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ETUDE D’UNE ŒUVRE PHILOSOPHIQUE

Rappel méthodologique de l’oral de rattrapage de rattrapage

  • Définition de l’épreuve
  • Durée : 20 minutes de préparation + 20 minutes de passage à l’oral.
  • Vous devez commenter l’extrait d’un ouvrage étudié durant l’année. Pour préparer l’oral, il convient donc en priorité que vous relisiez les textes et les notes de cours s’y rapportant, ce qui ne signifie pas que vous avez le droit d’oublier tout le reste du programme. En effet, après votre commentaire, l’examinateur peut, dans le prolongement du texte, vous poser quelques questions complémentaires.

    Mettez quelques chances de votre côté !

  • Apportez les textes en double exemplaire : les enseignants de philosophie ne connaissent pas tous les textes par cœur… et il sera plus facile, pour l’examinateur lui-même, de suivre vos explications avec le texte sous les yeux.
  • L’examinateur choisit un passage (entre 10 et 20 lignes).
  • Inutile de pousser un soupir de découragement déchirant sous prétexte que vous auriez préféré être interrogé sur un extrait de Descartes plutôt que sur Épicure (ou l’inverse), ou de signaler que, par malchance, vous n’avez jamais rien compris à ce texte, que vous étiez absent(e) au moment où il a été étudié en classe, ou que votre professeur l’a abordé trop vite ou pas du tout…
  • Mieux vaut commencer à utiliser intelligemment le temps de préparation qui vous est accordé, c’est-à-dire vingt minutes.

    La préparation

    Pour expliquer le passage choisi par l’examinateur, vous devrez :

  • le situer brièvement dans l’ensemble du texte (mais inutile de résumer tout le livre !) ;
  • en fournir l’idée centrale ;
  • en donner le plan (s’il y en a un) ;
  • passer ensuite à une explication linéaire, phrase par phrase, au cours de laquelle il pourra être nécessaire de définir quelques termes importants ;
  • formuler l’apport global de l’extrait : il peut résoudre un problème, déboucher sur une autre question, cerner un concept, ou inaugurer une réflexion.

    Le passage à l’oral

  • Vous disposez de vingt minutes pour montrer que vous êtes capable de comprendre un extrait philosophique : ses enjeux, sa démarche, ses conséquences.
  • Après avoir brièvement situé l’extrait dans l’ouvrage, lisez-le le plus clairement possible. Votre lecture doit déjà indiquer que vous en maîtrisez le sens.
  • Pour votre commentaire, suivez l’ordre indiqué ci-dessus, en vous aidant de votre brouillon. Prenez votre temps et parlez avec assurance : ne donnez pas à l’examinateur l’impression que vous quêtez sans cesse son approbation.

    L’oral a des avantages !

  • Si l’examinateur vous fait remarquer une ou plusieurs erreurs d’interprétation (ce qu’on ne peut faire à l’écrit…), cela n’a rien de dramatique : il convient simplement que vous montriez que vous comprenez votre erreur, et que vous êtes capable de la corriger.
  • Si vous ne parvenez pas à vous corriger, il y a de fortes chances pour que l’examinateur vous indique la bonne lecture, mais pensez toujours qu’il n’est pas là pour faire l’explication à votre place. Reprenez donc la parole le plus tôt possible.

    «Léviathan», partie 1,

    chapitre XIII.

    CHAPITRE XIII: DE LA CONDITION NATURELLE DES HOMMES EN CE QUI CONCERNE LEUR FELICITE ET LEUR MISERE.

    [Les hommes sont égaux par nature]

    La nature a fait les hommes tellement égaux quant aux facultés du corps et de l’esprit que, bien qu’on puisse parfois trouver un homme dont le corps est manifestement plus fort ou l’esprit plus rapide que celui d’un autre, tout compte fait, la différence entre deux hommes n’est cependant pas si considérable que l’un puisse prétendre de fait à un bénéfice auquel l’autre ne pourrait prétendre aussi bien que lui. Car pour ce qui concerne la force du corps, l’homme le plus faible a assez de force pour tuer le plus fort, soit par quelque secrète machination, soit en conspirant avec d’autres qui courent le même danger que lui.

    Et pour ce qui concerne les facultés de l’esprit (en laissant de côté les arts fondés sur les mots, et particulièrement cette habileté à procéder suivant des règles générales et infaillibles, appelée science que très peu possèdent et encore dans un nombre restreint de choses, en tant qu’elle n’est ni une faculté naturelle et innée, ni, telle la prudence, une faculté acquise pendant que l’on s’occupe d’autre chose), j’y trouve une égalité plus grande encore entre les hommes que celle de leur force. Car la prudence n’est qu’expérience, qui en un temps égal est accordée à tous les hommes, dans ces choses auxquelles ils s’appliquent également. Ce qui risque peut-être de rendre une telle égalité incroyable n’est qu’une vaine conception que chacun se fait de sa propre sagesse, presque tous les hommes pensant en être dotés à un plus haut degré que le vulgaire, c’est-à-dire que tous les autres hommes, hors eux-mêmes et un petit nombre d’autres dont ils ont bonne opinion du fait de leur réputation ou parce qu’ils partagent leur opinion. Car la nature des hommes est telle que, bien qu’ils puissent reconnaître que beaucoup d’hommes ont plus d’esprit, ou sont plus éloquents, ou plus instruits, ils douteront néanmoins qu’il y en ait beaucoup d’aussi sages qu’eux-mêmes, parce qu’ils voient leur propre esprit de près, celui des autres hommes à distance. Mais cela prouve que les hommes sont égaux sur ce point, plutôt qu’inégaux. Car il n’y a ordinairement pas de meilleur signe d’une égale distribution de quelque chose que le fait que chacun soit satisfait de sa part.

    [De cette égalité procède la défiance]

    De cette égalité d’aptitude procède une égalité dans l’espoir d’atteindre nos fins. De ce fait, si deux hommes désirent une même chose, dont cependant ils ne peuvent jouir tous les deux, ils deviennent ennemis; et dans la poursuite de leur fin, qui est principalement leur propre conservation, et parfois seulement leur jouissance, ils s’efforcent de détruire ou de soumettre l’autre. Et de là vient que, là où un envahisseur n’a rien de plus à craindre que la simple puissance d’un autre homme, si ce dernier plante, sème, bâtit ou possède un endroit commode, on peut s’attendre à ce que d’autres surviennent préparés et ayant uni leurs forces, afin de le déposséder et de le priver non seulement du fruit de son travail, mais aussi de sa vie ou de sa liberté. Et l’envahisseur à son tour court le même danger de la part d’un autre.

    [De cette défiance procède la guerre]

    Du fait de cette défiance de l’un à l’égard de l’autre, il n’existe pour chaque homme aucun moyen de se protéger aussi raisonnable que l’anticipation ; c’est-à-dire, par la force ou les ruses, de se rendre maître de la personne du plus grand nombre d’hommes qu’il lui est possible, jusqu’à ce qu’il ne voie aucune autre puissance suffisamment grande pour le mettre en danger: ce n’est là rien de moins que ce que requiert sa propre conservation, et c’est généralement permis. Egalement, du fait que certains prennent plaisir à contempler leur propre puissance dans les actes de conquête, qu’ils poursuivent au-delà de ce que leur sécurité requiert, si d’autres, qui autrement se fussent contentés à l’intérieur de leurs modestes limites, n’accroissaient pas leur puissance par invasion, ils ne pourraient subsister longtemps en restant seulement sur la défensive. Et en conséquence, une telle augmentation de l’empire sur les hommes étant nécessaire à la conservation d’un homme, elle doit être permise.

    Du reste, les hommes ne ressentent aucun plaisir, mais au contraire une grande peine à demeurer en compagnie là où il n’y a aucune puissance capable de leur imposer le respect. Car tout homme cherche à ce que son compagnon lui attribue la même valeur que celle qu’il s’attribue lui-même : et à l’occasion de tous les signes de mépris ou de dédain, il s’efforce naturellement, autant qu’il l’ose (ce qui, parmi ceux qui n’ont pas de puissance commune pour assurer leur tranquillité, suffit amplement pour qu’ils se détruisent les uns les autres), d’extorquer une plus grande valeur aux yeux de ses contempteurs par le dommage, et aux yeux d’autrui, par l’exemple.

