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INCONSCIENT ET INTERPRÉTATION

 


Ce cours propose une réflexion sur la question de l’inconscient, à partir de la théorie freudienne. Pour que vous puissiez comprendre ce qui est en question sur un plan philosophique, dans la conception freudienne du psychisme, il est essentiel que vous ayez à la fois un aperçu de cette conception, mais aussi que vous puissiez la mettre en relation avec celle que les hommes et d’une manière générale la philosophie avaient du psychisme humain, avant que Freud ne la remette en cause.

La vision de Freud remet en cause de l’unité psychique et de la notion de personne, de sa dignité et de sa responsabilité et pourquoi Alain et Sartre, qui se situent dans une continuité de Descartes, adoptent une position radicalement critique face à la représentation freudienne du psychisme.

Affirmer, à partir de la théorie de Freud, qu’une part essentielle de mon psychisme est inconsciente revient à affirmer que j’éprouve des émotions, des sentiments, des désirs, et même qu’il se fait en moi des raisonnements, sans que je le sache, sans que j’en aie conscience et donc sur lesquels ma volonté, l’organe de mon autonomie et de ma liberté, n’a aucun contrôle. Comment pourrais-je éprouver quelque chose d’aussi intime que des sentiments sans le savoir alors que l’éprouvé semble bien se définir par le fait qu’il est éprouvé, autrement dit conscient ? Comment pourrait-il se faire en moi mais à mon insu des raisonnements, alors que le raisonnement est précisément ce qui relève de la raison, une faculté hautement consciente ? Telles sont les premières questions que suscite la théorie freudienne à partir desquelles se sont construites les objections que la philosophie lui a faites.

  1. Œdipe et son complexe

Le tragique est hors, extra moral (Hegel), ou pour dire comme Nietzsche, il est « par-delà bien et mal ». Il n’y a ni bons ni méchants, des innocents et des coupables.

2 grandes situations tragiques, thèmes = Destin (déterminisme) et liberté (responsabilité). La part des dieux et la part de l’homme. L’homme est-il le maître de ses actes? L’homme est-il agent ou agi? Dieu est-il responsable du mal dans le monde?

Loi des dieux (droit naturel) et loi des hommes (droit positif, institué). Antigone/Créon. Chacun a sa raison, sa logique, sa cohérence.

Aristote: Tragédie suscite effroi et pitié.

La tragédie interroge la part du destin et de la liberté dans l’existence humaine. Tragédie, plus globalement la mythologie est pleine de substance philosophique, métaphysique: Œdipe est-il coupable? Mais il semble ne rien avoir voulu, ni su de ce qui lui arrive. Il n’est pas coupable, mais seulement victime d’un destin affreux. Œdipe se croit libre, doué de libre-arbitre comme disent les philosophes mais en fait il est le jouet du destin. Il est aveugle à tout. Il ne comprend son destin qu’à la fin de sa vie. Mythologie comme matrice de la philosophie.

LES SOURCES:


  • « Antigone », « Œdipe-Roi », « Œdipe à Colone » (lieu de la mort d’Œdipe où il trouvera enfin le repos d’après la prophétie d’Apollon) = Sophocle
  • Eschyle (vers 526 av. J.-C. – 456 av. J.-C) = « Les 7 contre Thèbes » = Apollon veille à ce que les deux frères meurent ensemble.

Qui est Œdipe?

Descendant direct de Cadmos, le premier roi de Thèbes. Cadmos = frère d’Europe, épouse Harmonie (elle-même fille d’Arès et Aphrodite. Aphrodite (beauté) et Arès (guerre) = Frère et sœur et amants. Arès: « le dieu à qui tout honneur est refusé parmi les dieux » (« Œdipe à Colone » – Sophocle).

Œdipe = Fils de Laïos et Jocaste.

Oracle dit qu’il sera le meurtrier de son père et causera la destruction de Thèbes.

La mort dans l’âme les parents se refusent de le tuer. On lui laisse une chance.

On expose le petit Œdipe (comme Pâris, abandonné par Priam et Hécube). Ce qui lui donnera son nom « Oidos », œdème, « gonflé », « pous » = « pied ».

Le serviteur de Laïos croise Mérope (une dorienne) et Polybe qui ne peuvent avoir d’enfant.

Œdipe grandit à Corinthe, loin de Thèbes. Œdipe est élevé comme prince de Corinthe. Il croit que ses parents adoptifs sont ses parents biologiques.

Corinthe, ville située sur l’isthme, l’étroite bande de terre qui relie le Péloponnèse à la Grèce continentale, à mi-chemin entre Athènes et Sparte

Mais, durant un banquet, un ivrogne traite Œdipe de « bâtard », « enfant supposé ». Il se rend à Delphes. La Pythie (Dragon, python) fait une prédiction encore plus terrible qui porte non sur le passé mais sur l’avenir. Œdipe voulait avoir des réponses sur ses origines, il en aura sur son futur: assassin de son père et amant de sa mère. Coupable de parricide et d’inceste.

Œdipe anéanti quitte Corinthe à jamais. En quittant sa ville, Œdipe va se rapprocher de l’accomplissement de la prédiction oraculaire. En voulant s’y soustraire il en prépare la réalisation, voulant fuir ce qu’il croit être son destin, il le réalise // Tragique de l’existence humaine, en croyant faire sur bonheur, l’homme réalise son malheur : « On rencontre sa destinée souvent par les chemins qu’on prend pour l’éviter. »
Jean de la Fontaine.

Œdipe tue Laïos presque par légitime défense (Laïos lui donne même un coup de bâton). Querelle de chars et de priorité routière.

  • Première partie de l’oracle s’est réalisée.

Créon, frère de Jocaste et oncle d’Œdipe prend le pouvoir laissé vacant par Laïos.

Œdipe poursuit son chemin vers Thèbes, se rapprochant toujours plus du destin qu’il veut fuir.

La ville de Thèbes est l’objet d’une calamité divine, d’un fléau. Ce fléau c’est la Sphinx. Monstre féminin = corps de lion et ailes de vautour.


La Sphinx terrorise la ville en posant une énigme à tous les jeunes gens qui l’habitent. S’ils ne répondent pas elle les dévore: « Quel est l’animal qui marche le matin à 4 pattes, à midi sur deux pattes, et le soir sur trois pattes, et qui, contrairement à la loi générale, est d’autant plus faible qu’il a plus de pattes? »

Il s’agit bien sûr de l’homme. Pourquoi Œdipe arrive à résoudre cette énigme ? Lien entre l’énigme et la vie d’Œdipe. Œdipe incarne les 3 générations : Fils de Jocaste, mais aussi son mari, père de ses enfants. Les enfants d’Œdipe sont à la fois frère et sœur de leur mère. Œdipe se crèvera les yeux et marchera le reste de sa pénible vie avec une canne jusqu’au bois des Erinyes. Au fond, c’est lui, Œdipe, l’énigme. La Sphinx se suicide, se précipite du haut des remparts de la ville de Thèbes (// Sirènes). Œdipe est accueilli en héros. Créon (beau-frère de Laïos) lui cède la place sur le trône de Thèbes.

  • S’accomplit alors la deuxième partie de l’oracle.

Œdipe fera 4 enfants à sa mère= Etéocle/ Polynice; Ismène/Antigone.

Pdt 20 ans, tout va bien (« ça va mieux » dira Hollande!). Œdipe est un bon roi, un bon père. Œdipe dirige Thèbes. Mais, un autre fléau accable la ville de Thèbes = la peste.

D’autres catastrophes assaillent la ville = les femmes accouchent d’enfants monstrueux ou mort-nés, les récoltes sont mauvaises. Le peuple, le « chœur » ou le « coryphée » se plaint et désespère.

Fléaux sont envoyés par Arès (Dieu de la guerre, fils de Zeus et de Héra) il est assimilé à Mars chez les Romains). On consulte à nouveau l’oracle de Delphes, la Pythie révèle que le fléau cessera de dévaster la ville si le meurtrier de Laïos est retrouvé et châtié. Œdipe, à ce moment de la pièce ne sait pas qu’il est le coupable. Il fait appeler Tirésias, un devin qui révèle l’affaire, qui raconte tout. A ce moment même, un messager arrive de Corinthe pour annoncer à Jocaste et Œdipe la mort de Polybe qu’Œdipe croit être son père biologique. Mais le messager ajoute une funeste précision: qu’Œdipe ne soit pas trop attrister car Polybe n’était pas son vrai père. Il est un enfant abandonné. Œdipe convoque le berger, le serviteur de Laïos qui l’avait exposé enfant aux bêtes sauvages et qui a assisté au meurtre de son maître. L’enfant exposé n’est autre qu’Œdipe et c’est aussi lui qui est l’assassin de Laïos, son père donc.

On est en pleine tragédie, pas d’happy end. Jocaste se suicide par pendaison. Œdipe la trouve, il s’empare de la broche qui ferme sa robe et se crève les yeux. Son châtiment est directement lié, proportionné à son crime (comme toujours dans la mythologie grecque). Malgré toute son intelligence, il a été aveugle. Et comme il a pêché par manque de vue, de clairvoyance, c’est aussi par là qu’il doit être puni. « Tu mourras par où tu as pêché » diront les chrétiens…. A son aveuglement mental répond une cécité physique.


La vie de vie d’Œdipe est sinistre: Œdipe quitte Thèbes. Créon reprend le trône. Frère de Jocaste et oncle d’Œdipe. Il s’enfuit à Colone (prophétie d’Apollon). Sa fille, Antigone l’accompagne. Distance ThèbesAthènes = – de 100 kilomètres. Vers Athènes (où règne le bon roi Thésée), il s’arrête avec sa fille dans un bois qui appartient aux Erinyes (3 divinités monstrueuses nées du sang du sexe coupé d’Ouranos, chargées de punir les crimes commis au sein des familles. Furies chez les Romains. Les Erinyes, ces déesses infernales, persécutrices, sont nées de la castration de leur père par son fils Chronos qui sera lui-même tué par Zeus!

Thésée (bon roi d’Athènes) prend Œdipe en pitié et l’accompagne dans la mort. Il le protège des thébains qui veulent le tuer): la terre s’ouvre, les Erinyes l’emportent. Il semble avoir disparu, peut-être englouti sous la terre Thésée rendra les honneurs funèbres et les soins funéraires à Œdipe, en signe d’amitié et de pardon de ses crimes… involontaires. La tragédie n’est pas le lieu de la morale…

Quelques mots touchant les enfants d’Œdipe:

« Antigone » de Sophocle, « Les 7 contre Thèbes » d’Eschyle. Malédiction des Labdacides.


Œdipe à Colone termine sa diatribe en maudissant ses deux fils et en leur souhaitant de s’entretuer.

Etéocle et Polynice ont humilié, maltraiter leur père Œdipe. Les deux frères s’entre-tueront. Antigone…

Interprétation psychanalytique :

FreudLe rêve et son interprétation » – 1900: c’est l’universalité du complexe d’Œdipe qu’expliqueraient le succès de la pièce de Sophocle. Sa fascination-répulsion. La tragédie étant comme une psychanalyse, où l’on accouche de la vérité de soi. La pièce de Sophocle est une psychanalyse en miniature. Sophocle lève le voile sur un interdit, un tabou universel, qui fonde notre humanité. Chacun d’entre nous a peut-être été dans son enfance, au moins en rêve, un petit Œdipe… Complexe d’Œdipe est universel.

// Bettelheim (in « Psychanalyse des contes de fées »): Les contes sont la projection des grands conflits psychiques. Père amoureux de sa fille = « Peau d’âne ». L’enfant s’identifie aux différents héros. Cette identification illusoire compense les frustrations de l’enfant (le “vilain petit canard” est en réalité un magnifique cygne qui sera reconnu plus tard dans sa véritable identité)


« FREUD, PASSIONS SECRETES » de John Huston : https://www.dailymotion.com/video/xssabw

  1. La découverte freudienne de l’inconscient
  1. L’élaboration du concept d’inconscient

  • Qui était Freud?

Source : http://aejcpp.free.fr/articles/biographie_freud1.htm

Père de la psychanalyse, souvent controversé, Sigmund Freud est sans aucun doute l’un des scientifiques qui aura le plus influencé la pensée de son siècle.

Né à Freiberg (Moravie) le 6 mai 1856, Sigmund n’a que trois ans lorsque son père, un négociant en textile, doit faire face à la faillite économique. Tous ses biens perdus, la famille Freud se réfugie à Vienne en 1860. Le parcours scolaire du petit Sigmund est brillant, malgré ses difficultés d’adaptation à la “grande ville“. Il obtien t son baccalauréat à l’âge de dix-sept ans et opte alors sans enthousiasme pour des études de médecine. Son entrée à l’école médicale viennoise est à ce moment muée plus par la soif de savoir que celle de guérir. Ce qui l’intéresse : les relations humaines. En 1876, il entre au laboratoire de Ernst Wilhelm Brücke où il entame une prometteuse carrière en anatomo-physiologie du système nerveux. Diplômé de médecine en 1881, Sigmund Freud fait la connaissance de Martha Bernays qui deviendra sa femme le 14 septembre 1886 et qui lui donnera trois enfants. Pressé de fonder une famille, Freud a besoin d’argent ; Sigmund Freud quitte les sombres laboratoires de la recherche théorique pour entrer dans le service psychiatrique du professeur Theodor Meynert où il étudie et pratique la neurologie. En 1885, à l’occasion d’une étude sur la cocaïne, il met en évidence ses propriétés analgésiques et publie “Uber coca“, un ouvrage louant les vertus de la substance mais qui lui sera plus tard reproché par le corps médical viennois.

L’année 1885 marque par ailleurs une étape décisive dans la vie de Sigmund Freud. Ayant obtenu une bourse, Sigmund Freud se voit ainsi offrir la possibilité de partir pour Paris, en stage auprès du neurologue français Jean Charcot dont il a plus d’une fois entendu parler. Sigmund Freud est déçu par la ville et ses habitants, mais tombe sous le charme du maître qu’il décrit en ces termes à sa fiancée : “Charcot, un des plus grands médecins et dont la raison confine au génie, est en train de démolir mes conceptions et mes desseins. La graine produira-t-elle son fruit, je l’ignore ; mais que personne n’a jamais eu autant d’influence sur moi, de cela je suis sûr.” A l’hôpital de la Salpêtrière, Sigmund Freud observe donc les manifestations de l’hystérie, les effets de l’hypnotisme et la suggestion. Il propose à Charcot de traduire certains de ses ouvrages en allemand : “Leçons sur les maladies du système nerveux” est publié en 1886.

Quittant la capitale française, Sigmund Freud effectue un bref séjour à Berlin où il s’intéresse à la neuropathologie infantile puis retourne à Vienne. Là, il ouvre son propre cabinet de consultation et reçoit beaucoup de “nerveux” qu’il traite par électrothérapie et hypnose comme c’est le cas à l’époque. Pourtant, Sigmund Freud est à la recherche de nouveaux moyens thérapeutiques ; en 1889, il se rend à Nancy étudier les méthodes du professeur Hippolyte Bernheim. Pour ce dernier, l’hypnotisme n’existe pas réellement : il n’y a que des phénomènes de suggestion.

Pendant dix ans, Sigmund Freud va se consacrer entièrement au traitement des malades et créer jour après jour la psychanalyse. Le cas d’Anna O., relaté par Joseph Breuer dans “Etudes sur l’hystérie“, est traditionnellement reconnu comme le premier pas vers la théorie freudienne. Les deux médecins, qui se connaissent de longue date, sont amenés à se pencher sur les symptômes d’hystérie présentés par cette jeune femme. Au fur et à mesure des consultations, Sigmund Freud met en évidence l’origine des manifestations : pour lui, “l’accès hystérique est un souvenir, la revivification hallucinatoire d’une scène ayant joué un rôle important dans la maladie“. Entre 1887 et 1902, il travaille à élucider les mécanismes du refoulement et la formation des symptômes, découvre l’Œdipe (1897) et rédige “l’Interprétation des rêves” (1900) qui fait pour la première fois du rêve un objet d’étude scientifique. En 1905, il publie “Trois essais sur la théorie de la sexualité“, second ouvrage capital avec “le Mot d’esprit dans ses rapports avec l’Inconscient“. La psychanalyse est devenue la théorie du fonctionnement de l’appareil psychique. Et cette théorie fait des émules… Sous la forme de la Société psychologique du mercredi d’abord, institution analytique créée en 1902 qui regroupe les premiers disciples de Freud comme Paul Federn et Carl Gustav Jung, puis sous celle de la Société psychanalytique de Vienne (1908).

Entre 1910 et 1930, Sigmund Freud fait publier un certain nombre d’ouvrages. Parmi eux, “Totem et tabou” (1913) qui lui permet d’introduire la notion de “narcissisme” à travers l’histoire des origines de l’humanité. En 1920, c’est “Au-delà du principe de Plaisir” ; Freud y expose ce qu’il désigne comme les pulsions de vie et de mort et soumet le modèle de l’appareil psychique faisant intervenir le Moi, le Ça et le Surmoi. Enfin, appliquant les théories psychanalytiques aux civilisations, il dénonce, d’abord dans “L’avenir d’une illusion” (1927) puis dans “Malaise d’une civilisation” (1929), le poids que la religion et la morale civilisée imposent à l’enfant.

En 1930, Sigmund Freud reçoit le prix Goethe et ainsi la reconnaissance de l’Allemagne. Mais Hitler se profile à l’horizon et quatre ans plus tard, les nazis brûlent ses livres à Berlin. Sigmund Freud est alors contraint à l’exil. Il quitte Vienne en 1938 pour s’installer en Angleterre où il continue à traiter de rares patients.

Opéré une première fois en 1923 pour un début de cancer à la mâchoire, Freud souffrira tant de la progression du mal que le 21 septembre 1939, il demande à son médecin d’abréger son calvaire. Deux centigrammes de morphine le plongent dans le coma. La mort surviendra deux jours plus tard.

Freud est mort en stoïcien…

  1. Le cas d’Anna O.

Psychanalyse (Ψ)= théorie et thérapeutique des névroses, cad des troubles de l’équilibre psychique et de l’affectivité (angoisses, obsessions, phobies).

NEVROSE= Affection psychique se caractérisant par des troubles du comportement dont le malade est conscient, mais qu’il ne peut dominer. Elle se traduit par des troubles de l’affectivité et de l’émotivité mais le malade garde ses fonctions mentales intactes. Contrairement à la psychose. La névrose est due à un conflit non résolu entre « ça » et « surmoi ».

Freud fut mis sur la voie de sa découverte par la connaissance qu’il eût, dans les années 1880 à 1882, du traitement appliqué par un médecin viennois, le docteur Joseph Breuer, à une jeune fille de vingt et un ans atteinte d’hystérie.

Hystérie = Structure névrotique de la personnalité, caractérisée par la traduction en symptômes corporels variés de représentations et de sentiments inconscients.


Patiente zéro = Anna O. (Bertha Pappenheim), manifesta une série de symptômes physiques et mentaux plus ou moins graves :

  • toux nerveuse,
  • paralysies des jambes sans lésion organique,
  • troubles de la mobilité oculaire,
  • dégoût de toute nourriture,
  • impossibilité de boire malgré une soif intense, hydrophobie,
  • états de confusion, de délire, d’altération de toute la personnalité
  • Impossibilité à parler sa langue maternelle, elle s’exprimait en anglais.

Les premiers symptômes apparurent alors qu’elle soignait son père qu’elle adorait, au cours d’une maladie à laquelle il devait succomber.

b) Le traitement d’Anna O.


Breuer, par hypnose, suscita, chez Anna O., le récit d’événements pénibles ayant un rapport avec la maladie et la mort de son père. Ainsi, elle parla d’une scène pendant laquelle, ayant envie de pleurer, elle retint ses larmes. Sortie d’hypnose, elle ne souffrait plus de ses yeux. Elle fit aussi le récit du petit chien de sa gouvernante qu’elle n’aimait pas et qui avait bu dans son verre. Ce récit achevé, elle manifesta sa colère, restée contenue jusqu’alors, puis elle demanda à boire. Ces traumas récents précédaient la mise à jour de traumas plus anciens, remontant à l’enfance. Ainsi Anna O. fut délivrée de ses symptômes après s’être rappelée, sous hypnose, avec extériorisation affective (pleurs, cris), à quelle occasion ils étaient apparus pour la première fois.

