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DEVOIR ET MORALE

DEVOIR ET MORALE 


Introduction : Liberté et nécessité

« La bourse ou la vie » est une contrainte cad hétéronomie.

« Il ne faut pas tuer », une obligation cad autonomie. Je ne me sentirais pas obligé si je ne me sentais pas libre. Il n’y a devoir que là où je conserve mon libre arbitre. Cette obligation est distincte de la stricte nécessité, car ce qui est obligatoire peut être fait ou ne pas l’être, alors que je ne puis en aucun cas me soustraire à ce qui est nécessaire. L’obligation morale et le devoir sont libres ; au contraire, devant un théorème de mathématique, ma volonté s’incline nécessairement.

I) Peut-on dégager une essence de la morale ?

1° Constat: Relativisme et scepticisme

Note : Le relativiste dit : la vérité est partout (Tout est vrai) / Le sceptique dit: la vérité est nulle part (Tout est faux). Tout relativisme est sceptique et tout scepticisme est relativiste (cf. cours sur la vérité).

Les prescriptions morales sont multiples puisque tributaires de la diversité des cultures. Donc, l’opinion commune (« doxa ») tend à penser que les valeurs morales n’ont rien d’absolu, qu’elles sont relatives à une époque et à un milieu.


PASCAL: « Plaisante justice qu’une rivière borne! Vérité en deça des Pyrénées, erreur au-delà! »

MONTAIGNEApologie de Raymond Sebond ») : constat de la relativité des moeurs, illusion philosophique de la connaissance absolue, désespoir devant les querelles religieuses, haine de l’ethnocentrisme et du fanatisme.

Relativisme = théorie selon laquelle notre connaissance dépend de notre point de vue, de notre perspective. Père du relativisme = Protagoras (sophiste contemporain de Socrate) qui disait : « L’homme est la mesure de toute chose. » Chacun juge de ce qui est vrai, bon, beau pour lui (cf. cours sur la vérité).

  • Côté positif de cette théorie : Elle est commode, elle évite les désaccords. Elle évite le dogmatisme et le fanatisme. Elle rend compte de la multiplicité, de la diversité des goûts et des préférences.
  • Côté négatif de cette théorie : Elle dissout la notion de vérité (de morale, de beauté) = s’il y a autant de morales qu’il y a d’individus, il n’y a plus de morale du tout.

Le relativisme se contredit. Il nie sa propre négation. Dire que tout est vrai, c’est aussi bien dire que tout est faux. Donc, rien ne peut être dit vrai ou faux; beau ou laid; juste ou injuste.

Retour sur l’exemple d’Epiménide le crétois qui dit que « tous les crétois sont des menteurs ». En effet, soit Épiménide dit vrai, alors il ment (puisque c’est un Crétois), donc son affirmation est fausse (puisque tous les Crétois mentent). Soit, au contraire, Épiménide ment en disant cela, alors il existe au moins un Crétois qui dit la vérité, et donc son affirmation est fausse. Dans tous les cas, son affirmation est fausse. Qu’il mente ou non, qu’il dise la vérité ou non, Epiménide se contredit, s’auto-contredit.


Anecdote: « Toutes les opinions sont respectables. C’est vous qui le dites; moi, je dis le contraire; c’est mon opinion = respectez-là donc! » => Le scepticisme met toutes les idées, les valeurs sur le même plan. Il est nihiliste. Tout tolérant amène à tolérer l’intolérable. Comme les pacifistes ont peut-être pu favoriser voire accélérer le déclenchement de la 2de guerre mondiale.

2° L’acte moral est désintéressé

Remarque: seul l’homme accède au sentiment moral, capable de surmonter ses intérêts égoïstes voire de mourir afin d’honorer une valeur.

Au-delà de la diversité des morales, dégager des traits communs, des caractéristiques qui définiraient toute morale, son essence.

Idem Kant: projet de dégager les points communs à toute morale, bref de dégager l’essence de cette dernière.

(TL) Dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs » (1785), Kant établit que le devoir, loin de nous être apporté par l’expérience, est un idéal de la raison pure et une valeur a priori. En effet, l’expérience en tant que telle ne nous fournit jamais de normes universelles et nécessaires. Or, le devoir commande absolument. Cette exigence ne découle pas de l’empirie. Si nous voulions fonder la moralité sur les faits, elle serait rapidement ruinée. Le devoir, loin d’être une réalité, représente une norme de la raison, valable pour tous les êtres raisonnables.

Peut-être même, remarque Kant, n’y eut-il jamais dans le monde un seul exemple d’acte moral réalisé par pur devoir. Le spectacle de l’expérience humaine nous fait découvrir universellement le rôle et la place de l’amour-propre, derrière nos actes les plus désintéressés et les plus vertueux en apparence.

« Il suffit d’être un observateur de sang-froid, qui ne prend pas immédiatement pour le bien même le vif désir de voir le bien réalisé, pour qu’à certains moments on doute que quelque véritable vertu se rencontre réellement dans le monde. Et alors il n’y a rien pour nous préserver de la chute complète de nos idées du devoir, pour conserver dans l’âme un respect bien fondé de la loi qui le prescrit, si ce n’est la claire conviction que, lors même qu’il n’y aurait jamais eu d’actions qui fussent dérivées de ces sources pures, il ne s’agit néanmoins ici en aucune façon de savoir si ceci ou cela a lieu, mais que la raison commande par elle-même, et indépendamment de tous les faits donnés, ce qui doit avoir lieu. » (Kant, « Fondements de la métaphysique des mœurs »).


Exemple DE kANT : supposons un commerçant avenant avec sa clientèle et ne triche jamais sur le prix ou sur la qualité de ses produits. Du point de vue juridique et légal, le commerçant est homme juste, honnête.

Mais les motivations exactes du commerçant ? Est-il honnête et avenant par intérêt ? S’il est croyant, craint-il le courroux divin (aller en Enfer par exemple) ?

Alors le commerçant est honnête et avenant non pas gratuitement, mais uniquement par intérêt bien compris. Son honnêteté et sa gentillesse ne sont qu’apparentes et non réelles.

Il est peut-être honnête simplement parce qu’il sait que là se trouve son intérêt de commerçant, que sa réputation est en jeu, et parce que la malhonnêteté est un risque commercial qu’il ne veut pas prendre. Si l’occasion d’une malhonnêteté absolument sans risque se présentait, le commerçant, qui n’est honnête que par intérêt, n’hésiterait peut-être pas, nouveau Gygès, à tromper et voler l’autre.

L’acte moral est d’abord un acte désintéressé. C’est un acte qui vaut pour lui-même et non en vue d’une éventuelle contrepartie comme la satisfaction d’un intérêt.

2° L’acte moral et le respect de la personne humaine.

[Rappel] Acte moral = acte désintéressé et donc gratuit (aucune contrepartie attendue).

Acte moral prend toujours pour fin, pour objectif, pour raison d’être la valeur de la personne humainE, sa liberté. Je le respecte comme porteur de la loi morale // Mouvement d’esprit des « humanistes » de la Renaissance, caractérisé par la célébration de l’homme comme valeur suprême.

Impératif pratique de Kant : « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».

[Version complète de l’ « impératif catégorique »: « Agis de telle sorte que tu traites l’humanité aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre toujours en même temps comme une fin, et jamais simplement comme un moyen ».]

La morale est fondée sur le respect de la raison. Or celui-ci entraîne le respect de l’homme conçu comme être raisonnable. Par conséquent, l’être humain possède seul une valeur absolue, il représente une fin en lui-même. Les autres êtres vivants ont une valeur conditionnelle, mais l’homme a une valeur inconditionnelle : c’est une personne, une fin en soi.

Qu’est-ce qu’une « fin en soi » ?

Illustration avec la recherche du bonheur. Famille, enfants, loisirs, argent, ami => être heureux, « réussir sa vie ». La recherche du bonheur est une fin en soi et jamais un simple moyen en vue d’autre chose que lui-même.

Idem acte moral. Le sujet n’attend aucune contrepartie. Pas un moyen pour obtenir quelque avantage. Il vaut pour lui-même = « fin en soi ».

Certes, nous vivons avec autrui, nous sommes donc tous, inévitablement, des moyens les uns pour les autres.

Mon acte est moral si je ne considère pas autrui SEULEMENT comme un moyen. Si je réduis autrui à ce statut de moyen et donc si je le considère sous l’angle de mon seul intérêt (refus du mensonge, du vol, de l’esclavage, de la torture, de la prostitution, de l’excision, etc.). Mais aussi du suicide. Celui qui se suicide se traite lui-même comme un moyen, et non comme une fin en soi. Idem pour la peine de mort.

Au-delà de mon intérêt, je considère qu’autrui vaut pour lui-même. Tout être qui est une personne (libre et raisonnable) est fin en soi, cad autonome, à la fois son propre législateur et son propre sujet. Comme tel il exige le respect, de n’être jamais employé comme moyen. Les autres sont aussi de « je ». Je ne suis un « je » que pour moi !… Nous sommes tous deux sujets l’un envers l’autre ; pas de différence entre le rapport à autrui et le rapport à soi-même d’ailleurs !