    De telle sorte que dans la nature de l’homme, on trouve trois principales causes de querelle. Premièrement, la compétition; deuxièmement, la défiance; troisièmement, la gloire.

    La première pousse les hommes à envahir pour le profit ; la seconde, pour la sécurité; et la troisième, pour la réputation. La première les pousse à utiliser la violence, pour se rendre maîtres de la personne d’autres hommes, de leur femme, de leurs enfants, de leur bétail; la deuxième, pour les défendre; la troisième, pour des vétilles, comme un mot, un ricanement, une opinion différente, et tout autre signe de dédain directement adressé à leur personne, ou bien à travers leur parenté, leurs amis, leur nation, leur profession, ou leur nom. La gloire est une stratégie pour dominer l’autre, pour l’asservir, le soumettre pour échapper aux attaques des autres.

    [Hors des États civils, il y a toujours une guerre de chacun contre chacun]

    De là il est manifeste que pendant le temps où les hommes vivent sans qu’une puissance commune les tienne tous en respect, ils sont dans cet état qui se nomme guerre, et une guerre telle qu’elle est guerre de chacun contre chacun. Car la GUERRE ne consiste pas seulement dans la bataille, ou dans l’acte de combattre, mais dans un intervalle de temps durant lequel la volonté de lutter par la bataille est suffisamment avérée : et de ce fait on doit considérer la notion de temps dans la nature de la guerre, comme c’est le cas dans la nature du temps qu’il fait. Car de même que la nature du mauvais temps ne consiste pas dans une ou deux averses de pluie, mais dans une tendance à la pluie de plusieurs jours de suite, de même la nature de la guerre ne consiste pas dans le combat actuel, mais dans la disposition avérée au combat, pendant tout le temps durant lequel il n’y a pas d’assurance du contraire. Tout autre temps se nomme PAIX.

    [Les inconvénients d’une telle guerre]

    C’est pourquoi tout ce qui est conséquence d’un temps de guerre, où chacun est ennemi de chacun, est aussi conséquence du temps où les hommes vivent sans autre sécurité que celle que leur fournissent leur propre force et leur propre invention. Dans cet état, il n’y a point de place pour l’industrie, parce que le fruit en est dès lors incertain: et en conséquence pas de culture de la terre; ni navigation, ni usage des marchandises susceptibles d’être importées par mer; pas de bâtiment spacieux; pas d’instrument pour mouvoir, enlever ce qui à cette fin requiert beaucoup de force; pas de connaissance de la surface de la Terre; pas de computation du temps; pas d’arts, pas de lettres, pas de société; et ce qui est le pire de tout, une crainte et un risque de mort violente continuels. La vie de l’homme est solitaire, malheureuse, pénible, bestiale et brève.

    Il peut sembler étrange à celui qui n’a pas bien pesé ces choses, que la nature dissocie ainsi les hommes et les rende aptes à s’envahir et à se détruire les uns les autres ; ne s’en remettant pas à cette inférence faite à partir des passions, il se peut qu’il désire la voir confirmer par l’expérience. Qu’il se considère alors lorsque, partant en voyage, il s’arme et cherche à partir bien accompagné; lorsqu’allant dormir, il verrouille ses portes, et verrouille ses coffres alors qu’il est dans sa maison, et ceci bien qu’il sache qu’il y a des lois, des fonctionnaires publics, armés, pour venger tous les torts qu’on peut lui faire ; quelle opinion a-t-il de ses compatriotes pour chevaucher armé ; de ses concitoyens, pour fermer ses portes ; et de ses enfants, de ses domestiques, pour fermer ses coffres? N’accuse-t-il ainsi le genre humain autant que je le fais dans des termes propres? Mais en cela, aucun de nous n’accuse la nature de l’homme. Les désirs et les autres passions de l’homme ne sont pas en eux-mêmes des péchés. Pas plus que les actions qui procèdent de ces passions, avant qu’elles ne connaissent une loi qui les interdise : loi qu’elles ne peuvent connaître avant que les lois soient faites, pas plus qu’une loi ne peut être faite, avant qu’on se soit mis d’accord sur la personne qui la fera.

    On pourra penser peut-être que jamais il n’y eut une telle époque, ni un état de guerre tel que celui-ci ; et je pense qu’il ne fut jamais répandu généralement dans le monde entier: mais il y a aujourd’hui beaucoup de lieux où les hommes vivent de la sorte. Car le peuple sauvage de nombreux endroits d’Amérique n’a pas de gouvernement du tout, si l’on excepte le gouvernement de petites familles, dont la concorde dépend de la concupiscence naturelle, et ces hommes vivent à ce jour de la manière bestiale que j’ai décrite plus haut. Cependant, on peut percevoir quel serait le mode de vie en l’absence d’une puissance commune à craindre, par la façon dont dégénère dans une guerre civile le mode de vie de ceux qui vivaient auparavant sous un gouvernement pacifique.

    Mais bien qu’il n’y eût jamais une époque où les hommes particuliers fussent en état de guerre les uns contre les autres, cependant, en tous temps, les rois et les personnes de l’autorité souveraine, à cause de leur indépendance, entrent dans de continuelles jalousies, et sont dans l’état et la situation de gladiateurs, pointant leurs armes les uns vers les autres, les yeux fixés les uns sur les autres, avec leurs forts, garnisons, et canons sur les frontières de leur royaume, et constamment des espions chez leurs voisins : ce qui est une situation de guerre. Mais parce qu’ainsi ils défendent l’industrie de leurs sujets, il ne s’ensuit pas de là cette misère qui accompagne la liberté des hommes particuliers.

    [Dans une telle guerre, rien n’est injuste]

    De cette guerre de chacun contre chacun, ceci est également une conséquence : rien ne peut être injuste. Les notions de bien et de mal, de justice et d’injustice n’y ont aucune place. Là où il n’y a pas de puissance commune, il n’y a pas de loi: là où il n’y a pas de loi, pas d’injustice. La force et la fraude sont dans la guerre les deux vertus cardinales. La justice et l’injustice ne sont aucunement des fonctions du corps ou de l’esprit. Si tel était le cas, elles pourraient être dans un homme qui serait seul dans le monde, au même titre que ses sens et ses passions. Elles sont des qualités relatives aux hommes vivant en société, non dans la solitude. Il s’ensuit également du même état qu’il n’y a ni propriété, ni empire, ni mien ou tien distincts; seul ce qu’un homme peut saisir lui appartient, et pour aussi longtemps qu’il peut le garder. Voilà donc le triste état dans lequel l’homme est placé par la simple nature, bien qu’il ait une possibilité d’en sortir, qui consiste en partie dans les passions, en partie dans la raison.

    [Les passions qui inclinent les hommes à la paix]

    Les passions qui inclinent les hommes à la paix sont la crainte de la mort, le désir de choses nécessaires à la vie commode, et l’espoir de les obtenir par leur industrie. Et la raison suggère des articles de paix appropriés sur lesquels les hommes peuvent parvenir à un accord. Ces articles sont ceux qui, en outre, sont nommés les lois de nature; j’en parlerai plus particulièrement dans les deux chapitres suivants.

    Questions de compréhension:

  1. En quoi l’égalité naturelle est-elle une source de discorde entre les hommes ? Pourquoi cette égalité ne permet-elle de fonder aucun ordre ?
  2. Pourquoi la condition naturelle des hommes peut-elle être caractérisée à la fois comme une félicité et une misère ?
  3. Quelles sont les trois causes de la guerre ? Quelle distinction peut-on faire entre ces trois causes?
  4. En quoi la description que fait Hobbes de la condition naturelle des hommes remet-elle en cause l’affirmation d’Aristote selon laquelle l’homme est, par nature, un « animal politique»?
  5. Comment Hobbes justifie-t-il la nécessité d’un recours à un pouvoir politique qui tienne les hommes en respect ?
  6. Quelles sont les passions qui caractérisent l’homme à l’état de nature ?
  7. L’état de nature est-il, selon Hobbes, une pure fiction ?
  8. Peut-on dire de l’homme à l’état de nature qu’il est méchant?
  9. Quelle définition peut-on donner de la liberté de l’individu à l’état de nature?
  10. En quoi l’étude de la nature humaine permet-elle à Hobbes de constituer une science politique ?

