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Création, continuités et ruptures : La révolution de l’amour

LA REVOLUTION DE L’AMOUR

La révolution de l’amour = passage du mariage arrangé, de raison (pièce de Molière comme L’Avare) au mariage choisi par amour => https://www.youtube.com/watch?v=eyaViznWlxs

L’amour est devenu un nouveau principe de sens dans la vie des individus.

3 approches de l’amour :

Approche étymologique :

  • « Eros » : passion amoureuse. Erotique, physique. Amour de la possession => Jalousie. Pas de possession sans peur de la perte. Amour qui prend, qui consomme et qui possède. Amour qui se nourrit presque plus de l’absence que de la présence. Le désir nait (du manque) et meurt (d’être satisfait). Drame de Don Juan (consommation addictive). Eros structure infinie. Entre déception et renaissance. L’expérience érotique est toujours déceptive.
  • « Philia » : amitié. Joie prise à la simple présence de l’autre. A son ami, on lui dit : « Merci d’exister ». La Philia, ce n’est pas la camaraderie. L’ami n’est pas le bon copain, égoïsme à deux. L’ami est un élu. Je lui appartiens (et que réciproquement il m’appartient). Si l’ami n’est pas de mon sang, il est de mon rang. On s’estime égal l’un l’autre. Il est un autre moi-même. Quelqu’un qu’on estime éminemment digne d’être reçu, protégé, consacré. Toujours dans la réciprocité (≠ amour qui peut être univoque). Election et sélection. La relation sans contre – partie et totalement désintéressée. Gratuité de l’amitié. Volonté du bien de l’autre. L’ami se réjouit du bonheur de l’aimé même s’il est indépendant de lui.
  • « Agapè » : charité. Amour chrétien. Amour universel même de l’ennemi. Nous aimons par-delà la méchanceté d’autrui. Nous continuons à aimer nos enfants même lorsqu’ils sont méchants ou injustes. Autre exemple : Albert Cohen, dans ses « Carnets », à propos Pierre Laval (collaborationniste) = fraternité pour le pire des salauds. Frère humain. Tendresse de connivence et de pitié. Souffrance universelle des bouddhistes. Pratique du pardon. Sermon sur la montagne de Jésus.

Approche historique :

En quoi la fondation de la famille moderne sur la passion amoureuse, sur le mariage d’amour, nous apprend-elle quelque chose de neuf en la matière ? Montée de l’  «individualisme»homo aequalis») qui s’oppose à l’«holisme» («homo hierarchicus») et désigne le mouvement typiquement moderne et démocratique d’émancipation des individus à l’égard des structures contraignantes, le plus souvent religieuses, des communautarismes traditionnels. Un exemple de cet individualisme nous est offert par la naissance du mariage d’amour, cad du mariage choisi par les jeunes gens par et pour l’amour au sein de la famille, en opposition au mariage traditionnel ou mariage de raison, arrangé par les parents, voire par les communautés villageoises comme on le voit tout au long du Moyen Age européen et dans nombres de pays traditionnels encore aujourd’hui, en Asie ou en Afrique.

  • Au M.A., on ne se marie pas, on est marié. Molière le montre et le dénonce dans ses pièces : « Le Maladie imaginaire », « L’Avare
    ». On est marié par les parents, par le village : le mariage est par exemple l’occasion de réconcilier des familles qui s’étaient fâchées entre elles, de mettre ensemble des parcelles de terrain. Le mariage est un enjeu communautaire, une fête de tout le village, de la communauté. Le mariage au M.A. n’est pas une affaire individuelle, mais une affaire communautaire, de famille, de nom, de rang, de lignage, de patrimoine, etc…, mais, pas d’amour. Quelques fois, bien sûr les gens s’aimaient et c’était heureux. Mais là n’était pas le but premier du mariage. Dans « Tristan et Iseut », l’amour est hors mariage. Cf. historiens des mentalités ou nouvelle histoire (Ariès, Rougemont).

    Nouvelle de Maupassant « Jadis » où la petite fille veut se marier par amour, par passion et défend la fidélité et la jalousie. Alors que sa grand-mère fait l’éloge de l’infidélité et du mariage de raison.

