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Etat et Société (sujets possibles)

L’homme comme animal politique

L’intérêt est-il l’unique lien social ?

Peut-il y avoir une société sans Etat ?

Les lois ont-elles pour but la paix ou la vertu ?

L’Etat doit-il assurer le bonheur des citoyens ? (Politique ; le bonheur)

Le politique est-il en droit de faire abstraction de la morale ? (Politique ; morale)

L’Etat est-il un mal nécessaire ?

La démocratie peut-elle échapper à la démagogie ?

L’exercice du pouvoir entraîne-t-il nécessairement l’abus de pouvoir ?

Quelle est la mesure de l’efficacité politique ?

Une violence légale est-elle violence ?

Peut-on accepter la loi de la majorité si l’on refuse la loi du plus fort ?

L’inégalité des hommes rend-elle impossible l’égalité des citoyens ? (Politique ; nature/culture)

A quoi servent les lois ?

Ce qui est légal est-il nécessairement légitime ?

Est-ce dans la nature humaine qu’il faut chercher l’origine des injustices ? (Politique ; nature/culture)

A-t-on le droit de s’opposer à la loi ?

Peut-on critiquer la démocratie ?

La démocratie n’est-elle qu’un idéal ?

L’action politique est-elle autre chose que la recherche du moindre mal ?

La compétence technique peut-elle fonder l’autorité politique ?

Y a-t-il de justes inégalités ?

Etre juste, est-ce traiter tout le monde de la même façon ?

La liberté politique se réduit-elle au pouvoir de vivre tranquillement ?

Liberté et égalité sont-elles opposées ou complémentaires ?

Y a-t-il contradiction entre être libre et être soumis aux lois ?


Les hommes doivent nécessairement établir des lois et vivre selon des lois, sous peine de ne différer en aucun point des bêtes les plus totalement sauvages. La raison en est qu’aucune nature d’homme ne naît assez douée pour à la fois savoir ce qui est le plus profitable à la vie humaine en cité et, le sachant, pouvoir toujours et vouloir toujours faire ce qui est le meilleur. La première vérité difficile à connaître est, en effet, que l’art politique véritable ne doit pas se soucier du bien particulier, mais du bien général, car le bien commun assemble, le bien particulier déchire les cités, et que bien commun et bien particulier gagnent tous les deux à ce que le premier, plutôt que le second, soit solidement assuré.

Platon

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « l’art politique véritable ne doit pas se soucier du bien particulier, mais du bien général »

3 Les lois ont-elles pour vocation de servir l’intérêt général ?


Si les hommes étaient ainsi disposés par la Nature qu’ils n’eussent de désirs que pour ce qu’enseigne la vraie Raison, certes, la société n’aurait besoin d’aucunes lois, il suffirait absolument d’éclairer les hommes par des enseignements moraux pour qu’ils fissent d’eux-mêmes et d’une âme libérale ce qui est vraiment utile. Mais tout autre est la disposition de la nature humaine ; tous observent bien leur intérêt, mais ce n’est pas suivant l’enseignement de la droite Raison ; c’est le plus souvent entraînés par leur seul appétit de plaisir et les passions de l’âme (qui n’ont aucun égard à l’avenir et ne tiennent compte que d’elles-mêmes) qu’ils désirent quelque objet et le jugent utile. De là vient que nulle société ne peut subsister sans un pouvoir de commandement et une force, et conséquemment sans des lois qui modèrent et contraignent l’appétit du plaisir et les passions sans frein.

Spinoza


Selon moi, les lois sont faites pour les faibles et par le grand nombre. C’est pour eux et dans leur intérêt qu’ils les font et qu’ils distribuent les éloges ou blâmes ; et, pour effrayer les plus forts, ceux qui sont capables d’avoir l’avantage sur eux, pour les empêcher de l’obtenir, ils disent qu’il est honteux et injuste d’ambitionner plus que sa part et que c’est en cela que consiste l’injustice, à vouloir posséder plus que les autres ; quant à eux j’imagine qu’ils se contentent d’être sur le pied de l’égalité avec ceux qui valent mieux qu’eux.