Plus proche de la cure chamanistique des sorciers que de la cure psychanalytique, la guérison d’Anna O. fut de courte durée. Les symptômes réapparaîtront quelques jours plus tard.

  1. La mise au jour du concept d’inconscient

L’étude des phénomènes hystériques suggéra à Freud l’idée essentielle d’une dissociation du psychisme en deux états : le conscient et inconscient. Si les hystériques, hors hypnose, ne pouvaient se souvenir des traumas à l’origine de leurs symptômes, c’est que ceux-ci avaient leur fixation en un autre « lieu » que le conscient à savoir: l’inconscient.

Inconscient (première définition) = Domaine du psychisme échappant à la conscience, influant sur les conduites du sujet à son insu et dont on retrouve les contenus au cours des rêves, des lapsus et des actes manqués.

  1. Le développement de la notion d’inconscient : résistance et refoulement

Abandon de l’hypnose par Freud car procédé incertain et aux effets thérapeutiques peu durables. À partir de la suggestion liée, par exemple, à la pression de la main sur le front, il parvient à dérouler la chaîne des souvenirs pathogènes jusqu’au traumatisme originaire. Mais non sans difficulté. Tout se passe, en effet, comme si une partie de la personnalité du malade opposait une résistance à la guérison. Le patient semble vouloir et ne pas vouloir guérir de ses symptômes. Freud en déduit que ces forces qui s’opposent à la réintégration de l’oublié dans le conscient sont celles-là mêmes qui, au moment du traumatisme, ont provoqué cet oubli et refoulé dans l’inconscient les incidents pathogènes.
Le lieu où sont stockées les informations entravées est appelé par Freud l’inconscient. Les informations entravées sont dites « refoulées » et la même force qui les a refoulées empêche leur retour à la conscience ; cette force est aussi appelée « force de résistance », ou « censure ». Plus le refoulement est fort, plus la résistance le sera aussi => Freud parle d’un inconscient dynamique.

  1. Le refoulement comme « une fuite devant la douleur »

Refoulement = Processus qui tend à repousser ou à maintenir hors de la conscience les pensées, souvenirs ou images condamnés par l’instance supérieure de l’appareil psychique, le surmoi (ou morale intériorisée). C’est par le mécanisme du refoulement que se constitue l’inconscient.

Pourquoi le sujet refoule-t-il et sur quoi porte le refoulement ? Le sujet a eu à se défendre contre un danger interne, un danger dû à la présence en lui d’un désir violent en complète opposition avec ses aspirations morales, sociales ou esthétiques. Un bref conflit s’en est suivi à l’issue duquel « le désir inconciliable est devenu l’objet du refoulement », « a été chassé hors de la conscience » et « oublié ». Le refoulement porte donc sur des représentations douloureuses ou susceptibles d’éveiller du déplaisir parce qu’elles sont en contradiction avec le sentiment de dignité du sujet.

Le refoulement est donc à l’origine une fonction préservant la santé psychologique en éliminant la douleur et l’angoisse qui résulterait pour le « ich », c’est à dire pour le moi, de la présence, de la mémoire ou de la pression … de ce qu’il ne peut pas supporter.

Mais plus la quantité de refoulé augmente ou plus la quantité de Libido insatisfaite assiège le Moi, … moins la conscience a de contrôle sur le comportement, plus le moi devient impuissant et incapable d’affronter la réalité. La névrose s’installe : angoisses, phobies, obsessions, culpabilité, maladies organiques par « conversion hystérique » de l’angoisse.

  1. Le symptôme ou l’échec du refoulement

Tout psychisme (vie mentale) étant scindé et travaillé par des conflits, le refoulement est un processus normal, universel. S’il y a névrose ou hystérie, c’est qu’il y a échec du refoulement. Le malade a bien chassé de sa mémoire l’idée à laquelle est liée le désir insupportable, mais la force de refoulement n’a pas été suffisante pour repousser définitivement le désir qui a été réactivé. Le désir inconscient interdit va s’exprimer symboliquement dans le symptôme. Le symptôme n’est jamais qu’un « substitut », un « ersatz » de l’idée refoulée. La maladie apparaît donc comme une satisfaction détournée du désir, sous une forme qui puisse être acceptée par le « moi ». Le symptôme est à la fois un substitut de satisfaction et l’expression d’une censure et d’un interdit de cette satisfaction. Chez les névrosés, le « symptôme vient remplacer la satisfaction qui leur est refusée », au sens où le symptôme névrotique est, exactement comme l’image élaborée du rêve, une manière d’exprimer et de satisfaire la réalité refoulée et une manifestation d’un désir caché. Comme le rêve, le symptôme névrotique est une adaptation, une forme de soupape de sécurité pour le psychisme que le conflit intérieur met trop sous tension. La névrose permet d’éviter le passage à l’acte’, et probablement sans doute des formes de pathologies plus graves, comme la perversion.

Allons plus loin, la névrose se déclenche dans le but d’obtenir la satisfaction pulsionnelle par des voies détournées. La maladie est une forme de compromis, elle est une satisfaction détournée du désir = Aspect positif. Mais également un aspect négatif du symptôme = ils sont sources de souffrances. Pensez aux phobies, aux maladies psychosomatiques, etc. Mais cette souffrance est un moindre mal par rapport aux conflits que le sujet évite grâce à la maladie. C’est le mécanisme de « fuite dans la maladie ». Le symptôme est à la fois objet de plainte, de souffrance ET objet de jouissances. Une jouissance substitutive et paradoxale.

  1. L’importance de la sexualité infantile dans l’étiologie des névroses

Devant l’insistance persuasive de ses patients qui lui demandent de les écouter, Freud est bientôt obligé de se taire et d’abandonner la suggestion. Il invente alors une méthode d’investigation à laquelle il donne le nom de « psychanalyse ». Ce traitement repose sur l’obligation pour le malade de tout dire, de laisser libre cours à sa parole. Freud traite ses malades en leur faisant prendre une position allongée confortable sur un divan, tandis que lui, échappant à leur regard, est assis derrière eux sur un siège. Il s’agit de soulever le voile d’amnésie qui recouvre les premières années de l’enfance, de ramener à la conscience, les images, les pensées, les fantasmes attachés aux pulsions sexuelles de la prime enfance.

Dès lors, Freud apprend à écouter et, peu à peu, dans le déroulement parfois labyrinthique du discours de ses patients, troué de silences lourds d’affects où se marquent les résistances, il décèle l’importance de la sexualité dans la constitution des névroses.

En effet, l’apport majeur de Freud n’est pas la découverte de l’inconscient dont l’existence était déjà connue des philosophes du XIXe (Schopenhauer, Nietzsche). L’apport majeur est le rôle décisif de la sexualité dans la vie psychique. Pour Freud, la sexualité n’est pas que génitale.

La sexualité (ou libido) renvoie à l’ensemble des satisfactions sensuelles du corps d’autrui ou le sien propre.

Donc la sexualité débute à la naissance.

Prenant le récit des hystériques à la lettre, Freud croit, pendant quelque temps encore, que c’est par violence sexuelle ou perversion du père que les femmes deviennent hystériques. Aussi est-il à l’affût des souvenirs de ses patientes pour y découvrir un traumatisme réel (viol, attouchements, situations traumatiques, etc.). Mais la mort de son père, en 1896, l’amène, moins d’un an après, à une incontournable et bouleversante découverte : celle du complexe d’Œdipe. Il pratique son auto-analyse.

Pour être plus précis, Freud abandonne sa théorie de la « Neurotica », théorie de la séduction précoce par les parents comme origine du traumatisme sexuel refoulé. Passage d’un traumatisme réel à un traumatisme psychique fantasmé. Freud fait advenir la vie psychique à un statut de réalité.

Dans une lettre à son ami Fliess, Freud lui confie: « Je ne crois plus à ma neurotica car dans chacun des cas il fallait accuser en général le père de perversion, une telle généralisation de ces actes envers des enfants semble peu croyable et puis surtout il n’existe aucun indice de réalité dans l’inconscient de telle sorte qu’il est impossible de distinguer la vérité et la fiction investie d’affect ». Causalité symbolique.

  1. Le complexe d’Œdipe et l’enfant pervers polymorphe

On connaît les deux crimes d’Œdipe-Roi : il a tué son père et épousé sa mère. Si cette tragédie de Sophocle nous émeut si profondément, dit Freud, c’est parce qu’elle a saisi une « compulsion » que nous reconnaissons tous pour l’avoir, dans notre enfance, ressentie. Chacun d’entre nous « fut un jour, en germe, en imagination, un Œdipe et s’épouvante devant la réalisation de son rêve transposé dans la réalité ».
Freud a désormais la certitude que le fantasme est plus important que la réalité et à l’idée du « père pervers », responsable de l’hystérie, il substitue l’idée de la « fille perverse ». Dès lors, brisant les tabous, il ne tarde pas à découvrir que, dès la petite enfance, les pulsions sexuelles qui modulent le développement ultérieur de la vie psychique sont à l’œuvre. Mais alors que, chez l’adulte, elles se soumettent à la domination des « zones génitales », favorisant l’acte sexuel et entrant au service de la fonction de reproduction, chez l’enfant, elles se manifestent indépendamment les unes des autres, à partir de sources organiques multiples qui jouent le rôle de zones érogènes (la bouche, l’anus, l’urètre, l’épiderme…) et n’ont d’autres buts qu’elles-mêmes, procurant à elles seules plaisirs et jouissances. C’est la raison pour laquelle, Freud n’hésite pas à attribuer le qualificatif de « perverses » aux activités infantiles « prégénitales ».

Pourquoi Freud définit la sexualité infantile comme perverse? La perversion sexuelle consiste en effet à refuser le but normal de la sexualité, l’accouplement des organes génitaux de sexes opposés, pouvant aboutir à la procréation.

La norme dans nos sociétés est l’hétérosexualité avec un autre être humain, de sexe différent, adulte, vivant, consentant. Les 2 partenaires cherchent ensemble et activement leur plaisir.

La perversion est une déviation par rapport à cette norme. Donc sont des perversions : le narcissisme (pas d’objet), l’homosexualité (objet de même sexe), la pédophilie, la zoophilie, le fétichisme, la nécrophilie, le sadisme, le masochisme, le voyeurisme (passivité pure), l’exhibitionnisme (activité pure).

  1. Les stades de la sexualité

Ces stades ne sont pas que des stades biologiques. Ils ont une dimension sociale et affective. La sexualité (comme d’autres fonctions du corps ou de l’esprit) connaîtra des étapes qui amèneront l’individu à l’état adulte.

  • Le premier stade par lequel passe l’enfant est celui de la sexualité orale (première année de la vie).
    Pour le petit enfant, le premier objet d’amour est la mère, et le premier objet de plaisir, le sein maternel, qui dispense nourriture en calmant la douleur de la faim, chaleur et plaisir oral, la succion étant la première activité libidinale de l’enfant. C’est le plaisir du suçotement. Peu à peu en grandissant, l’enfant suce ses doigts, le pouce ou tout autre objet qui lui procure du plaisir et cet acte devient indépendant de la fonction de la nutrition. Cette activité rythmique, séparée du besoin de nutrition, procure à l’enfant ses premières jouissances. Assez rapidement se manifeste aussi le plaisir de mordre, manière, pour l’enfant, de satisfaire son désir de s’approprier cet aimé et tout-puissant objet qu’est le sein maternel. Ce plaisir de la succion se retrouvera plus tard dans le baiser mais aussi dans certaines addictions: alcoolisme, tabagisme, drogues, médicaments, obésité, anorexie.
  • Le deuxième stade est celui de la sexualité sadico-anale (deuxième et troisième années de la vie). Ce sont les plaisirs coprophiles de l’enfance, ceux qui ont un rapport aux excréments. N’ayant pas encore de surmoi, l’enfant laisse libre cours à ses pulsions sadiques. C’est aussi la jouissance liée à l’usage des sphincters anaux (défécation, rétention). L’enfant éprouve alors un sentiment d’emprise, de toute puissance sur ses fèces qu’il peut retenir ou donner. Ce stade correspond à l’apprentissage de la propreté. L’enfant apprend à différer la satisfaction de ses besoins à la demande de sa mère. On appelle ce stade sadique-anal car l’enfant manifeste des comportements agressifs ayant une arme contre son entourage en refusant de différer ses besoins. Période du « non », d’ « opposition ». Concrètement, l’enfant tyrannise ses parents en voulant ou non faire dans son pot!
    Je peux donner et faire plaisir ou retenir pour faire « chier ». On peut retrouver les traits de ce stade dans la scatophilie et l’urophilie mais aussi dans certains traits de caractère: pingrerie, avarice, prodigalité, obsessions de propreté, de rangement, sadisme, traiter les autres, comme un excrément littéralement « comme  de la merde »! L’opiniâtreté témoigne d’une persistance narcissique dans l’érotisme anal. Névrose obsessionnelle, désir de maîtrise. Par ailleurs, lorsque l’être humain, homme ou femme, a renoncé à sa vie sexuelle, le caractère se modifie souvent : il devient tracassier, ergoteur, procédurier, et mesquin. Sa libido a régressé au stade anal.

    Ainsi se forment les traits de caractère : « Ainsi l’entêtement, l’économie, le goût de l’ordre découlent-ils de l’utilisation de l’érotisme anal. L’orgueil est déterminé par une forte disposition à l’érotisme urinaire
    » (« Trois essais », p. 190).

  • La sexualité infantile culmine avec le stade phallique et le stade oedipien (entre trois et cinq ans). L’enfant découvre son corps, s’y intéresse. Le plaisir est alors lié aux organes génitaux (onanisme). Si ce comportement masturbatoire est réprimé par les parents surgit un sentiment de culpabilité et l’enfant craint la castration, crainte corroborée par l’absence de pénis chez la petite fille. Selon Freud, les enfants croient en la primauté et l’universalité du phallus. C’est la période des interrogations sur l’existence (vie, mort) et la sexualité: « Comment on fait les bébés ? »! C’est aussi le plaisir de voir (voyeurisme) et celui d’exhiber (exhibitionnisme). L’enfant prend aussi le parent de sexe opposé comme objet de désir et entre en rivalité avec celui du même sexe. Le père, qui accapare une partie de l’attention et de l’amour maternels, prend alors le visage d’un rival, que l’enfant aimerait voir disparaître. C’est ce que Freud appelle le « désir du meurtre du père ». Son monde est alors structuré par une polarité absolue: d’un côté, ceux qui ont le phallus ; de l’autre, ceux qui ne l’ont pas, les castrés. Le petit garçon qui se pose en rival du père, redoute la castration (= culpabilité et angoisse).
    La frustration que la présence du père représente permet à l’enfant de se détacher suffisamment de sa mère pour sortir de la relation fusionnelle primitive. La petite fille aime d’abord la mère, puis le père. Lorsque, nous dit Freud, elle découvre que sa mère n’a pas de pénis, elle éprouve un sentiment de castration. Ce « sentiment de castration », qui est à la fille ce que « l’angoisse de castration » est au garçon, la conduit à se détourner de la mère comme objet d’amour, pour déplacer ses regards sur le père, dont elle espère fantasmatiquement avoir un enfant (comme substitut du pénis). L’amour du père pour la mère est là encore essentiel, puisqu’il conditionne l’identification de la petite fille à sa mère, d’autant favorisée qu’elle lui reste très attachée. Là encore, comme pour le garçon, se développe une ambivalence affective essentielle au bon développement du psychisme. La petite fille, déçue par la mère qui ne lui a pas donné le phallus, va se tourner vers le père.  Pour la petite fille, il lui faut admettre qu’elle n’aura pas un pénis comme le garçon, et pour le garçon qu’il ne pourra pas porter de bébé comme la fille. Certains hommes développent un sentiment d’infériorité pour avoir vu des sexes plus
    grands que le leur, avec la peur de ne pas être normal, de ne pas apparaître comme étant le meilleur. La plupart des angoisses névrotiques peuvent être ramenées à ce stade.

« En ce qui concerne l’enfant de sexe mâle, le cas, réduit à sa plus simple expression, se présente ainsi : de bonne heure, l’enfant concentre sa libido sur sa mère, et cette concentration a pour point de départ le sein maternel et représente un cas typique de choix d’objet par contact intime ; quant au père, l’enfant s’assure une emprise sur lui à la faveur de l’identification. Ces deux attitudes coexistent pendant quelque temps, jusqu’à ce que les désirs sexuels à l’égard de la mère ayant subi un renforcement et l’enfant s’étant aperçu que le père constitue un obstacle à la réalisation de ces désirs, on voit naître le complexe d’Œdipe. L’identification avec le père devient alors un caractère d’hostilité, engendre le désir d’éliminer le père et de le remplacer auprès de la mère. A partir de ce moment, l’attitude envers le père devient ambivalente […]. Cette ambivalence à l’égard du père et le penchant tout de tendresse qu’il éprouve pour l’objet libidinal que représente pour lui la mère forment pour le petit garçon les éléments du Complexe d’Œdipe simple et positif.

[…]

Une recherche plus approfondie permet le plus souvent de découvrir le Complexe d’Œdipe sous une forme plus complète, sous une forme double, à la fois positive et négative, en rapport avec la bisexualité originelle de l’enfant : nous voulons dire par-là que le petit garçon n’observe pas seulement une attitude ambivalente à l’égard du père et une tendresse libidinale à l’égard de la mère, mais qu’il se comporte en même temps comme une petite fille, en observant une attitude toute de tendresse féminine à l’égard du père et une attitude correspondante d’hostilité à l’égard de la mère. […] Il se peut que l’ambivalence constatée dans les rapports avec les parents s’explique, d’une façon générale, par la bisexualité, au lieu de provenir, ainsi que je l’avais supposé précédemment, de l’identification à la suite de l’attitude de rivalité. » Freud, « Essais de psychanalyse ».

Freud nous explique qu’au départ (le petit garçon) éprouve pour sa mère un penchant érotique très fort. Nous avons là un premier type d’attachement : c’est le désir libidinal énergie d’origine sexuelle exigeant satisfaction par la possession immédiate de l’objet visé- qui porte en premier lieu sur le sein maternel avant de s’attacher à toute la personne de la mère. Envers le père, le garçon nourrit des sentiments différents : le besoin d’ « identification ». Il ne s’agit plus d’avoir l’objet, mais d’être comme lui : le père est un modèle à imiter (l’enfant veut être comme « papa » : on assiste à la formation d’un idéal du moi) et non un objet à posséder comme c’est le cas pour la mère.

Cependant cette identification au père ne reste pas toujours positive : l’enfant s’aperçoit que le père constitue un obstacle au désir d’absolue possession de la mère, et ressent donc de l’hostilité à son endroit. Le sentiment est donc maintenant ambivalent : à la fois de tendresse et d’inimité.

Dans la deuxième partie du texte, Freud décrit, relativement au schéma proposé, des inversions dans l’attitude du petit garçon (amour objectal du père et identification à la mère). Il en rend compte par la bisexualité première de l’enfant (absence de différenciation nette des deux sexes et de reconnaissance de son propre sexe dans les premières années) qui à son tour permet de comprendre l’ambivalence des sentiments.

Il faut remarquer que le complexe d’Œdipe a une valeur symbolique. L’interdiction de l’inceste est en effet, l’ethnologie le montrera, le fondement social. La liquidation du complexe d’Oedipe est donc ce qui fait de nous des êtres sociaux. Passage de la quasi-animalité à l’humanité. Il correspond à la reconnaissance de la loi (celle du père, celle de la société).


[TA – TES] L’échange des femmes chez Claude Lévi-Strauss

Lévi-Strauss est un ethnologue français de “terrain“. Il a vécu plus de 20 ans chez des Indiens d’Amérique du sud (les Bororos, et les Nambikwaras) dans des sociétés dites “primitives“, pour étudier leurs langages, mythes, rites, coutumes, moeurs…

Lévi-Strauss : nature et culture

Lévi-Strauss, dans « Les structures élémentaires de la parenté »:

La nature = domaine du biologique, du spontané et de l’universel chez l’homme.

La culture = domaine du social, de l’acquis et du relatif chez l’homme.

L’homme est à la fois un être biologique et social.

— La règle distingue nature et culture

Quels seront les critères de la nature et de la culture?

La nature, c’est ce qui est inné et biologique donc universelle

La culture, c’est ce qui est acquis, normé.