    Texte lu : https://www.youtube.com/watch?v=cSjbs8ah0kU

    Exemples : Aliénor d’Aquitaine ; le « charivari » au M.A (contrôle social de la communauté).

  • Montaigne Essais », 1580, livre III, chapitre V) = séparation entre mariage et amour. Séparation du mariage et de la passion amoureuse. Pourquoi ? Il est imprudent de prétendre fonder une union durable – et le mariage doit en être l’archétype – sur un socle aussi fragile que la passion.
    L’idée d’un mariage d’amour est une absurdité : «
    Epouser la femme que l’on aime, c’est chier dans le panier avant de se le mettre sur la tête.
    » ou «J’ai vu de mon temps en quelque bon lieu, guérir honteusement et déshonnêtement, l’amour, par le mariage.» ou « Un bon mariage, s’il en est, refuse la compagnie et conditions de l’amour. Il tâche à représenter celles de l’amitié. » (« Essais », III, 5). Il ne faut nous dit Montaigne
    jamais épouser sa maîtresse. Les mariages d’amour tournent à la catastrophe, dit-il. Comme dit l’adage populaire : « Si l’amour rend aveugle, le mariage lui rend la vue » ! Recommandation de l’amitié, de la tendresse, de la complicité (Philia) dans le mariage mais pas d’amour-passion (Eros). Toujours dans les « Essais », Montaigne avoue même ne pas savoir combien il a exactement d’enfants en « nourrice » ! (// Rousseau qui confiera ses 5 enfants à l’Assistance publique !).

Passage du mariage arrangé, de raison au mariage choisi par amour et son épanouissement. Avec le dvp du capitalisme, dvp du salariat. Le capitalisme va inventer le mariage d’amour avec le salariat et le monde industriel ! Sortie du régime féodal, exode rural, le capitalisme arrache les membres des communautés où ils étaient mariés sans qu’on leur demandât leur avis. L’autonomie financière, matérielle, va s’avérer être non slt la condition du mariage choisi, mais aussi, plus tard, celle du… divorce ! Invention de la notion d’individu, celui qui est arraché à sa communauté villageoise et religieuse. La religion devient non plus une structure politique mais une croyance privée.

  • Epoque moderne = je ne veux pas être mariée, mais je veux me marier. Salariat est à l’origine de l’individualisme (le terme apparaît vers 1830), pas seulement au sens d’égoïsme mais d’arrachement de l’individu à l’emprise des traditions et des communautarismes féodaux, religieux, familiaux. Telle est l’origine du mariage choisi par amour avec la survalorisation des enfants, fruits de l’amour. Mise à distance de la religion qui ne structure plus l’espace publique et politique mais devient une croyance privée. Avec les sociétés laïques et démocratiques, les citoyens
    cessent d’être perçus comme des «membres» d’un «corps social» (les métaphores biologiques prennent ici tout leur sens) auquel ils appartiennent de part en part pour devenir des personnes capables de voter, d’exprimer leurs opinions indépendamment de leur groupe d’origine, de fonder une famille selon leurs affinités électives, de choisir leurs croyances religieuses ou athées, leurs visions morales du monde, les partis politiques, etc. => «Déclaration de droits de l’Homme»: elle signifie que les individus méritent d’être respectés en tant que tels, abstraction faite de leur appartenance à une communauté quelle qu’elle soit, ethnique, religieuse, linguistique, culturelle. Le mariage d’amour s’impose déjà dans le milieu ouvrier et pas dans le milieu bourgeois pour des raisons patrimoniales évidentes !
    Contre le mariage morganatique avec toute l’hypocrisie bourgeoise des amants, des maîtresses, des maisons closes, des amours ancillaires, etc. . Dans la bourgeoisie, le divorce était interdit. Exemple des présidents de la République.

    Naissance de l’intimité : invention des portes, des serrures, des chambres. Au M.A., toute la famille habitait ensemble sans intimité.