Voilà pourquoi, dans l’ordre de la loi, on déclare injuste et laide l’ambition d’avoir plus que le commun des hommes, et c’est ce qu’on appelle injustice. Mais je vois que la nature elle-même proclame qu’il est juste que le meilleur ait plus que le pire et le plus puissant plus que le faible.

Platon

NB : Il s’agit des propos de Calliclès qui défend une thèse opposée à celle de Socrate, porte-parole de Platon.

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « la nature proclame que le meilleur ait plus que le pire ».

3 A quoi servent les lois ?


Etant donné qu’il n’existe pas au monde de république où l’on ait établi suffisamment de règles pour présider à toutes les actions et paroles des hommes (car cela serait impossible), il s’ensuit nécessairement que, dans tous les domaines d’activité que les lois ont passés sous silence, les gens ont la liberté de faire ce que leur propre raison leur indique comme leur étant le plus profitable. Car si nous prenons le mot de liberté en son sens propre de liberté corporelle, c’est-à-dire de n’être ni enchaîné ni emprisonné, il serait tout à fait absurde de crier comme ils le font pour obtenir cette liberté dont ils jouissent si manifestement. D’autre part, si nous entendons par liberté le fait d’être soustrait aux lois, il n’est pas moins absurde de la part des hommes de réclamer comme ils le font cette liberté qui permettrait à tous les autres hommes de se rendre maîtres de leurs vies. Et cependant, aussi absurde que ce soit, c’est bien ce qu’ils réclament, ne sachant pas que leurs lois sont sans pouvoir pour les protéger s’il n’est pas un glaive entre les mains d’un homme (ou de plusieurs) pour faire exécuter ces lois.

Par conséquent, la liberté des sujets réside seulement dans les choses qu’en règlementant leurs actions le souverain a passés sous silence, par exemple la liberté d’acheter, de vendre, et de conclure d’autres contrats les uns avec les autres, de choisir leur résidence, leur genre de nourriture, leur métier, d’éduquer leurs enfants comme ils le jugent convenable et ainsi de suite.

Hobbes

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « la liberté des sujets réside seulement dans les choses qu’en règlementant leurs actions le souverain a passés sous silence » ;

3 A quelles conditions est-on libre dans la cité ?


Il n’y a donc point de liberté sans Lois, ni où quelqu’un est au-dessus des Lois (…). Un peuple libre obéit, mais il ne sert pas ; il a des chefs et non pas des maîtres ; il obéit aux Lois, mais il n’obéit qu’aux Lois et c’est par la force des Lois qu’il n’obéit pas aux hommes. Toutes les barrières qu’on donne dans les Républiques au pouvoir des Magistrats1 ne sont établies que pour garantir de leurs atteintes l’enceinte sacrée des Lois : ils en sont les Ministres non les arbitres, ils doivent les garder non les enfreindre. Un Peuple est libre, quelque forme qu’ait son Gouvernement, quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi. En un mot, la liberté suit toujours le sort des Lois, elle règne ou périt avec elles ; je ne sache rien de plus certain.

Rousseau

1 magistrats : par ce mot Rousseau entend tous ceux qui ont une responsabilité dans les affaires de l’Etat.

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « Un peuple est libre… quand dans celui qui le gouverne il ne voit point l’homme, mais l’organe de la Loi »

3 La liberté consiste-t-elle à ne dépendre que des lois ?


Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme, aux droits de l’humanité, même à ses devoirs. Il n’y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l’homme ; et c’est ôter toute moralité à ses actions que d’ôter toute liberté à sa volonté. Enfin c’est une convention vaine et contradictoire de stipuler d’une part une autorité absolue, et de l’autre une obéissance sans bornes. N’est-il pas clair qu’on n’est engagé en rien envers celui dont a droit de tout exiger ? Et cette seule condition sans équivalent, sans échange, n’entraîne-t-elle pas la nullité de l’acte ? Car quel droit mon esclave aurait-il contre moi, puisque tout ce qu’il a m’appartient et que, son droit étant le mien, ce droit de moi contre moi-même est un mot qui n’a aucun sens ?

Rousseau

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’homme ».