Je DOIS respecter autrui mais aussi ma propre personne. Actes de déchéance comme ivresse, drogue, sexe, = je réduis mon être propre, ma personne au rang de simple moyen, je la rabaisse au stade de simple espèce naturelle (animale), je renonce à mon humanité, à ma raison (condamnation du suicide ou de l’euthanasie chez Kant).

« Or je dis : l’homme, et en général tout être raisonnable, existe comme fin en soi, et non pas simplement comme moyen dont telle ou telle volonté puisse user à son gré ; dans toutes ces actions, aussi bien dans celles qui le concernent lui-même que dans celles qui concernent d’autres êtres raisonnables, il doit toujours être considéré en même temps comme une fin. Tous les objets des inclinations n’ont qu’une valeur conditionnelle; car, si les inclinations et les besoins qui en dérivent n’existaient pas, leur objet serait sans valeur. Mais les inclinations mêmes, comme sources du besoin, ont si peu une valeur absolue qui leur donne le droit d’être désirées pour elles-mêmes, que, bien plutôt, en être pleinement affranchi doit être le souhait universel de tout être raisonnable. Ainsi la valeur de tous les objets à acquérir par notre action est toujours conditionnelle. Les êtres dont l’existence dépend, à vrai dire, non pas de notre volonté, mais de la nature, n’ont cependant, quand ce sont des êtres dépourvus de raison, qu’une valeur relative, celle de moyens, et voilà pourquoi on les nomme des choses ; au contraire, les êtres raisonnables sont appelés des personnes, parce que leur nature les désigne déjà comme des fins en soi, c’est-à-dire comme quelque chose qui ne peut pas être employé simplement comme moyen, quelque chose qui par suite limite d’autant toute faculté d’agir comme bon nous semble (et qui est un objet de respect) ». Kant, « Fondements de la métaphysique des moeurs ».

Distinguer la valeur et le prix. Toute chose a un prix. La personne humaine (libre et raisonnable) n’a pas de prix. Elle a donc une valeur absolue, objet de respect.

PROLONGEMENT SUR LA NOTION DE PERSONNE ET DE RESPCT: Dans les « Fondements de la métaphysique des mœurs », Kant observe que les hommes étant doués de raison, ils sont de ce fait non de simples individus mais des personnes, c’est-à-dire des êtres qui constituent des fins en soi: « Des êtres raisonnables sont tous des sujets de la loi selon laquelle chacun d’eux ne doit jamais se traiter soi-même et traiter tous les autres simplement comme des moyens, mais toujours en même temps comme des fins en soi. » La personne est un être autonome, puisqu’elle a la capacité de n’obéir qu’à la loi morale qui émane de sa propre volonté en tant qu’elle est une nature raisonnable L’homme est un sujet moral responsable et possédant une dignité, une valeur absolue. Contrairement aux choses qui ont une valeur relative et qui peuvent être utilisées comme simple moyen, l’homme constitue une fin en soi. Seul un être, ayant conscience d’être un et identique par-delà la multiplicité des états de conscience internes et des expériences vécues, peut être un sujet ayant des droits et des devoirs. La personne désigne l’individu humain comme singulier universel. Tout homme peut dire « je », c’est-à-dire totaliser le divers, et doit reconnaître tous les autres qui peuvent dire « je ». La personne est ainsi une catégorie juridique : un sujet reconnu par le droit comme acteur libre et responsable. Elle est aussi une catégorie morale : un sujet ayant des devoirs de vertu, en particulier celui de travailler au bonheur de ses semblables ou tout au moins de se donner comme fin à ses actions le respect de l’humanité en sa personne et en celle d’autrui.

3° L’acte moral est rationnel et non sentimental

Acte moral est donc méritoire, demande un effort et suscite un sentiment de respect (seul sentiment éthique, unique sentiment rationnel): je surmonte mon intérêt égoïste au nom de la valeur attribuée à la personne humaine (la mienne et celle d’autrui).

Donc…

Surmonter mon intérêt pour une personne avec qui j’entretiens des liens affectifs étroits, je n’en ai aucun mérite. Acte non moral car ni gratuit, ni désintéressé.

Cet acte présente l’inconvénient d’être peu sûr, car les sentiments peuvent s’avérer fluctuants, mon amour d’aujourd’hui pouvant devenir la haine ou l’indifférence de demain.

«  Être bienfaisant, quand on le peut, est un devoir, et de plus il y a de certaines âmes si portées à la sympathie, que même sans un autre motif de vanité ou d’intérêt, elles éprouvent une satisfaction intime à répandre la joie autour d’elles et qu’elles peuvent jouir du contentement d’autrui en tant qu’il est leur oeuvre. Mais je prétends que dans ce cas une telle action, si conforme au devoir, si aimable qu’elle soit, n’a pas cependant de valeur morale véritable, qu’elle va de pair avec d’autres inclinations, avec l’ambition par exemple qui, lorsqu’elle tombe heureusement sur ce qui est réellement en accord avec l’intérêt public et le devoir, sur ce qui par conséquent est honorable, mérite louange et encouragement, mais non respect; car il manque à la maxime la valeur morale, c’est-à-dire que ces actions soient faites, non par inclination, mais par devoir. Supposez donc que l’âme de ce philanthrope soit assombrie par un de ces chagrins personnels qui étouffent toute sympathie pour le sort d’autrui, qu’il ait toujours encore le pouvoir de faire du bien à d’autres malheureux, mais qu’il ne soit pas touché de l’infortune des autres, étant trop absorbé par la sienne propre, et que, dans ces conditions, tandis qu’aucune inclination ne l’y pousse plus, il s’arrache néanmoins à cette insensibilité mortelle et qu’il agisse, sans que ce soit sous l’influence d’une inclination, uniquement par devoir, alors seulement son action a une véritable valeur morale.  » Kant, Fondements de la métaphysique des mœurs, Première section, pp. 96-97 Ed. Delagrave : agir conformément au devoir versus agir par devoir.


L’obligation morale doit provenir de la seule raison (faculté commune à tous les hommes). Morale rationaliste (fondée sur l’autorité de la raison) => Sujet est auteur de la loi morale. Cette loi vient de sa propre raison => autonomie morale. En n’obéissant à sa raison morale, le sujet obéit à lui-même // Kant, s’inspire ici de Rousseau: « La liberté est l’obéissance à la loi qu’on s’est prescrite » (« Du Contrat social »).

Pour être moral, se soumettre à l’ordre de la raison. Obligation de surmonter l’intérêt égoïste de notre « cher moi » (Kant). L’acte moral est un devoir, un impératif (un ordre) de la raison : la raison est une faculté commune à tous les hommes, et donc ses ordres seront universels ou, du moins auront vocation à l’être.

Faire son devoir est méritoire, digne de respect et de mérite. Prendre son plaisir n’est pas un devoir. Accomplir l’acte moral est un devoir car ne va pas de soi. Le devoir, c’est « ce qui coûte » et, selon la formule d’Alain (philosophe rationaliste français du XXe), « Jamais d’autre difficulté dans le devoir que de le faire. ».

Aspect impératif du devoir : « Agis comme si la maxime de ton action pouvait être érigée par ta volonté en loi universelle de la nature ». Test d’universalisation de notre action. Puis-je vouloir que tous les hommes fassent comme moi – sans exception ? Si non alors c’est qu’on veut faire une exception pour soi, c’est subjectif/égoïste et non moral.

(Chaque être humain perçoit sa conscience comme un absolu = une valeur de dignité méritant le respect, mais il est capable d’universaliser, c’est à dire de comprendre que tous les autres êtres humains sont pour eux-mêmes des absolus, donc d’élargir ce respect à l’humanité tout entière. C’est là le fondement de la morale kantienne, et le respect de cette morale fait de nous des êtres libres.)

Toutes les fois qu’un CPE vous dit : « Si tout le monde faisait comme vous, le résultat ne serait pas joli », ce censeur est kantien sans le savoir!

  • Exemple du suicide : si cet acte devenait une loi universelle => cela détruirait l’humanité ! Le suicide est immoral.
  • Exemple du meurtre : lorsque tu te demandes comment agir, accorde au monde entier la même permission de faire ce que tu veux faire. Par exemple, tu veux tuer tel homme, imagine que tout le monde ait le droit de tuer tout le monde. La vie sociale est-elle encore possible ? Non !

Qu’est-ce que l’immoralité ? C’est se considérer comme une exception, s’accorder des privilèges, se croire au-dessus des autres.

  • Exemple du mensonge : le mensonge : peut-il être universalisable sans contradiction ? Puis-je vouloir un monde dans lequel chacun pourrait mentir à sa guise (comme en Crète !). Si oui alors plus personne ne croirait l’autre et… donc aussi moi-même.

Car même s’il est proféré par délicatesse ou pour éviter la souffrance morale d’autrui, il n’en est pas moins vrai que si tout le monde mentait, toute vie sociale, toute communication entre les hommes perdraient leur sens, deviendraient impossibles. Il ne faut jamais mentir dit Kant. Mentir, c’est disqualifier la source du droit. Si vous mentez une fois, on ne parviendra plus à vous croire.

