BAYER
BAYER est un mot vieilli mais encore en usage, qui signifie « tenir la bouche ouverte ». Sur badare (bâiller), le latin populaire a créé le mot batare qui a donné baer en raison de la chute de la dentale intervoca-lique d. Baer est à l'origine de deux formes anciennes : bayer, mais aussi beer. Dans le premier cas, la production d'un yod transitoire, dans l'articulation a + er, a maintenu le a intact: «bayer aux corneilles ». Dans le second cas, le mot est resté sous la forme où le a initial en hiatus s'affaiblit en e muet. On prononçait be-er; d'où un participe passé passif féminin be-ée que nous avons gardé simplifié sous la forme bée dans l'expression « bouche bée » (bouche ouverte) et un participe présent béant. Celui-ci a subi une influence savante qui a rétabli le son é (ne pas le confondre avec le é du participe passé bée ; dans un cas nous avons bé+ant et dans l'autre b(e)+ée). Le verbe ébahir est de la même famille, avec changement de conjugaison. Quant à bégueule, c'est une « Bée gueule ! » (bée = impératif du verbe béer), c'est-à-dire un «Ouvre [un peu] [ta] gueule ! » : voilà une forme de menace et de dérision à l'égard de quelqu'un qui fait le dégoûté à tout propos. Ne serait-ce pas lui qui, de bégueule, est devenu bécheur puis bêcheur, dans la langue populaire moderne ? A moins que notre argot contemporain ne soit allé voler ce mot au grand poète Racine (Les Plaideurs) : «Haute et puissante Dame, Yolande Cudasne, Comtesse de Pimbesche, Orbesche, et caetera » On peut encore imaginer la contamination de bégueule par pimbêche.