3 Peut-on renoncer librement à sa liberté ?


Toute loi (…) vise l’intérêt commun des hommes, et ce n’est que dans cette mesure qu’elle acquiert force et valeur de loi, dans la mesure, au contraire, où elle ne réalise pas ce but, elle perd de sa force d’obligation (…) Or il arrive fréquemment qu’une disposition légale utile à observer pour le bien public, en règle générale, devienne, en certains cas, extrêmement nuisible. Aussi le législateur, ne pouvant envisager tous les cas particuliers rédige-t-il la loi en fonction de ce qui se présente le plus souvent, portant son attention sur l’utilité commune. C’est pourquoi, s’il se présente un cas où l’observation de telle loi soit préjudiciable à l’intérêt général, celle-ci ne doit pas être observée. Ainsi à supposer que dans une ville assiégée on promulgue la loi que les portes doivent demeurer closes, c’est évidemment utile au bien public, en règle générale : mais s’il arrive que les ennemis poursuivent des citoyens dont dépend le salut de la cité, il serait très préjudiciables à cette ville de ne pas ouvrir ses portes. Et par conséquent dans une telle occurrence, il faudrait ouvrir les portes, malgré les termes de la loi, afin de sauvegarder l’intérêt général que le législateur a en vue.

Saint Thomas d’Aquin

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « Toute loi vise l’intérêt commun des hommes » ; « le législateur ne pouvant envisager tous les cas particuliers ».

3 La loi a-t-elle vocation à s’appliquer à tous les domaines de l’action humaine ?


Le besoin du droit naturel est aussi manifeste aujourd’hui qu’il l’a été des siècles et même des millénaires. Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif, autrement dit que le droit est déterminé exclusivement par le législateur et les tribunaux des différents pays. Or il est évident qu’il est parfaitement sensé et parfois même nécessaire de parler de lois ou de décisions injustes. En passant de tels jugements, nous impliquons qu’il y a un étalon du juste et de l’injuste qui est indépendant du droit positif et lui est supérieur : un étalon grâce auquel nous sommes capables de juger le droit positif. Bien des gens considèrent que l’étalon en question n’est tout au plus que l’idéal adopté par notre société ou notre « civilisation » tel qu’il a pris corps dans ses façons de vivre ou ses institutions…

Mais le simple fait que nous puissions nous demander ce que vaut l’idéal de notre société montre qu’il y a dans l’homme quelque chose qui n’est point totalement asservi à sa société et par conséquent que nous sommes capables, et par là obligés, de rechercher un étalon qui nous permette de juger de l’idéal de notre société comme de toute autre.

Léo Strauss

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « Rejeter le droit naturel revient à dire que tout droit est positif »

3 Le droit est-il fondé sur des valeurs ou des intérêts ?


En effet rien de ce qui est de droit humain ne saurait déroger à ce qui est de droit naturel ou de droit divin. Or selon l’ordre naturel institué par la divine providence, les réalités inférieures sont subordonnées à l’homme, afin qu’il les utilise pour subvenir à ses besoins. Il en résulte que le partage des biens et leur appropriation selon le droit humain ne suppriment pas la nécessité pour les hommes d’user de ces biens en vue des besoins de tous. Dès lors, les biens que certains possèdent en surabondance sont destinés, par le droit naturel, à secourir les pauvres. C’est pourquoi saint Ambroise écrit : « Le pain que tu gardes appartient à ceux qui ont faim, les vêtements que tu caches appartiennent à ceux qui sont nus et l’argent que tu enfouis est le rachat et la délivrance des malheureux. » Or le nombre de ceux qui sont dans le besoin est si grand qu’on ne peut pas les secourir tous avec les mêmes ressources, mais aucun a la libre disposition de ses biens pour secourir les malheureux. Et, même en cas de nécessité évidente et urgente, où il faut manifestement prendre ce qui est sous la main pour subvenir à un besoin vital, par exemple quand on se trouve en danger et qu’on ne peut pas faire autrement, il est légitime d’utiliser le bien d’autrui pour subvenir à ses propres besoins ; on peut le prendre, ouvertement ou en cachette, sans pour autant commettre réellement un vol ou un larcin.

