur radicale opposition aux jésuites, qui désiraient faciliter la pratique de la morale chrétienne en l’adaptant quelque peu à la « modernité » de l’époque.
Indépendamment de la querelle de Port-Royal, le jansénisme a marqué de son influence religieuse et morale tout un courant de pensée littéraire et artistique. Il a donné lieu à l’éclosion d’un chef-d’oeuvre de littérature polémique, “Les Provinciales” de Pascal. Aujourd’hui, on traite volontiers de «janséniste» toute personne qui paraît excessivement rigoureuse dans sa morale ou ses idées, austère, puritaine ou simplement sobre.

Jansénisme


Doctrine religieuse élaborée par l’évêque Jansénius (1585-1638).


Commentaire
Dissident du catholicisme traditionnel, le jansénisme a vivement marqué le XVIIe siècle, notamment par la polémique qui Fa opposé aux jésuites de la toute-puissante Compagnie de Jésus. Animée par Port-Royal, dont Pascal se fit le porte-parole dans les Provinciales (1656-1657), la querelle porta non seulement sur les problèmes religieux de la grâce et du libre arbitre, mais aussi sur des questions d’éthique générale et de politique. Dans ce débat, les jansénistes, défenseurs de l’orthodoxie catholique, présentaient une image austère et intransigeante de la religion s’opposant avec les pratiques accommodantes et volontiers mondaines des jésuites.

Citations
Le jansénisme a été tenu en suspicion pour ce qu’il renfermait de contraire à l’esprit de docilité ; il a représenté la seule forme d’esprit bourgeois ou moderne qui ne fût pas acceptable dans la France de Louis XIV, celle qui consistait à opposer à l’autorité extérieure les commandements de la conscience. Toute l’histoire du jansénisme est celle de ce conflit. (Paul Bénichou, Morales du Grand Siècle.)
A l’acharnement des puissances, Port-Royal ne pouvait opposer que les armes des faibles : l’entêtement, la discussion, l’art de couper théologiquement les cheveux en quatre ; il n’affronta jamais l’ennemi et garda jusqu’au bout la psychologie indécise et la pensée contradictoire du dissident qui s’affirme plus orthodoxe que ses persécuteurs. (Paul Bénichou, ibid.)