AIDE : LES BASES MATÉRIALISTES DE LA SCIENCE POLITIQUE (HOBBES)

La philosophie de Hobbes est matérialiste : une chose qui pense est, selon lui, quelque chose de corporel. Tout corps est constitué de corpuscules de formes géométriques variées, qui agissent les uns sur les autres uniquement par chocs, selon un déterminisme rigoureux des lois quantitatives. On nomme matérialisme mécaniste le fait d’expliquer ainsi toute la réalité par l’action réciproque des corps. Il en résulte que l’homme est soumis à un comportement déterministe : les émotions, volontés, instincts et passions ont une base corporelle et sont déterminés mécaniquement.

COURS : Introduction aux chapitres 13 & 14 du «Léviathan» de Thomas Hobbes.

SOURCES :

I] PRESENTATION DE HOBBES ET DU LEVIATHAN.

  • Qui était Hobbes ?

Né au moment même où la flotte de guerre espagnole (l’ «Invincible Armada») approchait des côtes anglaises, épisode auquel il attribue son caractère craintif, Hobbes voit le jour dans le village de Westport (Wiltshire). Né sous Henri III et meurt dans l’apogée du siècle de Louis XIV. Négligé par son père pasteur qui l’abandonne, c’est à un oncle qu’il doit de faire ses études. Origine modeste. Précocité intellectuelle remarquable. Étude à Oxford. Liencié il devient précepteur du fils d’une grande famille aristocratique : William Cavendish, futur comte de Devonshire.
Famille à laquelle il restera attaché jusqu’à la fin de sa vie. 1640-1660 = Grave crise politique en Angleterre entre le Roi Charles Ier (Eglise, aristocratie) et le Parlement (libéralisme). Roi vaincu et exécuté (1649). Fidèle aux idées exposées dans Le «Léviathan», Hobbes, dès le début de la crise politico-religieuse qui secoue l’Angleterre du XVIIe siècle, soutient Charles Ier. Le conflit qui oppose ce dernier au Parlement prenant un tour inquiétant, Hobbes choisit l’exil. Séjourne à Paris pendant 11 ans (1640-1651) comme réfugié politique. Le «Léviathan» écrit en France. Période de Galilée, Descartes, Pascal. Il les a tous rencontrés. Répond aux Méditations métaphysiques de Descartes.

Prise du pouvoir de Cromwell, héros républicain Après la mort de Cromwell en 1658 = Restauration de la Royauté, le fils du roi est rappelé sur le trône, Charles II. Hobbes prend position pour le nouveau Roi comme il avait pris position pour son père. Hobbes est contre la démocratie et pour la monarchie. Soutien financier du roi. Il reçoit une pension de cent livres, avec la condition de ne plus rien publier en anglais sur la politique ou la religion. Mais accusé de matérialisme, d’athéisme et de cynisme politique, le Roi l’écarte.

Hobbes = mal compris de son vivant. Personnage marginal. Pensée qui dérange. Mauvaise réputation de l’œuvre = «L’horrible monsieur Hobbes», suppôt du despotisme ou de la tyrannie. Rigueur déductive de l’œuvre. La physique devient mathématique avec Galilée, la politique devient scientifique avec Hobbes. Vision matérialiste de l’homme, de la liberté, du désir, de la volonté = scandale pour ses contemporains. Cette conception matérialiste et mécaniste l’a conduit à expliquer les comportements humains à partir d’un instinct de conservation matériellement et mécaniquement déterminé. Ainsi, tous les hommes agissent sous l’emprise de la passion de s’affirmer et du désir de se conserver. Quant aux émotions, volontés, instincts, passions, etc., ils sont déterminés mécaniquement. L’ensemble de la vie psychique de l’homme exclut tout libre arbitre. Le monde est un rapport de forces. L’homme est comme une machine. L’autre est un rival et un ennemi. Chaque homme, ayant les mêmes désirs de survie, ayant besoin des mêmes biens, va entrer en lutte avec l’autre. Hobbes n’est pas un idéaliste. Ne se faisant aucune illusion sur la nature humaine, il conçoit une philosophie politique très réaliste, dont la finalité n’est pas de transformer la nature de l’homme (le rendre meilleur), mais de faire en sorte que les hommes, tout en servant leurs intérêts égoïstes, en viennent malgré tout à vivre en paix dans un État qui leur garantit la sécurité.

  • Résumé du «Léviathan» (1651):

«Léviathan» est l’oeuvre majeure de l’Anglais Thomas Hobbes (1588-1679). Le «Léviathan », est publiée en 1651, qui constitue un des livres de philosophie politique les plus célèbres. Il tire son titre du Léviathan biblique. Ce livre traite de la structure de la société, comme le montre l’allégorie sur le frontispice représentant l’État («Commonwealth») composé des individus, tout comme le titre complet: «Leviathan, or The Matter, Forme, & Power of a Common-wealth Ecclesiasticall and Civill»

C’est l’oeuvre maîtresse de Hobbes. La première partie commence par l’étude des sensations et des passions. La troisième partie soutient l’idée que le pouvoir ecclésiastique doit être soumis au pouvoir politique. La quatrième partie est une attaque violente contre l’Église catholique. Quant à la deuxième partie («De la république»), elle expose les thèses célèbres qui conduisent Hobbes à soutenir le pouvoir absolu du souverain. Ces thèses peuvent être ainsi résumées : a) L’état de nature est un état de guerre de tous contre tous. b) Les hommes pactisent et renoncent à faire usage de la violence. c) Seul un souverain qui possède le pouvoir absolu peut forcer les contractants à respecter leurs engagements.


Frontispice du «Léviathan» – Le Léviathan est une création de l’artifice humain qui possède l’épée (pouvoir temporel) et la crosse (pouvoir spirituel).

II] COMMENTAIRE DU CHAPITRE XIII DU «LEVIATHAN»

Hobbes emprunte le titre de son ouvrage à la «Bible». Léviathan est un monstre primordial, aux « forces démesurées » dont les faits et les méfaits sont cités dans plusieurs passages de la «Bible» (Job mais aussi Isaïe, Ezéchiel, Salomon, Esdras): «En ce jour-là, Dieu avec sa dure, grande et forte épée s’occupera de Léviathan, le serpent glissant, oui de Léviathan, le serpent tortueux, et, à coup sûr, il tuera le monstre marin qui est dans la mer.» Isaïe chapitre 27, verset 1. Job ajoute à propos du Léviathan: « Il n’est pas de puissance sur terre qui lui soit comparable ».