Saint Thomas d’Aquin

Questions

1 Dégagez les articulations de ce texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « En effet rien de ce qui est de droit humain ne saurait déroger à ce qui est de droit naturel »

3 A-t-on le droit de désobéir à la loi ?


Les lois injustes sont de deux sortes. Il y a d’abord celles qui sont contraires au bien commun ; elles sont injustes en raison de leur fin, par exemple quand un chef impose à ses subordonnés des lois onéreuses qui profitent à sa cupidité ou à sa gloire plus qu’au bien commun ; soit en raison de leur auteur, par exemple quand un homme promulgue une loi qui excède le pouvoir qu’il détient ; soit encore en raison de leur forme, lorsque les charges destinées au bien commun sont inégalement réparties dans la communauté. De pareilles lois sont des contraintes plus que des lois, car, selon le mot de Saint Augustin au livre I du Libre Arbitre, « on ne peut tenir pour loi une loi qui n’est pas juste ». Par conséquent de telles lois n’obligent pas en conscience, sauf dans les cas où il importe d’éviter le scandale et le désordre ; il faut alors sacrifier même un droit.

(…) Il y a ensuite les lois qui sont injustes parce que contraire au bien divin, comme les lois des tyrans imposant l’idolâtrie et d’autres actes contraires à la loi divine. Il ne faut en aucune manière observer de telles lois ; c’est en ce sens qu’il est dit dans les Actes des Apôtres qu’il vaut mieux obéir à Dieu qu’aux hommes.

Saint Thomas d’Aquin

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale ;

2 Expliquez : « on ne peut tenir pour loi une loi qui n’est pas juste »

3 Vaut-il mieux un ordre injuste que pas d’ordre du tout ?


Des fondements de l’Etat… il résulte avec la dernière évidence que sa fin dernière n’est pas la domination ; ce n’est pas pour tenir l’homme par la crainte et faire qu’il appartienne à un autre, que l’Etat a été institué, au contraire c’est pour libérer l’individu de la crainte, pour qu’il vive autant que possible en sécurité, c’est-à-dire conserve, aussi bien qu’il se pourra, sans dommage pour autrui, son droit naturel d’exister et d’agir. Non, je le répète, la fin de l’Etat n’est pas de faire passer les hommes de la condition d’êtres raisonnables à celles de bêtes brutes ou d’automates, mais au contraire il est institué pour que leur âme et leur corps s’acquittent en sécurité de toutes leurs fonctions, pour qu’eux-mêmes usent d’une Raison libre, pour qu’ils ne luttent point de haine, de colère ou de ruse, pour qu’ils se supportent sans malveillance les uns les autres. La fin de l’Etat est donc la liberté.

Spinoza

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez : « L’Etat a été institué… pour qu’il vive autant que possible en sécurité » « La fin de l’Etat est donc la liberté ».

3 La fin de l’Etat est-elle la sécurité ou la liberté ?


Le meilleur Etat (…) est celui où les hommes vivent dans la concorde et où la législation nationale est protégée contre toute atteinte. En effet, il est certain que les séditions, les guerres, l’indifférence systématique ou les infractions effectives aux lois sont bien plus imputables aux défauts d’un Etat donné qu’à la méchanceté des hommes. Car les hommes ne naissent point membres de la société, mais s’éduquent à ce rôle ; d’autre part, les sentiments humains naturels sont toujours les mêmes. Au cas donc où la méchanceté règnerait davantage et où le nombre de fautes commises serait plus considérable dans une certaine nation que dans une autre, une conclusion évidente ressortirait d’une telle suite d’évènements : cette nation n’aurait pas pris de dispositions suffisantes en vue de la concorde, et sa législation n’aurait pas été instituée dans un esprit suffisant de sagesse.

Spinoza

Questions

1 Dégagez les articulations du texte ainsi que son idée principale.

2 Expliquez « Le meilleur Etat… est celui où les hommes vivent dans la concorde » « Les hommes ne naissent point membres de la société mais s’éduquent à ce rôle »