Chez les singes anthropoïdes, les relations sexuelles entre les membres d’un groupe simien sont abandonnées au hasard.


— Le passage de la nature à la culture : la prohibition de l’inceste

La prohibition de l’inceste = dans toutes les sociétés sans exception, le lien sexuel avec certains parents est strictement interdit. En sont “dispensés” ceux qui ne sont pas réellement des hommes: les animaux, et ceux qui se considèrent au-dessus des hommes, comme des dieux, les pharaons, empereurs. Cet interdit implique un choix obligatoire du partenaire sexuel, (mari, femme), à l’extérieur de la famille (= exogamie). Lévi-Strauss remarque, qu’au sein d’un groupe, chacun “sait” qui est permis, et qui est interdit, ce qui implique un fonctionnement logique parfait de leur pensée et de leur structure sociale.

La prohibition de l’inceste est universelle et semble donc renvoyer à la sphère de la nature. Mais les règles de cette prohibition varient avec les sociétés. Règles variables, la prohibition de l’inceste semble un phénomène culturel. Articulation privilégiée entre la nature et la culture : elle assure le passage de l’une à l’autre.


— La culture introduit un ordre dans le désordre naturel

Là où la nature ne laissait que hasard, promiscuité sexuelle, indifférenciation, absence de discrimination,

Là où la règle introduit l’ordre.

Au désordre biologique, naturel et animal, s’oppose l’ordre humain de la culture.

La prohibition de l’inceste = régulation de la cohésion du groupe à travers un ensemble de règles, de droits et de devoirs collectifs. C’est le règne humain, l’ordre de la culture.


Ainsi, ces règles de mariage sont des règles d’échange : ce sont des « transactions entre hommes, à propos de femmes ». Dans les sociétés primitives, les femmes sont données, comme sont offerts et donnés les objets. Lévi-Strauss = la prohibition de l’inceste établit un triple échange (social, économique, linguistique) = fondation de la société humaine.

Prolongement (notion de pouvoir): Les racines du pouvoir : l’apport psychanalytique

[TES] L’esclave est donc celui qui a peur de la mort : cela est vrai, et nous ne pouvons éliminer l’explication hégélienne, forte et juste. Mais il semble qu’il faille aussi comprendre le pouvoir en termes de désir, comme si la figure d’un maître tout-puissant alimentait nos imaginations et nos coeurs, comme si le fantasme du maître était notre propre et profonde création, parce que nous avons été enfants avant que d’être hommes. En effet, dans l’enfance, nous avons été assujettis à la loi du Père, qui apporte ses normes et ses valeurs. Dans cet assujettissement, l’enfant expérimente un dressage de toute sa personnalité. Dès lors, la figure du Maître le fascinera jusqu’à l’âge adulte et durant toute son existence. En somme, l’adulte se soumettant au Pouvoir réitère le mot d’ordre de son enfance : « soumets-toi à la loi et je te donnerai mon affection et mon amour ». La figure du Maître et du dominant, c’est avant tout celle du Père et de l’éducateur.

Il faut, dès lors, comprendre le pouvoir en termes de désir. Le sujet adapté à une puissance autoritaire est docile parce que sa sexualité (au sens large et freudien du terme) a été domptée durant son enfance et parce qu’il désire fondamentalement l’oppression. Telle est la théorie de Wilhelm Reich dans « Psychologie de masse du fascisme » : non, les peuples n’ont pas été trompés ; ils ont voulu leur oppression et l’ont entretenue.

En somme, le pouvoir se fait désirer et il produit du plaisir : plaisir du dominant, mais aussi du dominé. Dans ces jeux du pouvoir, c’est la figure immémoriale du Père et de la Loi qui nous hante.

Pour ne pas courir le risque d’être castré par le père (cf. ci-dessus), le petit garçon accepte de se détourner de sa mère et entre dans ce que l’on appelle la phase de latence. Qu’est-ce qu’un complexe d’Œdipe réussi ? Quand l’enfant renonce à ses désirs de toute-puissance et de toute-jouissance.

  • Suit une période de « latence », de mise en sommeil de l’activité sexuelle. La honte, le dégoût, l’indifférence pour la sexualité: « j’aime pas les filles! », « Trop nuls, les garçons ! ». C’est la formation de la personnalité morale par intériorisation des interdits parentaux et sociaux. Sublimation de la sexualité. La libido trouve des voies annexes (compétition sportive, scolaire). Appétit de savoir, de découverte, soif de connaître. Amitié, camaraderie = sublimation du désir sexuel.
    On peut retrouver les traits de ce stade dans la pudeur excessive, la désexualisation (femmes-enfants, adulescents, « no sex »), idéalisation de l’Amour, du prince charmant (qui a dû faire une chute de cheval !), refuge dans un idéal amoureux inaccessible.

    Selon Freud, divers mécanismes permettent à la Libido et aux pulsions du Moi, de se réaliser sous couvert de transformations. Ces mécanismes sont la « compensation » (dérivation vers un objet satisfacteur substitut; ex. : un mariage accéléré par suite d’un dépit amoureux ), la « rationalisation » (trouver des raisons logiques pour satisfaire en toute bonne foi apparente, les pulsions dues), la socialisation (investir le désir du « es » dans des activités sociales admises, par exemple dans la profession), la sublimation (idéalisation qui permet la satisfaction par ces activités hautement valorisées, telles que l’Art, la Science, la Philosophie, l’action politique, etc. … ).

  • Le stade génital, celui de la sexualité adulte, dans lequel le plaisir est dominé par le coït.
    Il débute à la puberté. L’adolescent doit renoncer à son 1er choix d’objet d’amour (père ou mère) pour en choisir un en dehors de la sphère familiale. Période de mal-être (angoisse de grandir) et de révolte. Opposition aux parents pour arriver à mieux s’en détacher.

[Source Wikipédia]


  1. Le lien entre les symptômes névrotiques et la sexualité infantile

Tous les individus ne parcourent pas, sans encombre, ce cheminement complexe de la fonction sexuelle. Dans la prime enfance, des traumatismes divers, des difficultés multiples (manque d’amour, jalousie suscitée par la naissance d’un frère ou d’une sœur, divorce, mort d’un parent, abus sexuels, etc.) peuvent provoquer une régression du plaisir sexuel et une sorte de fixation partielle qui représente, dès lors, « un point faible dans la structure de la fonction sexuelle ». L’enfant continue à grandir mais risque de régresser à ce point de fixation en cas de difficulté.

Que sont les points de fixation ?

Freud les comparait à des villes où une armée en marche laisse des garnisons dans son sillage ; quand l’armée rencontre des difficultés et doit reculer, elle est susceptible de se replier vers ces villes de garnison qui correspondent aux points de fixation.

C’est précisément à ces points où les fixations infantiles ont eu lieu que pourra à l’âge adulte, se rompre le refoulement. Un traumatisme quelconque (déception sentimentale, échec social, mort du père, exclusion, frustration sexuelle, etc.) favorisera alors le retour des tendances refoulées sous la forme déguisée de symptômes névrotiques ou hystériques. La libido sera refoulée à un stade antérieur de la sexualité. Cette régression peut devenir une pathologie, à l’âge adulte, si elle envahit le fonctionnement d’un individu. En établissant un lien entre les symptômes névrotiques et la sexualité infantile, Freud a accompli le dernier pas, celui de la compréhension de l’échec du refoulement. La pathologie mentale est associée à une régression à certains points de fixation lors de la traversée de différents stades de la sexualité. La réaction d’Anna O. à la maladie et à la mort de son père aurait sans doute pris un cours normal si les désirs mal refoulés de l’enfance n’avaient prêté leur puissance à la formation des symptômes. Anna va revivre symboliquement son Œdipe à la mort de son père (transfert de l’amour pour son père sur Breuer et Freud). En effet, la libido d’Anna est restée fixée à un objet de l’enfance (son père) n’est plus capable d’être satisfaite par aucun objet réel. Le caractère irréalisable du désir œdipien voue Anna à la névrose hystérique : « Les hommes deviennent névrosés quand ils sont privés de la possibilité de satisfaire leur libido. » et « leurs symptômes viennent remplacer chez eux la satisfaction qui leur est refusée. » (« Introduction à la psychanalyse »). Cela ne veut pas dire que toute personne privée de satisfaction sexuelle sera névrosée, car il faut encore une autre condition, que nous avons précédemment évoquée, qui est l’affaiblissement du moi (toute pathologie psychique étant, rappelons-le, une atteinte plus ou moins grave du moi). Sans cet affaiblissement du moi, la privation sexuelle est supportée par l’individu, c’est l’occasion de frustration, non de refoulement et de pathologie. Le symptôme manifeste toujours le débordement d’un moi affaibli.

Parmi ces désirs de l’enfance, le complexe d’Œdipe joue un rôle particulier. Freud y voit le noyau de toute névrose : « Le complexe d’Œdipe peut être considéré comme le noyau des névroses. » (« Introduction à la psychanalyse »).

L’individu cherchera dans ses choix amoureux de l’âge adulte à retrouver le rapport amoureux infantile avec le père ou la mère. Le névrosé est celui qui échoue dans la tâche de se détacher de ses parents : le fils qui reste incapable de reporter sa libido sur un autre objet que sa mère, incapable de se libérer de l’autorité du père ; la jeune fille trop longtemps fixée à sa famille.

Le refoulement (le ich « ne veut plus en entendre parler ») est le processus majeur qui régit le rapport de la conscience à l’inconscient. Bien que le refoulé n’épuise pas l’inconscient tout entier, il sert à le définir. En ce sens Freud peut affirmer avec raison que la théorie du refoulement est « la pierre d’angle sur laquelle repose tout l’édifice de la psychanalyse ».

RÉSUMÉ: À partir du cas d’Anna O. et de sa pratique de thérapeute, Freud a été amené à quelques-unes de ses principales découvertes : l’inconscient, le conflit psychique, le refoulement. Son auto-analyse, la réaction à la mort de son père lui ont permis de découvrir le complexe d’Œdipe et la sexualité infantile.

  1. L’inconscient et le psychisme

1) Les ambiguïtés de la notion d’inconscient

La notion d’inconscient prend, chez Freud, un sens radicalement nouveau. Fallait-il, dès lors, forger un nouveau terme pour éviter toute confusion ? Le psychanalyste français contemporain Jacques Lacan affirme qu’il n’y en a pas de meilleur et qu’il n’y a pas à y revenir. Il reconnaît, cependant, que ce mot a l’inconvénient d’être négatif, « ce qui permet d’y supposer n’importe quoi au monde, sans compter le reste. ».

a) L ‘inconscient au sens descriptif

En un premier sens, « inconscient » est surtout utilisé comme adjectif et sert à qualifier ce qui n’est pas actuellement à la conscience, ce qui est « temporairement inconscient ». Ces contenus (pensées, souvenirs, sentiments), qui sont à l’état latent et en ce sens inconscients, peuvent, à tout moment, devenir conscients et, rien ne les distinguant des contenus actuellement conscients, leur passage d’un état à un autre ne les modifie en rien. Ainsi, tel poème de Baudelaire, dont j’ai souvenance, se présente à nouveau à ma conscience et les mots pour le dire arrivent aisément. Freud qualifie ces contenus de « préconscients » pour les distinguer de ceux qui ne peuvent revenir facilement à la conscience, qui en sont exclus (refoulement) et qui sont, à proprement parler, « inconscients ».

  1. L’inconscient au sens topique

Dans le sens topiquetopos » signifie en grec « lieu »), l’inconscient ne se conçoit plus seulement de manière négative, c’est-à-dire comme ce qui est non-conscient, mais prend un sens positif. Il désigne un lieu psychique qui a ses contenus représentatifs spécifiques, une énergie et un fonctionnement propres. Freud s’est en effet servi d’images spatialisées (les topiques), pour expliquer le fonctionnement du psychisme humain. Insistons, avec Freud, sur le fait que les topiques ne sont que des images, et qu’il ne faudrait pas concevoir le psychisme comme un lieu (le cerveau), et les éléments des topiques comme des parties de ce lieu. En ce sens, l’inconscient est un domaine « qui peut-être conservera toujours un fond qui ne pourra être ramené à la conscience, mais sera tout au plus reconstruit ».

  1. La première topique : l’inconscient comme système

L’affirmation de l’existence de l’inconscient amène Freud à comparer le psychisme à des appareils optiques tels que le télescope ou l’appareil photographique. Comme tout appareil, le psychisme est composé de « parties » différentes ayant chacune leurs particularités. Entre 1900 et 1920, Freud affirme la division de l’appareil psychique en deux systèmes radicalement distincts : l’inconscient et le préconscient-conscient (Ics, Pcs-cs).

  1. Les contenus de l’inconscient

L’inconscient est constitué de contenus refoulés n’ayant pu accéder au système préconscient-conscient. Quels sont ces contenus ? Freud parle toujours de représentations refoulées et jamais de pulsions refoulées. Une pulsion est une poussée qui « a sa source dans une excitation corporelle » et dont le but est « de supprimer l’état de tension qui règne à la source pulsionnelle ». A la limite du psychique et de l’organique, une pulsion ne peut jamais devenir consciente mais peut, en revanche, se faire représenter. Les contenus refoulés sont donc des « représentants- représentations » ou « représentations psychiques » de pulsions (souvent sexuelles ou agressives) — c’est-à-dire des pensées, des images, des souvenirs sur lesquels se fixent les pulsions.

  1. Les mécanismes propres au système inconscient

Les contenus inconscients, investis de l’énergie pulsionnelle, sont régis par des mécanismes propres au système inconscient. Il convient d’en noter deux que l’étude du rêve a permis à Freud de mettre en évidence :

–    le déplacement, par lequel une énergie d’investissement est susceptible de se détacher d’une représentation à l’origine fortement investie et donc refoulée, et de glisser le long de voies associatives vers d’autres représentations à faible intensité ;

–    la condensation, par laquelle une représentation unique recouvre à elle seule plusieurs chaînes associatives à l’intersection desquelles elle se trouve.

  1. L’énergie propre au système inconscient et le retour du refoulé

L’énergie, fournie par les pulsions, est dite libre. Elle circule, sans entrave, d’une représentation à une autre, suivant les mécanismes du déplacement et de la condensation, niant ainsi toute relation logique (aussi bien celle de la non-contradiction que celle de la simple succession temporelle). Sa seule régulation est le principe de plaisir. Cherchant une satisfaction par la voie la plus courte possible, elle pousse les éléments refoulés à faire retour dans le conscient. Elle n’est retenue que par la censure (concept analogique défini par Freud comme « la fonction qui interdit aux désirs inconscients et aux formations qui en dérivent l’accès au système préconscient-conscient »). Ce conflit aboutit à des formations de compromis, tel le symptôme. Les représentations refoulées, investies de l’énergie pulsionnelle, réussissent à se frayer « quelque part, en un point mal défendu, un autre accès vers une soi-disant satisfaction substitutive qui apparaît sous la forme d’un symptôme, et tout ceci sans l’assentiment ni la compréhension du moi ». Les « rejetons » de l’inconscient qui réapparaissent ainsi à la conscience sont plus ou moins travestis, méconnaissables et échappent à la censure. Ce retour du refoulé marque bien le caractère indestructible des éléments refoulés.

  1. L’Ics et le Pcs-cs comme deux systèmes opposés

Des contenus spécifiques (des représentations de pulsions refoulées), un mode de fonctionnement propre que Freud nomme processus primaire (la mobilité des investissements associées aux mécanismes de déplacement et de condensation), l’absence de contradiction, l’intemporalité, l’indifférence à la réalité extérieure et la régulation par le seul principe de plaisir, le pouvoir de produire des effets observables et de donner lieu à des manifestations intenses, tels sont les caractères qui font de l’inconscient un système.

À l’opposé, le système préconscient-conscient est celui où dominent les valeurs de la pensée vigile, du raisonnement, du jugement, de l’action maîtrisée (processus secondaire), où les représentations sont investies d’une manière stable (énergie liée), où la satisfaction est différée et contrôlée (principe de réalité).


  1. Seconde topique : une pluralité de personnes psychiques en conflit

En 1923, Freud présente une seconde topique, dont les instances (le ça, le moi, le surmoi) ne recoupent qu’en partie celles de la première topique.

Définition de l’inconscient = Domaine du psychisme échappant à la conscience, influant sur les conduites du sujet à son insu et dont on retrouve les contenus au cours du rêves, de la libre association et dans certains actes manqués. L’inconscient est un noyau, un « chaudron » de pulsions (*) maintenues ou repoussées dans l’inconscient par la censure. Pour Freud, le « moi » est le théâtre d’un conflit dont les protagonistes sont le « surmoi » et le « ça ».

(*) Qu’est-ce qu’une pulsion?
La pulsion est une excitation, une poussée de l’intérieur de l’organisme.

  • Elle a sa source dans une excitation organique localisée, dans une zone corporelle, zone érogène.
  • Elle exerce une poussée, une certaine force ou exigence.
  • Elle tend vers un but: la satisfaction.
  • La pulsion renvoie au corps par sa source, mais le but et l’objet de la pulsion n’ont de sens et de représentation que psychique. La pulsion présente, exprime le corps dans l’âme.
  1. Le ça, le moi, le surmoi

Originairement le psychisme est constitué par le « ça ». Son contenu comprend tout ce que l’être apporte en naissant, tout ce qui a été constitutionnellement déterminé, donc avant tout les pulsions. Ces dernières sont des forces profondes qui agissent à l’arrière-plan et qui représentent dans le psychisme les exigences d’ordre somatique: la faim, l’agressivité, les désirs sexuels… Ces pulsions cherchent à se réaliser.

  • Le ça nous est totalement inconnu, il est entièrement inconscient. Il est régi par le seul « principe de plaisir ».

    Le « principe de plaisir » vise à l’accomplissement du désir, à la satisfaction de l’excitation pulsionnelle sans tenir compte d’aucune règle, norme ou logique.

  • La deuxième instance, le « moi », c’est la volonté, la pensée et donc la conscience. Si, avec Freud, on fait du moi, simplement la conscience éveillée, sans aucune énergie propre, la volonté ne peut plus être définie que comme illusion du moi, mû effectivement par des “pulsions” métamorphosées en idéaux. Une partie du moi est inconsciente, la plus proche du ça, celle qui est chargée de refouler les pulsions (mécanismes de défense) ou de les adapter aux conditions imposées par le monde extérieur. Le moi est régi par le « principe de réalité ». Le « principe de réalité » vise à l’adaptation de l’individu à son environnement.

Le ” ich ” (appelé aussi le « moi », l’ » ego ») est la conscience psychologique elle-même comme sens du réel et engagement dans le monde extérieur qu’elle perçoit et connaît. Sa fonction normale est la recherche des moyens de réaliser les désirs du « es »· Il « obéit au principe de réalité » c’est à dire que la question pour lui est de trouver dans la réalité extérieure, l’objet exigé par le « es ». Dans le temps de la soif, il faut trouver la source ; dans le temps du désir sexuel, il faut séduire le partenaire.

  • La troisième instance, le « surmoi » intériorisation de toute la morale, de toute la civilisation : intériorisation des interdits parentaux, sociaux. Force répressive. Formation du surmoi pdt l’Oedipe. Notre morale est celle héritée de nos parents. Ce que nous nous interdisons, c’est ce qu’ils s’interdisent. Nous avons les mêmes interdits, les mêmes valeurs que nos parents. Les désirs ou pulsions refoulées, chassés de la conscience, continuent à hanter notre comportement sous forme d’obsessions, d’angoisses, d’actes manqués, de névroses. Le surmoi est régi par le « principe de perfection » ou « idéal du moi », bardé de principes moraux sources d’obligations (les « devoirs ») et d’interdictions (les « tabous »). Il est façonné, selon Freud, par l’éducation et surtout par le souvenir des impératifs du Père (« imago paternelle » avec lequel le sur moi s’identifie (« introjection (*) de l’imago paternelle »).

(*) L’introjection. L’ensemble des interdits est d’abord extérieur à l’enfant. Mais rapidement, pour plusieurs raisons, dont la principale est d’éviter la culpabilité, il y a incorporation des interdits, introjection des impératifs du milieu familial, ou encore intériorisation des exigences de conduite, et cela constitue le sur-moi, c’est-à-dire la conscience morale (selon Freud).

