Rechercher dans 217832 documents

BERGSON (vie et oeuvre)

 

Contre le matérialisme scientifique et philosophique de son temps, Bergson tente de rétablir les droits de la conscience et de la vie spirituelle.

VIE

Avec une carrière remplie d’honneurs, Bergson apparaît comme le philosophe «officiel» de la Ille République. Critiquant l’impérialisme des sciences physiques, il tente de rétablir la primauté de l’esprit sur la matière, de l’intuition sur la raison.

L’universitaire (1859-1912)

  • Naissance à Paris dans une famille juive.
  • Études à l’École normale supérieure.
  • Agrégation de philosophie. Professeur dans l’enseignement secondaire.
  • En 1900, il est nommé professeur au Collège de France (chaire de philosophie ancienne, puis de philosophie moderne).
  • Ses ouvrages (“Essai sur les données immédiates de la conscience“, “Matière et mémoire“, “L’Évolution créatrice“) le font connaître dans le monde entier.

Les honneurs (1912-1941)

  • 1912: séjour aux États-Unis.
  • 1914: élu à l’Académie française.
  • 1917: second séjour aux États-Unis, en mission diplomatique. Contribue à obtenir l’entrée en guerre des États-Unis.
  • Après la guerre, Bergson préside la Commission de coopération intellectuelle de la SDN.
  • 1921: se retire de la vie publique.
  • 1928: prix Nobel de littérature.
  • Il meurt en 1941.

OEUVRES

Bergson rejette la notion de système philosophique. S’appuyant sur une bonne connaissance des progrès scientifiques de son temps, il défend l’autonomie de la conscience et de la vie spirituelle contre le matérialisme scientifique.

Essai sur les données immédiates de la conscience (1889)
Dans sa thèse de

 doctorat, Bergson affirme que la science ne saurait expliquer la conscience et la vie intérieure, car celles-ci ne sont pas de même nature que le monde matériel. Le monde «intérieur» de la conscience se caractérise en effet par la durée, le devenir, la liberté, le qualitatif, alors que le monde «extérieur» de la matière se caractérise par l’espace, l’inertie, le quantitatif et la soumission à des lois.

Matière et mémoire (1896)
Bergson montre que l’esprit ne peut se réduire à une simple activité du cerveau. Celui-ci, en effet, n’est le siège que de l’intelligence pratique. Mais les activités psychiques supérieures, comme la mémoire, montrent que l’esprit «déborde» la matière.

L’Évolution créatrice (1907)
Bergson critique l’évolutionnisme de Spencer, pour qui la vie serait une évolution purement mécanique. Pour Bergson, la vie est au contraire une force spirituelle, un élan vital libre et créateur qui traverse aussi bien la matière que l’esprit humain. Par ailleurs, Bergson critique la raison, l’intelligence conceptuelle et discursive. Pour lui, l’intelligence est avant tout un outil pratique. Seule l’intuition permet d’accéder directement à la vérité.

Durée et simultanéité (1922)
Bergson discute la théorie de la relativité d’Einstein et oppose le temps spatialisé du physicien au temps intérieur, vécu, de la conscience.

Les Deux Sources de la morale et de la religion (1932)
Dans cet ouvrage, Bergson oppose la «morale close» de l’obligation sociale et la «morale ouverte» de l’amour. De même, il distingue la «religion statique» (rites et cérémonies) de la «religion dynamique» qui se manifeste dans le mysticisme.

EPOQUE

Scientisme et matérialisme
A la fin du XIXe siècle, la philosophie est marquée par une approche scientifique et matérialiste de la réalité. Spencer, père de l’«évolutionnisme», affirme que le monde vivant évolue selon des lois purement mécaniques. Pour l’«associationnisme», l’esprit humain n’est qu’un assemblage d’idées et de sensations. Les biologistes essaient (déjà) de réduire les phénomènes psychiques aux processus mécaniques du cerveau.

La réaction philosophique
Le triomphe (voire le triomphalisme) des sciences incite certains penseurs du début du XXe siècle à tenter d’élaborer une philosophie fondée sur la conscience et l’expérience individuelle. Ce souci est commun au spiritualisme de Bergson, à la phénoménologie de Husserl et, plus tard, à l’existentialisme de Heidegger.

APPORTS

Rejetant les théories qui réduisent la vie à un fait physique, Bergson affirme l’indépendance de la conscience et de l’esprit, conçoit la vie comme élan créateur et réhabilite l’intuition comme moyen de connaissance au détriment de l’intelligence pratique.

Les deux ordres. L’esprit humain ne peut être traité comme un objet scientifique quelconque parce qu’il n’a pas la même nature que la matière. Par ailleurs, l’intuition, moyen de connaissance vraie, s’oppose à l’intelligence , simple outil pratique.
La vie créatrice. La vie n’est pas un processus mécanique soumis au déterminisme: elle est une force vitale et créatrice libre qui agit aussi bien dans la matière que dans la conscience. Elle produit aussi bien les plantes et les animaux que l’art et les manifestations culturelles supérieures.
Le spiritualisme. Pour Bergson, la vie en général et la réalité psychique en particulier sont des phénomènes d’ordre spirituel et ne peuvent être réduits à un mécanisme physique ou matériel. Ce spiritualisme rapproche sa philosophie du christianisme .
Postérité-actualité. Bergson a influencé des philosophes chrétiens comme Teilhard de Chardin et des écrivains comme Péguy ou Proust. Certains ont accusé Bergson d’anti-intellectualisme et de défendre un mysticisme fumeux. Mais son oeuvre témoigne au contraire d’une grande intelligence philosophique.