// Nietzsche: « Ce qui me gêne, ce n’est pas que tu m’aies menti mais que je ne peux plus désormais te croire ».

Pour Kant, aucune exception à l’interdiction du mensonge in « D’un prétendu droit de mentir ».

Par exemple, si un paysan accepte de protéger dans sa grange un persécuté politique poursuivi par la police politique et si celle-ci frappant à la porte de la ferme, demande au paysan si la personne recherchée s’y trouve, il ne doit pas déroger à la règle et il ne doit donc pas mentir.


Argumentation de Kant : quoi que nous fassions, nous ne connaissons pas les conséquences futures et concrètes de nos choix. C’est ainsi que si je mens, sans le vouloir, je peux faciliter l’arrestation du persécuté. Il a pu, en entendant arriver la police, s’enfuir, permettant de ce fait à la police de le retrouver plus vite => aucune raison de l’ordre de la raison, aucun argument rationnel de déroger à la loi de la raison.

Seul le sentiment (d’amour ou de haine) peut m’amener à déroger à l’ordre de la raison sans que céder à mon affectivité ne me garantisse la réussite de ma bonne intention. Alors, comme, quel que soit mon choix, mentir ou non, je n’ai aucune certitude quant aux conséquences de ce dernier, ici sauver la vie du persécuté, je n’ai aucune raison de ne pas faire le choix de la vérité.

  • Exemple du parjure : Lecture en classe.

La moralité réside dans l’intention et non dans la réussite de l’acte.

Ainsi un acte moral authentique est:

  • un acte désintéressé, gratuit,
  • prenant pour fin la valeur de la personne humaine (respect et dignité de l’autre),
  • pouvant être universalisé sans contradiction.

L’acte moral dépend de l’intention qui de l’acte et non aux résultats de l’acte. Seule l’intention compte. Tout dépend de l’intention qui préside à l’acte. On accomplit son devoir parce que c’est le devoir. Une action est donc moralement bonne quand le seul souci/ but de notre action est de faire le bien pour le bien.

Seule la bonne volonté cad la volonté d’agir conformément aux prescriptions du devoir moral vaut absolument. Action que nous devons accomplir pour elle-même, indépendamment de toute considération eudémoniste, utilitaire ou conséquentialiste. « Fais ce que dois, advienne que pourra », telle est la formule générale du devoir. L’absence de résultats ne peut rien retrancher à la valeur morale de l’action, pas plus que la réussite ne peut y ajouter quelques choses.

Csq: difficile de juger de la moralité authentique d’un acte car secret de l’intériorité de la conscience. // Saint-Exupéry « l’essentiel est invisible » pour les yeux.

Distinction entre acte accompli « conformément au devoir », en accord apparent avec les règles morales (cf. le commerçant peut paraître honnête (extérieurement) quand il ne fixe pas ses prix à la tête du client, mais il ne le fait peut-être pas parce que c’est bien, en vue de faire le bien : c’est peut-être tout simplement parce qu’il a intérêt à le faire s’il veut qu’on continue à venir faire ses courses chez lui).

…. Et…

acte accompli uniquement « par devoir », ayant pour seule motivation l’accomplissement du devoir pour lui-même, de l’ordre (l’impératif) donné par la raison (et non par les sentiments).

La conformité apparente à l’exigence morale ne suffit pas // « Ne jugez pas » des Évangiles.

Prolongement: Distinction de la légalité et de la moralité chez KANT:

Exemples des actes seulement conformes au Devoir moral: Si vous aidez un aveugle à traverser la rue, pour la satisfaction non pas de l’acte charitable, mais du regard approbatif que vous cherchez à éveiller chez telle personne présente (l’action dans ce cas est faite par désir de se faire remarquer et non par devoir), si vous épargnez le prisonnier dans l’intention d’en tirer rançon (l’action est faite par calcul d’intérêt personnel et non par devoir), si vous rendez l’objet trouvé parce que vous avez peur d’avoir été vu et identifié, etc., etc., vous avez le masque de la moralité, mais non pas le sens du devoir.

Il faut donc distinguer avec Kant la simple légalité de la moralité proprement dite: Un acte qui est conforme au devoir est légal mais non moral, si ce n’est pas le seul souci de faire son devoir qui l’a inspiré. Qu’elle soit commandée par l’inclination ou par l’intérêt, par la bonté ou par le calcul, l’action n’a « aucune vraie valeur morale » si elle procède d’une autre source que le pur respect de la loi morale. Il en résulte que « jamais peut-être un acte de pur devoir n’a été accompli » et que la vraie moralité est tout intérieure : les autres peuvent juger de la légalité de mes actes ; je suis seul juge de leur moralité, car je suis seul à savoir si je m’abandonne ou si je me conduis.

Synthèse de la morale kantienne: Qu’est-ce qu’agir moralement?

Pour agir moralement, il faut que je respecte impérativement trois règles. Il faut tout d’abord que je respecte l’autre, c’est-à-dire que j’agisse de telle sorte que ce que je fais, je ne le fais que si j’accepte que les autres puissent en faire autant. À l’inverse, je m’abstiens de faire ce que je ne voudrais pas que les autres fassent et surtout me fassent. De cette première règle découle la seconde : ce que, en tant qu’être humain je ne voudrais surtout pas que l’autre me fasse, c’est oublier ma qualité d’être humain et mon autonomie. Agir moralement, c’est ne jamais oublier que l’autre n’est pas un objet ou l’instrument de mes désirs, le simple moyen de satisfaire mes propres besoins, mais bien une volonté libre, qui a ses propres fins, ses propres intérêts, ses propres besoins. Agir moralement, c’est donc essayer de respecter cette autonomie et de la concilier avec la mienne, pour cela c’est tenir compte des besoins et des fins de l’autre. La troisième règle consiste à agir comme si tout le monde était moral, autrement dit à ne pas prendre prétexte de l’absence de moralité de l’autre pour agir moi-même de manière égoïste et immorale : quoi que fassent les autres, je dois rester ferme dans ma manière éthique d’être au monde.

(TL) : L’impératif catégorique : http://www.devoir-de-philosophie.com/flashbac/37i.htm

5°) La Morale ne garantit pas le bonheur (prb)

La morale demande de la part du sujet un effort, d’aller contre son inclination naturelle à rechercher ce qui le favorise et à fuir ce qui lui cause du déplaisir. Il faut « prendre sur soi », comme on dit. De lutter contre son égoïsme.

Accomplir son devoir ne garantit pas d’atteindre l’objectif naturel et premier de tout homme: le bonheur.

L’accomplissement du devoir nous rend « simplement dignes de l’être » ; le bonheur y est seulement un objet d’espérance. (Cf. cours sur le Bonheur).

II] Critiques des analyses de Kant

1° Peut-on renoncer à toute forme d’intérêt ?

Acte moral = désintéressé. Désintéressement = critère de distinction entre acte accompli « conformément au devoir » (droit) et acte accompli « par devoir » (morale).

… MAIS …

Homme = être sensible, de chair et de sang. Homme, capable de renoncer à toute forme d’intérêt même indirect ou dissimulé ? Tout n’est-il pas intérêt ? Chacun ne se préfère-t-il pas à tout autre ?

Logique de l’intérêt (# morale de la pureté de Kant): C’est l’amour de soi qui nous domine

Intérêt égoïste à la survie. On veut jouir et ne pas souffrir. Recherche du plaisir, de la calorie. Pas d’amour que de la sexualité. Schopenhauer = Le sentiment amoureux est une ruse de l’espèce en vue de la reproduction. Rapport homme/femme = logique de l’intérêt bien compris sexe contre nourriture.

Pas d’amour du prochain que de l’égoïsme (fond de la nature humaine). On prend l’autre comme un prétexte mais tout ne revient qu’à soi. C’est toujours à soi que l’on donne de l’amour. La Rochefoucauld (XVIIe): « Les vertus se perdent dans l’intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer. Nos vertus ne sont le plus souvent que des vices déguisés. » (« Sentences & Maximes ») Il y a un mobile intéressé à chacune de nos actions. C’est le mobile le plus fort qui l’emporte. Le refus des louanges est un désir d’être loué 2 fois. On aime la justice car on craint l’injustice. On se dit honnête et fidèle pour mieux tromper => http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertations_pdf/301728.pdf

Derrière l’altruisme, il y a toujours l’égoïsme = j’ai plaisir à faire plaisir.

Exemple de Stendhal dans “De l’amour“: Voici un cavalier qui fuît le champ de bataille, dit Stendhal, en proie à la peur la plus affreuse. Tout à coup il s’arrête, il tire son sabre, il fait tourner son cheval et repart vers le combat. On dit qu’il a du courage. Pas du tout… “C’est que, au lieu de l’image de la mort, il a eu tout aÌ coup l’image de la Légion d’honneur” affirme-t-il !