Surmoi et idéal du moi ont une fonction essentielle de socialisation de la personne humaine. La socialisation n’est pas en effet instinctive chez l’homme, comme elle peut l’être chez les fourmis. Elle a une histoire et dans cette histoire il y a, selon Freud, une étape essentielle qui est celle de la constitution de cette formation psychique qu’est le surmoi. Le surmoi permet en effet à l’enfant de se socialiser en assimilant les règles qui régissent la sociabilité. Le surmoi, c’est par-delà le regard du père intériorisé, l’ensemble des règles sociales. De même l’idéal du moi c’est non seulement ce que les parents attendent de leur enfant, mais d’une manière générale, l’image que l’individu doit présenter à la société. Surmoi et idéal du moi représentent donc l’obligation sociale intériorisée, ce qui oblige l’individu à ne pas céder à ses impulsions vitales qui sont issues du ça. Ils font donc figure de directeurs de conscience et nous obligent à nous comporter de manière socialement adéquate, sous peine d’un sentiment de culpabilité insupportable.

Le « principe de perfection » est le modèle auquel le sujet cherche à se conformer, résultat de l’identification aux parents idéalisés. Le surmoi et l’idéal du moi transmettent de générations en générations toutes les inhibitions, névroses, tabous de nos ancêtres, mais aussi nos propres traumatismes liés à notre histoire personnelle ( = “névrose de destin“).

Illustration: La conception psychanalytique rejoint remarquablement l’expérience courante de la conscience morale encore chancelante de l’enfant, qui, pour savoir si ce qu’Il fait est bien, se référe à ses parents et particuliérement au père ou du substitut du pére (c’est-à-dire de la figure, “parentale” ou assimilée, qu’il craint et aime le plus). Ses fiertés et ses tourments moraux se rapportent tout naturellement aÌ l’opinion du pére sur lui. Enfin, chez l’adulte, dans la conscience malheureuse ou dans le cas de conscience, c’est encore l’image-souvenir du pére ou de la mère qu’on évoque pour savoir “ce qu’Ils conseilleraient” ou “ce qu’ils feraient à notre place“. Le directeur de conscience, le maître, le pére spirituel, l’homme prestigieux, l’homme qu’on voudrait être… sont autant d’incarnations possibles ou de substituts de l’image du père.

=> Le ça demande, le surmoi commande ou pas, autorise ou non. Le moi se trouve pris entre les exigences du ça et les impératifs du surmoi. Il est « soumis à une triple servitude, et de ce fait est menacé par trois sortes de dangers : celui qui vient du monde extérieur, celui de la libido du ça et celui de la sévérité du surmoi ».


=> Qu’est-ce qu’une névrose? (phobie, obsession, maniaco-dépression, angoisse, hystérie, etc.) La névrose est un mode de défense contre les sollicitations de la libido, le « ça » (pronom neutre allemand substantivé, « Es »). Les pulsions tendent vers la satisfaction immédiate (« principe de plaisir »). En revanche le moi (« principe de réalité ») est dévoué aux exigences du surmoi (« principe de perfection »). Ces deux instances sont contradictoires = le « moi » doit être suffisamment fort pour pouvoir canaliser la libido et la soumettre au « principe de réalité ». Dans la névrose, il échoue en refoulant les pulsions sexuelles. Mais comme ces dernières insistent pour se faire reconnaîtreretour du refoulé »), un conflit s’établit alors et provoque un mal de vivre, une perte de la liberté intérieure. Le « surmoi » domine trop le « ça ».


Si le déséquilibre entre besoins de satisfaction et les interdits est excessif, alors le sujet peut sombrer dans le trouble mental.

Il existe différentes sortes de névroses, plus ou moins accessibles à la psychanalyse, du moins telle que Freud la conçoit. Nous n’entrerons pas dans le détail de ces différences. Sachez cependant que les trois grandes névroses qui intéressent la psychanalyse sont les phobies, les névroses obsessionnelles et les hystéries.

·    L’hystérie est, historiquement, la première forme de névrose à intéresser Freud. Elle est la traduction symbolique dans le corps du conflit intérieur et du refoulement. Le patient est, par exemple, malade, paralysé, aveugle, etc., alors même que les organes restent intacts.

·    Les obsessions, manies et rituels correspondent aux névroses de contrainte ou névrose obsessionnelle, en tant qu’elles sont le déplacement du conflit sur des actes ou pensées ou attitudes apparemment insignifiantes ou contradictoires.

·    Les névroses phobiques ou hystéries d’angoisse, qu’on appelle couramment phobies, intéressent moins directement Freud, parce qu’elles ne relèvent pas vraiment de la psychanalyse, sauf chez l’enfant. Elles se caractérisent par une peur panique de tel ou tel objet, de telle ou telle situation. L’agoraphobie par exemple est la peur des espaces découverts et des lieux publics, dans lesquels le sujet ne peut rester tant il subit une angoisse incompressible.

=> Qu’est-ce qu’une psychose? (paranoïa, schizophrénie, délires, autisme) Le sujet n’a pas conscience de son trouble et ne fait plus la distinction entre le réel et son imaginaire. Le ça domine trop le surmoi.

Approfondissement sur la schizo : https://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/432856.pdf


b) Un conflit « réaliste » de personnes à l’intérieur du sujet


Les instances du psychisme, le moi (« ich »), le ça (« es »), le surmoi (« über-ich »), sont conçus comme de véritables personnages d’un drame intérieur. Personnification et théâtralisation : « il y a bien une machinerie, il y a des personnages internes ; la machinerie est elle- même un drame introjecté, une introjection dans l’intérieur de la personne ; une transposition dans l’intra-personnel, des relations interpersonnelles. » Le moi est tourmenté par le surmoi (la censure) ; du même coup il se défend contre le ça, qui, lui cherche à contourner la censure. Tout se passe comme si nous avions bien affaire à un conflit réel, réaliste, de personnes à l’intérieur du sujet. Le moi règne mais ne gouverne pas. Le moi a perdu son sceptre, le roi est nu. Remise en cause de la croyance en la toute-puissance, en la toute-maîtrise de l’homme sur lui-même.

« Un adage nous déconseille de servir deux maîtres à la fois. Pour le pauvre moi la chose est bien pire, il a à servir trois maîtres sévères et s’efforce de mettre de l’harmonie dans leurs exigences. Celles-ci sont toujours contradictoires et il paraît souvent impossible de les concilier ; rien d’étonnant dès lors à ce que souvent le moi échoue dans sa mission. Les trois despotes sont le monde extérieur, le surmoi et le ça. Quand on observe les efforts que tente le moi pour se montrer équitable envers les trois à la fois, ou plutôt pour leur obéir, on ne regrette plus d’avoir personnifié le moi, de lui avoir donné une existence propre. Il se sent comprimé de trois côtés, menacé de trois périls différents auxquels il réagit, en cas de détresse, par la production d’angoisse. Tirant son origine des expériences de la perception, il est destiné à représenter les exigences du monde extérieur, mais il tient cependant à rester le fidèle serviteur du ça, à demeurer avec lui sur le pied d’une bonne entente, à être considéré par lui comme un objet et à s’attirer sa libido. En assurant le contact entre le ça et la réalité, il se voit souvent contraint de revêtir de rationalisations préconscientes les ordres inconscients donnés par le ça, d’apaiser les conflits du ça avec la réalité et, faisant preuve de fausseté diplomatique, de paraître tenir compte de la réalité, même quand le ça demeure inflexible et intraitable. D’autre part, le surmoi sévère ne le perd pas de vue et, indifférent aux difficultés opposées par le ça et le monde extérieur, lui impose les règles déterminées de son comportement. S’il vient à désobéir au surmoi, il en est puni par de pénibles sentiments d’infériorité et de culpabilité. Le moi ainsi pressé par le ça, opprimé par le surmoi, repoussé par la réalité, lutte pour accomplir sa tâche économique, rétablir l’harmonie entre les diverses forces et influences qui agissent en et sur lui : nous comprenons ainsi pourquoi nous sommes souvent forcés de nous écrier : “Ah, la vie n’est pas facile !” » S. Freud, « Nouvelles conférences de Psychanalyse »

Analyse:
http://apprendre-la-philosophie.blogspot.fr/2008/11/la-dcomposition-de-la-personnalit.html

« Le “lch, écrit Freud, apparaît donc comme une pauvre créature soumise à une triple servitude et vivant, de ce fait, sous la menace d’un triple danger : le monde extérieur, le désir du “Es“, et la sévérité du “surmoi”. Trois variétés d’angoisse correspondent à ces trois dangers, car l’angoisse est l’expression d’un recul devant un danger. Situé entre le es et le monde, le “ich” cherche à les concilier en rendant le es adaptable ou en adaptant le monde aux exigences du es … Situé entre le “es” et le “über ich“, il amortit aussi les conflits qui surgissent entre eux … »· En cas de faiblesse du « über ich », le « ich », esclave du « es », mène une vie immorale ; mais en cas de sévérité excessive du sur moi, le « ich » est traqué entre le « über ich » et le « es ». Il peut réagir par la « censure ». La censure est le refus que le « ich », soumis au « über ich », oppose à un désir immoral. La fonction de la « censure » est le « refoulement » hors du « ich », c’est-à-dire hors de la conscience, d’un désir qui reste donc dans l’ « inconscient ».

A retenir : La notion d’inconscient prend, chez Freud, un sens positif. Elle désigne un lieu psychique qui a ses contenus représentatifs spécifiques (représentations psychiques de pulsions souvent sexuelles ou agressives et infantiles), une énergie (énergie qui se déplace librement suivant les mécanismes propres au système inconscient) et un fonctionnement propre (mécanismes du déplacement et de la condensation).

La première topique élaborée par Freud (l’Ics et le Pcs-cs comme deux systèmes opposés) met en évidence le clivage entre le conscient et l’inconscient (scission au sein du psychisme).

La « seconde topique » nous révèle que l’inconscient constitue l’essentiel de notre vie psychique et attire notre attention sur le drame qui se joue à l’intérieur du sujet.

  1. Les preuves de l’inconscient
  1. L’hypothèse de l’inconscient et son pouvoir explicatif

C’est en raison de son pouvoir explicatif que Freud retient l’hypothèse d’un inconscient psychique. Nulle autre supposition ne permet de comprendre les lacunes du discours conscient, les actes manqués, les particularités du rêve, les symptômes névrotiques.

Avant Freud, ces manifestations humaines n’intéressaient personne parce qu’elles étaient souvent insignifiantes, comme les actes manqués, le fait d’oublier systématiquement tel type d’objet par exemple ou le fait de dire telle chose à la place de telle autre. Les rêves, ainsi que les actes manqués, n’étaient considérés que comme des résidus involontaires et sans intérêt de l’activité humaine. Quant aux symptômes névrotiques, qui touchent à la santé mentale, la psychiatrie de l’époque ne pouvait les expliquer que sur le mode d’une dégénérescence, d’un trouble nerveux héréditaire voire même de la simulation. Le névrosé ou « nerveux » était un « détraqué » ou un « taré », qui subissait une déficience héréditaire ou accidentelle de ses systèmes nerveux et cérébraux.

Ne pouvant se contenter de l’explication psychiatrique purement mécaniste et physiologiste de la tare héréditaire ou accidentelle, Freud chercha le sens du symptôme névrotique, qu’il trouva en postulant qu’une partie du psychisme est inconsciente. C’est en elle que se trouve, selon lui, le sens caché de l’involontaire, la psychanalyse étant la méthode qu’il invente afin de retrouver ce sens caché. Les actes manqués, les rêves, les symptômes névrotiques ne seraient que des expressions de l’involontaire en soi et cet involontaire révèle, selon Freud, une part essentielle de soi.

L’inconscient n’est donc pas que corporel, comme chez Descartes, il est aussi et peut-être surtout psychique. Par ailleurs, il n’est pas un résidu peu important du psychisme, c’est même l’inverse ; pour Freud il est l’essentiel du psychisme. Il révèle, en outre, que ce psychisme est divisé, le lieu de conflits violents entre des forces contraires, qui cherchent à s’exprimer coûte que coûte. La psychanalyse est donc la théorie des conflits intrapsychiques. Elle est aussi la méthode qui entend le langage de cette réalité involontaire et inconsciente, car l’inconscient a son propre langage. Le psychanalyste est celui qui a appris à entendre ce que dit l’oubli, le lapsus, le symptôme névrotique, et ce qu’exprime le rêve.

L’hypothèse de l’inconscient apparaît donc comme un principe d’intelligibilité de phénomènes apparemment absurdes, privés de signification, incohérents. L’inconscient se manifeste dans les petits faits anodins de la vie quotidienne.

« On nous conteste de tous côtés le droit d’admettre un psychique inconscient et de travailler scientifiquement avec cette hypothèse. Nous pouvons répondre à cela que l’hypothèse de l’inconscient est nécessaire et légitime, et que nous possédons de multiples preuves de l’existence de l’inconscient. Elle est nécessaire, parce que les données de la conscience sont extrêmement lacunaires ; aussi bien chez l’homme sain que chez le malade, il se produit fréquemment des actes psychiques qui, pour être expliqués, présupposent d’autres actes qui, eux, ne bénéficient pas du témoignage de la conscience. Ces actes ne sont pas seulement les actes manqués et les rêves, chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade ; notre expérience quotidienne la plus personnelle nous met en présence d’idées qui nous viennent sans que nous en connaissions l’origine et de résultats de pensée dont l’élaboration nous est demeurée cachée. Tous ces actes conscients demeurent incohérents et incompréhensibles si nous nous obstinons à prétendre qu’il faut bien percevoir par la conscience tout ce qui se passe en nous en fait d’actes psychiques ; mais ils s’ordonnent dans un ensemble dont on peut montrer la cohérence, si nous interpolons les actes inconscients inférés. Or, nous trouvons dans ce gain de sens et de cohérence une raison, pleinement justifiée, d’aller au-delà de l’expérience immédiate. Et s’il s’avère de plus que nous pouvons fonder sur l’hypothèse de l’inconscient une pratique couronnée de succès, par laquelle nous influençons, conformément à un but donné, le cours des processus conscients, nous aurons acquis, avec ce succès, une preuve incontestable de l’existence de ce dont nous avons fait l’hypothèse. L’on doit donc se ranger à l’avis que ce n’est qu’au prix d’une prétention intenable que l’on peut exiger que tout ce qui se produit dans le domaine psychique doive aussi être connu de la conscience. » Freud.

Correction: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/67315.pdf


  1. Les lapsus linguae (parlés) et calami (écrits)

Quelques exemples de lapsus (du latin « labor » = action de trébucher):

  • Dans « Le Marchand de Venise », Portia dit à celui qu’elle aime (Bassanio): « Les vilains yeux que vous avez, ils m’ont jeté un sort ; ils m’ont divisée : une moitié de moi est à vous, et l’autre moitié à vous, à moi, voulais-je dire ».

    Rappel: https://fr.wikipedia.org/wiki/Le_Marchand_de_Venise

  • [exemple de Freud] Un anatomiste donne une conférence et dit: « En ce qui concerne les organes génitaux de la femme, on a, malgré de nombreuses tentations (versuchungen), pardon, malgré de nombreuses tentatives (versuche)! »
  • [exemple de Freud] Un jeune homme veut raccompagner une jeune femme chez elle. En allemand, raccompagner se dit « begleiten »). Il commet le lapsus et prononce « begleitdigen ». Ce mot n’a pas de sens mais « beleidigen » (manquer de respect).
  • « Un professeur dit, par exemple, dans sa leçon d’ouverture : “je ne suis pas disposé à apprécier (geneigt) comme il convient les mérites de mon prédécesseur” alors qu’il voulait dire : “je ne me reconnais pas une autorité suffisante (geeignet) pour apprécier”, etc. » (« Introduction à la psychanalyse »)

Les lapsus sont des erreurs de langage qui échappent à ceux qui parlent et qui ont un caractère involontaire. Les lapsus ne sont pas dus à l’inattention ou à la fatigue, ils ont un sens. Cette excuse de la fatigue peut interpréter en termes de résistance. Le lapsus témoigne d’un désir inconscient et résulte de l’interférence de l’expression de ce désir avec ce qu’on voudrait ou devrait consciemment dire. Au-delà, ce qu’on découvre avec le lapsus, c’est qu’au fond tout discours a un double sens, est équivoque, veut dire autre chose que ce qu’il dit, tout simplement parce que le désir inconscient fait échouer la parole et échoue lui-même à parler clairement.

Le lapsus est un compromis entre 2 intentions, entre 2 désirs. Condensation des 2 désirs (les 2 mots se contaminent, se condensent l’un l’autre). Le refoulement est à moitié réussi et à moitié manqué. Il y a eu une brèche qui a permis à la tendance inconsciente de se manifester de façon intempestive. La condition nécessaire de tout lapsus est le refoulement d’un énoncé que le sujet pourrait juger indécent, blessant. La tendance refoulée se manifeste malgré la personne qui parle. A l’insu de son plein gré!

// Lacan: « Tout acte manqué est un discours réussi ». L’acte manqué consiste à commettre une erreur dans une action naturellement aisée. On peut également l’associer au lapsus. Il résonne comme un échec. Pourtant, sa nature est plus ambiguë, puisqu’il apparaît comme une sorte de passage à l’acte. En effet, en réalisant malgré nous cet acte manqué, nous éprouvons en fait une satisfaction pulsionnelle inconsciente, car l’acte manifeste ce qui était refoulé. Il est donc une sorte de compromis entre le désir conscient et le désir inconscient, et il révèle de ce fait ce qui constitue notre pensée profonde et inavouée.

  1. Les actes manqués

Renverser son verre sur la robe de sa voisine, oublier son passeport alors que l’on doit partir à l’autre bout du monde, rater son train pour se rendre à un entretien d’embauche, casser par inadvertance un cadeau d’anniversaire, envoyer une lettre ou un SMS à un mauvais destinataire,
s’adresser à une femme en disant « Monsieur » ou à un homme en disant « Madame », etc. Tous ces ratés, ces maladresses ont-ils un sens psychique caché?

Certains actes en apparence non-intentionnels se révèlent, lorsqu’on leur applique l’examen psychanalytique, comme parfaitement motivés et déterminés par des raisons inconscientes. Ce sont en particulier:

Les oublis (de souvenirs, de projets, de noms, de mots). Ils s’expliquent par une résistance s’opposant au souvenir ou à la représentation d’idées pénibles pour le moi et refoulées par ce dernier. Littéralement, le « moi » ne veut plus en entendre parler. C’est pour cela qu’il oublie, cad refoule.

Un exemple d’oubli: Freud parle d’une jeune femme, qui lui relate un incident curieux, qui se produisit le lendemain de son mariage :
« Je fus un jour invité chez un jeune couple, et au cours de ma visite, la jeune femme m’a raconté en riant que le lendemain de son retour du voyage de noces elle était allée voir sa soeur qui n’était pas mariée, pour l’emmener comme jadis faire des achats, tandis que le jeune mari était parti à ses affaires. Tout à coup, elle aperçoit de l’autre côté de la rue un monsieur et dit, un peu interloquée, à sa soeur : “regarde, voici M. L…”. Elle ne s’était pas rendu compte que ce monsieur n’était autre que son mari depuis quelques semaines. Ce récit m’avait laissé une impression pénible, mais je ne voulais pas me fier à la conclusion qu’il me semblait impliquer. Ce n’est qu’au bout de plusieurs années que cette petite histoire m’est revenue à la mémoire : j’avais en effet appris alors que le mariage de mes jeunes gens avait eu une issue désastreuse. » (« Introduction à la psychanalyse »).