3 Les institutions politiques sont-elles responsables de la méchanceté des hommes ?


L’Etat…est un produit de la société à un stade déterminé de son développement ; il est l’aveu que cette société s’empêtre dans une insoluble contradiction avec elle-même, s’étant scindée en oppositions inconciliables qu’elle est impuissante à conjurer. Mais pour que les antagonismes, les classes aux intérêts économiques opposés ne se consument pas, elle et la société, en une lutte stérile, le besoin s’impose d’un pouvoir qui, placé en apparence au-dessus de la société, doit estomper le conflit, le maintenir dans les limites de l’ « ordre » ; et ce pouvoir, né de la société, mais qui se place au-dessus d’elle et lui devient de plus en plus étranger, c’est l’Etat. (…) Comme l’Etat est né du besoin de réfréner des oppositions de classes, mais comme il est né, en même temps, au milieu du conflit de classes, il est, dans la règle, l’Etat de la classe la plus puissante, de celle qui domine au point de vue économique et qui, grâce à lui, devient aussi classe politiquement dominante et acquiert ainsi de nouveaux moyens pour mater et exploiter la classe opprimée. (…) L’Etat n’existe pas de toute éternité. Il y a eu des sociétés qui se sont tirées d’affaire sans lui, qui n’avaient aucune idée de l’Etat et du pouvoir d’Etat. A un certain stade du développement économique, qui était nécessairement lié à la division de la société en classes, cette division fit de l’Etat une nécessité.

Engels


La société antérieure, évoluant dans des oppositions de classes, avait besoin de l’Etat, c’est-à-dire, dans chaque cas, d’une organisation de classe exploiteuse pour maintenir… par la force la classe exploitée dans les conditions d’oppression données par le mode de production existant (esclavage, servage, salariat). L’Etat était le représentant officiel de toute la société, sa synthèse en un corps visible, mais cela, il ne l’était que dans la mesure où il était l’Etat de la classe qui, pour son temps, représentait elle-même toute la société : dans l’Antiquité, Etat des citoyens propriétaires d’esclaves ; au Moye Age, de la noblesse féodale ; à notre époque, de la bourgeoisie. Quand il finit par devenir effectivement le représentant de toute la société, il se rend lui-même superflu. Dès lors qu’il n’y a plus de classe sociale à tenir dans l’oppression… il n’y a plus rien à réprimer qui rende nécessaire un pouvoir de répression, un Etat. Le premier acte dans lequel l’Etat apparaît réellement comme représentant de toute la société – la prise de possession des moyens de production au nom de la société, – est en même temps son dernier acte propre en tant qu’Etat. L’intervention d’un pouvoir d’Etat dans des rapports sociaux devient superflue dans un domaine après l’autre, et entre alors naturellement en sommeil. Le gouvernement des personnes fait place à l’administration des choses… L’Etat n’est pas « aboli ». Il s’éteint.

Engels


Nous pensons que la politique, nécessairement révolutionnaire, du prolétariat doit avoir pour objet immédiat et unique la destruction des Etats. Nous ne comprenons pas qu’on puisse parler de solidarité internationale lorsqu’on veut conserver les Etats, – à moins qu’on ne rêve l’Etat universel, c’est-à-dire l’esclavage universel…- l’Etat par sa nature même étant une rupture de cette solidarité et par conséquent une cause permanente de guerre. Nous ne concevons pas non plus qu’on puisse parler de la liberté du prolétariat ou de la délivrance réelle des masses dans l’Etat et par l’Etat. Etat veut dire domination, et toute domination suppose l’assujettissement des masses et par conséquent leur exploitation au profit d’une minorité gouvernante quelconque…

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Les marxiens professent des idées toutes contraires. Ils sont les adorateurs du pouvoir d’Etat, et nécessairement aussi les prophètes de la discipline politique et sociale, les champions de l’ordre établi de haut en bas, toujours au nom du suffrage universel et de la souveraineté des masses, auxquelles on réserve le bonheur et l’honneur d’obéir à des chefs, à des maîtres élus (…) Entre les marxiens et nous il y a un abîme. Eux, ils sont les gouvernementaux, nous les anarchistes…

Bakounine


Vaut-il mieux être aimé que craint, ou craint qu’aimé ? Je réponds que les deux seraient nécessaires ; mais comme il paraît difficile de les marier ensemble, il est beaucoup plus sûr de se faire craindre qu’aimer, quand on doit renoncer à l’un des deux…Cependant, le prince doit se faire craindre de telle sorte que, s’il ne peut gagner l’amitié, du moins il n’inspire aucune haine, car ce sont là deux choses qui peuvent très bien s’accorder. Il lui suffira pour cela de ne toucher ni aux biens de ses concitoyens ni à leurs femmes… qu’il évite par-dessus tout de prendre les biens d’autrui ; car les hommes oublient plus vite la perte de leur père que la perte de leur patrimoine.