  • Amour = Pas mythe d’Aristophane, pas recherche de sa « moitié », pas d’unité primitive perdue. Mais promesse de jouissance et amour-propre flatté. Beauvoir = « Le mariage est la prostitution légalisée. ». Le plaisir est « l’unique mobile de la réunion des deux sexes », affirme un personnage des « Liaisons dangereuses » (1782). « Et si l’on se dit encore qu’on s’aime, lit- on chez Crébillon, c’est bien moins parce qu’on le croit que parce que c’est une façon plus polie de se demander réciproquement ce dont on sent qu’on a besoin » (« La Nuit et le Moment », 1755)
  • Amitié / Ami = « parent de notre choix » (Helvétius). L’amitié n’est qu’une homosexualité sublimée (Freud). L’amitié est intéressée : on peut se confier, être écouter, etc. On a plus volontiers des amis lorsque l’on est jeune, riche et beau. La force de l’amitié se mesure à la force de l’intérêt.
  • Amour des enfants = Dans le monde, les actions des êtres vivants quels qu’ils soient, les hommes y compris, se ramènent toutes à l’expression vitale, à l’affirmation de l’individualité, à sa survie propre et à la survie de son espèce. Il n’y a pas, alors, de place pour l’altruisme véritable. Le dévouement de la mère pour ses petits, par exemple, qui est souvent la règle dans le monde animal, n’est rien d’autre que l’expression vitale de l’instinct de survie de l’espèce. Enfants = Occasion du narcissisme des parents. Transmission du patronyme et du patrimoine. Postéromanie = laisser une trace dans l’histoire. Désir d’immortalité par procuration. Petit clone de soi. Pleurer la mort de ses enfants, c’est pleurer sur soi. Plaisir à être obéi.
  • Charité = Amour de soi et construction de son salut. Autrui est toujours un prétexte, un moyen et non une fin. Rarement les dons sont gratuits et anonymes. On apaise notre culpabilité dans la pratique de la charité. Être bon avec autrui, c’est faire plaisir à sa propre conscience, satisfaction narcissique de la “bonne conscience.

# Contre la morale désintéressée de Kant => pas de pureté des intentions. Autrui est un moyen.

« L’homme n’est point cet être débonnaire, au cœur assoiffé d’amour, dont on dit qu’il se défend quand on l’attaque, mais un être au contraire qui doit porter au compte de ses données instinctives une bonne somme d’agressivité. Pour lui, par conséquent, le prochain n’est pas seulement un auxiliaire et un objet sexuel possibles, mais aussi un objet de tentation. L’homme est en effet tenté de satisfaire son besoin d’agression aux dépens de son prochain, d’exploiter son travail sans dédommagements, de l’utiliser sexuellement sans son consentement, de s’approprier ses biens, de l’humilier, de lui infliger des souffrances, de le martyriser et de le tuer. » Freud, « Malaise dans la civilisation ».

Contre la sublime mais impraticable morale de Kant => A partir du constat de l’homme réel, construire une morale de l’intérêt = Intéresser chacun à la vertu. Rendre le vice détestable. Associer des récompenses à la vertu et des blâmes au vice. Créer une pratique intéressée habituelle de la vertu.

D’ailleurs Kant n’a-t-il pas lui-même affirmé que peut-être pas un seul acte moral pur (désintéressé) n’avait été accompli dans le monde ? Cela voudrait-il dire que le sujet ne peut se donner pour seul objectif que de se rapprocher le plus possible de cet acte moral pur sans pouvoir prétendre y parvenir ?

2°) Faut-il ne jamais mentir ?

La morale kantienne du devoir ordonne simplement = « Fais ce que tu dois » sans se préoccuper des conséquences (« Advienne que pourra! »). Or, le fait que le mal puisse résulter du bien et le bien du mal est une réalité (Dire ou non la vérité à un malade ?). L’homme/éthique de conviction (qui agit toujours par devoir indépendamment des circonstances) n’est-il pas un irresponsable ? L’homme/éthique ne réfléchit-il pas au bien et au mal qu’il pourrait produire?

Ne faut-il pas distinguer 2 positions morales:

  • Une « déontologique » = respect rigoureux des règles. Du grec deon, « ce qui convient », et logos, « science », d’où « science de ce qu’il faut faire ».

    Déontologique

    Par opposition à une éthique téléologique, qui est caractérisée par la position d’un Bien « final » (telos) défini substantiellement (par exemple : le bonheur), et à l’éthique conséquentialiste, qui s’attache à l’évaluation des effets d’une décision, l’éthique déontologique affirme qu’il existe des règles et des devoirs auxquels on doit se soumettre. C’est une option éthique formelle (on ne définit que la forme de l’acte moral, comme celle de l’universalisation chez Kant, et non son contenu, comme le Bien des éthiques téléologiques) et anticonséquentialiste (on doit respecter les règles et devoirs quelles que soient les conséquences).

  • Une autre « conséquentialiste », « utilitariste » = considérer le plus grand bien comme motif de nos décisions.

    Conséquentialisme

    Mode de raisonnement moral consistant à évaluer la valeur d’un acte par ses conséquences. La procédure conséquentialiste de décision morale consiste à nous placer dans une situation telle que nous puissions comparer au moins deux lignes d’action possibles selon leurs résultats, et à choisir celle qui entraînera le meilleur résultat, idéalement d’un point de vue impersonnel. En ce sens, le conséquentialisme relève de ce que Max Weber appelle « l’éthique de la responsabilité », opposée à l’éthique de la conviction. Un exemple canonique est souvent évoqué, celui de l’exemple attribué à Kant par Benjamin Constant afin de stigmatiser sa position anticonséquentialiste à l’égard du mensonge: pour échapper à des assassins, une personne innocente se réfugie chez moi; dois-je mentir aux assassins qui me demandent si cette personne est bien chez moi? Agir conformément à une règle, comme celle de ne pas mentir, définira une éthique déontologique. À l’inverse, agir conformément à l’évaluation des conséquences de mon action définira une éthique conséquentialiste. On notera toutefois que ces deux éthiques fondent leur réflexion sur des plans différents. La déontologie s’attache à des valeurs qui ne peuvent être ni graduées ni mesurées (le respect des personne, l’impératif de ne pas mentir, par exemple), mais semble tourner le dos aux conséquences de la décision morale, ce qui entraîne une difficulté pour cette option. Le conséquentialisme s’attache de son côté à des valeurs qui semblent pouvoir être graduées (le plaisir, la satisfaction des préférences, le bien-être), quoiqu’elles ne soient pas forcément mesurables, ce qui entraîne une difficulté certaine pour cette option en théorie morale.

Vidéo sur le conséquentialisme: https://www.youtube.com/watch?v=3hCffvguLTQ

Kant = Il ne faut jamais mentir.

Reprise de l’exemple de Kant = Dois-je me soumettre inconditionnellement à l’interdiction de mentir ? En pareil cas, n’existe-t-il pas des raisons morales de mentir?

Si dire le vrai produit des effets désastreux, il ne faut pas dire le vrai. Mesurer les effets de la vérité. Pas de vérité absolue mais relative à sa finalité.

Pas de Bien ou de Mal universels mais seulement du bon ou du mauvais relativement aux circonstances.

La tradition idéaliste est impraticable, invivable. Péguy = « Kant a les mains propres mais il n’a pas de mains ! »

On ment quand on ne dit pas la vérité à qui on la doit. Doit-on la vérité à un salaud, à un nazi ?

Pureté dangereuse d’un Kant à opposer à une impureté magnifique. Excès de prétention morale légitime la formule de Blaise Pascal : « qui veut faire l’ange fait la bête » (« Pensées », 358) – « l’excès de morale tue la morale ».

Si les effets de la vérité sont douloureux ou induisent la mort d’un homme, cad l’augmentation du malheur alors mentez !

Kant nous propose d’être bienveillants mais pas bienfaisants. S’il est, en effet, insupportable de vivre dans un monde où tout le monde mentirait à sa guise uniquement par méchanceté ou égoïsme, il est au contraire tout à fait souhaitable de vivre dans un monde où les hommes sont assez mûrs pour savoir mentir quand il le faut, quand précisément le bonheur ou la vie de l’autre sont en jeu.

Il est alors possible de se tourner vers une morale utilitariste:


Stuart Mill in « L’Utilitarisme » (1861) : « La doctrine qui donne comme fondement à la morale l’utilité ou le principe du plus grand bonheur, affirme que les actions sont bonnes ou sont mauvaises dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur, ou à produire le contraire du bonheur. »

Devise de la Morale utilitariste / conséquentialiste : Le plus grand avantage pour le plus grand nombre.

Illustration avec la peine de mort de cette morale utilitariste.

  • Défense de la peine de mort => la mort de l’innocent doit entraîner la mort du coupable.
  • Refus de la peine de mort => la société ne peut pas se conduire avec le truand comme celui-ci s’est comporté avec sa victime.
  • Situer le débat au niveau, de l’efficacité ou non de cette peine. Telle est la position de l’utilitarisme.