Les pertes: Là encore, Freud parle d’une de ses connaissances, qui lui donne le récit très exemplaire d’une perte signifiante :

« Un homme encore jeune me raconte que des malentendus s’étaient élevés il y a quelques années dans son ménage : “Je trouvais, me disait-il, ma femme trop froide, et nous vivions côte à côte, sans tendresse, ce qui ne m’empêchait pas de reconnaître ses excellentes qualités. Un jour, revenant d’une promenade, elle m’apporta un livre qu’elle avait acheté, parce qu’elle croyait qu’il m’intéresserait. Je la remerciai de son ‘attention’ et lui promis de lire le livre que je mis de côté. Mais il arriva que j’oubliai aussitôt l’endroit où je l’avais rangé. Des mois se sont passés pendant lesquels, me souvenant à plusieurs reprises du livre disparu, j’avais essayé de découvrir sa place, sans jamais y parvenir. Six mois plus tard environ, ma mère que j’aimais beaucoup tombe malade, et ma femme quitte aussitôt la maison pour aller la soigner. L’état de la malade devint grave, ce qui fut pour ma femme l’occasion de révéler ses meilleures qualités. Un soir, je rentre à la maison enchanté de ma femme et plein de reconnaissance à son égard pour tout ce qu’elle a fait. Je m’approche de mon bureau, j’ouvre sans aucune intention définie, mais avec une assurance toute somnambulique, un certain tiroir, et la première chose qui me tombe sous les yeux est le livre égaré, resté si longtemps introuvable “. » in «  Introduction à la psychanalyse  »

Cet exemple est très intéressant, car il condense beaucoup d’éléments propres à la théorie freudienne : certes nous y voyons, comme dans tous les exemples d’actes manqués que donne Freud, un conflit entre les intentions conscientes (lire le livre) et les volitions cachées (manifester son désamour en perdant le cadeau-symbole de sa femme). Mais est intéressante aussi la façon dont le livre est retrouvé lorsque l’amour revient : le locuteur parle « de l’assurance toute somnambulique » qui lui fait ouvrir le tiroir où se trouve ce fameux livre. Il semble, en effet, que cette qualité de « somnambulique » soit le propre justement d’une emprise de l’inconscient, à laquelle Freud a eu accès par les techniques d’hypnose de Breuer.

Les conduites d’échec. L’échec, attribué à tort à l’inattention ou au hasard, c’est la « peur de réussir ». La névrose d’échec pousse l’individu à échouer. Ne pas avoir ce que pourtant il désire. Manière de s’empêcher le succès. Retard, abandon de projets, perte de dossiers, destruction « involontaire ». Auto-dépréciation, mauvaise image de soi. Culpabilité. L’individu a une mauvaise opinion/image de lui-même. Il est persuadé de ne pas « mériter » la réussite, le succès – professionnellement, socialement, affectivement, etc. : https://www.vulgaris-medical.com/encyclopedie-medicale/nevrose-d-echec => conduite d’échec = traduction d’une culpabilité inconsciente, tendance masochiste

Les actions symptomatiques (les tics, habitude de jouer avec la chaîne de sa montre, son alliance, de se tirailler la barbe, les cheveux, etc.) qui « expriment quelque chose que l’auteur de l’action lui-même ne soupçonne pas et qu’il a généralement l’intention de garder pour lui, au lieu d’en faire part aux autres » = parler tout seul. Actions accomplies involontairement, inconsciemment. Les maladresses. Dissimulation des sentiments. Source de malentendu dans les relations. Exemples: oubli des enfants sur l’aire d’autoroute (!), de la belle-mère (!), perte ou bris d’objets prêtésLa parure » de Maupassant), emprunt d’objets involontaires. Freud: « tous les phénomènes en question, sans exception aucune, se ramènent à des matériaux psychiques incomplètement refoulés et qui manifeste bien que le refoulé par le conscient, n’ont pas perdu toutes les possibilités de se manifester et de s’exprimer. »

Ces petits faits de la vie quotidienne expriment des pulsions et des intentions qui ont leur source dans des désirs ou des complexes refoulés. Les pulsions sont des intentions que l’on veut cacher à sa propre conscience et à celle des autres. Les actes manqués traduisent / trahissent les secrets les plus intimes.

Actes manqués : Ce sont des mouvements qui n’atteignent pas le but Intentionnel ou volontaire. Ainsi je m’aperçois que j’ai complètement oublié le rendez-vous important, que j’ai jeté par inadvertance telle adresse que je voulais conserver… Oublis, lapsus, actes manqués, etc. relèvent de la psychopathologie de la vie quotidienne. La psychanalyse montrerait qu’ils sont l’expression réussie d’une intention plus secrète, d’une pulsion inconsciente ou refoulée; il n’en est pas moins vrai qu’ils n’ont fait l’objet d’aucune représentation préalable et que le moi réfléchi ne s’en reconnaît pas la paternité.

  • Tout est signifiant. Il n‘y a pas de hasard psychique et tout acte manqué manifeste une intention inconsciente. Freud rappelle, à maintes reprises, son attachement, sa « foi » dans le principe du déterminisme psychiqueCinq leçons sur la psychanalyse », 1910). La “psychologie des profondeurs” remet en honneur le déterminisme psychologique ; elle explique la liberté comme le jaillissement à la conscience d’actions préparées dans le subconscient et dont nous ignorons nous-mêmes la motivation. Chacun croit décider librement de ses actes et être original, alors que notre manière de vivre et nos idées mêmes sont déterminées par notre histoire en majeure partie et pour la majorité d’entre nous. La psychologie des profondeurs nous invite à dépasser le système de raisons ou d’explications qu’un sujet donne de sa conduite, et à détecter, à travers le comportement observable ou esquissé, les motivations inavouées ou les attitudes non-conscientes qui lui font dire ce qu’il dit ou qui lui font faire ce qu’il fait. Autrement dit, rien dans l’esprit – pas plus que dans la nature extérieure – ne se produit sans cause ; nos choix, tout comme nos associations d’idées, ont toujours des ressorts secrets qui constituent autant de causes des actions que nous croyons libres. Parler de hasard
    est un aveu d’ignorance, antiscientifique car c’est dire qu’il y aurait des effets sans causes = Leibniz et son « principe de raison suffisante »: « Rien n’arrive sans cause », « Nihil est sine ratione ». Dans bon nombre de cas, quand ma langue fourche, je ne sais pas pourquoi, c’est-à-dire que j’ignore moi-même ce qui me pousse à dire tel mot plutôt qu’un autre. Or pour Freud le cas est exactement identique et s’interprète de même, comme le conflit entre deux désirs dont l’un est gênant et peut être ignoré par le sujet. Il n’y a pas d’actes innocents ou anodins. Tous sont révélateurs d’un affrontement en moi de deux forces.
  • Exemple: Ainsi tel célibataire affirmera son intention de ne pas se marier et donnera éventuellement “ses raisons“. Il ne peut pas cependant avoir conscience des mécanismes inhibiteurs qui ont bloqué son évolution affective ou sexuelle, et qui se traduisent plus ou moins symboliquement à sa conscience réfléchie sous forme de valorisation de l’état actuel protégé, ou de désintérêt/dégoût pour l’autre sexe.

c) Le rêve ou « la voie royale de l’inconscient »

Freud a donné aux rêves une grande importance. En cela il a rompu avec l’indifférence avec laquelle l’Occident a considéré les rêves depuis qu’on a renoncé à y voir, comme dans l’Antiquité, un moyen de communication avec l’au-delà, avec les dieux. Rappelons la façon dont Descartes parle du rêve dans les « Méditations métaphysiques » : il est assimilé à une espèce de folie qui toucherait tous les hommes la nuit, en laissant par ailleurs intactes leurs facultés rationnelles le jour. Le rêve est alors réduit à une manifestation à la fois insensée et insignifiante de la conscience diurne, à un résidu absurde.

Freud n’attribue aux rêves aucun sens mystique, mais il leur donne une signification psychique incontestable : ce sont les gardiens du sommeil. Ils protègent le sommeil contre les perturbations extérieures et intérieures par la production d’une représentation mentale imaginaire, qui intègre ces perturbations en leur donnant un sens suffisant pour satisfaire le dormeur. Ce dernier peut dès lors continuer à dormir et récupérer des forces physiques et psychiques. Un bruit, qui pourrait être l’occasion d’un réveil, sera ainsi intégré dans un rêve qui lui donne un rôle, comme le montrent les rêves qui accompagnent la sonnerie du réveil, prolongeant ainsi pendant quelques secondes ou quelques minutes le sommeil. Il en est de même pour n’importe quel besoin, celui de manger par exemple, qui pourra se traduire dans des rêves de festin.

Parmi les perturbations les plus importantes pour le psychisme humain, figurent les conflits intérieurs entre les pulsions et le moi. Les pulsions qui n’agréent pas la censure sont constamment refoulées dans la journée. Ce travail de refoulement menace l’intégrité du psychisme, qui s’épuise à lutter ainsi contre des pulsions qui exigent leur satisfaction. Ce qui est refoulé, n’étant pas détruit, menace toujours de déborder le psychisme. Pour que le repos soit vraiment réparateur, il faut donc que, d’une manière ou d’une autre, la pression exercée par les pulsions refoulées diminue, et pour cela qu’elles obtiennent une forme de satisfaction. Le rêve a donc pour fonction de satisfaire symboliquement les pulsions refoulées. De même qu’il satisfait les besoins du corps, par une image hallucinatoire de satisfaction, le rêve se présente comme une soupape de sécurité en permettant une satisfaction symbolique, autrement dit déguisée, des pulsions refoulées dans la journée.

Le rêve est, sous une forme déguisée, l’assouvissement imaginaire d’un ou plusieurs désirs inconscients. Il y a en tout rêve, un “contenu manifeste souvent absurde, incohérent, le rêve tel qu’il apparaît à celui qui en fait le récit, et un “contenu latent, le rêve tel qu’il apparaît une fois déchiffré.

Le rêve, dit Freud, est un rébus. Il y a donc un travail de déguisement, de chiffrage, dit travail d’élaboration du rêve, qui est le passage du désir au rébus, qui transforme une série d’idées en images hallucinatoires, à partir d’un noyau central caché, qui est le désir. Au cours du rêcve, il y a la suppression presque totale des articulations et des liaisons logiques du discours qui ne sont pas visualisables, la transformation des pensées en images et le recours à un vocabulaire symbolique. Codage, déformation du désir pour lui permettre de passer la censure du surmoi de l’endormi.

  • Par exemple, note Freud, pour symboliser la castration, « le rêve emploie la calvitie, la coupe des cheveux, la perte d’une dent, la décapitation ».
  • Les parents sont symbolisés par le roi et la reine.
  • Tout ce qui a trait à l’eau symbolise la naissance.
  • La mort est remplacée par le départ ou par le voyage ou par le sommeil.
  • L’organe sexuel masculin sera symbolisé par un serpent, un couteau, un parapluie, un chapeau, une cravate.
  • L’organe sexuel féminin sera représenté par une cavité, une grotte, un vase, une bouteille, un coffre, une boîte, etc.
  • La neige et la glace. Frigidité, caractère froid, introverti et renfermé: selon la psychanalyse, la froideur de ces éléments correspond à une certaine froideur d’âme, à un manque d’abandon.
  • Les dents. Les dents ont également une signification sexuelle, qui varie selon le contexte: des dents fortes et robustes symbolisent l’agression; des dents fragiles, qui bougent ou qui tombent, peuvent symboliser pour l’homme la crainte d’être impuissant, et pour la femme la crainte d’être stérile, ou toute autre crainte associée à la sexualité.
  • Le pain. Symbole de bon augure et de prospérité pour les anciens, le pain est lié, selon Freud, à l’image de la personne qu’on aime ou qu’on désire; il est également un symbole phallique.
  • La maison. D’après Freud, la maison représente le corps humain, d’après Jung notre âme. La solidité, la beauté ou la fonction de la maison peuvent donc, suivant le contexte du rêve, se rapporter à des qualités de notre personne.
  • La table. Selon Freud, elle représente le lit, de même que la nourriture représente la sexualité. De quel genre de table avez-vous rêvé? Bien garnie ou pauvre, grande et attirante ou sale et pleine de miettes? À vous d’interpréter!
  • Le cheval. Si Freud considère le cheval comme le symbole de la liberté sexuelle et des désirs érotiques, Jung étend sa signification à la force vitale en général, à l’instinct primordial, y compris (mais pas seulement) l’instinct sexuel.

=> La symbolisation aide à déguiser le désir, à rendre le contenu manifeste mystérieux et incompréhensible pour tromper la censure. Le rêve déformé est un compromis: le « ça » y trouve son compte en essayant de berner le « surmoi ».

De plus le contenu manifeste est laconique, condensé et ses signifiants essentiels sont à la fois contigus et décalés par rapport à ceux de cet autre texte qu’est le contenu latent. Freud nomme ces deux derniers mécanismes : « condensation » et « déplacement ».

L’interprétation psychanalytique fait donc le travail inverse de celui que fait l’élaboration du rêve. Elle part du contenu manifeste pour aller vers le contenu latent. Elle décrypte alors le rêve, en s’appuyant sur la connaissance qu’elle a de ce travail d’élaboration, qui prend principalement trois formes selon Freud : le déplacement, la condensation et la symbolisation.

Les mécanismes et le symbolisme général des rêves a été fort étudié par Freud ; il en a précisé les procédés : « condensation » (une seule image peut représenter plusieurs choses à la fois), « dramatisation » ou « théâtralisation » (une seule idée se traduit par toute une histoire), « symbolisation » (les actes censurés sont représentés par des substituts), « déplacement » (le motif principal est souvent insignifiant, anodin et les détails donnés comme ” sans importance ” sont les plus révélateurs), « élaboration
secondaire »
(le rêve brode sur des symboles déjà élaborés).

–    le « déplacement », par lequel une énergie d’investissement est susceptible de se détacher d’une représentation à l’origine fortement investie et donc refoulée, et de glisser le long de voies associatives vers d’autres représentations à faible intensité. Autrement dit, le rêve renverse l’importance des éléments mis en scène: ce qui est très important dans le contenu latent se déplace sur un élément insignifiant du contenu manifeste du rêve, d’où l’extrême importance que Freud accordait aux détails des rêves, détails qui pouvaient être très révélateurs. Il peut indiquer aussi la projection d’une pulsion sur quelqu’un d’autre, qui est alors chargé d’exprimer cette pulsion. La pulsion est déplacée aussi lorsqu’elle s’exprime par son contraire. Le diable se cachant dans les détails du rêve!

–    la « condensation », par laquelle une représentation unique recouvre à elle seule plusieurs chaînes associatives à l’intersection desquelles elle se trouve. Autrement dit, la condensation est une compression: plusieurs personnes, objets, localités sont condensées en un seul.
Exemple = le visage d’une femme qui comporte des éléments masculins empruntés à une autre personne. La mer signifie à la fois l’élément marin et la mère. Freud prend l’exemple du tableau de Raphaël « L’Ecole d’Athènes » où plusieurs philosophes qui ne se sont jamais rencontrés sont pourtant représentés ensemble.

–     la « symbolique » des rêves telle qu’elle est révélée par Freud est évidemment essentiellement sexuelle. Cette symbolique est très connue de nos jours, car la vulgarisation des théories de Freud l’a fait passer dans les moeurs. Ainsi, par exemple, tous les contenants représentent l’appareil génital de la femme, ainsi que tous les lieux clos et humides. L’appareil génital masculin est symbolisé par tous les objets contondants, ainsi que par le chiffre 3. Il serait trop long de vous donner la liste des symboles utilisés par l’inconscient pour traduire toutes les pulsions. Ce travail de symbolisation propre au rêve s’attache, entre autres, à rendre littéraux les usages du langage courant, par exemple « déflorer » deviendra dans un rêve « couper la fleur », « être amoureux » pourra se traduire par une image où on court effectivement après quelqu’un, etc.


À ce travail de chiffrage du rêve, répond le travail de déchiffrage du psychanalyste qui permet de retrouver le texte original, la parole primitive du désir. Le rêve est comme un rébus et Freud se compare volontiers à Champollion (1822) !
Il faut décomposer minutieusement le récit du rêve en ses différents éléments (personnages, paroles, actions, …) et on cherche à retrouver les souvenirs, les idées, représentations qui s’associent librement avec chacun des termes du rêve.

Le rêve, dit Freud, est la voie royale de l’inconscient.

Freud demande au sujet d’associer librement à partir des images du rêve et constitue ainsi des chaînes d’associations qui lui permettent de passer du « contenu manifeste » (récit que le rêveur fait de son rêve), jusqu’au « contenu latent » (tendance refoulée qui anime le rêve).

Premier exemple de rêve:

« Vous dites toujours, déclare une spirituelle malade, que le rêve est un désir réalisé. Je vais vous raconter un rêve qui est tout le contraire d’un désir réalisé. Comment accorderez-vous cela avec votre théorie ? » Voici le rêve : « Je veux donner un dîner, mais je n’ai pour toutes provisions qu’un peu de saumon fumé. Je voudrais aller faire des achats, mais je me rappelle que c’est dimanche après-midi et que toutes les boutiques sont fermées. Je veux téléphoner à quelques fournisseurs, mais le téléphone est détraqué. Je dois donc renoncer au désir de donner un dîner. » Ce qui vient d’abord à l’esprit de la malade ne peut servir à interpréter le rêve. J’insiste. Au bout d’un moment, comme il convient lorsqu’on doit surmonter une résistance, elle me dit qu’elle a rendu visite à une de ses amies ; elle en est fort jalouse parce que son mari en dit toujours beaucoup de bien. Fort heureusement, l’amie est mince et maigre, et son mari aime les formes pleines. De quoi parlait donc cette personne maigre ? Naturellement de son désir d’engraisser. Elle lui a ainsi demandé : « Quand nous inviterez-vous à nouveau ? On mange toujours si bien chez vous ». Le sens du rêve est clair maintenant. Je peux dire à ma malade : “C’est exactement comme si vous lui aviez répondu mentalement : Oui ! Je vais t’inviter pour que tu manges bien, que tu engraisses et que tu plaises plus encore à mon mari. J’aimerais mieux ne plus donner de dîner de ma vie. Le rêve vous dit que vous ne pourrez pas donner de dîner, il accomplit ainsi votre voeu de ne point contribuer à rendre plus belle votre amie. » … On ne sait encore à quoi le saumon fumé répond dans le rêve : « D’où vient que vous évoquez dans le rêve le saumon fumé ? – C’est, répond-elle, le plat de prédilection de mon amie »… Ce même rêve comporte une autre interprétation plus délicate… L’amie avait exprimé le voeu d’engraisser et il n’y aurait rien d’étonnant à ce que notre malade eût rêvé qu’un souhait de son amie ne se réalisait pas. Elle souhaite bien, en effet, que le désir de son amie (le désir d’engraisser) ne soit pas accompli. Mais au lieu de cela, elle rêve qu’elle-même voit un de ses désirs non réalisé. Le rêve acquiert un sens nouveau, s’il n’y est pas question d’elle mais de son amie, si elle s’estime à la place de celle-ci, si, en d’autres termes, elle s’est identifiée avec elle. » FREUD – « L’interprétation des rêves », pp. 112 à 114)

Correction: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/68159.pdf

Deuxième exemple de rêve: (Reprise d’annale)


Troisième exemple de rêve: ( Reprise d’annale : http://tpereves.e-monsite.com/pages/la-theorie-de-freud.html
)

Freud raconte qu’une de ses patientes rêve qu’elle achète dans un magasin, un chapeau noir très cher. Pendant son analyse, elle raconte qu’elle est amoureuse d’un jeune homme très riche mais qu’elle est mariée à un vieil homme très malade. Il y a déplacement car elle désire inconsciemment la mort de son mari. Ce désir refoulé va être exprimé par la couleur du chapeau : le noir, couleur du deuil. Il y a condensation car le chapeau exprime plusieurs choses. Son prix symbolise la fortune du jeune homme. Le chapeau exprime tout à la fois le désir de séduire (Éros) et celui de mort (Thanatos). La veille, cette femme était passée devant deux chapeliers : le rêve puise dans les choses anodines qu’on a vu la veille, les symboles que vont exprimer l’inconscient.

Quatrième exemple de rêve :

L’exemple d’une dame qui rêve qu’elle étrangle un petit chien blanc. Quoi de plus absurde en apparence, dit Freud ; la dame déclare qu’elle n’a pas de chien, n’en a jamais eu, qu’elle adore les animaux et serait incapable, en fait, d’étrangler un chien. Le psychanalyste fait “associer librement” à partir des images du rêve. La dame se rappelle que le chien de son rêve cherchait à la mordre, puis l’expression “chien qui mord” finit par lui rappeler qu’elle a dit un jour à sa belle sœur en la mettant à la porte : “Je ne veux pas chez moi d’un chien qui mord“. Le psychanalyste comprend alors que le rêve signifie le désir d’éliminer définitivement de son foyer, la belle sœur qui est ici symbolisée par le chien. Cette belle sœur en outre était petite et d’une remarquable blancheur de teint.