C’est pourquoi un seigneur avisé ne peut, ne doit respecter sa parole si ce respect se retourne contre lui et que les motifs de sa promesse soient éteints. Si les hommes étaient tous gens de bien, mon précepte serait condamnable ; mais comme ce sont tous de tristes sires et qu’ils n’observeraient pas leurs promesses, tu n’as pas non plus à observer les tiennes…

Il n’est donc pas nécessaire à un prince de posséder toutes les vertus… ; ce qu’il faut, c’est qu’il paraisse les avoir. Bien mieux, j’affirme que s’il les avait et les appliquait toujours, elles lui porteraient préjudice ; mais si ce sont de simples apparences, il en tirera profit. Ainsi, tu peux sembler – et être réellement- pitoyable, fidèle, humain, intègre, religieux : fort bien ; mais tu dois avoir entraîné ton cœur à être exactement l’opposé, si les circonstances l’exigent.

Machiavel


Je pense (…) que l’espèce d’oppression dont les peuples démocratiques sont menacés ne ressemblera à rien de ce qui l’a précédée dans le monde…je vois une foule innombrable d’hommes semblables et égaux qui tournent sans cesse sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. Chacun d’eux, retiré à l’écart, est comme étranger à la destinée de tous les autres…

Au-dessus de ceux-là s’élève un pouvoir immense et tutélaire, qui se charge d’assurer leur jouissance et de veiller sur leur sort…Il aime que les citoyens se réjouissent pourvu qu’ils ne songent qu’à se réjouir. Il travaille volontiers à leur bonheur : mais il veut en être l’unique agent et le seul arbitre ; il pourvoit à leur sécurité, prévoit et assure leurs besoins, facilite leurs plaisirs, conduit leurs principales affaires, dirige leur industrie, règle leurs successions, divise leurs héritages…

Le souverain étend ses bras sur la société tout entière : il en couvre la surface d’un réseau de petites règles compliquées, minutieuses et uniformes, à travers lesquelles les esprits les plus originaux et les âmes les plus vigoureuses ne sauraient se faire jour pour dépasser la foule ; il ne brise pas les volontés, mais il les amollit, les plie et les dirige ; il force rarement d’agir, mais il s’oppose sans cesse à ce qu’on agisse ; il ne détruit point, il empêche de naître ; il ne tyrannise point, il gène, il comprime, il énerve, il hébète, et il réduit chaque nation à n’être qu’un troupeau d’animaux timides et industrieux, dont le gouvernement est le berger.

Tocqueville


Les historiens, et même le bon sens, peuvent nous faire connaître que, pour séduisants que puissent paraître ces idées d’égalité parfaite, en réalité elles sont, au fond, impraticables, et si elles ne l’étaient pas, elles seraient extrêmement pernicieuses pour la société humaine. Rendez les possessions aussi égales que possible : les degrés différents de l’art, du soin, du travail des hommes rompront immédiatement cette égalité. Ou alors, si vous restreignez ces vertus, vous réduisez la société à la plus extrême indigence, et, au lieu de prévenir le besoin et la mendicité chez quelques uns, vous les rendez inévitables à la communauté entière. La plus rigoureuse inquisition est également nécessaire, pour déceler toute inégalité dès qu’elle apparaît, ainsi que la juridiction la plus sévère, pour la punir et la rectifier. Mais, outre que tant d’autorité doit bientôt dégénérer en tyrannie, et être exercée avec une grande partialité, qui peut bien en être investi dans une situation telle que celle ici supposée ?

Hume


A prendre le terme dans la rigueur de l’acception, il n’a jamais existé de véritable démocratie, et il n’en existera jamais. Il est contre l’ordre naturel que le grand nombre gouverne et que le petit soit gouverné. On ne peut imaginer que le peuple reste incessamment assemblé pour vaquer aux affaires publiques, et l’on voit aisément qu’il ne saurait établir pour cela des commissions, sans que la forme de l’administration change…

Ajoutons qu’il n’y a pas de gouvernement si sujet aux guerres civiles et aux agitations intestines que le démocratique ou populaire, parce qu’il n’y a aucun qui tende si fortement et si continuellement à changer de forme, ni qui demande plus de vigilance et de courage pour être maintenu dans la sienne. C’est surtout dans cette constitution que le citoyen doit s’armer de force et de constance, et dire chaque jour de sa vie au fond de son cœur ce que disait un vertueux Palatin dans la diète de Pologne : « Je préfère une liberté dangereuse à un esclavage tranquille ».