2 caractéristiques se dégagent de ce monstre marin dont Hobbes utilise la symbolique pour exprimer la nature de l’État: celle d’un être mortel (1) et celle d’un être omnipotent (2)

1) Le Léviathan, ce «Dieu-mortel»

L’idée de «mortalité», de finitude [le «Léviathan» succombant au glaive divin] implique celle de destruction donc celle de naissance, de création de l’État comme un avis de décès implique un acte de naissance. Aussi, dans l’univers politique hobbesien, l’État n’existe pas de toute éternité, pas plus qu’il n’est une imitation de la nature. Il n’est pas «mimétique» mais « poétique », activité de production, d’institution. L’État est une création humaine. Temporalité de l’Etat. De là deux implications aussi importantes que légitimes :


  1. L’idée d’un état de nature, d’un pré-politique où «l’homme est un loup pour l’homme» – «Homo homini Lupus». Et même pire diront certains, car « les loups ne grimpent pas aux arbres », cad qu’il n’est aucun refuge où l’homme pourrait se préserver de l’agression de ses semblables. L’état de nature représente ce que serait l’homme en l’absence de tout pouvoir politique et par conséquent de toute loi. Situation de l’homme « tel qu’il a dû sortir des mains de la Nature ». Il est construit en enlevant tout ce que la société apporte à l’homme dans tous les domaines : social, politique, économique, moral et intellectuel. Un travail de négativité. Opération de soustraction. L’état de nature n’est pas un commencement historique, mais un résultat hypothétique. Cet état de nature n’a, bien sûr, jamais existé mais est une hypothèse philosophique opératoire et féconde, une construction de l’esprit qui vise à comprendre par différence ce que nous apporte l’existence sociale et politique. Hobbes pourra donc penser l’élaboration d’une société civile indépendamment de toute considération culturelle et géographique pour comprendre comment la société civile se met en place non pas de manière particulière et contingente mais de manière universelle donc nécessaire. L’état de nature garantit que l’on pense universellement la formation d’une société civile. L’état de nature correspondrait en somme à l’homme tel que Dieu l’a créé, ce qui suppose que l’entrée en société procède d’un choix volontaire et ne soit pas le produit d’une providence divine.

Hobbes, tout en disant qu’il n’y eut jamais une époque particulière où les hommes vécurent dans cet état de nature, suggère cependant quelques situations semblables : celle des enfants, celle des Etats entre eux, celle de certaines populations sauvages :

«On pourra penser peut-être que jamais il y eut une telle époque […] mais il y a aujourd’hui beaucoup de lieux où les hommes vivent de la sorte. Car le peuple sauvage de nombreux endroits d’Amérique n’a pas de gouvernement du tout».

[En cet état de nature, les hommes sont égoïstes et ne recherchent que leur satisfaction individuelle. Dans cet état, les hommes sont gouvernés par le seul instinct de conservation – que Hobbes appelle « conatus » ou désir // Spinoza. L’homme est d’abord et avant tout mû par l’amour de soi. Atomisation des humains. Ils sont égaux car le plus faible peut menacer la sécurité du fort. Ce qui caractérise l’état de nature, c’est donc la méfiance, défiance mutuelles et la «guerre de tous contre tous».]

L’homme est en effet principiellement un être de désir. Il veut être au-dessus des autres et posséder tout ce qu’il voit. De ce fait, les hommes sont en rivalité les uns avec les autres, parce qu’ils désirent les mêmes choses, et c’est de cette rivalité que naît la violence. La violence de l’état de nature est donc un sous-produit de la nature essentiellement désirante et cupide de l’homme. Voilà pourquoi dans cet état règne la violence et les hommes vivent dans la plus grande insécurité qui soit, et donc dans la peur. Dans cet état, rien ne peut réguler un tant soit peu les relations humaines, puisque même la force est neutralisée, « [ … ] pour ce qui est de la force corporelle, l’homme le plus faible en a assez pour tuer l’homme le plus fort, soit par une machination secrète, soit en s’alliant à d’autres qui courent le même danger que lui ». Les hommes ne pouvant rien posséder durablement vivent aussi dans une grande misère, et l’économie se trouve réduite au néant. À défaut de loi ou d’accord entre les hommes, il n’y a pas de propriété et personne n’a assez de force pour défendre durablement le fruit de son travail, donc personne ne travaille.

Ce n’est pourtant pas que tous les hommes soient d’une nature spécialement méchante ou violente. Pour être réaliste, Hobbes n’est pas particulièrement misanthrope dans ses descriptions de l’homme, dont il perçoit clairement l’ambivalence. Il reconnaît en effet en l’homme une potentialité de raison et de justice et de toutes les vertus qui le caractérisent. Mais pour Hobbes, cette potentialité vertueuse et raisonnable ne peut pas vraiment se développer hors de l’état civil, et donc dans l’état de nature, où les meilleurs des hommes sont obligés de se conduire comme les pires.

Il n’est question, ici, que de «droit de nature» (“jus naturale“), c’est-à-dire la faculté qu’a chacun d’agir par n’importe quel moyen en vue de sa propre conservation. Droit illimité sur toutes choses et sur ses semblables. Ce droit régit les relations intersubjectivité dans l’état de nature. Liberté de préserver sa vie. Ce droit est étroitement proportionnel à la force qu’il peut mettre en œuvre pour le défendre. On a autant de droit qu’on a de pouvoir.

(Note) Les trois formes du droit. Une ambiguïté préliminaire est à expliquer sur le sens de l’expression “droit naturel“. On entend par là deux choses qu’il faut apprendre à distinguer :

A – Le droit naturel au sens de Hobbes et de Spinoza. Il s’agit du “droit de nature” qui est défini par le pouvoir naturel que chacun possède. Il est infra-social. “Par droit naturel“, dit Hobbes, “j’entends le droit de chaque homme de faire ou de posséder tout ce qui lui plaît.” ; Spinoza écrit dans le ” Tractatus théologico-polilicus” : “Le droit de nature s’étend aussi loin que s’étend la puissance… Les grands mangent les petits en vertu d’un droit naturel souverain“. Pour Hobbes comme pour Spinoza, l’Institution sociale est la limitation et la disparition de ce “droit naturel” de chacun.

B – Le droit naturel au sens de droit idéal. Il s’agit d’un droit idéal qui est l’expression des aspirations morales des hommes. Il est supra-social. Il serait plus clair de l’appeler droit rationnel pour le distinguer du précédent. C’est au nom de cette loi “divine” qu’Antigone, dans la célèbre pièce de Sophocle, revendique contre le tyran Créon le droit d’ensevelir sen frère condamné par les lois à être laissé sans sépulture.

Il faut donc bien s’entendre lorsqu’on parle de “droit naturel“, puisque les deux sens sont pratiquement antithétiques. Le droit naturel, au premier sens, est le pouvoir ou la force d’accomplir une action ou de satisfaire une tendance individuelle, il n’a de “droit” qu’une illusion, c’est le “droit” de la force. Le droit naturel, au second sens, est le droit idéal, le plus universel et le plus justifiable, revendication de la personne humaine. Entre ces deux sortes de “droits naturels“, nous avons affaire plus quotidiennement au “droit positif“, strictement social.

C – Le droit positif. Les adversaires de l’idéalité du droit et de l’idéalisme juridique soutiennent d’abord que ni la raison ni l’idée de justice ne sont immuables et universelles, et ensuite que, à considérer le réel, nous avons toujours affaire à un seul droit: le droit positif, c’est-à-dire l’ensemble des règles qui sont historiquement données dans une société donnée.

** « le droit de nature est la liberté que chacun a d’user de sa propre puissance, comme il le veut lui-même pour la préservation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie, c’est celui de préserver sa propre vie », ce par tous les moyens qu’il juge bon. La fin justifie les moyens.

C’est le règne du droit de nature, c est-à-dire de la liberté que chacun possède d’exercer sa puissance propre dans la mesure de ses possibilités, un monde où s’affrontent les diverses libertés individuelles. Cet état de rivalité permanente est renforcé, selon Hobbes, par la relative égalité entre les hommes qui attise les convoitises et les prétentions de chacun.

A la liberté de l’E.N., Hobbes ajoute l’égalité naturelle des hommes :

Individus égaux, non en droit (il n’y a pas encore de lois) mais en fait. Chacun est toujours capable de tuer l’autre. En cela consiste l’égalité des hommes. Égalité dans le pouvoir du meurtre. Personne ne peut dominer durablement les autres. Dans l’état de nature, les différences entre les hommes ne sont pas telles qu’elles puissent fonder aucun rapport stable de domination comme le dit Rousseau, « le plus fort n’est jamais assez fort pour être toujours le maître
» («Du Contrat Social»)

  • corporellement, les différences de forces peuvent s’annuler grâce à la ruse ou à l’union des plus faibles contre le plus fort. Les rapports de force sont instables, sans continuité. L’E.N. est bien une situation de guerre perpétuelle, de luttes incessantes.
  • Spirituellement, chacun juge être aussi bien pourvu d’intelligence que les autres, «parce qu’ils voient leur propre esprit de près, celui des autres hommes à distance». Chacun est satisfait de sa part !