Mais, objection à l’utilitarisme = Le plus efficace c’est souvent le plus rentable. Au nom de l’efficacité voire de son impact économique sur la société, on pourrait légitimer la peine de mort. Idem pour le clonage thérapeutique (fabriquer des organes avec des cellules souches embryonnaires = Les anglo-saxons utilitaristes ne se posent pas la question métaphysique (L’embryon est-il une personne ?). Ce qui compte, c’est la fécondité/ l’efficacité sur un plan médical de telles pratiques. (Cf. cours sur la vérité).

Le film « Il faut sauver le soldat Ryan » est un film anti-utilitariste. Car, il s’agit de sacrifier 9 soldats pour n’en sauver qu’un !

3° La raison peut-elle trancher le conflit des valeurs ?

Conflit de valeurs = situation où le sujet se voit condamné à sacrifier une ou plusieurs valeurs au bénéfice d’une autre lors d’un choix. Impossibilité d’honorer plusieurs valeurs à la fois. Par exemple, lors d’accouchement difficile, sacrifier soit l’enfant soit la mère ? Choix cornélien.


Sartre : Exister, cad choisir implique d’ « avoir les mains sales ».

Exemple de Sartre dans « L’existentialisme est un humanisme » : Des situations peuvent se présenter où le sujet voit s’opposer 2 impératifs, 2 devoirs:

  • Devoir patriotique (engagement dans les FFL) => Fin = patrie ; moyen = famille.
  • Devoir filial => Fin = famille ; moyen = patrie.

Entre ces 2 impératifs, il n’y a pas d’incohérence de nature et les 2 devoirs peuvent également être universalisés si on suit la morale kantienne. Suivre l’un de ces devoirs, dans un conflit moral, n’entraîne pas que l’autre devoir n’ait aucune pertinence.

LECTURE DU TEXTE : https://www.youtube.com/watch?v=BMe5vz4cwDI (A partir de 20’04” )

« Pour vous donner un exemple qui permette de mieux comprendre le délaissement, je citerai le cas d’un de mes élèves qui est venu me trouver dans les circonstances suivantes : son père était brouillé avec sa mère, et d’ailleurs inclinait à collaborer ; son frère aîné avait été tué dans l’offensive allemande de 1940, et ce jeune homme, avec des sentiments un peu primitifs, mais généreux, désirait le venger. Sa mère vivait seule avec lui, très affligée par la demi-trahison de son père et par la mort de son fils aîné, et ne trouvait de consolation qu’en lui. Ce jeune homme avait le choix, à ce moment- là, entre partir pour l’Angleterre et s’engager dans les Forces Françaises libres- c’est-à-dire abandonner sa mère- ou demeurer auprès de sa mère, et l’aider à vivre. Il se rendait bien compte que cette femme ne vivait que par lui et que sa disparition – et peut-être sa mort- la plongerait dans le désespoir. Il se rendait aussi compte qu’au fond, concrètement, chaque acte qu’il faisait à l’égard de sa mère avait son répondant, dans ce sens qu’il l’aidait à vivre, au lieu que chaque acte qu’il ferait pour partir et combattre était un acte ambigu qui pouvait se perdre dans les sables, ne servir à rien : par exemple, partant pour l’Angleterre, il pouvait rester indéfiniment dans un camp espagnol, en passant par l’Espagne ; il pouvait arriver en Angleterre ou à Alger et être mis dans un bureau pour faire des écritures. Par conséquent, il se trouvait en face de deux types d’actions très différentes : une concrète, immédiate, mais ne s’adressant qu’à un individu ; ou bien une action qui s’adressait à un ensemble plus vaste, une collectivité nationale, mais qui était par là même ambiguë, et qui pouvait être interrompue en route. Et, en même temps, il hésitait entre deux types de morales. D’une part, une morale de la sympathie, du dévouement individuel ; et d’autre part, une morale plus large, mais d’une efficacité plus contestable. Il fallait choisir entre les deux. Qui pouvait l’aider à choisir ? La doctrine chrétienne ? Non. La doctrine chrétienne dit : soyez charitable, aimez votre prochain, sacrifiez-vous à autrui, choisissez la voie la plus rude, etc. Mais quelle est la voie la plus rude ? Qui doit-on aimer comme son frère, le combattant ou la mère ? Quelle est l’utilité la plus grande, celle, vague, de combattre dans un ensemble, ou celle, précise, d’aider un être précis à vivre ? Qui peut en décider a priori ? Personne. Aucune morale inscrite ne peut le dire. La morale kantienne dit : ne traitez jamais les autres comme moyen mais comme fin. Très bien ; si je demeure auprès de ma mère, je la traiterai comme fin et non comme moyen, mais de ce fait même, je risque de traiter comme moyen ceux qui combattent autour de moi ; et réciproquement si je vais rejoindre ceux qui combattent je les traiterai comme fin et de ce fait je risque de traiter ma mère comme moyen.

Si les valeurs sont vagues, et si elles sont toujours trop vastes pour le cas précis et concret que nous considérons, il ne nous reste qu’à nous fier à nos instincts. C’est ce que ce jeune homme a essayé de faire ; et quand je l’ai vu, il disait : au fond, ce qui compte, c’est le sentiment ; je devrais choisir ce qui me pousse vraiment dans une certaine direction. Si je sens que j’aime assez ma mère pour lui sacrifier tout le reste- mon désir de vengeance, mon désir d’action, mon désir d’aventures- je reste auprès d’elle. Si, au contraire, je sens que mon amour pour ma mère n’est pas suffisant, je pars. Mais comment déterminer la valeur d’un sentiment ? Qu’est-ce qui faisait la valeur de son sentiment pour sa mère ? Précisément le fait qu’il restait pour elle. Je puis dire : j’aime assez tel ami pour lui sacrifier telle somme d’argent ; je ne puis le dire que si je l’ai fait. Je puis dire : j’aime assez ma mère pour rester auprès d’elle, si je suis resté auprès d’elle. Je ne puis déterminer la valeur de cette affection que si précisément, j’ai fait un acte qui l’entérine et qui la définit. Or, comme je demande à cette affection de justifier mon acte, je me trouve entraîné dans un cercle vicieux.

D’autre part, Gide a fort bien dit qu’un sentiment qui se joue ou un sentiment qui se vit sont deux choses presque indiscernables : décider que j’aime ma mère en restant auprès d’elle, ou jouer une comédie qui fera que je reste pour ma mère, c’est un peu la même chose. Autrement dit, le sentiment se construit par les actes qu’on fait ; je ne puis donc pas le consulter pour me guider sur lui. Ce qui veut dire que je ne puis ni chercher en moi l’état authentique qui me poussera à agir, ni demander à une morale les concepts qui me permettront d’agir. Au moins, direz-vous, est-il allé voir un professeur pour lui demander conseil. Mais, si vous cherchez un conseil auprès d’un prêtre, par exemple, vous avez choisi ce prêtre, vous saviez déjà au fond, plus ou moins, ce qu’il allait vous conseiller. Autrement dit, choisir le conseilleur, c’est encore s’engager soi-même. La preuve en est que, si vous êtes chrétien, vous direz : consultez un prêtre. Mais il y a des prêtres collaborationnistes, des prêtres attentistes, des prêtres résistants. Lequel choisir ? Et si le jeune homme choisit un prêtre résistant, ou un prêtre collaborationniste, il a déjà décidé du genre de conseil qu’il recevra. Ainsi, en venant me trouver, il savait la réponse que j’allais lui faire, et je n’avais qu’une réponse à faire : vous êtes libre ; choisissez, c’est-à-dire inventez. Aucune morale générale ne peut vous indiquer ce qu’il y a à faire ; il n’y a pas de signes dans le monde ». Sartre dans « L’existentialisme est un humanisme »


4° L’explication sociologique du devoir

·    Selon Durkheim et son école, le devoir n’est que l’intériorisation dans la conscience individuelle de la conscience collective, c’est-à-dire de l’ensemble des valeurs et des croyances communes à une société. La société nous a inculqué le sentiment de sa transcendance morale. Chaque sujet (dans une monarchie), chaque citoyen (dans une démocratie) aurait intégré ses devoirs à travers son éducation dés la toute petite enfance. Limite de l’analyse sociologique : Comment expliquer le caractère universel que peut prendre la forme du devoir.

·    Ainsi s’expliquent le caractère nécessaire du devoir, puisque la société s’impose à l’individu, et son caractère transcendant, puisque l’individu l’intériorise comme quelque chose de sacré.

·    Cette théorie sociologique permet en outre d’expliquer la non-universalité des devoirs qui varient d’une société à l’autre suivant leurs systèmes de valeurs respectifs.

III) Le grand renversement des valeurs (Nietzsche et la philosophie du soupçon)

1° Qu’appelle-t-on « philosophie du soupçon » ?

XIXe (Nietzsche, Marx et Freud) = Intention subversive de chercher scientifiquement la genèse cachée des valeurs: s’interroger non sur leur vérité, mais sur les besoins humains cachés qui les ont engendrées et qui par conséquent les justifient (Dieu est une idée qui console ; sa valeur se ramène donc à ce besoin de consolation). Démasquer l’origine cachée des valeurs morales. Quelle est la valeur des valeurs (morales, religieuses, sociales…) ? Quel est le fondement des valeurs ?