S’il y avait un peuple de dieux, il se gouvernerait démocratiquement. Un gouvernement si parfait ne convient pas à des hommes.

Rousseau


Il est vrai, que dans les démocraties, le peuple parait faire ce qu’il veut ; mais la liberté politique ne consiste point à faire ce que l’on veut. Dans un Etat, c’est-à-dire dans une société où il y a des lois, la liberté ne peut consister qu’à pouvoir faire ce que l’on doit vouloir, et à n’être point contraint de faire ce que l’on ne doit pas vouloir.

Il faut se mettre dans l’esprit ce que c’est que l’indépendance, et ce que c’est que la liberté. La liberté est le droit de faire tout ce que les lois permettent ; et si un citoyen pouvait faire ce qu’elles défendent, il n’aurait plus de liberté, parce que les autres auraient tout de même ce pouvoir.

La démocratie et l’aristocratie ne sont point des Etats libres par leur nature. La liberté politique ne se trouve que dans les gouvernements modérés. Mais elle n’est pas toujours dans les Etats modérés. Elle n’y est que lorsqu’on n’abuse pas du pouvoir ; mais c’est une expérience éternelle, que tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser ; il va jusqu’à ce qu’il trouve des limites. Qui le dirait ! La vertu même a besoin de limites.

Pour qu’on ne puisse abuser du pouvoir, il faut que, par la disposition des choses, le pouvoir arrête le pouvoir.

Montesquieu


Il ne faut pas beaucoup de probité pour qu’un gouvernement monarchique ou un gouvernement despotique se maintienne ou se soutienne. La force des lois dans l’un, le bras du prince toujours levé dans l’autre, règlent ou contiennent tout. Mais dans un Etat populaire, il faut un ressort de plus qui est la vertu…

Les politiques grecs, qui vivaient dans le gouvernement populaire, ne reconnaissaient d’autre force qui put le soutenir que celle de la vertu. Ceux d’aujourd’hui ne nous parlent que de manufactures, de commerce, de finances et de luxe même.

Lorsque cette vertu cesse, l’ambition entre dans les cœurs qui peuvent la recevoir, et l’avarice entre dans tous. Les désirs changent d’objets : ce qu’on aimait, on ne l’aime plus ; on était libre avec les lois, on veut être libre contre elles ; chaque citoyen est comme un esclave échappé de la maison de son maître ; ce qui était maxime, on l’appelle rigueur ; ce qui était règle, on l’appelle gêne ; ce qui était attention, on l’appelle crainte.

La république est une dépouille ; et sa force n’est plus que le pouvoir de quelques citoyens et la licence de tous.

Montesquieu


Il n’y a donc pas et il ne saurait y avoir de régime politique absolument préférable à tous les autres, il y a seulement des états de civilisation plus perfectionnés les uns que les autres. Les institutions bonnes à une époque peuvent être et sont même le plus souvent mauvaises à une autre, et réciproquement. Ainsi, par exemple, l’esclavage, qui est aujourd’hui une monstruosité, était certainement, à son origine, une très belle institution, puisqu’elle avait pour objet d’empêcher le fort d’égorger le faible ; c’était un intermédiaire inévitable dans le développement général de la civilisation. De même, en sens inverse, la liberté, qui, dans une proportion raisonnable, est si utile à un individu et à un peuple qui ont atteint un certain degré d’instruction et contracté quelques habitudes de prévoyance, parce qu’elle permet le développement de leurs facultés, est très nuisible à ceux qui n’ont pas encore rempli ces deux conditions, et qui ont indispensablement besoin, pour eux-mêmes autant que pour les autres, d’être tenus en tutelle. Il est donc évident qu’on ne saurait s’entendre sur la question absolue du meilleur gouvernement possible.

Comte


 

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