  1. Les symptômes névrotiques (= manifestations d’une névrose ; l’agitation, la fébrilité, les phobies, les somatisations en sont quelques exemples)

Les symptômes névrotiques (ou « hystériques ») sont souvent des comportements absurdes dont la signification est cachée. Ainsi Freud raconte le cas d’une jeune fille qui chaque soir avant de pouvoir dormir devait accomplir un cérémonial long et compliqué, exigeant en particulier que la porte qui séparait sa chambre de celle de ses parents restât ouverte. L’analyse a révélé qu’elle avait des désirs incestueux pour son père et que, par ce cérémonial, elle empêchait, sans le savoir, ses parents d’avoir des relations amoureuses. Les symptômes de la névrose présentent donc un «  sens latent  ». Ils sont la satisfaction détournée et imaginaire des pulsions du «  ça  ». Le désir cherche à l’insu du moi conscient à se satisfaire. Mais il y a à l’œuvre un processus de déformation : le refoulement. Le désir s’exprime alors sous la forme déguisée du symptôme.

  • Ainsi, l’impossibilité d’Anna à parler sa langue maternelle n’est-elle pas la traduction symbolique de vouloir s’opposer à sa mère, d’en être la rivale? Le symptôme est un substitut à la jalousie oedipienne d’Anna.
  • De même, la grossesse nerveuse d’Anna O. est le symbole de la mise au monde d’un enfant imaginaire dont le père n’aurait été autre que son propre analyste, le docteur Breuer. D’ailleurs, dès le lendemain, Breuer partit pour Venise avec son épouse qui elle-même accoucha 9 mois plus tard d’une petite fille.
  • Autres exemples de « symptômes névrotiques »: phobies (araignée, souris, cafards, etc.), phobies sociales (agoraphobie, ochlophobie, claustrophobie, mutisme sélectif), angoisses (stress, palpitations, sueurs, tremblements, nausées, vertiges, troubles du sommeil), crises de panique, troubles émotionnels (tristesse, colère, énervements, sentiment de solitude, honte), comportements compulsifs (violences, besoin de (se) faire mal, irresponsabilités, comportements à risque, consommation excessive d’alcool, de médicaments, de stupéfiants), accumulations compulsives, dépressions, douleurs-maladies chroniques, etc.
  • Les symptômes sont symboliques. Ils représentent de façon figurée, imagée, les conflits et désirs inconscients. Le symptôme est un compromis, une traduction symbolique du conflit psychique. Le symptôme est donc un compromis entre le désir inconscient et inavouable que je subis, et les normes conscientes et morales que j’accepte.

  1. La cure : une forme de vérification expérimentale
  • Supplément culture générale = Psychopérapie et psychanalyse :

http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/422812.pdf


Freud affirme que l’efficacité de la cure psychanalytique fondée sur l’hypothèse d’un psychisme inconscient en prouve l’existence.

  1. La méthode des associations libres, le transfert

Le moi du névrosé est un moi affaibli. Son activité est bridée par de sévères interdictions venant du surmoi, son énergie s’épuise en vains efforts de défense contre les exigences du ça. Incapable de réaliser une véritable synthèse, il est déchiré par des tendances contradictoires, par des conflits non résolus, par des doutes persistants. Le but de la cure est d’adoucir la sévérité du surmoi et de transformer ce qui est devenu inconscient, ce qui a été refoulé, en conscient pour le rendre ainsi au moi. Il s’agit, en particulier, de soulever le voile d’amnésie qui recouvre les premières années de l’enfance, de ramener à la conscience les images, les pensées, les fantasmes attachés aux pulsions sexuelles de la prime enfance. C’est la méthode des associations libres, « technique » de faire-parler et d’écoute libre qui permet d’amener à la conscience les contenus refoulés. Le patient (ou analysant), allongé sur un divan, se doit de dire tout ce qui lui passe par la tête, de faire table rase de toutes les conventions de langage imposés par le code social. Les propos se présentent avec une apparente incohérence mais en fait il n’y a rien de fortuit, d’absurde. Tout a un sens, même les idées les plus saugrenues ou encore le silence car l’inconscient est précisément à l’œuvre dans ces incohérences, ces blocages, ces « résistances », ces « blancs », dans ce qui ne fait pas sens dans le sens du discours. L’analyste doit trouver le nœud à dénouer, faire l’interprétation et découvrir une cohérence nouvelle faite des lois de l’inconscient.

Au cours du traitement, un rapport privilégié s’installe entre le psychanalyste et le patient : le « transfert ». Au lieu de se souvenir le patient se conduit envers son thérapeute comme il s’est conduit dans son enfance par rapport à des personnes de son entourage. Il y a déplacement sur l’analyste de l’amour, de la haine, des émotions, des fantasmes éprouvés par le patient dans son enfance à l’égard de ses parents ou de ses proches. Le passé en se répétant ainsi une dernière fois, subit sa mort.

Le transfert est une des conditions les plus importantes de la cure psychanalytique dans ce travail de renforcement de la personnalité. C’est pourtant d’abord comme d’une gêne à la cure que Freud a pris conscience de ce phénomène. Ce n’est qu’ensuite qu’il a compris l’importance de ce phénomène, qui devint le coeur même du travail thérapeutique qui s’engage lors d’une psychanalyse. Freud avait en effet remarqué que le patient manifeste assez rapidement « un intérêt particulier pour la personne de son médecin. Tout ce qui concerne celui-ci lui semble avoir plus d’importance que ses propres affaires, et détourne son attention de sa maladie ». Commence alors le transfert, autrement dit la concentration de l’affectivité sur le thérapeute. Cela semble une nouvelle passion amoureuse à l’égard du thérapeute, qui en fait est le transfert d’une passion cachée, précédente, le plus souvent de nature oedipienne.

Ce transfert peut être positif, le patient étant totalement subjugué par son thérapeute, au point d’en faire le centre amoureux de ses intérêts. Il peut être négatif le patient éprouvant et manifestant une espèce de haine à l’égard de son thérapeute. Souvent le transfert négatif suit le transfert positif, dans le déroulement de la cure.

Selon Freud, le transfert transforme la névrose antérieure en une nouvelle névrose où, l’énergie libidineuse se concentrant sur le thérapeute, le patient revit littéralement, au sein de cette relation thérapeutique, les relations infantiles qui l’ont blessé et ont conduit à la pathologie. Il peut alors prendre conscience de ce qui l’enchaîne encore à l’enfance. N’étant plus aussi désarmé qu’il le fut enfant, raison pour laquelle il avait refoulé dans l’inconscient ce qui fut un traumatisme, et aidé par la présence et le travail d’écoute de l’analyste, il peut affronter le noeud oedipien dans lequel il se trouve encore enfermé.

Pour que le transfert fonctionne, pour qu’il permette une véritable avancée dans la guérison, le thérapeute ne doit pas entrer activement dans ce jeu du transfert. Il doit rester à une « juste et bienveillante distance », il doit surtout rester le plus neutre possible, de façon à ce que le patient puisse véritablement projeter sur lui ce qui le lie au passé infantile. Le silence et la qualité d’écoute du psychanalyste sont alors essentiels. Le silence et l’impassibilité du psychanalyste permettent en effet la projection fantasmatique du patient, qui procède à la transfiguration imaginaire du thérapeute en personnage tout-puissant dans son aptitude à savoir et à guérir, semblable au parent de la psyché infantile. C’est à cette condition que se met en mouvement la propre aptitude du patient à comprendre et à guérir. Lorsque les premières identifications de l’enfance n’ont pas pu se faire de manière correcte, la relation thérapeutique, où le personnage du thérapeute rejoue la figure parentale toute-puissante sublimée, devient une réparation par une nouvelle identification.

Cela ne va pas sans danger, et le risque de faire du thérapeute un guru est grand. L’histoire de la psychanalyse est remplie de ces personnalités mégalo-maniaques qui usèrent et abusèrent de la position fantasmatique que leur confère la cure, une position issue de la nécessité pour le patient de revivre une situation infantile et de retrouver la relation de dépendance totale aux parents.

Cette tendance à se laisser entraîner dans le délire imaginatif du patient s’appelle le contre-transfert. Freud a peu parlé du contre-transfert, qui est pourtant considéré par beaucoup de ses continuateurs comme une des clefs de ce qui permet la progression dans la cure. Le contre-transfert est le fait que l’inconscient du thérapeute est amené à entrer en contact avec celui du patient et qu’il s’en trouve modifié. Être attentif à ces impressions, à ce que l’autre produit en soi est donc un des travaux les plus importants du thérapeute pour que la cure puisse être menée à bien, et dans ce travail d’authenticité et de recherche de la vérité qui se fait et ne se fait qu’à deux. Être conscient du contre-transfert permet de ne pas le subir passivement, ce qui serait dangereux pour le patient et le thérapeute lui-même, mais peut au contraire servir de levier puissant pour faire progresser la cure.

Une conséquence philosophique: L’immense mérite de Freud est d’avoir réintégré pleinement l’illusion dans la vie psychique de l’homme, de l’avoir envisagée sous son aspect positif et dynamique, de l’avoir restituée au fonctionnement de la pensée. Aussi, l’illusion du rêve, ou celle du transfert (lorsque, durant la cure psychanalytique, le malade projette sur son médecin les images parentales et les désirs infantiles), sont-elles considérées par Freud non comme des faux-semblants, mais bien comme des moments féconds de la réalité psychique. Que l’on songe tout particulièrement au transfert : c’est par la voie de cette illusion créatrice que la guérison peut s’effectuer. Par conséquent, l’illusion est nécessaire à la cure ; elle a des effets positifs. Freud, à l’opposé de la réflexion classique qui l’expulsait, a laissé parler l’illusion.

4 règles de la cure psychanalytique énoncée par Freud:

  1. Une pratique couronnée de quelques succès

Si l’on parvient à rappeler au souvenir conscient ce qui a été refoulé, alors le conflit psychique né de cette réintégration, et que le malade voulait éviter, peut trouver sous la direction du thérapeute une issue favorable. Une telle méthode, dit Freud, parvient « à faire évanouir conflits et névroses ». Mais cela suppose que des résistances (indices de censure et de problèmes) considérables ont été surmontées. Car si d’un côté, il y a chez le patient le désir de guérir de ses souffrances, l’intérêt intellectuel que peut susciter en lui les découvertes de la psychanalyse, le transfert positif à l’égard de son thérapeute; d’un autre côté, il y a la résistance opposée par le moi au retour du refoulé, le déplaisir provoqué par le dur travail imposé, le sentiment de culpabilité issu des relations du moi avec le surmoi et surtout le transfert négatif.

Qu’est devenu Anna O. (Bertha) après son analyse avec Freud?


Bertha a remplacé l’amour impossible pour son père par l’investissement de toute son énergie (libidinale) dans l’aide apportée aux enfants et aux femmes abandonnées. L’objet « père » étant remplacé par l’objet « enfants abandonnés ». Le but, l’amour oedipien a été remplacé par l’aide aux plus faibles socialement reconnue et louée.

Elle va réussir à en tirer une gratification narcissique et satisfaction alors que l’amour qu’elle avait pour son père était culpabilisant et insatisfaisant puisque impossible et interdit.

Le but initial de la pulsion, obtenir une satisfaction sexuelle a cédera place à une satisfaction sublimée, grâce au plaisir intermédiaire de la gratification narcissique.

Mais s’agit-il d’une « sublimation » (*) réussie? Cette femme ne restera-t-elle pas prisonnière de sa quête d’amour et de reconnaissance?

(*) La sublimation désigne le processus par lequel l’instinct sexuel est détourné et investi dans des activités plus « nobles », constructives et intellectuelles, comme le travail, la recherche scientifique, la création artistique, la foi religieuse, le sport, etc.

« La sublimation est un processus psychique qui concerne la libido d’objet et consiste en ce que la pulsion se dirige sur un autre but, éloigné de la satisfaction sexuelle et socialement valorisé. » (Freud, 1914).

La pratique de Freud semble toutefois avoir été couronnée de quelques succès, suffisamment, en tous cas, pour qu’il puisse voir dans la cure psychanalytique une confirmation incontestable de l’hypothèse d’un inconscient psychique.

  1. Le but de la cure analytique

= « Là où « ça » était, « Je » dois devenir » (Freud).

Dans la trente et unième des « Nouvelles conférences d’introduction à la Psychanalyse » (1932), intitulé « La décomposition de la personnalité psychique », Freud décrit le but du traitement psychanalytique par cette formule : « Là où « çà » était, « je » dois devenir », où le « ça » représente l’inconscient. Il est remarquable que la traduction de la phrase allemande ait prêté à controverses.

Pour comprendre l’enjeu de cette phrase, il faut garder à l’esprit que la psychanalyse, avant d’être une discipline, voire une science, est avant tout une thérapie, une façon de guérir des patients.

Dans notre texte, Freud affirme « C’est que l’être humain tombe malade en raison du conflit entre les revendications de la vie pulsionnelle et la résistance qui s’élève en lui contre elles
». La maladie provient d’un conflit entre les normes « éthiques, esthétiques et sociales » et des désirs qui « semblent remonter d’un véritable enfer ».

Or ces désirs censurés ne sont pas plus conscients que la censure elle-même. Le malade subit donc un combat interne dont il n’a ni la maîtrise, ni la connaissance : « La psychanalyse entreprend d’élucider ces cas morbides inquiétants, elle organise de longues et minutieuses recherches, elle se forge des notions de secours et des constructions scientifiques et, finalement peut dire au moi : « il n’y a rien d’étranger qui se soit introduit en toi, c’est une part de ta propre vie psychique qui s’est soustraite à ta conscience et à la maîtrise de ton vouloir. »

En quoi consiste alors le traitement ? A traduire l’inconscient en conscient, à conscientiser les conflits et les symptômes pour en guérir. Freud part du principe qu’un symptôme névrotique disparaît, entraînant la guérison du patient, dès lors que l’origine du symptôme (le désir, le traumatisme, etc.) redevient conscient, en perçant le barrage de la censure :

« J’affirme avec Breuer ceci : toutes les fois que nous nous trouvons en présence d’un symptôme, nous devons conclure à l’existence chez le malade de certains processus inconscients qui contiennent précisément le sens de ce symptôme. Mais il faut aussi que ce sens soit inconscient pour que le symptôme se produise. Les processus conscients n’engendrent pas de symptômes névrotiques ; et d’autre part, dès que les processus inconscients deviennent conscients, les symptômes disparaissent. Vous avez là un accès à la thérapeutique, un moyen de faire disparaître les symptômes. […] Notre thérapeutique agit en transformant l’inconscient en conscient, et elle n’agit que dans la mesure où elle est à même d’opérer cette transformation. » (« Introduction à la psychanalyse »).

Un des axes du travail analytique est donc de permettre cette avancée de la conscience sur l’inconscient. Dans cette optique, l’attention est portée sur les actes manqués, mais surtout sur les rêves, dont l’interprétation prend une place de choix dans les séances qui réunissent le patient et l’analyste.

Le but de la cure est donc de faire que le patient, au lieu de subir un conflit dont il n’a pas la maîtrise, puisse prendre conscience de celui-ci. Un conflit qui existe mais n’est pas posé ne peut être résolu. Seule la claire conscience des désirs qui agitent le patient, et des choix qu’il doit faire entre ses désirs et ses normes, peut amener à la guérison. Supprimer le refoulement conduit à remplacer une censure dont je n’ai pas conscience, par un jugement et un choix conscient : « En amenant l’inconscient dans la conscience, nous supprimons les refoulements […] nous transformons le conflit pathogène en un conflit normal, qui, d’une manière ou d’une autre, finira bien par être résolu. »

Autrement dit, la cure n’a d’autre but que de remplacer chez le patient le ça, l’inconscient, par la conscience. De favoriser le jugement et le choix et d’éliminer un conflit vécu mais ni connu ni maîtrisé. Le psychanalyste n’a donc pas à trancher le conflit à la place de son patient, ni à transformer celui-ci. A l’inverse, il doit permettre à ce dernier sa propre reprise en main. Là où le patient était un individu scindé, déchiré entre conscience et inconscient, la cure devrait favoriser une réunification du sujet.

« Vous vous étiez fait de la guérison du nerveux [ névrosé] une autre idée, vous vous étiez figuré, qu’après s’être soumis au travail pénible d’une psychanalyse,_ il deviendrait un autre homme et voilà que je viens vous dire que sa guérison consiste en ce qu’il a un peu plus de conscient et un peu moins d’inconscient qu’auparavant ! Or, vous sous-estimez certainement l’importance d’un changement intérieur de cet ordre. »

Le but du traitement analytique tel que le décrit Freud est de rendre au sujet, déchiré par un conflit dont il n’a pas conscience, la maîtrise de soi. Loin que la psychanalyse soit une apologie de l’inconscient, elle s’assigne comme but la promotion du sujet, de la conscience, et la réduction du ça, de l’inconscient. Ni confesseur, ni gourou, le psychanalyste, sachant que tout être humain est d’abord et avant tout un être scindé, déchiré, « décomposé » pour reprendre le mot de Freud, s’efforce de favoriser la recomposition du sujet et l’avènement de la maîtrise de la conscience.

  • Freud renoue avec le projet socratique, celui de se connaître soi-même. Il faut advenir à la vérité de soi. Si la vérité est cachée, il n’en demeure pas moins que toute vérité est d’ordre humain // Marx: « L’homme ne se pose que les problèmes qu’il peut résoudre. » La vérité possède la propriété de guérison. Dire la vérité guérit. L’illusion n’est pas préférable à la vérité (// Spinoza). Car amener la vérité à la parole, c’est pour la psychanalyse, la liberté. Tel est au final, le but de l’analyse = la libération de l’homme. Rendre le sujet acteur de son propre destin. En effet, l’inconscient oriente nos désirs, nos choix, nos valeurs, il conditionne notre personnalité en fonction de notre passé le plus ancien, notre enfance.

A retenir: L’hypothèse de l’inconscient permet de trouver un sens, une raison à des faits qui, au premier abord, paraissent incompréhensibles et incohérents : les actes manqués et les rêves chez l’homme sain, et tout ce qu’on appelle symptômes psychiques et phénomènes compulsionnels chez le malade.

L’efficacité de la cure fondée sur l’hypothèse d’un psychisme inconscient en prouve l’existence.

Prolongement: Conférence de Ferry sur FREUD:

https://drive.google.com/open?id=0B4nRPzoUP3kTUkVBdU9iNUxEWEk

  1. L’inconscient: mythe ou réalité ?

Traditionnellement, l’homme est défini par la conscience (Descartes). C’est cela qui le distingue des autres espèces (Pascal), qui est la source de sa dignité (Kant) associée à sa liberté et à sa responsabilité (Sartre). C’est cette image que Freud remet en cause avec la notion d’inconscient. Le moi est pour lui comme la monarchie constitutionnelle anglaise, où le souverain règne mais n’a aucun pouvoir. La conscience n’a que l’apparat du pouvoir. Remise en cause de la prééminence de la conscience.

« Tu crois savoir tout ce qui se passe dans ton âme, dès que c’est suffisamment important, parce que ta conscience te l’apprendrait alors. Et quand tu restes sans nouvelles d’une chose qui est dans ton âme, tu admets, avec une parfaite assurance, que cela ne s’y trouve pas. Tu vas même jusqu’à tenir « psychique » pour identique à « conscient », c’est-à-dire connu de toi, et cela malgré les preuves les plus évidentes qu’il doit sans cesse se passer dans ta vie psychique bien plus de choses qu’il ne peut s’en révéler à ta conscience. Tu te comportes comme un monarque absolu qui se contente des informations que lui donnent les hauts dignitaires de la cour et qui ne descend pas vers le peuple pour entendre sa voix. Rentre en toi-même profondément et apprends d’abord à te connaître, alors tu comprendras pourquoi tu vas tomber malade, et peut-être éviteras-tu de le devenir. C’est de cette manière que la psychanalyse voudrait instruire le moi. Mais les deux clartés qu’elle nous apporte : savoir, que la vie instinctive de la sexualité ne saurait être complètement domptée en nous et que les processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et ne deviennent accessibles et subordonnés au moi que par une perception incomplète et incertaine, équivalent à affirmer que le moi n’est pas maître dans sa propre maison. » FREUD

Correction: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/68166.pdf

Avec le freudisme = relativisation de tout pouvoir propre et autonome de la conscience // Nietzsche et Spinoza (Cf. Cours sur «  La Conscience  »).

