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DICTATURE DU PROLÉTARIAT

DICTATURE DU PROLÉTARIAT. Dans la théorie marxiste, phase historique transitoire pendant laquelle le prolétariat, pour assurer sa révolution, devra exercer un pouvoir dictatorial pour détruire complètement l’État bourgeois et les restes de son idéologie, préparant ainsi la société sans classes. L’histoire des pays socialistes semble avoir montré que la «dictature du prolétariat» fut plutôt la dictature d’une bureaucratie ou de chefs autocrates. Elle se présenta faussement comme transitoire, illustrant en fait la formule d’Orwell : «On n’établit pas une dictature pour sauvegarder une révolution, on fait une révolution pour établir une dictature» (Orwell, 1984).

DICTATURE


Le régime politique de la dictature réduit ou supprime les libertés fondamentales et impose le pouvoir d’un homme (chef militaire ou religieux) ou d’un groupe (armée, parti). Le bolchevisme a inventé, après le coup d’État d’octobre 1917, une forme nouvelle de dictature : la dictature du prolétariat, en fait celle de parti unique qui, à l’aube du xxie siècle, restait le régime du pays le plus peuplé du monde, la Chine. Entre les deux guerres, plusieurs démocraties européennes se sont transformées en dictatures, notamment fascistes. Elles se sont multipliées après 1945, avec la décolonisation, autour d’un chef charismatique (Égypte de Nasser), d’un parti unique (FLN – Front de libération nationale en Algérie) ou d’une armée (Indonésie). Dans le même temps, la démocratie était instaurée en Inde et les dictatures espagnole, grecque et portugaise s’effondraient au milieu des années 1960. Enfin, l’écroulement du communisme en Europe (1989-1991) entraînait une démocratisation inégale à l’Est (plus avancée en Pologne qu’en Russie par exemple). L’Europe, occidentale et médiane à la fin de l’an 2000, ne comprenait que des démocraties plus ou moins accomplies.

En Afrique, les progrès de la démocratie à partir des années 1990 (marquées notamment par la fin de l’apartheid en Afrique du Sud) ont souvent avorté et des dictatures ont cédé le pas au chaos (Zaïre-Congo). En Amérique latine, différentes formes de régimes autoritaires ou populistes parfois démocratiques ont été, dans les années 1960 et 1970, remplacées par des dictatures militaires, comme au Brésil, au Chili ou en Argentine. À partir des années 1980, on a assisté à un passage à la démocratie, y compris dans des pays comme le Paraguay où la dictature régnait depuis des décennies.

Les dictatures au xxe siècle sont apparues dans des sociétés très différentes (religion, niveau de développement économique, traditions politiques). Beaucoup ont fondé leur légitimité par des emprunts à la démocratie (référendum, Parlement élu…) ou sur leur nom (« démocraties populaires »), reconnaissant une validité supérieure aux démocraties que les institutions internationales (ONU, Conseil de l’Europe) cherchent, en principe, à renforcer.

DICTATURE DU PROLÉTARIAT


Le concept de « dictature du prolétariat » forgé par Karl Marx (1818-1883) caractérise le régime succédant à l’État bourgeois et aboutissant à la disparition de l’État. Le xxe siècle aura vu naître de nombreuses dictatures de parti unique, présentées comme des dictatures du prolétariat.

La formule n’est présente dans les écrits de Friedrich Engels (1820-1895) et de K. Marx qu’une cinquantaine de fois, mais ils la considèrent comme essentielle. Après la répression de l’insurrection de juin 1848 à Paris, perçue comme un effet de la « dictature de la bourgeoise », K. Marx présente ainsi la dictature du prolétariat comme une réponse nécessaire à celle de la bourgeoisie dans la transition vers le communisme. Néanmoins, il ne précise pas ce que pourrait être une dictature exercée par une classe tout entière.

Lénine proposera une réponse : la dictature du prolétariat sera celle du Parti. Dès lors, les marxistes du xxe siècle se diviseront entre ceux qui admettent la dictature du prolétariat, mais refusent celle d’un parti unique et les communistes. Avant même le coup d’État d’octobre 1917 en Russie, Lénine soutient que le Parti, avec ses 400 000 membres, pourrait conserver le pouvoir, puisqu’une aristocratie aussi peu nombreuse avait dirigé l’Empire russe. Dans les faits, c’est le Bureau politique qui commande, d’abord en dehors de toute loi, par la violence et la terreur. Le pouvoir au sein du Parti se concentre dans le poste de secrétaire général du Comité central du Parti, dont Staline fut l’un des premiers titulaires et qui lui conféra un rôle clef. Mais pour les bolcheviks, la dictature du Parti n’était pas une usurpation, car seuls sont révolutionnaires et prolétariens les ouvriers membres du Parti.

La plupart des socialistes européens refusèrent cette logique à l’image du Français Léon Blum au congrès de Tours (décembre 1920), ou du leader de la social-démocratie allemande Karl Kautsky (1854-1938). Et l’essor des dictatures communistes, avec des variantes – les « démocraties populaires » en Europe de l’Est après 1945 – détourne de plus en plus les socialistes de l’idée de dictature du prolétariat, puis même du marxisme.

La dictature communiste prétendait offrir une démocratie plus authentique que la démocratie représentative (qui serait la dictature masquée d’une minorité sur la majorité), mais son contenu est l’hégémonie d’un petit groupe s’appuyant sur la force souvent poussée à son extrême.

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