    Autrement dit, je suis également persuadé d’être plus malin que mon voisin, mais lui aussi est persuadé de la même chose. Or, il n’y a pas de meilleur signe d’égalité que lorsque chacun est satisfait de ce qu’il a.

    //
    Descartes écrit : « Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : car chacun pense en être si bien pourvu, que ceux mêmes qui sont les plus difficiles à contenter en toute autre chose n’ont pas coutume d’en désirer plus qu’ils n’en ont. En quoi il n’est pas vraisemblable que tous se trompent ; mais plutôt que cela témoigne que la puissance de bien juger et distinguer le vrai d’avec le faux, qui est proprement ce qu’on nomme le bon sens ou la raison, est naturellement égal en tous les hommes. »

Il n’existe pas de hiérarchie naturelle entre les hommes :

  • De cette égalité procède la guerre : « bellum omnium contra omnes » («guerre de tous contre tous»). E.N. = chaos de passions (désirs) qui toutes conduisent à la guerre : la «compétition», la «défiance» et la «fierté».
  • La «compétition» qui pousse à envahir pour le profit, chacun cherchant à posséder ce qu’il convoite, à attaquer pour davantage de puissance : lutte pour l’avoir.
  • La «défiance», chacun cherchant à sécuriser ses biens en faisant en sorte d’être plus puissant que ceux qui pourraient les lui dérober : lutte pour le pouvoir.
  • La «fierté» et la «gloire», chacun exigeant la reconnaissance de son pouvoir et de sa valeur propre : lutte pour le valoir.

  • // Girard et le désir mimétique, source de conflits et de violence. Insociabilité originaire de l’homme.

L’E.N. est un état de risque permanent, un état d’insécurité, d’angoisse, de peur et de mortTimor mortis »). L’homme est exposé en permanence au pire de tous les maux, c’est-à-dire à la mort violente du fait d’autrui. La guerre n’est pas un événement fortuit, elle est un état permanent
comme la pluie en Angleterre ! La violence n’est pas un accident (donnée chronologique), elle est un état permanent de l’Histoire. Même le moins belliqueux des hommes ne peut en effet se protéger qu’en anticipant une possible agression, si bien que, comme le veut le proverbe, « la meilleure défense est l’attaque ».

Dans cet état de guerre « la vie de l’homme est solitaire, malheureuse, pénible, bestiale et brève». Aninaux-humains : agressivité permanente, réciproque, animosités les uns avec les autres. Lutte de survie à l’égard des autres. Vivre de telle manière c’est plutôt survivre que vivre.

  • «solitaire», car sans confiance possible ;
  • «malheureuse», car sans bonheur possible ;
  • «pénible», car sans repos ;
  • «bestiale», car sans culture ;
  • «brève», car sans sécurité.


La condition naturelle de l’homme, c’est un enfer permanent où sans cesse la mort rôde. Pour se conserver, il faut lutter. Au nom de la sécurité, il faut sans cesse accroître sa puissance.


En cette guerre, pas de notion du juste et de l’injustice. Tout est permis pour sauver sa vie. Et il ne peut y avoir de permis et de défendu avant l’instauration de lois. Or, l’E.N. est précisément la situation pré-politique de l’homme : « Là où il n’y a pas de puissance commune, il n’y a pas de loi : là où il n’y a pas de loi, il n’y a pas d’injustice. ». L’homme au final n’est ni bon, ni méchant ; ces notions lui étant étrangères. Amoralisme. Pour Hobbes, il n’y a de vice et de vertu, de bien et de mal que socialement. Il n’y a ni délit, ni faute, ni péché avant le droit, la morale, la religion. Force et ruse sont les conditions de la survie individuelle dans un monde où «tout est permis».

Problématique : Mais, comment la vie en société est-elle possible lorsque les hommes sont naturellement insociables ? Comment élaborer une société lorsque les passions humaines sont essentiellement égoïstes ?) Le droit de nature peut-il subsister dans l’état de civil ? Comment faire contrepoids à l’impétuosité passionnelle propre à la nature ?
Comment Hobbes parvient-il à penser la vie sociale des hommes en niant la thèse d’Aristote [*] selon laquelle l’homme est un animal politique et social ? La sociabilité désirée étant en conflit avec l’essentielle insociabilité des hommes, l’opposition se tient en ces termes : sociabilité contre insociabilité ou entre intérêt commun et intérêt égoïste.

[*]
https : //1000-idees-de-culture-generale.fr/animal-politique-aristote/

Cf. chapitre 13: «De la condition naturelle des hommes en ce qui concerne leur félicité et leur misère».

  1. L’idée d’un contrat social par lequel «l’homme est un dieu pour l’homme» –Homo homini Deus»). Si l’État, n’est pas un phénomène naturel, mais une création artificielle, il faut par conséquent supposer que l’institution politique a été créée par une décision volontaire des hommes qui la composent. La Raison est créatrice d’artifice comme l’État. Si le pouvoir est considéré comme artificiel, il est clair qu’il n’existe pas entre les hommes, antérieurement à la décision constitutive de la société, de relations d’autorité, mais seulement d’égalité et que, dès lors, les individus ne peuvent être liés qu’en vertu de leur consentement. D’où il ressort que la décision constitutive ne peut être qu’une convention, un artifice : le contrat social ou pacte social.

Ce pacte social, mettant un terme à la lycanthropie humaine (pléonasme), à la « guerre de tous contre tous » («Bellum omnium contra omnes ») procède de la raison humaine.

Constat: L’état de nature est auto-contradictoire car la conservation de soi mène à la destruction de soi. L’état de nature fait courir à l’homme un danger mortel. Il faut en sortir coûte que coûte, à n’importe quel prix, car rien ne vaut plus que la vie.

Cette peur de la mort est l’origine de la société, cette peur de la mort permet la naissance de la raison: “nous devons dissiper un doute : l’origine de toute société grande et durable ne réside pas dans la volonté du bien commun qui animerait chacun vis-à-vis des autres, mais dans la peur de la mort violente“.

Solution: Parce que l’homme est «homo rationalis», il a assez de raison pour comprendre qu’il lui faut quitter l’état de nature et renoncer à son droit naturel. Raison = faculté de calcul, d’intérêt. Par égoïsme bien compris, les hommes vont décider de sortir de l’E.N. Non par moralité mais par nécessité.

Ne pouvant rester dans cet état de guerre permanent et de misère économique, les hommes passent, selon Hobbes, un pacte implicite, qui est au fondement de tout État et justifie tout pouvoir politique. Ce pacte est implicite, car il ne faut pas imaginer que vivant dans l’état de nature, les hommes en sortent par un acte explicite d’association et de soumission au souverain. En réalité, dès lors que les hommes vivent dans une société civique, où il y a un pouvoir politique qui impose des règles de vie communes et des lois, il y a un pacte implicite entre les hommes. Tout se passe comme s’ils savaient ou du moins sentaient que la vie dans l’état de nature leur serait insupportable et angoissante, qu’il leur faut à tout prix s’entendre les uns avec les autres et organiser une vie commune par des règles claires, et enfin accepter qu’une force transcendante à leur volonté de particuliers leur impose l’obéissance aux lois. La volonté de chacun de s’entendre et de s’associer n’empêche pas, en effet, chacun d’être toujours d’une nature égoïste, revendicatrice, avide, etc. Pour que les lois soient respectées, il faut donc qu’il y ait au-dessus des individus une force contraignante et coercitive, qui oblige ces individus à se soumettre à ces lois, et une force qui soit elle-même sans contrainte. Cette force est celle du pouvoir politique, de l’État, incarné dans un individu, le Souverain, au pouvoir absolu et inaliénable. En quelque sorte, et pour en finir avec cette question de l’implicite, l’état de nature hobbien n’est rien d’autre que la nature humaine laissée à elle-même dans des relations purement spontanées aux autres. Le fait que les hommes obéissent à des lois signifie qu’implicitement ils ont décidé de mettre une limite à la spontanéité d’une nature peu sociable et malheureuse, en se donnant un souverain

Problématique : À supposer que la vie en société soit possible, à quel prix se ferait-elle ? Que doit consentir chaque individu pour vivre en société ? Ou encore comment résoudre la tension entre la liberté du Droit de nature et l’obligation, l’interdit de la Loi de nature ? Autrement dit, comment résoudre la contradictoire du «Si vis pacem para bellum» ? Une conservation de soi guerrière n’est-elle pas contradictoire puisque je déclare la guerre pour me conserver, mais ce moyen risquant précisément de me faire perdre la vie ?! La nature humaine n’est-elle pas soumise à deux passions contradictoires : dominer l’autre et préserver son existence de la mort ? N’est-ce pas dans et par la seule loi de nature que peut être assuré le passage entre nature et société, fait et droit, anthropologie et politique ? L’enjeu est de montrer le prix à payer pour vivre en société. L’opposition est ici entre le droit et la loi.