  • Illustration avec Marx = La morale est l’expression d’une idéologie, des intérêts d’une classe dominante qui possède le pouvoir économique, politique, culturel, c’est-à-dire le pouvoir de produire des idées.

Les idées morales de la classe dominante s’imposent à tous. Elles remplissent une fonction : légitimer et maintenir l’ordre social en place. Idéologie = système d’idées qui répond à des besoins précis et non à un souci de vérité. (Cf. cours : État et Histoire)

  • Illustration avec Freud = Morale est l’héritière des interdits parentaux et contemporaine de la formation du « surmoi » chez l’enfant. Contre Kant, la loi morale ne vient pas de la pure raison pratique. Contre les croyants, la loi morale ne vient pas de Dieu mais de mécanismes de refoulement inconscient. (Cf. cours : Inconscient). Origine des impératifs de la conscience morale = formation du surmoi par introjection de l’image paternelle.

    Attention: Freud pense que l’interdit permet au désir de s’élaborer, de se sublimer et crée une arborescence de la personnalité.

  • Illustration avec Nietzsche = Analyse « généalogique » cad démasquer l’origine cachée des valeurs morales ainsi dénoncer le dogmatisme kantiens (formalisme et rigorisme) de l’  « impératif catégorique » affecté d’une valeur absolue (« tu dois »), universelle (rationnelle) et nécessaire (a priori).
    Morale = « tables des valeurs » dont enquête généalogique va manifester les soubassements instinctifs de vie ascendante ou descendante. Morale ne fait que manifester notre « pulsionalité ».
    Quel est le mobile profond des morales la peur ou la vie? La valorisation d’Eros ou de Thanatos ? Se placer « par-delà Bien et Mal » : les jugements moraux ne valent que comme indice d’un certain type de « volonté de puissance ». Morale = « système de jugements de valeur qui est en relation avec les conditions d’existence d’un être. ». Un certain type de morale = un certain type d’homme (//Sartre). Parlant des valeurs morales:  » Sont-elles un symptôme de détresse, d’appauvrissement vital, de dégénérescence? Ou bien trahissent-elles, au contraire, la plénitude, la force, la volonté de vivre, le courage, la confiance en l’avenir de la vie? » (« Généalogie de la morale »). Exhumation des tendances instinctives (Nietzsche, philo du corps) qui se dissimulent derrière elle. Apprécier la valeur de l’origine.

    Volonté de puissance = volonté de vie.

Désir de mort ou de vie = Volonté de puissance négative (ressentiment, haine de la vie. Vdp faible, décadente, négative, signe d’une âme d’esclave (a) # Vdp forte, ascendante, positive signe des « forts », de « grande santé » (b).

La volonté de vie +ve ou -ve se substituant à la dichotomie du Bien et du Mal.

  • Tout ce qui accroît la vie = Bon
  • Tout ce qui calomnie la vie = Mauvais

(a) Morale des esclaves => valeurs (nihilistes) de passivité, de résignation, d’égalité, d’intériorisation, de culpabilisation.

(b) Morale des maîtres (au sens moral d’hommes supérieurs) =>valeurs (aristocratiques) d’activité, de conquêtes, d’affirmation de soi.

Christianisme/ kantisme (morale chrétienne laïcisée) => 3 symptômes morbides :

  1. « Ressentiment » = volonté de vengeance des faibles sur les forts.
  2. « Idéal ascétique » = Discrédit, négation de la vie, masochisme, aller contre nature ». Ne pas rire, ne pas jouir, haine du corps, « animosité à l’égard de la sensualité » (« Généalogie », III, $ 7). Discréditer le corps.
  3. « Nihilisme » = Vie prend valeur de néant. Elle est dépréciée au profit d’un « arrière-monde » fictif, monde suprasensible imaginaire (paradis, monde intelligible, Bien absolu, Dieu, Valeurs).

Les notions de bien et de mal, inventées par les religions, ne servent qu’à domestiquer les hommes, à étouffer leur génie individuel et à leur ôter leur liberté.

Si la vie est calomniée par l’idéal, la valeur est tjs la négation de la vie. La vie doit prendre ses droits.

Si Dieu est mort, nécessité d’une transvaluation [des valeurs].

2°) La transvaluation de toutes les valeurs et le surhomme

Commentaire du Chant augural d’« Ainsi parlait Zarathoustra » sous-titre  « Un livre pour tous et pour personne ».

Le « Z. » = grand livre, le plus mystérieux, le plus dense, le plus métaphorique, le plus prophétique. Référence aux Évangiles. 5e évangile. Figure de l’Antéchrist.


Symboles, images, paraboles, allusions, ellipses, non-dits, lyrisme, poésie, dyonysisme (ivresse, danse, démesure, fêtes, débauche, vers libres: Peu allemand. Masque et travestissement. Bestiaire important: Zarathoustra n’apparaît jamais sans serpent (contact avec la Terre, force tellurique), aigle (cimes, azur, éther). Il est l’homme des altitudes, l’homme des hauteurs (Apollon) mais aussi celui qui reste au contact de la Terre, le « sens de la Terre », des forces matricielles ().

Livre inachevé. « Z » était censé mourir comme le Christ, dont il est l’antithèse morale et philosophique.

La vie n’est pas dialectique (contre Hegel) mais métamorphoses successives (rester soi-même tout en étant toujours différent).

NOTE:
LES TROIS MOMENTS DE LA DIALECTIQUE

Toute connaissance réelle doit passer par trois moments : celui de l’immédiat (ce que la chose est), puis celui de la négation (ce que la chose n’est pas), et enfin celui du concept, c’est-à-dire du résultat qui conserve et contient en lui le moment de sa négation (ce que la chose est en soi). Ce processus est schématiquement le même que celui qui part d’une thèse, lui oppose son antithèse pour finalement parvenir à une synthèse, qui contient et dépasse à la fois les deux premiers moments du raisonnement. Hegel qualifie ce troisième moment de dépassement ou d’élévation (Aufhebung).

Autobiographie intellectuel. Logique du bestiaire. Ce sont des métamorphoses de l’esprit de Nietzsche. Construction, constitution de l’esprit. La philo est une confession de son auteur.

  • « CHAMEAU » = Temps de la soumission, porte les valeurs comme un fardeau, il aime les contempteurs. Il aime jouir de son propre malheur. Jouissance à l’humiliation. Image de l’esclave, du chrétien, bête de somme. Porter son passé comme un passif. Porter sa vie comme un fardeau. Moment oedipien. Pères de substitution : Schopenhauer, Wagner (figure idéale et massive du père, qui est schopenhauerien, ni avec, ni sans toi). Il tombe amoureux de Cosima Wagner. Il croit en Dieu, il est chrétien. Théologie. Découvre Schopenhauer. Se converti à la philo.

Il se dirige vers le désert. Soumission, fardeau de la morale. Devise = « Tu DOIS » = 10 commandements, kantisme, formule du christianisme.

Rupture avec Wagner (« je suis seul depuis qu’il m’a quitté »). Nietzsche tue son père substitutif. Mort du père.

  • « LION » = Temps de la rébellion. Thérapie contre l’Allemagne. Il veut « se créer liberté ». Pas donnée. Construction de soi. « JE VEUX » = début d’affirmation de soi. Révolte contre les valeurs traditionnelles. Refus de la transcendance.

Moment épicurien. Indépendance, liberté. Art de vivre. « Gai Savoir »: « Soyons les poètes de notre existence ». Se tailler une existence à ses propres mesures. Ne pas vivre la vie d’un autre. Humain et trop humain (dédicace à Voltaire). C’est l’esprit libéré, pas encore l’esprit libre. Le lion brise les idoles (Socrate, Jésus, Mahomet, Marx) mais il est impuissant à « inventer de nouvelles valeurs ».

Rupture avec Lou Salomé.

  • « ENFANT » =
    Sans souvenir, ni passé donc sans regret ni nostalgie. Vie au présent. Enfant vit dans la « présentanéité » du présent. Symbole de la liberté, de la création des valeurs (jeu). Temps du consentement. Selon Nietzsche, il faudrait vivre au “seuil de l’instant”, avec la légèreté, de l’enfant, dans l’oubli, dans “l’innocence du devenir”. En quelque sorte se mettre à califourchon sur la pointe de la flèche du temps. Dire OUI au mouvement du temps qui est à la fois création et déclin, c’est dire OUI à la vie, et à la mort qui est nécessairement contenue dans la vie. « Eternel Retour » (ER) = pensée sélective du surhomme.

L’homme-enfant est la figure du Surhomme (SH) = Celui qui a su donner forme à son chaos intérieur. Pas dominer les autres, mais soi-même. Conquérir le pouvoir de vouloir, se dépasser soi-même. La « puissance » du SH n’est pas orientée vers la domination ou possession mais vers la vertu de la force et la force de la vertu. Artistes, hommes supérieurs, créateur héroïques, inventeurs, conquérants.