    Csq (1) sur la vie de famille = Invention du divorce (1792 en France) : Fonder la famille, le mariage sur la passion amoureuse. La passion est fragile, variable. La passion ne dure pas toute la vie … 60 % des mariages finissent par un divorce. Les couples durent en reconstruisant leur amour en mariage de raison (enfants, crédits) ou de sentiment (amitié-amoureuse). Pour les anciens, quand l’amour n’est pas un motif de mariage, l’absence d’amour n’est pas un motif de divorce ! Si on se marie par amour, le désamour est motif de divorce. Le divorce est la rançon de l’amour.

  • Csq (2) sur les enfants = Amour des enfants. Les produits de l’amour sont aimés parfois jusqu’à l’excès (« enfant-roi »). Dans l’Ancien Régime, la mort d’un enfant, cadet est moins importante que la mort d’un cheval. L’aîné compte beaucoup, les autres enfants beaucoup moins. Expression populaire : « C’est le cadet de mes soucis ! ». L’emmaillotage, forme de mise à mort. Rembrandt perd ses 3 premiers enfants. Bach et Luther ont perdu 10 enfants. L’enfant n’est pas le produit de l’amour, il est le produit du sexe et des nécessités économiques de descendance. L’enfant est imparfait. Les parents s’occupent peu de leurs enfants, souvent confiés à des nourrices. Montaigne, dans les « Essais », avoue ignorer combien il a exactement perdu d’enfants (2ou 3) en nourrice ! Grande mortalité infantile (pas de l’aîné mais des autres) et abandon des enfants (Oblation des enfants : 30 % des enfants abandonnés au MA). Le « Petit Poucet » est une histoire vraie. Idem pour Rousseau qui confia ses 5 enfants à l’Assistance publique et pourtant écrivit l’« Emile» ! L’amour des enfants n’existait pas : il fallait certes un héritier. Mais nombres de grossesses n’étaient pas désirées…
  • Csq (3) sur le sacré = Révolution du sacré. Le sacré est ce pourquoi ou pour qui l’on pourrait se sacrifier cad mourir. L’histoire des guerres est celles du sacré. On meurt pour Dieu (guerre des religions), pour la patrie (2 guerres mondiales) et pour la révolution (communisme). 3 figures du sacré. Aujourd’hui, un 4e sacré = amour des proches, des enfants, des personnes. Sacré à visage humain. La naissance de la famille moderne va donner naissance à la sympathie (« souffrir avec »). Identification à la souffrance des autres. Naissance de l’humanitaire dont la maxime morale est : « Ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît. » = lutte contre l’indifférence.
  • Csq (4) sur le plan politique = la révolution de l’amour va poser la question des « générations futures ». Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? Question contre le court-termisme de nos société capitalistes. Réintroduction du sacrifice : il va falloir faire des sacrifices au niveau de l’écologie, de la dette, du choc des civilisations, de la protection sociale, etc. – et tout cela pour la jeunesse, pour nos enfants. La vie privée impacte la vie publique, la grande histoire.
  • Csq (5) : Le tragique de l’homme contemporain = Plus de filets de protection de la religion et des Etats. Plus exposé au deuil et plus protégé par la promesse de la résurrection ou de l’Etat-providence. Refoulement de la mort dans les sociétés contemporaines : exemple de la COVID. Elargir l’horizon de nos consciences avec plus d’amour et de connaissance / conscience.

Conclusion : La naissance d’un deuxième humanisme.

Invention du mariage d’amour = invention d’un 2e humanisme.

Premier humanisme, celui du XVIIIe et XIXe (Kant, 1re et 3e République, Hugo, Ferry) => humanisme de la raison.

2e humanisme après la 2de GM : Humanisme de l’amour. Sacralisation de l’amour et de l’humain.

Passer de la colonisation (premier humanisme) à l’aide publique au développement (deuxième humanisme).

Pas de repli sur soi mais pensée élargie aux autres, aux générations futures. L’amour, c’est la transcendance dans l’immanence, cad dans l’ici-bas. Amour est dans l’immanence du cœur humain. Amour (« agapè ») = sacralité terrestre.

Naissance de l’humanitaire. « Ne laisse pas faire à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fit. »

L’Europe c’est le continent de la critique de soi, de la critique de l’individualisme, de l’ouverture à l’autre. Continent de la contre-culture de l’ouverture et de l’humanitaire.

Mort de la Nation (droite), mort de la Révolution (gauche) = question des générations futures.

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