[L’état de nature étant donc un état d’insécurité perpétuelle dont les hommes cherchent à sortir. Parce que l’homme est homo rationalis, il a assez de raison pour comprendre qu’il lui faut quitter l’état de nature et renoncer à son droit de nature, qu’il faut instituer un nouvel ordre. Ils sont en conséquence amenés à conclure un pacte par lequel chacun remet à un homme ou à une assemblée les pouvoirs qu’il a sur lui-même, à la seule condition que les autres en fassent autant.]

Dit autrement, les hommes vont passer un pacte volontaire, conclure une sorte de convention ou de contrat par lequel tous renoncent collectivement à l’exercice de leur puissance propre et décident de se soumettre au pouvoir absolu d’un tiers arbitre, qui devient le seul souverain. Ainsi, d’un même geste s’instaure à la fois la société et l’état.

Le prix de la paix est le sacrifice de sa liberté naturelle, cad l’obéissance aux lois.
L’homme fait ainsi le deuil de sa liberté naturelle en se soumettant à l’autorité absolue du pouvoir du Souverain qui seul décide de la loi. Ce pouvoir despotique est en droit d’exiger une obéissance totale. Un tel pouvoir est légitime, car lui seul peut, selon Hobbes, mettre un terme à la guerre civile destructrice de l’humanité.

Cf . chapitre 14 du “Léviathan“: «De la première et de la deuxième loi naturelle et des contrats».

La raison va substituer au «droit de nature»
mortifère, une «loi de nature», qui consiste à préserver la vie, en inspirant aux hommes un contrat qui fonde la société civile et l’État. «Jus naturale» et «Lex naturalis» et se contredisent comme la vie et la mort, la paix et la guerre.

Il faut entendre par «loi de nature» («lex naturalis»):

Première loi de nature : «un précepte, une règle générale, découverte par la raison, suivant laquelle il est interdit à un homme de faire ce qui détruit sa vie, ou lui enlève le moyen de la préserver» (chapitre 14).

C’est pourquoi, puisque l’homme, pour sauver la seule et unique valeur qu’est sa vie, doit s’efforcer à la paix, la seconde «loi de nature» impose de sortir de l’état de nature :

«De cette loi fondamentale de la nature, par laquelle il est ordonné aux hommes de s’efforcer à la paix, dérive cette deuxième loi : qu’un homme consente à abandonner ce droit sur toutes choses, lorsque les autres y consentent aussi, autant qu’il le jugera nécessaire pour la paix et sa propre défense, et qu’il se contente d’autant de liberté à l’égard des autres hommes qu’il en accorderait aux autres hommes à son égard.» (chapitre 14).

2) L’omnipotence de l’Etat-Léviathan

L’idée d’«omnipotence» du monstre biblique renvoie en politique à l’absolutisme étatique.Absolu » qualifie un caractère de la souveraineté. Ce mot du vocabulaire juridique de la politique signifie « sans liens », sans partage mais non « sans bornes»] Aussi, l’Etat-Léviathan ou la force politique détiendrait un pouvoir absolu et illimité en échange de la paix civile apportée aux individus. La souveraineté de l’État est absolue et légitime, puisqu’elle résulte d’une libre délégation. L’État assure la sécurité et l’ordre ; il est la source unique de la loi.

Problématique : Comment Hobbes parvient-il à légitimer cet Etat à la puissance si monstrueuse ? Une telle puissance étatique ne range-t-elle pas Hobbes parmi les «fauteurs de despotisme» (Rousseau) ? Ou, au contraire, n’est-il pas plus pertinent de voir ce philosophe comme l’un des premiers concepteurs de l’Etat de droit ? Il s’agit ici d’interroger l’opposition entre sécurité et liberté.

[Quelle est la forme et le contenu de ce contrat ? Par le pacte social, un homme (ou d’une assemblée) acquiert la puissance souveraine, dont il doit user pour la protection des sujets.

  • Un pacte de soumission

Comment se formule ce pacte social: «j’autorise cet homme ou cette assemblée d’hommes, et je lui abandonne mon droit de me gouverner moi-même, à cette condition que tu lui abandonnes ton droit et autorises toutes ses actions de la même manière. »

Dans l’énoncé du pacte sont citées 3 parties : « Je », « Tu », souverain. Or en aucun cas il ne s’agit d’un engagement, d’un contrat tripartite. Hobbes dit : « je lui abandonne mon droit à condition que tu lui abandonnes ton droit » : Les seuls acteurs du pacte sont Je et Tu. Le Souverain ne passe pas de convention avec ses sujets, telle est la clé de la république hobbienne.

L’état de guerre de tous contre tous, que serait l’état de nature s’il existait, conduit les belligérants potentiels à passer entre eux un pacte implicite pour instaurer et assurer un état de paix. Ce pacte consiste pour chacun à renoncer à sa liberté naturelle et à se soumettre au souverain qui, lui, a conservé sa liberté naturelle : «La personne civile, homme ou assemblée — à la volonté de laquelle tous les hommes ont soumis la leur — a la puissance souveraine, exerce l’empire et la suprême domination.» (in «De Cive», chapitre 6.)

Le contrat vise à instaurer une « puissance commune » capable de tenir chacun en respect, en imposant le respect des conventions par la crainte du châtiment et de la sanction pénale. Chacun contracte avec chacun en vue de transférer ses droits à un Souverain qui les détiendra tous. Les seuls droits inaliénables sont ceux qui visent à protéger sa vie : on ne peut aliéner « le droit de résister à ceux qui vous agressent pour vous ôter la vie », non plus qu’à résister à ceux qui veulent vous emprisonner ou vous mettre dans les fers (chap. XIV).

Par ce pacte de soumission, les hommes introduisent une nouvelle redistribution des forces en présence, puisqu’ils renoncent à faire librement usage de leurs forces pour les remettre entre les mains du souverain. Tout se passe comme si chacun disait à chacun: j’autorise cet homme ou cette assemblée à me gouverner, je lui aliène mon droit naturel, à condition que tu en fasses autant. Cela suppose que chacun puisse se dire à lui-même : si je conservais ma prétention à n’être limité que par mes forces naturelles, la menace d’une mort violente pèserait sur moi en permanence. Si, en revanche, je provoquais une nouvelle répartition des forces, celle-ci pourrait m’être favorable. Le contrat social est, selon Hobbes, cet artifice qui permet de substituer la paix sociale à l’état de guerre. Elément fondateur de l’ordre social, le contrat social crée une nouvelle peur: la peur de la force publique, incomparablement supérieure à la force dont disposent les individus. Les hommes savent d’expérience ce que valent les engagements qui ne sont pas garantis par la force publique : « Les conventions, sans le glaive, ne sont que des paroles, dénuées de la force d’assurer aux gens la moindre sécurité » (ibid., p. 173). Ils savent aussi qu’en désobéissant au souverain, ils ne sont pas seulement dans la crainte des représailles d’un égal, mais dans la crainte du châtiment du Léviathan, qui est l’homme artificiel incarnant la puissance publique.