Dire oui au monde, oui à la vie, oui à l’E.R. Amour des « instants du oui » (Camus), Bénir tous les petits moments de sa vie. Célébrer la vie. Souvent nous disons non à la vie (péché, remords, hérédité) = haine et ressentiment. A l’inverse, il faut aimer la vie. Préférer Eros à Thanatos. Plus potentialité d’être. Pure vitalité par-delà bien et mal. Z. est comme le fils de Nietzsche. Consentement stoïcien (Épictète): si on n’a pas ce que l’on veut, il faut accepter, aimer ce que l’on a. Aimer la vie. Pas de soumission, mais amour du destin. Il faut accepter le négatif de la vie (souffrance, mort, entropie). Moment surhumain (sur-stoïcisme). L’Antéchrist, Ecce Homo. Jubilation au pur plaisir d’exister. Consentement à la nécessité du monde, à son E.R.
: « Ce que tu veux, veuille-le de telle manière que tu puisses en vouloir le retour éternel » / « Agis de telle sorte de toujours vouloir ce qu’une fois tu as voulu. » Devise anti-kantienneAgis de telle sorte que la maxime de ton action puisse être érigée en loi universelle ».)

« Le poids le plus lourd. — Et si, un jour ou une nuit, un démon venait se glisser dans ta suprême solitude et te disait : “Cette existence, telle que tu la mènes, et l’as menée jusqu’ici, il te faudra la recommencer et la recommencer sans cesse ; sans rien de nouveau ; tout au contraire ! La moindre douleur, le moindre plaisir, la moindre pensée, le moindre soupir, tout de ta vie reviendra encore, tout ce qu’il y a en elle d’indiciblement grand et d’indiciblement petit, tout reviendra et reviendra dans le même ordre, sui¬vant la même impitoyable succession… cette araignée reviendra aussi, ce clair de lune entre les arbres, et cet ins¬tant, et moi aussi ! L’éternel sablier de la vie sera retourné sans répit, et toi avec, poussière infime des poussières !”… Ne te jetterais-tu pas à terre, grinçant des dents et mau¬dissant ce démon ? À moins que tu n’aies déjà vécu un ins¬tant prodigieux où tu lui répondrais “tu es un dieu ; je n’ai jamais ouï nulle parole aussi divine ! ”

Si cette pensée prenait barre sur toi, elle te transforme¬rait peut-être, et peut-être t’anéantirait ; tu te demanderais à propos de tout : “Veux-tu cela ? Le reveux-tu ? Une fois ? Toujours ? À l’infini ?” et cette question pèserait sur toi d’un poids décisif et terrible ! Ou alors, ah ! Comme il fau¬drait que tu t’aimes toi-même et que tu aimes la vie pour ne plus désirer autre chose que cette suprême et éternelle confirmation ! » (« Le Gai Savoir »).

Note: Nietzsche dans “La volonté de puissance” (1896), “Ainsi parlait Zarathoustra” (1885), “Ecce homo” (1888) etc., a nié toute obligation. Pour lui, l’obéissance aÌ l’impératif d’une obligation est la négation de la volonté de puissance. Le désir de création, de responsabilité, de risque, exprime au contraire ce qu’il appelle “Dire oui á la vie”, dernier mot de son “immoralisme”.

Vouloir le vouloir qui nous veut. « Amor Fati » = impératif à devenir ce que l’on est (Pindare) = passage du virtuel au réel, de la puissance à l’acte, réalisation de ce qui est latent comme de la graine à l’arbre. Marcher dans ses propres pas. Consentement à être celui que l’on est.

REPERE : EN ACTE / EN PUISSANCE
En puissance signifie potentiellement. En acte, effectivement. Nous possédons tous en puissance des motivations, des talents et des rêves. Mais tout dépend de ce que nous réussissons à incarner dans la vie réelle. Cette distinction permet de mesurer l’importance de l’action, qui seule donne corps à des dispositions que nous portons en nous, mais qui ne sont rien tant que nous ne les avons pas actualisées.

Inversion des valeurs: « transvaluation de toutes les valeurs ». Immoralisme nietzschéen, figure du surhomme: « Hommes supérieurs, maintenant seulement la montagne va enfanter. Dieu est mort: maintenant nous voulons que le surhumain vive » (« Z »). Immoraliste = passage entre ancien et futur. Pas contre toute morale mais contre la morale du passé. Extra-moralité.

« Dieu est mort, tout est permis ». Inventez de nouvelles valeurs. Morale immanente. Si Dieu est mort, il faut que nous devenions des dieux, des soleils. Acteurs d’un monde, d’un destin sans Dieu.

// Dandysme de Baudelaire, Wilde = esthétiser son existence. Se singulariser. Devenir soi, celui que l’on est. Contre l’égalitarisme, contre le nivellement de l’humanité. Parfaire celui qu’on est. Etre son « propre héros » (Baudelaire). Produire son existence comme une œuvre d’art. Faire de sa vie une œuvre d’art. Proposition existentielle d’une vie « intense et féconde » = « Il faut être riche en opposition, ce n’est qu’à ce prix-là qu’on est fécond. » Sculpture de soi. A l’origine, bloc de marbre. Vie = Production d’une forme, d’un « projet » (Sartre). Informer de la matière. Pas forcément un chef-d’œuvre. Poétique de l’existence. Existence divinisée, fécondée par l’art. Création et dépassement de soi. Œuvre originale, sans double. Ne soyez pas le clone de vous-même. Soyez-vous, les autres sont déjà pris. Se créer un « soleil personnel ». Un produit de votre nature, une production de votre vouloir.

Souci de l’esthétique. L’art (la musique, danse) donne une solution esthétique. La vie n’est justifiable que comme expérience, phénomène esthétique. Existence surhumaine. Créateur de votre existence.

Limites de Nietzsche :

  • Seulement une inversion. Le positif devient négatif. La vertu devient le vice. Le vice devient la vertu (« inversion des valeurs ») La philosophie de Nietzsche ne serait-elle pas seulement un gant retourné ?

Vertu : au départ, capacité à remplir une fonction ou à s’acquitter d’une tâche ; par exemple, le courage est une vertu du guerrier, car cela lui permet de mieux remplir son rôle de combattant. À partir des stoïciens et du christianisme, le terme en est venu à désigner exclusivement les vertus ascétiques, celles qui permettent à l’âme de lutter contre le corps et à la raison de brider les passions : l’abstinence, la fidélité conjugale, la frugalité, la parcimonie, etc.

Vice : état contraire de la vertu, dans ses deux sens : à l’origine, défaut qui empêche de s’acquitter d’une tâche ; puis à partir des stoïciens et des chrétiens, choix volontaire de privilégier les plaisirs du corps contre le bonheur de l’âme, les désirs contre la raison.

  • La conception du monde et de l’existence présentée par Nietzsche n’est que l’expression d’un complexe personnel ou d’une thématisation pathologique de l’univers vécu. On a pu dire par exemple que la philosophie de Nietzsche était compréhensible par la psychanalyse de Nietzsche: élevé par des femmes très pieuses (son père, pasteur, étant mort très tôt) qui protégèrent exagérément son tempérament faible et sensible, chétif et maladif (il fut réformé pour faiblesse, et par ailleurs il sombra dans la folie onze ans avant sa mort), le jeune Nietzsche prit pour idéal la force, la volonté de puissance, la guerre, l’anti-sensibilité, l’anti-morale, la virilité, bref tout ce qui lui manquait.
  • MAIS, Pourquoi alors le système de Freud ne serait-il pas l’expression d’une situation complexuelle qui fut celle de Freud lui-même ? Idem pour Marx: Pourquoi le système de Marx
    ne serait-il pas en effet l’expression des problèmes économiques de l’Europe de 1850? On voit par ces paradoxes que les systèmes « réducteurs » se situent en dehors de la réduction qu’ils proposent pour les autres !…

IV) La création des valeurs: Sartre

Nietzsche a mis en relief une notion fondamentale. C’est l’homme qui créé lui-même ses valeurs.

  1. Rappel de l’existentialisme (cours: La liberté):

En l’homme, rien de déterminé. Si Dieu a créé l’homme, il lui a assigné une finalité. Finalité de la morale chrétienne = appliquer la parole du Christ, cad une morale toute tracée, prédéterminée par Dieu. Pas de nécessité, pas de fatalisme.

  1. L’homme invente l’homme

Pas de déterminisme, pas d’instinct, pas de nature humaine. L’existence précède bien l’essence.

Poser des valeurs est intrinsèque à l’action humaine. Vivre, c’est agir ; agir c’est choisir ; choisir, c’est exclure ; exclure c’est évaluer. Seuls les actes valident l’attachement à telle ou telle valeur. Seuls les actes révèlent à mes propres yeux et aux yeux d’autrui ce à quoi je tiens vraiment. En effet, en posant tel ou tel choix politique, affectif, etc. j’en affirme la valeur, et la valeur pour la totalité de l’humanité. Si les valeurs sont issues de la liberté du sujet, alors les valeurs perdent toute universalité.