  1. Les mérites du freudisme

Quelles que soient les critiques adressées à Freud, il faut lui reconnaître certains mérites:

  • La sexualité, avec la Ψ, quitte la sphère de la morale (et de ses jugements de valeur), pour entrer dans l’ère de l’examen objectif et scientifique.

Freud // Spinoza qui affirmait dans l’ « Ethique »: « Ne pas se moquer, ne pas déplorer, ne pas détester mais comprendre. ». Autre traduction : « Ne pas rire, ni se lamenter, ni haïr, mais comprendre. »

Exemple de l’homosexualité:

Freud ne considère pas l’homosexualité comme une maladie, mais comme une orientation sexuelle, un choix d’objet parmi d’autres possibles : « le choix d’objet homosexuel est présent dans la vie psychique normale. »

Freud cherche à élucider les mécanismes psychiques de l’homosexualité: « Le processus typique, constaté déjà dans un grand nombre de cas, consiste en ce que le jeune homme, jusque-là fixé intensément à la mère, prend un tournant quelques années après le décours de la puberté, s’identifie lui-même avec la mère et porte son regard sur des objets d’amour dans lesquels il peut se retrouver lui-même, qu’il voudrait alors aimer comme la mère l’a aimé. ».

Pour aller plus loin: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/165182.pdf (3e partie).

  • Les théories de Freud apportent un gain de sens à propos des comportements humains. Freud légitime son hypothèse de l’inconscient sur 2 éléments majeurs: un élément théorique (pouvoir explicatif de l’hypothèse). Un élément pratique (efficacité thérapeutique de la Ψ).

    La Ψ a permis de soigner un certain nombre de maladies, qui ne peuvent s’expliquer que par le conflit psychique qui agite le patient. Adopter l’hypothèse de l’inconscient permet de comprendre et de guérir, c’est un gain de sens et de pouvoir. Le but de la psychanalyse est alors de faire en sorte que l’individu, au lieu de subir les forces qu’il ignore et ne contrôle pas puisse recouvrer sa liberté.

    La psychanalyse découvre que « Je est un autre
    » (*) pour reprendre Rimbaud. Il y a en moi un autre, un ensemble de forces, un inconscient qui me pousse à agir malgré moi. Je subis un conflit dont je n’ai pas conscience, qui est souvent la trace d’un choc vécu durant l’enfance. En ce sens je suis un être passif et agi, qui n’a ni le contrôle de lui-même, ni de son passé, un être scindé. Le but de la cure est de faire en sorte que je prenne conscience de ce conflit, que
    je reprenne la maîtrise de mon histoire. Au lieu de subir ce que je ne connais pas, je choisirai en toute conscience. Au lieu de la « politique de l’autruche » de l’inconscient, il y aura le choix d’un sujet maître de lui-même. Apprendre à mieux vivre avec soi-même donc avec les autres.

    (*) https://www.youtube.com/watch?v=NgCtMhhatJA

  • La pathologie se rapproche de la normalité, et c’est là aussi que se situe la révolution que représente la théorie freudienne de l’inconscient. Le malade des nerfs, le névrosé, l’hystérique, l’obsessionnel ou le phobique ne sont plus des autres lointains, d’étranges étrangers à la normalité. D’une certaine manière même la folie n’existe plus, et ce terme a d’ailleurs, sous l’influence incontestable de la théorie freudienne dans la psychiatrie contemporaine, disparu du vocabulaire médical. Ce n’est plus, en effet, une frontière nette qui sépare la santé de la pathologie. Le névrosé a un mode de fonctionnement qui, pour être perturbé, n’en est pas moins proche du fonctionnement dit « normal ». Et si le névrosé est proche de l’homme sain, ce dernier se rapproche aussi du névrosé. Comme le dit Freud dans une boutade, « nous sommes tous des névrosés », autrement dit nous avons tous des perturbations psychiques, des conflits intérieurs non réglés, qui ne manquent pas de s’exprimer à un moment ou à un autre de la vie, dans ce que nous avons justement appelé l’involontaire. Bref, nous avons tous un inconscient. Ce qui fait néanmoins la différence entre le névrosé et la personne dite saine, c’est la plus ou moins grande force du moi. La névrose ne se déclenche que si le moi est affaibli, face aux exigences de la force pulsionnelle, de la libido. Entre le normal et le pathologique, il y a une différence de degré et non de nature.
    Les perturbations de celui qu’on aurait autrefois appelé un fou ne sont pas d’une nature différente de celles que nous éprouvons tous. Elles sont néanmoins plus handicapantes, elles permettent moins de marge à l’adaptation de l’individu au monde social et familial qui est le sien. En bref, la différence entre la pathologie et la normalité est de degré et non de nature.
    • Avec Freud, la conscience morale ne provient plus d’un commandement divin (religions) ou rationnel (Kant et son « impératif catégorique »), mais des interdits de l’Œdipe et du « surmoi ».
  • Freud nous donne un autre enseignement un peu sombre: Pas de civilisation sans répression des pulsions. Si on appelle « bonheur », la satisfaction de tous nos désirs alors, on peut dire avec Freud que « le bonheur n’est pas une valeur culturelle. ». La civilisation se construit sur la répression sexuelle. (cf. Cours sur le bonheur)
  • Avec Freud, la conscience est malheureuse, soumise à des forces psychiques qui la dépassent, la manipulent, la déchirent sans qu’elle puisse réagir puisque de ces forces elle ignore tout. Elle est aussi, par là même, profondément irresponsable.
    Ainsi, l’homme n’agit plus vraiment, mais est agi, mû comme un pantin par des forces psychiques dont il ignore tout, il n’est plus qu’une mécanique innocente et sans dignité.
  • « Dans le cours des siècles, la science a infligé à l’égoïsme naïf de l’humanité deux graves démentis ». Avec Copernic, elle a montré à l’homme qu’il n’était pas au centre de l’univers. Avec Darwin, elle est en train de montrer que l’homme est un animal comme les autres, qu’il y a en lui une origine animale = vexation biologique. Ces deux sciences ont blessé l’orgueil humain, ont montré à l’homme que son sentiment de supériorité était naïf et erroné. C’est pourquoi les thèses de Copernic valut un procès à Galilée, devant l’Inquisition en 1633 = vexation cosmologique. C’est pourquoi les thèses de Darwin sont jugées à l’époque scandaleuse. Les hommes refusent ce qui les blesse et y opposent une farouche résistance. Or, continue Freud :
    «
    Un troisième démenti sera infligé à la mégalomanie humaine par la recherche psychologique de nos jours qui se propose de montrer au moi qu’il n’est seulement pas maître dans sa propre maison. »
    = Vexation psychologique.
  • L’individu est pluriel : il n’est pas seulement une conscience maîtresse d’elle-même ; il subit un inconscient qui le pousse à agir malgré lui. Redécouvrir et explorer cette zone d’ombre en nous, cette force qui nous rend passif, ce déchirement de l’homme, ce « clivage du moi » reste le principal acquis de la psychanalyse.
  • La Ψ remet en cause le mythe de l’animal conscient, de l’animal rationnel, de l’animal moral et de l’animal sociable.

    Prolongement:
    http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/10514b.pdf («  Quelle conception de l’homme l’hypothèse de l’inconscient remet-elle en cause ?  »)

  1. Critique de la théorie freudienne

Freud prétend que le sens préexiste dans l’inconscient et que le psychanalyste ne fait que le mettre au jour. Faut-il donc admettre que l’inconscient est conscient de ses propres pulsions, conscient de la censure et de ses interdictions et suffisamment intelligent pour se déguiser? L’inconscient serait, dans cette hypothèse, conscient de lui-même et de la conscience. Il y a là quelque chose de paradoxal et d’incompréhensible. Ne faudrait-il pas comprendre les choses autrement ?

a)    
L’inconscient comme simple mécanisme ?

Une première solution consisterait à dire que les prétendues manifestations de l’inconscient sont à proprement parler insignifiantes. Ainsi, par exemple, le rêve ne serait pas un discours mais une simple activité cérébrale à fonction « reprogrammatrice », un simple fonctionnement « à vide » du psychisme (influx nerveux). Il n’est pas impossible, par exemple, d’expliquer certains comportements pathologiques (les phobies, entre autres) par le mécanisme des conditionnements de réflexes et sans supposer des pensées inconscientes. Dès lors que l’inconscient ne parle plus, sur quoi se fonde son existence?

Alain prend clairement position contre Freud, pour la vision cartésienne du psychisme humain. L’inconscient, ce ne peut être, selon lui, que les mécanismes corporels, dont la volonté est toujours maîtresse. Le corps est en effet « chose soumise à ma volonté, chose dont je réponds ». J’en réponds, j’en suis responsable, tout comme je suis responsable de tous mes actes et d’une manière générale de tous mes agissements, qui ont, tous, leur origine dans mes pensées et dans mes choix, même lorsque mes pensées et mes choix se trouvent, comme le montre Descartes, entraînés dans les passions que la relation au corps fait vivre à l’âme. L’inconscient psychique est selon Alain une contradiction dans les termes. Seule la conscience est psychique. La théorie de Freud, qui installe un clivage au sein du psychisme, en imaginant une espèce de moi derrière le moi, un moi qui « me conduit, qui me connaît et que je connais mal », ce à quoi se ramènent au fond les agissements cachés du ça et du surmoi, est donc, pour Alain, un non-sens, et un non-sens qui déresponsabilise l’homme et lui enlève toute dignité.

Le philosophe Alain voit dans ce concept d’inconscient une erreur, une « méprise sur le moi », une « idolâtrie du corps ». Il n’y a, selon lui, qu’un sujet, le moi conscient; le corps, véritable inconscient, est simple mécanisme corporel.

Alain dénonce les dangers éthiques du freudisme comme l’irresponsabilité. Reconnaître l’existence d’un inconscient psychique, c’est reconnaître l’existence d’un autre moi qui nous gouvernerait à notre insu, c’est une abdication de soi, de sa volonté et de sa responsabilité (// hérédité = « je suis comme ça à cause de mon père / ma mère qui n’a pas… »)

« L’homme est obscur en lui-même; cela est à savoir. Seulement il faut éviter ici plusieurs erreurs que fonde le terme d’inconscient. La plus grave de ces erreurs est de croire que l’inconscient est un autre Moi; un Moi qui a ses préjugés, ses passions et ses ruses, une sorte de mauvais ange, diabolique conseiller. Contre quoi il faut comprendre qu’il n’y a point de pensées en nous sinon par l’unique sujet, Je. Cette remarque est d’ordre moral. Il ne faut point se dire qu’en rêvant on se met à penser. Il faut savoir que la pensée est volontaire… On dissoudrait ces fantômes en se disant simplement que tout ce qui n’est point pensée est mécanisme ou, encore mieux, que ce qui n’est point pensée est corps, c’est-à-dire chose soumise à ma volonté, chose dont je réponds. Tel est le principe du scrupule… L’inconscient est donc une manière de donner dignité à son propre corps, de le traiter comme un semblable; comme un esclave reçu en héritage et dont il faut s’arranger. L’inconscient est une méprise sur le Moi, c’est une idolâtrie du corps. On a peur de son inconscient; là se trouve logée la faute capitale. Un autre Moi me conduit qui me connaît et que je connais mal. L’hérédité est un fantôme du même genre. “Voilà mon père. qui se réveille; voilà celui qui me conduit. Je suis par lui possédé…” En somme, il n’y a pas d’inconvénient à employer couramment le terme d’inconscient: c’est un abrégé du mécanisme. Mais, si on le grossit, alors commence l’erreur; et bien pis, c’est une faute. » Alain

Lecture du texte: https://drive.google.com/open?id=1vE4_sU-5tKXaTCUADliXUyMoq0ghTy2O

Correction: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/68303.pdf

  1. L’inconscient comme création du psychanalyste

Une autre solution consisterait à dire que l’inconscient ne vient à l’être que par l’interprétation. En particulier, l’hypothèse freudienne selon laquelle le rêve traduit un texte inconscient réellement préexistant devrait être rejetée. Le sens que révèle l’interprétation ne lui préexisterait pas mais s’engendrerait par elle. Les symptômes névrotiques, le rêve posséderaient donc bien un sens mais un tel sens serait celui auquel parviendrait le psychanalyste au terme d’un travail d’élucidation. Le caractère symbolique des symptômes et de l’expression du rêve ne serait pas le résultat d’un travail de chiffrage, de déguisement de l’inconscient, d’un travail par lequel serait travesti un sens original mais tout simplement « l’expression d’une conscience qui n’est pas encore parvenue au langage parce qu’elle n’est pas parvenue à la conscience d’elle-même ». L’inconscient serait, dans ce cas, une sorte d’« infra-conscience », un effort vers le langage et l’expression symbolique, une expression archaïque, fragmentaire. Le plus important serait donc l’invention par le psychanalyste d’une cohérence plutôt que la croyance en un symbolisme strict. Freud lui-même semble affirmer que le sens d’un rêve dépend beaucoup du contexte, c’est-à-dire des idées qui se présentent à l’esprit du rêveur pendant l’analyse. Il n’y aurait donc aucun symbolisme précis et l’inconscient serait une profondeur ténébreuse qui ne penserait rien. À la limite, l’inconscient ne serait qu’une construction du psychanalyste.

Pour Freud, l’inconscient, c’est le refoulé donc par définition ce à quoi on ne peut avoir accès. Si le rêve est la voie royale de l’inconscient, c’est à celui du psychanalyste. La psychanalyse ne serait que la grande autobiographie, que le roman de la vie de Freud. La psychanalyse est une psychologie littéraire, psychobiographie (// Proust) qui s’est prétendue une science positive.
Certains psychologues appliquant à Freud son propre système, ont souligné que la théorie psychanalytique toute entière était une rationalisation-sublimation du complexe d’Œdipe de son auteur!

Dans son étude sur les indigènes des îles Trobiand (Nouvelle-Guinée), Malinowski (ethnologue du XXe) affirme que les habitants de cette Île ignorent le complexe d’Oedipe parce que la structure familiale y est différente, ce qui prouve a contrario la thése freudienne, dans ses conditions occidentales de validité. L’organisation matrilinéaire de la famille trobiandaise lui permet de contester la validité universelle de l’Œdipe.

c)    Le psychanalyste comme un sorcier ?

Il y a bien un aspect séduisant dans cette critique qui voudrait débarrasser le sujet de la croyance qu’il y a en lui des choses qu’il ignore et qui le mènent à son insu. Le sujet qui souffre serait, au fond, celui qui ne serait pas libéré du poids de l’habitude, des préjugés de l’enfance, de l’archaïque qui est en lui. Il ne réussirait pas à verbaliser, à donner une cohérence à sa vie, il serait dans un état d’infra-conscience. Le rôle du psychanalyste serait alors de reconstituer à partir des données fragmentaires que celui-ci lui livrerait un texte clair, lisible, cohérent. Par l’envoûtement de la parole, le sujet reconnaîtrait sa propre existence non pas telle qu’elle fût vécue (incohérente, indéchiffrable) mais telle qu’elle était écrite, selon la signification qu’elle avait. La fin de la cure ne serait jamais que l’acquiescement du sujet à la signification donnée par le psychanalyste. À la faveur de l’interprétation psychanalytique, le sujet réintégrerait un nouveau passé, une nouvelle vie. Ainsi, c’est la parole envoûtante du psychanalyste qui libérerait le sujet de ses symptômes. Croyance en la parole thaumaturgique de l’analyste. Le psychanalyste ne serait au final qu’un curé laïc voire un chaman.

d)    La psychanalyse comme science sans objet?

L’inconscient est psychique, métaphorique, allégorique. Pas de localisation matérielle du concept de l’inconscient. Pas de biologie de la libido mais une « métapsychologie ».

Inconscient = immatériel, impalpable, invisible, incorporel, imperceptible. Il n’est pas l’objet d’une expérience directe. Freud postule plus l’hypothèse de l’inconscient qu’il ne la prouve. Scientifiquement. L’inconscient est une hypothèse métaphysique, un mythe scientifique. Pas d’anatomie de l’inconscient. L’inconscient n’a pas de lieu propre observable (Freud parle de « force ») via un microscope. L’inconscient n’est qu’une proposition verbale. Un «  flatus vocis  » ( = expression latine relative à des paroles sans intérêt, sans signification).

De plus, dans l’inconscient, les opposés coïncident. Concept d’ambivalence. Tout est possible. Dans l’inconscient, le principe de non-contradiction est nié: une chose peut être son contraire, un objet peut être à la fois présent et absent. Un chapeau peut être un phallus !

    e)    La psychanalyse une pseudo-science ?


Selon Karl Popper, une théorie scientifique n’est jamais vérifiable empiriquement. C’est, dit-il, la falsifiabilité qui est le critère de démarcation entre une vraie science et une pseudo-science. Toute théorie est provisoire. La démontrer, c’est tenter de la falsifier, c’est élaborer les conditions de la découverte de faits capables de l’infirmer. Or la psychanalyse est une théorie qui a réponse à tout. Ainsi les raisons sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour nier la réalité de l’inconscient ou encore de la sexualité infantile ne sont, au fond, pour le psychanalyste, que de pseudo-raisons largement influencées par des motifs affectifs et des complexes inconscients. En somme, quelle que soit la critique qu’on lui adresse, aussi pertinente qu’elle puisse paraître, elle tourne à l’avantage de la psychanalyse car elle est aussitôt interprétée en termes de résistance (déni de savoir) ou de refoulement (refus de se souvenir). La psychanalyse retombe toujours sur ses pieds ! On transforme les opposants à la Ψ en malades, en névrosés, en refoulés // Les opposants au stalinisme étaient traités de « petits bourgeois déviants ». Il a toujours été très difficile de contester les thèses de la psychanalyse parce que toute mise en question est interprétée psychanalytiquement comme une défense personnelle contre la sexualité ou un parti pris de conformisme moral réactionnaire. Notons également que pour les tenants de la psychanalyse, celui qui n’a pas été lui-même analysé ne peut critiquer la psychanalyse (!) = Critique consanguine, incestueuse.

Par exemple, en zoologie, l’observation d’un seul corbeau blanc suffirait à «  falsifier  » l’énoncé scientifique : «  Tous les corbeaux sont noirs.  ». A l’inverse, imaginons le cas d’un garçon, ayant eu un Oedipe inversé, s’il devient hétérosexuel, la Ψ dira qu’il est un «  homosexuel refoulé  » !

Cette attribution d’une signification à tout fait considéré (y compris à sa propre critique) nous présente la psychanalyse comme un système herméneutique, qui en tant que tel apparaît irréfutable. Et c’est précisément parce qu’elle n’exclut aucun fait de son domaine, même ceux qui pourraient la contredire, que Karl Popper relègue la psychanalyse au rang de fausse science, au côté, par exemple, de la cartomancie, de l’alchimie ou encore de l’astrologie. L’efficacité de la psychanalyse proviendrait de la croyance qu’on place en elle. L’efficacité de la Ψ serait équivalente à celle de l’effet placebo ! (Cf. cours « Théorie et Expérience  »).

    f)    La psychanalyse comme herméneutique (cours sur «  L’interprétation  »)

Herméneutique = Dérivée du verbe grec « hemeneueïen », signifiant à la fois « interpréter » et « traduire », l’herméneutique désigne la science de l’interprétation des textes et en particulier, des textes sacrés. Associée à Hermès, le messager mais aussi l’interprète des décrets divins, l’herméneutique est d’emblée suspecte de parti pris et de subjectivité. Hermès est un dieu parfois sournois et trompeur comme peut l’être le discours. Toutefois, indépendamment de cette origine qui en révèle l’ambiguïté, l’herméneutique est rendue nécessaire par la complexité même du langage et par le décalage nécessaire avec les choses qu’il exprime

On confond parfois l’exégèse et l’herméneutique. Il faut pourtant les distinguer en ce sens que la première s’efforce de s’en tenir rigoureusement à ce que le texte exprime tandis que la seconde explore aussi ce que le texte ne dit pas d’emblée. Du point de vue philosophique, l’herméneutique nous montre par ailleurs que dire quelque chose d’un texte, fût-ce pour en accroître la lisibilité, c’est toujours et déjà tendre vers quelque chose d’autre que le texte lui-même. Dans « Les Mots et les Choses », Michel Foucault définit l’herméneutique comme « l’ensemble des connaissances et des techniques qui permettent de faire parler les signes et de découvrir leur sens ». L’herméneutique, science de l’interprétation, déchiffre-t-elle ce sens caché ou travesti. C’est une méthode permettant d’interpréter, d’obtenir un sens plus cohérent et plus rationnel.

