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HEIDEGGER ET LA MORT

Exister authentiquement, c’est assumer son être-la-pour-la-mort

Ainsi, la mort fait essentiellement partie de la vie humaine, tout homme, dès qu’il vient à la vie, est assez vieux pour mourir. Heidegger fait de la mort la dimension existentielle, en quelque sorte constitutive, de la réalité humaine ou dasein. Elle en est même la possibilité ultime, où toutes les possibilités et toutes les manières d’être-au-monde d’être sont abolies. La mort est, en effet, marquée, en tant que pouvoir être, par un « caractère d’inachevé » : l’homme est avant tout un être de projet : « anticipation de soi-même ». Il est un être-pour-une-fin, pour un possible. Or ma mort constitue la possibilité annulatrice de tous mes possibles, la possibilité de l’impossibilité de mon être-au-monde. Elle est ainsi l’horizon de tous mes possibles : « De même que le dasein aussi longtemps qu’il est, est, au contraire constamment déjà son ne-pas- encore, de même il est aussi déjà sa fin. Ce finir désigné par la mort ne signifie pas un être-à-la-fin du dasein, mais un être pour la fin, […]. La mort est une manière d’être que le dasein assume, dès qu’il est » (“Être et Temps“, trad. E. Martineau, II, § 48). En d’autres termes, «la mort, comme fin du dasein, en est la possibilité la plus propre, absolue, inconditionnelle, certaine et, comme telle, indéterminée, indépassable. La mort “est”, en tant que fin du dasein, dans l’être de cet étant qui existe pour sa fin » (,ibid., § 52).

La mort : le possible structurant tous mes possibles

Ainsi la mort apparaît bien comme structurant mon rapport à la réalité, elle est cette possibilité spécifique, qui rend possible mon être au monde propre. Dans ces conditions, ce n’est qu’en vivant avec une pleine conscience de la mort, de ce que le dasein meurt dès toujours, bref, de ce qu’il est un être-pour-la-mort, que l’homme peut être proprement homme, à savoir un être assumant ses possibles propres, conscient de l’inauthenticité de ses actes s’ils ne le mettent pas en face de ses possibilités les plus propres, un être isolé et angoissé par le néant, qui pour Heidegger est d’abord ce rien d’étant qu’est l’être. L’homme, alors, sait que la vie n’est authentique qu’angoissée par ce rien qu’est l’être.

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