« Dostoïevsky avait écrit : « Si Dieu n’existait pas, tout serait permis ». C’est là le point de départ de l’existentialisme […]. Autrement dit, il n’y a pas de déterminisme, l’homme est libre, l’homme est liberté. Si, d’autre part, Dieu n’existe pas, nous ne trouvons pas en face de nous des valeurs ou des ordres qui légitimeront notre conduite. Ainsi, nous n’avons ni devant nous, ni derrière nous, dans le domaine numineux des valeurs, des justifications ou des excuses. Nous sommes seuls, sans excuse. C’est ce que j’exprimerai en disant que l’homme est condamné à être libre. » SARTRE.

Aucune nature humaine, aucun destin ne dicte notre conduite. Pas d’essence. Homme = ni bon, ni méchant par nature. La liberté est ici l’absence de norme qui préexisterait à notre action : « vous êtes libres ; choisissez c’est-à-dire inventez » = conséquence logique du refus de valeurs objectives (Bien et Mal universels) et de la transcendance (Dieu, la Raison). Plus de comportements naturellement « humains » ou « inhumains ». Contre l’essentialisme qui parle de « nature humaine ». Existentialisme = Pas de nature humaine. Pas de définition a priori de l’homme. L’homme doit inventer l’homme. L’homme est condamné à inventer des valeurs. Mon choix qui pose une valeur a une portée (non simplement pour moi mais) universelle, devant autrui. Une des caractéristiques de la condition humaine : je suis condamné à vivre avec autrui. Condamné à mourir, condamné à être libre, condamné au regard d’autrui (« Huis-clos »). Etre libre, c’est être maître de ses choix, de pouvoir en répondre devant sa propre conscience mais aussi et surtout face au regard d’autrui.

Sartre reprend Kant: « Et si tout le monde faisait la même chose, qu’adviendrait-il ? ». L’acte libre est soumis à l’exigence d’universalité, exigence découlant elle-même des caractéristiques de la condition humaine.

Sartre ne nie pas le conditionnement social ou historique : j’appartiens bel et bien à un milieu social, je suis femme ou homme, j’ai des caractéristiques biologiques contraignantes. Mais, une situation de départ n’est pas forcément une détermination. Une liberté s’exerce toujours dans le cadre donné, par rapport à une situation naturelle et historique donnée. Le milieu social forme des « situations ». Mais s’il est donné à tout homme d’agir en situation, dans des conditions données, sociales, historiques, familiales, celles-ci ne définissent en rien un déterminisme qui aliénerait notre liberté. Ne pas confondre détermination et situation (autrui, mort, monde). « Condition humaine » (Malraux) = je peux naître Homme ou femme, riche ou pauvre. Mais, cela n’implique pas que j’en adopte tous les codes (les 3 K pour les allemands) => « Kinder, Küche und Kirche » !

Ce n’est pas parce que je suis né bourgeois que je serai conservateur (Marx, Engels). Pas de détermination, mais « situation » % à laquelle ma liberté s’exerce.

La liberté ne consiste pas dans le choix d’une situation, mais dans le choix du sens qu’on lui donne. Par exemple, Je n’ai pas choisi d’avoir ce corps qui est le mien, mais je choisis le sens que je lui donne, la manière dont je le vis. Je peux l’aimer narcissiquement, le négliger, le haïr, le mépriser, le soigner, le cultiver, l’embellir….

Illustration : « Nous n’avons jamais été aussi libres que sous l’occupation allemande », la liberté d’action et de choix, aussi douloureuse et difficile soit-elle, est toujours entière. C’est moi qui détermine les déterminismes à me déterminer (cf. texte de Sartre – Conseils méthodologiques de l’explication de texte).

L’homme est essentiellement un projet. Transcendance de soi par rapport à soi.

CSQ:

  • Pas de racisme
    :
    la pensée raciste est essentialiste. Racisme et sexisme résident dans l’idée qu’il existe une nature, une essence propre à chaque race, à chaque sexe et que les individus en sont de part en part prisonniers. Si plus de nature humaine, plus de racisme ou de sexisme. Une couleur de peau n’est pas une nature. Le racisme dit « LE noir est ceci, LE blanc est cela ». L’emploi de l’article « le », au singulier, comme si tous les éléments de l’ensemble étaient forcément identiques, tous doués du même trait commun à l’espèce, à la « race ».
  • Pas de sexiste
    : «
    On ne naît pas femme, on le devient. » (Beauvoir). Pas d’essence de la femme. Les femmes sont des hommes comme les autres. Et inversement. Pas d’essence du masculin ou du féminin. Féminisme de l’égalité républicain. Le sexiste dit « Les femmes sont ceci, les zhommes (!) sont cela ». Le sexiste pense volontiers qu’il est dans l’ « essence de la femme », dans sa « nature », d’être sensible, douce, patiente, pour ne pas dire « faite pour » avoir des enfants et rester à la maison, rivée aux fourneaux
  • Pas de rôles sociaux. Rôle prédéterminé que l’on peut jouer. Essences auxquelles on peut s’identifier, jouer à être par peur, lâcheté de la liberté. => On vit par procuration, on devient une chose, un « gros-plein-d’être » (« L’Etre et le Néant »), c’est la « mauvaise foi » (cf. cours : Autrui). On joue à être sa propre caricature. « Qu’as-tu fais de ce que l’on a fait de toi? » = appel à l’authenticité de l’existence, cad maintien de la liberté.
  • Pas de colonialisme = Contre l’Algérie française, contre la guerre du Vietnam, contre le franquisme, etc.

Conclusion partielle (IIIe et IVe parties):

Valeurs relatives même la liberté et la justice. Elles ne peuvent échapper aux limites de l’homme puisqu’elles naissent de l’homme.

Refus de l’absolu « Dieu est mort » n’implique pas la résignation. Mépris des transcendances imaginaires (« arrières-mondes » de Nietzsche) n’implique pas la négation d’une « transcendance vivante » (Camus) cad le dépassement de nous-mêmes dans ce monde qui est le nôtre. Tous coupables, tous responsables du monde tel qu’il est. Y compris chez les victimes. « Révolte » => certes, nécessairement limitée d’un individu, elle représente, pour Camus, la seule « valeur médiatrice » grâce à laquelle l’absurde peut être provisoirement vaincu. « La Peste » = Le docteur Rieux – héros tragique, ayant perdu à la fois l’amour et l’amitié – décide de résister pour soulager les souffrances et combattre le fléau. Rieux en tirera la leçon que seule la force des hommes peut vaincre l’absurde. Morale de l’action. « La Peste » = révélateur qui met l’homme face à lui-même, l’incitant au renoncement (dans le roman = panique, indifférence, mysticisme ou résignation) ou à la révolte.

Je tire de l’absurde 3 conséquences qui sont ma liberté, ma révolte et ma passion.

CONCLUSION : Morale et sagesse.

La morale c’est le respect d’autrui (cf. Kant) et la bonté (bienveillance). Et même plus, si possible, la bienfaisance = toutes les morales occidentales du moins semblent l’accepter.

2 types de valeurs :

Valeurs morales et valeurs de l’esprit (spirituelles) : Même si la morale était parfaitement respectée, même si tous les hommes se respectaient et s’aimaient les uns les autres, cela ne nous empêcherait ni de mourir, ni de vieillir, ni de souffrir, ni de perdre un être cher … Le deuil d’un être cher n’est pas un problème moral à proprement parler. D’où parfois le sentiment de l’absurde (Camus). Même si vous vous comportez comme des saints ou des saintes, vous mourez quand même. De même, la question de l’amour est extra morale. Toute la littérature (« Les travailleurs de la mer », « La princesse de Clèves », « Un amour de Swan ») raconte des histoires de gens épatants moralement mais qui sont amoureux de gens qui ne les aiment pas. Malheureux en amour ou tromper. L’ennui, banalité de l’existence = idem. Toujours les mêmes nez au milieu des mêmes figures. « Métro, boulot, dodo » = ennuyeux.

Ennui: sentiment de vide éprouvé dans le désœuvrement ou la répétition, il peut renvoyer à la finitude humaine, et au néant de sa condition (chez Pascal ou chez Sartre) ; chez les romantiques, il s’identifie comme absence d’intérêt pour le monde ; chez Schopenhauer, il réduit la conscience à la seule perception d’un temps conçu comme fuyant.

Toutes ces questions ne sont pas morales mais sont pleines de sens et de valeur pour l’homme.

La question de la spiritualité ou de la sagesse touche à ces questions existentielles de la « vie bonne » pour un homme, de la possibilité du bonheur pour un mortel.

2 types de spiritualité : avec ou sans Dieu.

Une sagesse laïque qui ne passe ni par Dieu, ni par la foi mais par une certaine lucidité sur le monde et l’acceptation de la mort. Pas d’illusions de la religion. C’est la philosophie, définie comme amour de la sagesse.

=>     Nécessité de réfléchir sur le Bonheur, la mort, l’existence, le temps.

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