Ainsi, la méthode freudienne rentre dans le cadre de l’herméneutique. Lorsque Freud, par exemple, introduit une distinction entre le sens manifeste, apparent, d’un rêve et son sens caché, latent, il réalise un travail d’interprétation dont l’objectivité peut être contestée. De même, lorsque Freud, par exemple, interpréte l’achat d’un chapeau par l’un de ses patientes comme un «  désir de phallus  », il réalise un travail d’interprétation dont l’objectivité peut être contestée !

Illustrons le problème posé par l’herméneutique: Les statistiques attestent qu’on se suicide moins en temps de guerre qu’en temps de paix. Comment expliquer ce fait.

* Une herméneutique, ne interprétation sociologique dira: quand la patrie est menacée, le danger renforce la cohésion sociale. Les périls communs font passer au second plan les soucis personnels.

* Une herméneutique psychanalytique dira qu’en période de guerre, toutes les pulsions agressives (thanatos = haine, jalousie, égoïsme, destruction, violence, etc.) sont tournées contre l’ennemi et les hommes ne songent plus à les retourner contre eux-mêmes. Le masochisme se convertit en sadisme!

=> Les 2 interprétations sont également intelligibles. L’interprétation ne peut être tenue pour scientifique par ce que ses interprétations sont irréfutables – à l’abri de toute preuve ou réfutation expérimentales.
(Cf. cours sur l’Histoire)

g)    L’inconscient comme excuse de mauvaise foi, comme « mensonge à soi ».

[RAPPEL] SARTRE ET LA LIBERTE :

* Essentialisme = «  L’essence précède l’existence  ». Existentialisme = «   L’existence précède l’essence  » = liberté sartrienne (différent de l’instinct). Parce qu’il n’a rien, parce qu’il n’est rien à l’origine, l’homme est liberté.

* L’homme est une subjectivité. Qu’est-ce qu’être un sujet? C’est ne pas pouvoir coïncider avec une essence. La liberté est absence d’essence («  pour-soi  »). Ce qui s’identifie totalement avec son essence, avec soi-même, c’est un objet («  en-soi  ») et non un sujet. La «  mauvaise foi  » ou l’  «  esprit de sérieux  » est cet effort pour être quelque chose sur le mode compact de l’en soi, de l’identité indiscutable à soi, pour s’identifier à ce que l’on croit être, et à être ce à quoi les autres vous identifient. La « mauvaise foi » est ce vacillement devant sa liberté, ce vouloir reposer sa liberté sur l’être. L’homme  peut alors choisir de tomber dans la «  mauvaise foi  », qui consiste à feindre qu’il n’est pas libre, qu’il est soumis au déterminisme afin de s’ôter toute responsabilité. Sartre, familier des cafés, a ainsi observé le changement d’attitude d’un barman qui tout à l’heure se détendait en fumant, « vague et poétique comme un liseron », et qui, se remettant au travail sous le regard des clients, s’est brusquement réveillé et a accompli « des gestes d’une précision légèrement superflue : il jouait au barman » (L’Age de raison). Sartre décrit ainsi l’attitude du garçon de café qui joue à être garçon de café, qui fait tout pour être conforme à son essence : ses formules sont alors figées (« Et pour monsieur, ce sera ? ») et ses moindres gestes sont prédéterminés (la position du plateau, etc.).

* L’être du sujet ne peut reposer paisiblement en lui-même, il enferme en lui une fissure, une béance imperceptible qui l’empêche de se laisser être absolument ce qu’il est, qui le voue à l’inquiétude de décider en permanence de son être, de vouloir ceci ou cela. L’existence humaine est de part en part liberté, mouvement vertigineux de ne jamais être ce que l’on est, d’être délié de toute essence: « L’homme est cet être en qui l’existence précède l’essence ». La condition humaine est précisément qu’il n’y a pas de nature humaine. Exister, c’est être ce que l’on veut être. L’homme est ce qu’il se fait être.

* Le mode d’être de la subjectivité sera le «  projet  »; exister, c’est choisir, c’est être libre. Exister, c’est se dépasser, puisque ce n’est jamais se laisser être ce que l’on est. Seule la mort, destruction de mon existence me ramène paradoxalement à l’être; et mon identité figée y devient définitivement figée y devient définitivement l’objet du jugement d’autrui, sans plus pouvoir le démentir.

* L’existentialisme est, par-là, une morale d’une extrême dureté. Puisque je suis pur projet de mon être, je suis intégralement responsable de moi-même et de mes actes: « je n’ai pas d’excuses », je ne peux jamais excuser ce que j’ai fait en accusant des déterminismes qui ont conspirés, à travers moi, à produire mes actes. Tous mes actes sortent de moi, de ma liberté. Sartre n’est pas sans savoir qu’il existe des déterminismes (sociaux, biologiques, historiques, …) qui pèsent sur mon être et conditionnent ma liberté. Mais, ces déterminismes pèsent sur moi, si je le veux bien. C’est moi qui détermine ces déterminismes à me déterminer. C’est moi qui décide de mon rapport à toutes ces données antérieures et extérieures à moi, c’est moi qui choisis de les accepter ou de les combattre. Dans tout esclavage, il y a une certaine part scandaleuse, de consentement, je pourrais toujours refuser d’obéir, quoi qu’il n’en coûte. Toutes les négations apparentes de la liberté, déterminismes, contraintes, dépendances, ne tiennent donc que par ma liberté. Par exemple, je n’ai pas choisi d’avoir ce corps qui est le mien, mais je choisis le sens que je lui donne, la manière dont je le vis. Je peux l’aimer narcissiquement, le négliger, le haïr, le mépriser, le soigner, le cultiver, l’embellir…..

Je ne puis me décharger de cette liberté (responsabilité absolue): « Je suis condamné à être libre ». Et je ne peux même pas choisir de ne pas choisir: « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande ». Ne pas choisir c’est déjà choisir, cad faire le jeu de l’occupant. On ne peut jamais se débarrasser de soi: l’oeil de Caïn est ma propre conscience.

* Cependant, le projet est acte de liberté, mais aussi un acte de détermination de la liberté par elle-même. La liberté ne peut rester dans son indétermination constitutive, elle ne peut changer de projet à chaque instant. Elle doit se déterminer; elle ne peut rester libre arbitre, elle doit se faire engagement, engagement volontaire et militant. Non-être, elle doit chercher, d’une certaine manière à être, et l’engagement est engagement de la liberté à être.

* En s’engageant dans un certain projet, la liberté s’engage envers les conditions liées à ce projet; en choisissant, elle choisit d’assumer les conditions du choix, elle se fait situation: il n’y a de situation que par la liberté, il n’y a de liberté qu’en situation.

* La liberté, par quoi tout ce qui est prend sens, n’est pas elle-même insérable en un concept. Elle est le fond mystérieux et irrationnel de mon être, ce qui transparaît à travers tous mes actes sans apparaître. La liberté est donc une limite de la pensée; elle est à peine pensable. Elle est «  néant  ».

* Dans l’imagination, c’est toujours la liberté qui imagine. Imaginer, c’est « néantiser » ce qui est et faire être ce qui n’est pas. Il y a un cogito imaginatif chez Sartre: “j’imagine, donc je suis libre“.

La Ψ a été contestée par une philosophie de la liberté pour laquelle l’inconscient introduirait un déterminisme et anéantirait la liberté de l’homme. En effet, l’inconscient remet en cause la liberté du sujet. Un acte libre est en effet celui d’un sujet conscient; mais, dès lors que la position de la conscience est commandée par l’inconscient, puisque, selon Freud, « il ne peut y avoir de fait conscient sans stade antérieur inconscient », la liberté du sujet apparaît largement illusoire.

Ne cherchons-nous jamais d’excuses à nos actes et ne nous abritons-nous pas derrière notre inconscient?

En effet, comment concevoir une conscience qui ignorerait ce qu’elle refoule et rejette? Comment est-il possible de refouler une représentation, un souvenir, si on ne commence pas par en avoir conscience? Pour censurer, la censure (le « surmoi ») de la conscience doit connaître ce qu’elle censure. Les phénomène de refoulement et de censure, décrits par Freud, ne sont que des cas de « mauvaise foi » »: chacun écarte de sa pensée ce qu’il ne veut pas voir ou savoir. La mauvaise foi est l’art de se chercher des excuses. Se dire que l’on est ceci ou cela (homosexuel, amoureux, névrosé), c’est chercher à se confondre avec un rôle, un personnage, une sexualité, un destin. C’est fuir sa liberté et sa responsabilité. Mais, être libre, l’homme ne peut chercher à se dépouiller de sa liberté que grâce à elle. Celui qui vit dans la mauvaise foi est responsable de ce qu’il choisit encore, même s’il s’efforce de l’ignorer. L’homme de « mauvaise foi » vit dans l’ « inauthenticité ».

Ainsi s’enferme peu à peu Lorenzaccio, le personnage de la pièce de Musset qui a joué à être mauvais, vicieux, pour s’approcher du prince et le tuer, et qui finit par être aussi dépravé que lui. Il a fini par croire être ce qu’il a d’abord joué à être. Sartre affirme qu’en réalité jamais personne n’est à ce point quelque chose qu’il ne puisse décider d’être autre chose et nier par là cette manière d’être. Lorenzaccio, qui tue le prince, le tue moins à la fin parce qu’il venge un proche, que parce qu’il rejette sur le prince la responsabilité de ce qu’il est devenu. Or cette responsabilité est et ne peut être que celle de Lorenzaccio. Elle revient toujours au sujet.

(Source) http://hansenlove.over-blog.com/article-4736388.html: « « Cette femme est de mauvaise foi parce qu’elle joue entre différentes manières d’être, qu’elle veut être à la fois un objet du désir pour l’homme et en même temps un pur sujet éthéré, une pure conscience, ce qui est contradictoire. Mais cette contradiction reste en elle, une forme de conscience qui certes se nie mais qui à la fois sait ce qu’elle cherche à nier et sait qu’elle cherche à le nier. Elle sait bien, au fond, que l’homme a pris sa main et que la lui laisser l’engage sur un chemin du désir, mais elle sait bien, aussi, que ce chemin, elle ne veut pas encore le prendre. Alors elle suspend la conscience qu’elle devrait mettre dans le contact de la main de son partenaire avec la sienne. Elle met cette conscience à distance, fait comme si elle ne s’était pas aperçue que sa main était prise et comme si, du coup, elle n’avait pas à choisir entre continuer la progression du rapprochement ou y mettre fin. Mais, en même temps, elle sait ce qui se passe, et c’est bien pourquoi elle se met à parler de tout un tas de choses, destinées à faire oublier qu’elle est un corps et qu’elle laisse sa main entre celles de son partenaire. » »

À travers cet exemple, Sartre nous montre que la duplicité de la conscience, sa mauvaise foi naturelle, ne remet pas en cause cette unité psychique que Descartes avait posée comme la propriété même de la conscience. Il n’est nul besoin de faire appel à l’inconscient pour expliquer ce qui se passe dans cet exemple de la femme à son premier rendez-vous. Et si l’on n’en a pas besoin, c’est que la personne humaine n’est pas, selon Sartre, la somme de toutes les tendances qui sont en elle, mais qu’elle s’exprime tout entière en chacune, aussi contradictoires qu’elles puissent être : « en chaque inclination, en chaque tendance, elle s’exprime tout entière, quoique sous un angle différent ». La femme est donc à la fois le désir de voir les choses continuer avec son partenaire et le désir de stopper la progression. Cette réalité intérieure, qu’elle est et qui s’exprime ainsi dans chacun de ses gestes, dans chacune de ses attitudes.

Autre exemple, Lucien Fleurier, le héros de «  L’Enfance d’un chef  », va devenir le personnage figé pour lequel il a été déterminé : il succèdera à son père, un industriel bien établi. En jouant des rôles, en endossant des identités d’emprunt, nous cédons à la facilité et à la mauvaise foi, car nous savons que notre choix est inauthentique. Il est, en effet, plus difficile de résister aux conformismes sociaux, d’être un individu en projet sans cesse renouvelé que d’adopter une pose avantageuse pour la société et la postérité.

Selon Sartre, la mauvaise foi inhérente à toute conscience nous épargne l’explication du clivage et du refoulement, et nous évite les conséquences philosophiques de la vision freudienne du psychisme, quant à l’unité de la conscience et à sa dignité. Cette tradition française de la philosophie refuse donc toute diminution de la responsabilité humaine : celui qui est de mauvaise foi n’est pas ignorant, innocent, trompé, au fond il sait.

Exemple de l’évanouissement : L’évanouissement : une fuite . . . D’une certaine façon, et sans pour autant tout comprendre ou tout maîtriser de nous-mêmes, nous sommes les acteurs et les auteurs de nos propres émotions, dans la mesure où elles ne sont jamais des fatalités, mais des réactions supposant toujours une activité de la conscience. Cette activité est une interprétation qui suppose toujours, à un degré variable, une certaine manière de se choisir dans telle ou telle situation. Même l’évanouissement relève d’une négation du monde tel qu’il se présente et dont nous décidons qu’il est insupportable !

  • Par cette critique du freudisme, Sartre entend sauvegarder la liberté souveraine de la conscience ainsi que l’unité et la transparence de la conscience.

h)    Les thérapies cognitives

Les thérapies cognitives qui, en ce moment, sont très à la mode dans la communauté psychiatrique et qui sont en rivalité avec la psychanalyse et, aux dires de certains, en passe de la supplanter dans le monde médical et paramédical actuel, sont incontestablement du côté de la philosophie française, du côté de Descartes, d’Alain et de Sartre, bien que sans doute sans le savoir, ni s’y référer. Elles traitent le patient en rééduquant sa volonté, afin que ses phobies, manies, obsessions, etc., ne le mènent plus, mais que ce soit lui, au contraire, qui parvienne, par la force de sa volonté et par une éducation progressive de celle-ci, à dépasser les troubles du comportement qui ne sont, au fond et aux yeux des thérapeutes et théoriciens de ces thérapies, qu’une défaillance de la volonté. Elles ne cherchent donc pas, contrairement à la psychanalyse, l’origine des troubles dans le passé et dans l’inconscient mais partent du pouvoir qu’a un sujet de conscience de dominer ses propres affects et s’efforcent de le rééduquer dans ce sens. Ce que les psychanalystes reprochent à ces thérapies, cependant, c’est de ne pas soigner véritablement, ce qui impliquerait des prises de conscience et un renforcement de l’ensemble de la personnalité, mais de ne conduire qu’à un déplacement du symptôme.

Les nombreuses émissions télévisées sur les TOC (troubles obsessionnels compulsifs), qui correspondent à ce que Freud appelle la névrose obsessionnelle, en sont la manifestation. On y voit des patients qui apprennent peu à peu à dominer leurs troubles, par un effort de volonté et de méthode (aidé par son psychiatre, le patient ne cherche pas tout de suite à tout résoudre, mais étape par étape).

Approfondissement : http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/422853.pdf

Conclusion

(Reprise et bilan de la partie précédente)

Freud affirme qu’il y a en nous une instance dont nous ignorons tout (l’inconscient) qui est productrice de sens. Il semble difficile d’admettre que l’inconscient soit un sujet, un autre « moi » que le moi. C’est la raison pour laquelle Alain voit dans ce concept d’inconscient une « méprise sur le moi », une « idolâtrie du corps ». Le rêve, les actes manqués, les lapsus, dit-il, n’ont pas de sens. Ils ne sont que du mécanisme corporel. De là viendrait l’affirmation que l’inconscient serait une création du psychanalyste. Le sens que révèle l’interprétation ne lui préexisterait pas mais s’engendrerait par elle.

MAIS, contre Sartre et sur cette question de l’unité psychique, il nous semble, à nous aussi et pour conclure, que la position de Freud n’est pas à rejeter simplement, car la psychopathologie des cas les plus graves, ceux de la psychose, nous met devant le fait incontestable de l’existence du clivage psychique, un clivage qu’on ne peut pas balayer par la croyance en la mauvaise foi du malade, qui ne s’amuse pas à faire le fou. La schizophrénie en particulier est une pathologie où le morcellement du psychisme est manifeste et central. Il est vrai cependant que le schizophrène reste une personne unique, mais il l’ignore. S’il nous apparaît comme tel, sur quoi est fondé cet « apparaître » ? Sur un corps unique et entier que, lui dessine morcelé ? Sur une histoire et un vécu, que le schizophrène ne ramène pas à un moi unique ? Le clivage psychique de la psychose n’est pas bien sûr celui de la névrose, mais déjà le refoulement en est l’amorce.

Karl Popper nous présente la psychanalyse comme un système herméneutique, qui, en tant que tel, apparaît irréfutable. Il la relègue au rang de fausse science.

Ces critiques négligent un aspect fondamental de la Ψ:

La Ψ n’introduit pas la fatalité dans la vie de l’homme et ne saurait contredire l’exigence morale.

A la différence d’Alain et de Sartre, la démarche freudienne est profondément éthique: la cure vise à restaurer une conscience et donc une liberté perdue: « L’analyste est l’accoucheur de la liberté. […] Le serviteur d’une liberté à restaurer. »
Ricoeur in « Philosophie de la liberté ».
Quête de sens et accouchement spirituel de soi. La cure analytique a pour but de rendre au sujet aliéné son passé et la possession de lui-même. « Là où « çà » était, « je » dois devenir ».

Avec l’inconscient, que deviennent le sujet et la question de l’identité personnelle? A défaut d’une réalité substantielle (critique de Hume et de Kant du substantialisme cartésien) qui semble se résoudre en une pure illusion, il conviendrait de penser la subjectivité comme une tâche à réaliser plutôt que comme une identité rassurante. On a à devenir celui que l’on est. L’identité est au final devant soi.

La Ψ semble nous rappeler à la tâche socratique de se connaître soi-même. L’essentiel se trouve donc encore et toujours dans l’injonction socratique : « connais-toi toi-même ! », même si cette injonction comprend la nécessité d’un regard compréhensif et tolérant à l’égard de soi-même et l’acceptation de se décrypter soi-même en étant attentif à toutes les manifestations, y compris les rêves. À cette condition seule l’homme conquiert à la fois son être et son autonomie.

La cure psychanalytique ne se contente pas de dévoiler la part obscure en moi, sans quoi, effectivement, elle ne pourrait réunir ce qui a été séparé par le refoulement. La réussite de la cure tient surtout au fait, trop négligé par la philosophie française, qu’elle nous rend cette partie sombre de nous, moins insupportable. Elle le fait, en grande partie, en soulageant le patient d’un surmoi trop pesant, d’un idéal du moi trop élevé. La réunification du psychisme que représente une cure analytique réussie, qui semble si impossible à la logique, dépend du fait que le patient apprend à s’accepter tel qu’il est, entièrement et sans rejet. La cure est donc d’abord une acceptation de la réalité humaine dans ses faiblesses et ses tentations, et l’apprentissage d’une forme d’indulgence. La lucidité qui en découle est donc une forme d’adoucissement des relations que l’on a avec soi-même : j’accepte ces tendances qui sont en moi, parce que je ne me juge plus comme monstrueux, moi qui les ressens. Par là même, parce que j’accueille ce que je suis avec tolérance et simplicité, je peux d’autant mieux contrôler ce qui vient de moi, et ne pas donner libre cours à mes propres tendances. Se domestiquer soi-même. Apprendre à vivre avec soi.

Il est vrai que l’inconscient ne délivre pas de message, qu’il n’est pas un sujet qui pense ce qu’il dit, que sa réalité ne peut être établie de manière expérimentale. Il semble toutefois qu’il ait une existence « tangible », une « matérialité » qui se manifeste dans les symptômes et qui ne peut vraiment être appréhendée, s’éprouvée que dans la cure cad dans la relation entre l’analyste et l’analysé.

Nous avons à être, comme le montrent les existentialistes, de sorte que pour reprendre le titre d’un ouvrage de Cesare Pavese: « Le métier de vivre », le métier d’homme. Exister est un métier, une tâche incessante à accomplir.

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