  • L’absolutisme politique de Hobbes

[RAPPEL] ABSOLUTISME : Caractère d’un régime politique dans lequel le chef de l’État détient un pouvoir absolu, tente de concentrer dans ses mains toutes les formes de pouvoir. L’obéissance au souverain doit se faire sans réserve et il ne saurait exister dans l’État aucune instance qui puisse de droit contester ses décisions. L’absolutisme se définit alors comme la théorie politique selon laquelle il existe une seule personne souveraine (personne physique ou morale, comme une assemblée), qui est la seule source du droit et de la loi. Il refuse toute idée d’une séparation des pouvoirs souverains (législatif, exécutif, judiciaire), chacun limitant les autres, idée que Montesquieu, au XVIIIe siècle, défendra contre l’absolutisme monarchique. Pour Hobbes, le pouvoir est indivisible. Exemples : L’absolutisme de Pierre le Grand, empereur russe. La monarchie absolue de Louis XIV fut une forme d’absolutisme.

Le pacte social fait donc naître l’État politique, en transformant l’égalité malheureuse des hommes dans l’état de nature en hiérarchie radicale, où un souverain, au pouvoir absolu (il a conservé, et lui seul, sa liberté naturelle), domine et dirige tous les autres. Le souverain possède donc le pouvoir politique par le fait qu’il fait exception dans ce renoncement à la liberté naturelle qu’il conserve. Ce souverain est détenteur de toute la force commune, par laquelle il peut soumettre tous les autres hommes à sa volonté particulière. Le pouvoir politique du souverain, qui n’est lui-même lié par aucun contrat et par aucune convention aux autres hommes, relève de la royauté absolue.

Le fondement de l’obligation d’obéir qu’ont les sujets est à la fois la protection dont ils jouissent et la force du souverain qui les y contraint. Il est également clair que le pouvoir du souverain ne saurait être que dit «absolu» parce qu’il n’y a pas eu de contrat entre lui et ses sujets [sauf précisément celui de m’empêcher de me conserver lorsque je suis menacé, quelles que soient les conditions].

C’est justement parce qu’il n’y a aucune réciprocité, aucun engagement mutuel que le pacte peut remplir son objectif : assurer la paix et sa neutralité.


Contre les citoyens, le «Léviathan» dispose du glaive de la Justice, c’est-à-dire du droit de punir // Weber: Etat détient le «monopole de la violence légitime», chargé de redresser les torts et de punir les nuisances afin de maintenir la paix civile.

Citation: «Il faut concevoir l’État contemporain comme une communauté humaine qui, dans les limites d’un territoire déterminé, […] revendique avec succès pour son propre compte le monopole de la violence physique légitime.» Max Weber (1864-1920)

Explication: L’État moderne est le garant de la vie politique. Il se reconnaît comme le seul détenteur légitime de la force et à ce titre préserve la défense de l’intégrité du territoire où son autorité s’exerce. En outre, aucune société n’est à l’abri de désordres qui pourraient entraver son bon fonctionnement. Il revient donc à l’État d’organiser sur un plan juridique les rapports humains afin d’assurer l’exercice du droit. Sans cela, le risque que chacun puisse à sa guise user de la violence ne pourrait être sérieusement écarté.

  • Dormez en paix !

Renoncer à son droit sur toutes choses, aliéner sa liberté sans limite, tel est le prix à payer pour vivre en sécurité. Voir son «droit de nature» limité par l’autorité des lois. Etat = création pour essayer de coexister pacifiquement avec autrui. Coexistence individualiste.

Le marché est clair : la sécurité contre la liberté. Hobbes : le grand avantage de l’état civil sur l’état de nature, c’est l’institution d’un «veilleur de nuit» ! C’est-à-dire la possibilité de dormir en paix : « Dormez bonnes gens, la garde veille. Il est 10 heures et tout va bien. ». L’Etat est le garant de la sécurité de tous.

Pour dire les choses lapidairement: si l’état de nature est cet état où le maximum de liberté s’accompagne d’un minimum de sécurité, l’état civil se devra être un état où le maximum de sécurité a pour contrepartie le minimum de liberté

3) Les limites de l’obéissance au Souverain


Obéissance au souverain est conditionnée par la sécurité et la protection dont le sujet bénéficie. Si le souverain n’est plus en mesure d’assurer la sécurité de ses sujets, les sujets ne lui doivent plus obéissance. Nul ne peut renoncer au droit de se protéger lui-même quand personne n’est en mesure de le faire. Le «Léviathan» a intérêt, pour sa sauvegarde, d’assurer la pacification de la société. Pas d’apologie de la tyrannie. Le souverain absolu n’est pas un tyran arbitraire ; le tyran est l’esclave de ses passions, alors que le souverain en est délivré par le caractère absolu de son pouvoir.

«L’obligation des sujets envers le souverain est comprise comme durant aussi longtemps, et pas plus longtemps, que ne dure le pouvoir par lequel il peut le protéger.» (in «Léviathan», chapitre XXI).

En bref, si le Souverain ne parvient plus à assurer la sécurité de ses sujets, ils peuvent chercher leur sécurité ailleurs.

III] Critique de de Hobbes :

  • Négative (1): Remettre dans les mains d’un seul le pouvoir de chacun. Ce souverain suprême disposerait ainsi un pouvoir législatif absolu. L’individu verrait alors sa liberté réduite aux seuls espaces où la loi reste muette (« le silence de la loi »). Légalisme de Hobbes : tout ce que la loi n’interdit pas est permis. Hobbes est un positiviste, il ne croit pas en l’existence d’un droit naturel, moral au dessus du droit positif. Pis encore, ce souverain ne pourrait être déchu (=principe du despotisme). Le politique est au-dessus des lois. Pas de droit à la révolte. C’est la soumission ou la mort. Absolutisme de Hobbes ≠ «Etat de droit».

Rappel sur l’«Etat de droit»: 3 idées résument cette théorie de l’État de droit:

  • les droits naturels de l’homme sont supérieurs au pouvoir de l’État.
  • Ces droits naturels sont toujours des limites à l’autorité politique.
  • L’Etat n’a d’autre fin et d’autre légitimité que de les sauvegarder ou de les installer positivement dans l’être.
    • Négative (2): Aucune liberté d’opinion ne saurait donc être tolérée, le Souverain doit contrôler l’enseignement, la presse, etc., dispose du droit de censure pour interdire celles qui représentent une menace pour la stabilité de l’État. Pas d’opposition politique. Justification de la raison d’Etat // Machiavel. Pas de séparation des pouvoirs
      # Montesquieu. (Cf. cours sut l’Etat)
    • Négative (3): Il est irrationnel de confier la charge du pouvoir politique à un seul homme. Les hommes étant ce qu’ils sont, précisément des êtres souvent peu raisonnables, il serait très dangereux de placer entre les mains d’un seul tout le pouvoir, et absurde d’échapper au danger que représente l’état de nature anarchique pour tomber dans celui d’une tyrannie. Rousseau critiquera le «pacte de soumission» de Hobbes pour lui préférer un «contrat d’association» fondant la souveraineté du peuple.
      (Cf. cours sut l’Etat)

Prolongement critique :
Rousseau et la démocratie. Pour Rousseau, au contraire de Hobbes, le principe, implicite ou explicite, sur lequel repose le « contrat social » est le suivant : « Trouver une forme d’association qui défende et protège de toute la force commune la personne et les biens de chaque associé, et par laquelle chacun s’unissant à tous n’obéisse pourtant qu’à lui-même et reste aussi libre qu’auparavant». C’est dire que tout pouvoir émane du peuple et que la souveraineté du peuple est inaliénable (même quand il y a des députés, c’est le peuple qui doit finalement trancher, par voie de référendum), indivisible (l’exécutif doit être subordonné au législatif), et infaillible (à condition que les partis ne trompent pas le peuple). Un tel régime, dans lequel chacun est à la fois sujet et souverain, est la démocratie.