 

Liens utiles

5 comments on BERGSON (vie et oeuvre)

  1. HENRI BERGSON (1859-1941)

    I. INTELLIGENCE ET INTUITION

    — A — Homo faber et homo sapiens.
    Gomme les Pragmatistes, Bergson voit « dans la faculté de comprendre une annexe de la faculté d’agir ». L’esprit est d’abord un instrument d’adaptation au service de la vie ; la connaissance a un caractère pratique avant d’avoir une valeur spéculative. Homo faber a précédé homo sapiens.

    — B — La connaissance intellectuelle.
    L’intelligence est constituée par l’ensemble des habitudes de penser que l’esprit a contractées au contact de la matière et pour répondre aux exigences de l’action : ayant l’action pour but elle ne retient des choses que leur caractère général et abstrait ; tournée vers la matière elle envisage tout du point de vue de la quantité, du temps homogène et de la causalité mécanique. Ses connaissances restent toujours extérieures à l’objet et relatives au sujet.

    — C — La connaissance intuitive.
    L’intuition est la connaissance à laquelle parvient l’esprit quand il se débarrasse de ses tendances intellectuelles. C’est « une espèce de sympathie intellectuelle par laquelle on se transporte à l’intérieur d’un objet pour coïncider avec ce qu’il a d’unique et par conséquent d’inexprimable ». Elle atteint la réalité en soi, l’absolu.

    II. SCIENCE ET PHILOSOPHIE

    — A — Distinction.
    La science est l’œuvre de l’intelligence, « attention que l’esprit porte à la matière » ; la philosophie est l’œuvre de l’intuition « attention que l’esprit se prête à lui-même ». L’intelligence ne peut en effet saisir la vie intérieure caractérisée par l’hétérogénéité qualitative, la durée concrète, la liberté. Les réalités spirituelles échappent donc à la science qui ne peut atteindre que le monde extérieur ; elles sont l’objet de la philosophie.

    — B — Supériorité de la philosophie.
    Mais Bergson en vint bientôt à penser que la connaissance de la vie relevait aussi de l’intuition plutôt que de l’intelligence parce que la vie est finalité et changement et que l’intelligence ne comprend que le mécanique et l’immobile. Enfin dans la connaissance même des choses la philosophie lui parut supérieure à la science parce que, grâce à son désintéressement, elle parvient jusqu’aux réalités profondes (« la vie intérieure des choses ») tandis que la science est toujours artificielle et superficielle.

    — C — Portée du bergsonisme.
    Ainsi Bergson prétend contre Kant et Comte que la métaphysique est possible et que nous ne sommes pas condamnés à ne connaître que des phénomènes et leurs lois. En même temps il ruine les ambitions du scientisme en définissant les limites de la science et il restaure les valeurs spirituelles (la liberté, l’âme et Dieu).

    III. PSYCHOLOGIE

    — A — La perception et le rêve.
    « La perception serait en droit l’image du tout ; elle se réduit en fait à ce qui nous intéresse ». Nous interprétons en effet la sensation présente en vue de l’action ; d’où le rôle de la mémoire : « percevoir c’est se souvenir » et celui du cerveau chargé de trier les souvenirs utiles : « Notre cerveau n’est ni créateur ni conservateur de notre représentation ; il la limite simplement de manière à la rendre agissante. C’est l’organe de l’attention à la vie ». Le rêve naît ainsi d’un désintéressement c’est-à-dire d’un relâchement de l’attention à la vie qui fait que la sensation actuelle n’évoque que des souvenirs vaguement liés à elle.

    — B — Mémoire et personnalité.
    C’est que « en droit tout notre passé se conserve » ; en grande partie refoulé dans l’inconscient par le cerveau, il constitue notre personnalité : « sans doute nous ne pensons qu’avec une partie de notre passé ; mais c’est avec notre passé tout entier y compris notre courbure d’âme originelle, que nous désirons, voulons, agissons ». Notre personnalité c’est « la condensation de l’histoire que nous avons vécue » et nous sommes libres parce que cette histoire est originale et imprévisible : « La liberté consiste à être entièrement soi-même ».

    — C — Le concept et le langage.
    Le concept est l’instrument de l’intelligence et c’est pourquoi le mot qui l’exprime « ne note de la chose que sa fonction la plus commune et son aspect banal ». Le langage nous masque ainsi la réalité et fait que « nous nous mouvons parmi des généralités et des symboles ». Aussi Bergson trouve-t-il antipathique « l’homo loquax dont la pensée, quand il pense, n’est qu’une réflexion sur sa parole ». Le Bergsonisme est une philosophie de l’inexprimable : ses plus profondes pensées sont condamnées à demeurer secrètes.

Comments are closed.

How to whitelist website on AdBlocker?