  • Positive (1) : Hobbes est le contemporain des «guerres de religion » française et anglaise. Hobbes demande la totale soumission de l’Église au politique, critique de l’Église catholique (« traditions fabuleuses »), athéisme dangereux pour l’époque. Monde sans Dieu. Hobbes établit une théorie rationnelle du pouvoir politique, qui a pour seule origine la nature humaine : il rompt ainsi avec la théorie de la souveraineté d’origine théologiquedroit divin»), jusque-là régnante. Le clergé anglais l’accuse d’antireligiosité, contraint de se réfugier chez le comte de Devonshire. Quatre ans après sa mort, ses œuvres «Du citoyen» et «Léviathan» furent condamnées par l’Université d’Oxford et brûlées sur un bûcher. Séparation des pouvoirs temporel et spirituel. L’autorité religieuse est un danger pour l’autorité du souverain. « Nul ne peut servir à deux maîtres » (Luc).

Trop à gauche pour les gens de droite et trop à droite pour les gens de gauche.

  • Positive (2): C’est à l’homme d’inventer le moyen d’imposer cette paix indispensable à la vie que la nature n’a pas su créer. Anthropocentrisme prométhéen. Il doit substituer au «droit de nature», qui est un non-droit (on a autant de droit qu’on a de force), un autre droit, fondateur de l’état civil, de la «res publica». La réputation, longtemps scandaleuse, de Hobbes cède aujourd’hui à une réévaluation positive. Loin d’avoir construit et célébré une mystique de l’État, une vision pré-totalitaire du pouvoir, Hobbes a jeté, avec Machiavel
    (Cf. cours sut l’Etat), les bases de la science politique moderne, en établissant une théorie rationnelle du pouvoir.

« La multitude ainsi unie en une seule personne est, dit Hobbes, appelée une République, en latin Civitas. Telle est la génération de ce grand Léviathan, ou plutôt, pour en parler avec plus de révérence, de ce dieu mortel auquel nous devons, sous le Dieu immortel, notre paix et notre protection. » («Léviathan», chapitre XVII)

Embryon d’une philosophie des droits de l’homme chez Hobbes : le droit à la sureté. Rendre possible des relations pacifiées entre les hommes. La condition de possibilité de la vie civile fondée sur l’engagement réciproque des individus.

// L’État repose, selon Samuel Pufendorf (1632 / 1694), sur une convention «par laquelle, après avoir choisi une ou plusieurs personnes, à qui l’on confère le pouvoir de gouverner la société, ceux qui sont revêtus dé l’autorité suprême s’engagent à veiller avec soin au bien public, et les autres en même temps, leur promettent une fidèle obéissance» {«Droit de la nature et des gens», VII, II, 8 – 1672).

  • Leçon anthropologique pessimiste : L’état de guerre
    dérive donc inéluctablement de la nature humaine. La guerre n’est pas un accident de l’histoire. Elle est constitutive de l’homme. Et, quels que soient les artifices politiques que les hommes trouveront pour faire cesser cette guerre, ils ne changeront rien à cette donnée anthropologique, à cette disposition naturelle, ils ne pourront qu’en empêcher l’expression, qu’en retarder l’explosion // Schopenhauer et le sens de l’histoire («Eadem, sed aliter» [les mêmes choses, mais d’une autre manière].) – (cf. cours sur l’Histoire).
  • Leçon politique réaliste : Nul mieux que Hobbes n’a compris combien le problème de la violence est au centre de toute réflexion sur l’État, le pouvoir, la société. En effet, Hobbes montre bien que si les hommes étaient naturellement amis, il n’y aurait même plus à réfléchir sur l’essence de l’État; celui-ci n’ayant pas d’autre fonction que de garantir les citoyens contre leur propre violence, leur propre désir de préserver leurs intérêts aux dépens de ceux d’autrui.

QCM SUR HOBBES

  1. Hobbes est :
  1. Empiriste
  2. Idéaliste
  3. Rationaliste

Réponse : a) et c)

Hobbes est un empiriste : « La sensation est le principe de la connaissance des principes eux-mêmes, et la science est tout entière dérivée d’elle. » La connaissance empirique repose sur des associations d’idées, sur des attentes d’un avenir conforme au passé et aboutissant à la prudence. Cependant, il oppose une connaissance rationnelle qui est la sagesse ou la science. Cette connaissance commence avec l’emploi de ces signes que sont les mots du langage. Grâce au langage, et à lui seul, les mots « vérité », « erreur », « raisonnement » prennent un sens. Malgré le flux continuel de l’expérience, on arrive donc à des connaissances fixes et certaines, bien distinctes de la connaissance empirique.

2) L’état de nature décrit :

  1. Les sociétés traditionnelles.
  2. L’état voulu par l’homme.
  3. L’état de l’homme sans liens sociaux.

Réponse : c)

L’état de nature est une fiction, une expérience de pensée qui fait abstraction du pouvoir politique. L’état de nature n’a pas de réalité : son concept correspond à une hypothèse de travail, dont la fonction est méthodologique. Dans le premier chapitre du «Citoyen», Hobbes décrit l’état des hommes hors de la société civile : c’est une critique implicite de la situation en Angleterre, où toute autorité civile est bannie par les conflits et les haines.

  1. L’homme a :
  1. Une pitié naturelle envers autrui.
  2. Une indifférence envers autrui.
  3. Une rivalité envers autrui.

Réponse : c)

L’état de nature est un état paradoxal : l’homme est la rencontre d’autrui mais selon des rapports de puissance. La rivalité résulte immédiatement de la nécessité vitale qui fait que chaque individu, dominé par la pulsion de sa particularité, entre en conflit avec les autres individus quand il s’efforce de trouver son bien dans la nature. C’est pourquoi Hobbes écrit que « l’homme est un loup pour l’homme ». Les hommes tombent alors dans un état de guerre de tous contre tous.

  1. Le droit naturel est :
  1. L’ensemble des lois naturelles.
  2. La liberté.
  3. Le droit positif.

Réponse : b)

Le «droit de nature» subjectif est défini comme « la liberté qu’a chacun d’user comme il le veut de son pouvoir propre pour la préservation de sa propre nature, autrement dit de sa propre vie ». Ce droit confère à l’individu la force de vivre, il est totalement a-juridique. Tous les individus ont les mêmes besoins et droits ; ils ont ainsi les mêmes moyens de satisfaire leurs besoins et de préserver leur vie. Au contraire, la «loi naturelle» n’est pas une loi au sens propre du terme, elle est, note Hobbes dans «Léviathan», « un précepte, une règle générale, découverte par la raison, par laquelle il est interdit aux individus de faire ce qui mène à la destruction de leur vie ou enlève le moyen de la préserver ». L’homme est ainsi tiraillé entre guerre et paix.

  1. L’ordre politique :
  1. Est naturel.
  2. Est conventionnel.
  3. Complète la nature.

Réponse : b)

Conformément à la loi de la nature, l’homme trouve dans les pouvoirs de la raison la source de l’artifice par lequel il triomphera des passions qu’attise le droit de la nature. La raison calcule alors les conditions nécessaires de sauvegarde des hommes. Les hommes concluent un pacte par lequel chacun « va céder le droit qu’il a sur toutes choses » et le transférer à un tiers. Il s’agit d’un acte contractuel puisqu’il requiert dans l’unanimité une totale réciprocité. Par conséquent, le souverain, qui n’est pas partie au pacte, est une construction artificielle. Sa puissance provient de l’accumulation des droits dont tous les individus ont décidé de ne pas user. L’Etat est bien conventionnel car il est fondé sur un pacte passé entre les individus en faveur d’un tiers dont la volonté sera désormais la leur.

  1. Léviathan symbolise :
  1. La puissance souveraine.
  2. La dictature.
  3. La révolution.

Réponse : a)

«Léviathan» est un monstre marin mentionné dans la «Bible» (job, XL). Le mot désigne ici la puissance souveraine « ce dieu mortel auquel nous devons notre paix et notre défense. En vertu du pouvoir conféré par chaque individu dans l’Etat, il dispose de tant de puissance et de force assemblées en lui que par la terreur qu’elles inspirent, il peut conformer la volonté de tous ».

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